13e Opération Rosa Mystica dans l’île de Mindanao à Polomolok – N° 02 : lundi 29 et mardi 30 avril 2019


Lundi 29 avril 2019 : Acceuil des patients et organisation des soins

Avant 6h30, c’est déjà l’effervescence devant le gym­nase. Imaginez une vaste place à décou­vert, avec des poli­ciers qui assurent la cir­cu­la­tion autour, quelques gar­diens qui rem­placent pro­vi­soi­re­ment l’armée (trop occu­pée par les élec­tions), des petits échoppes pour ache­ter de quoi gri­gno­ter en atten­dant, et des gens qui font les cent pas, avec une large pro­por­tion d’enfants. Et comme fond sonore, klaxons, musiques et réclames élec­to­rales, tou­jours au volume maxi­mum. Devant l’entrée, plu­sieurs infir­miers inter­rogent les patients pour rem­plir une fiche d’informations et mesu­rer l’importance du pro­blème médi­cal. Dans le sas avant le gym­nase, une équipe de per­son­nel soi­gnant pèse, prend la ten­sion et le pouls, contrôle la gly­cé­mie, prend la tem­pé­ra­ture, etc. Autant de véri­fi­ca­tions faites pour secon­der les méde­cins, et détec­ter par­fois des graves soucis.

Une fois à l’intérieur du gym­nase, les patients sont diri­gés vers leur zone d’attente. Le pre­mier tiers de l’espace sert de cha­pelle : les Sœurs ont dres­sé un autel au-​dessus duquel est fixée une grande fresque qu’elles ont peinte elles-​mêmes ; elles ont mis éga­le­ment des pan­neaux qui expliquent chaque mys­tère du Rosaire. Cela per­met de mon­trer à nos malades le sens reli­gieux de l’aide que nous leur appor­tons. Et quand ils attendent, ils peuvent rece­voir la médaille mira­cu­leuse et le sca­pu­laire, et rece­voir des rudi­ments de caté­chisme. Father Tim, les Sœurs et mon­sieur l’abbé Vaillant se relaient pour leur appor­ter un peu de joie spi­ri­tuelle, et leur mon­trer l’importance de la pra­tique reli­gieuse, sur­tout dans les épreuves qu’ils rencontrent.

Passé cette zone, on arrive dans un vaste espace où de nom­breuses tables sont dres­sées : là se jouxtent espaces d’attente, méde­cins géné­ra­listes, ORL, pédiatres, chi­rur­giens, den­tistes, opti­ciens, phar­ma­ciens, et dans le fond, il y a cinq cabines d’opération. C’est une véri­table four­mi­lière avec beau­coup de mou­ve­ment, des enfants qui jouent, pleurent, courent et sautent. C’est héroïque pour tous de tra­vailler dans ces condi­tions, on déve­loppe peut-​être à force une oreille sélective…

Les patients vont donc voir le méde­cin qui les concerne ; la consul­ta­tion est par­fois longue car il y a besoin d’un ou deux inter­prètes pour pas­ser du fran­çais à l’anglais, puis de l’anglais au visaya. Après cela, il reste à attendre pour per­ce­voir ses médi­ca­ments. C’est long car il n’y a que deux phar­ma­ciennes (appel aux bonnes volon­tés com­pé­tentes pour les pro­chaines mis­sions !) qui doivent véri­fier chaque médi­ca­ment don­né avec sa poso­lo­gie. Pour finir, cer­tains doivent se rendre au « ref­fe­ral desk » pour avoir un rendez-​vous à l’hôpital ou dans un labo­ra­toire d’analyses. Par exemple, une pauvre femme qui arrive avec une énorme tumeur paro­tide ; ce n’est sans doute pas can­cé­reux, mais il faut quand même faire une biop­sie. Son cas est fré­quent ici : elle laisse gros­sir par négli­gence une petite tumé­fac­tion, puis quand il devient trop voyant, se dit qu’elle n’a pas l’argent pour se faire opé­rer. Et au bout de dix ans, elle a le visage défor­mé ; elle vient alors nous voir, mais il est trop tard pour agir, à moins de faire une grosse opé­ra­tion qui serait très coû­teuse. Nous avons aus­si un cas de tuber­cu­lose aujourd’hui : une femme qui a pris quatre mois de trai­te­ment, au lieu de neuf mini­mum. Et depuis un an, tous les symp­tômes reprennent peu à peu. Elle est envoyée d’urgence à l’hôpital. Autrement, il y a beau­coup de cas de dia­bète, avec des taux qui explosent nos records euro­péens : le doc­teur Lantier doit faire à une patiente une liste de menus équi­li­brés indis­pen­sables pour sa san­té ; sans quoi, elle devra sans doute être hos­pi­ta­li­sée. De son côté, le doc­teur Etellin est obli­gé d’envoyer aux urgences une autre patiente : elle a 40 ans, son taux de gly­cé­mie est à 5gr ; il lui faut vite un trai­te­ment inten­sif d’insuline, mais comme elle risque alors des effets secon­daires dan­ge­reux, elle doit être surveillée.

Anecdote amu­sante pour finir, un homme se fait enle­ver un lipome dans le dos. En se rele­vant de la table d’opération, il est sou­la­gé : « Depuis le temps que je priais Allah pour être débar­ras­sé de cela ! » Hé hé, a‑t-​il bien réa­li­sé que seul le vrai Dieu veille sur notre mission… ? 

Mardi 30 avril 2019 : Les médecins soigneront et Dieu donnera la victoire !

Deuxième jour de mis­sion, le rythme est pris pour la semaine ! Les patients arrivent très tôt pour espé­rer pas­ser dans la mati­née. Ils savent qu’ils auront des heures à attendre, mais sont prêts à tout pour­vu qu’on s’occupe d’eux et qu’on leur apporte un peu de secours tem­po­rel et spirituel.

Nous avons plu­sieurs cas graves, dont un pauvre homme qui a pas­sé du temps à l’hôpital pour grosse insuf­fi­sance rénale ; mais il vient d’en sor­tir, car on ne peut plus rien faire pour lui… Une femme de la Légion de Marie lui explique dou­ce­ment qu’il peut se pré­pa­rer à la mort, se confes­ser. Il était pro­tes­tant, semble-​t-​il, et non pra­ti­quant depuis plu­sieurs années… Saura-​t-​il pro­fi­ter de cette grâce que lui apporte la mis­sion, même si c’est la san­té qu’il était venu chercher ?

Autre drame : une femme de 25 ans, quatre enfants dont l’aînée a 9 ans, atteinte d’un can­cer du sein avec sans doute des méta­stases. Quand le doc­teur Cotruta lui demande si elle s’est un peu soi­gnée, elle se met à pleu­rer : « Non, je n’ai pas d’argent pour payer ! » Alors le doc­teur et mon­sieur l’abbé Vaillant tentent de la récon­for­ter, mais il n’y a plus grand chose à faire, si ce n’est prier le Ciel et trou­ver une solu­tion pour ses enfants. Des cas de ce genre sont dif­fi­ciles pour les méde­cins, car ils savent qu’en Europe, il y aurait moyen de les gué­rir ; mais là, ils sont obli­gés de lais­ser cer­tains malades à leur triste sort, et de les lais­ser par­tir en larmes.

Pause rafraî­chis­sante : sœur Maria Conception, la prieure des Oblates, conduit une dizaine de volon­taires chez son frère. Au menu : dégus­ta­tion de mangues, noix de coco et pome­los ! Nous sommes trai­tés comme des rois, et chaque année tou­jours tou­chés de leurs mille façons de nous remercier !

En début d’après-midi, c’est un homme de 70 qui arrive en bien mau­vais état. Un prêtre lui demande ce qu’il croit, et, ô iro­nie du sort, c’est une infir­mière musul­mane voi­lée qui sert d’interprète. « Croyez-​vous à la Sainte Trinité ? à la Vierge Marie ? » Au début, elle s’acquitte de son rôle, et le malade semble sou­cieux de bien répondre et d’écouter le prêtre. Mais à l’explication : « Il y a mal­heu­reu­se­ment des fausses reli­gions créées par le diable pour nous éloi­gner du salut… » l’infirmière se détourne et s’en va… Un des méde­cins com­mente très sim­ple­ment la chose : « C’est bien la preuve que le diable était là, et qu’il s’est enfui sous l’insulte ! »

Notre doc­teur Nelda, den­tiste, est fidèle à son poste depuis des années. Elle com­mence à être connue pour son record de dents arra­chées à l’heure : 104 aujourd’hui pour 5h de tra­vail, soit 20 par heure ! Chez les opti­ciens, le rythme aus­si est sou­te­nu, car Alexandra a réus­si à moti­ver un col­lègue fran­çais qui l’aide avec effi­ca­ci­té ! Le stock de lunettes était énorme, mais il dimi­nue deux fois plus vite qu’avant. Merci aux nom­breux dona­teurs ! A la phar­ma­cie, l’équipe ne chôme pas, car un méde­cin est allé soi­gner cin­quante pri­son­niers à la pri­son muni­ci­pale (beau­coup sont là pour tra­fic de drogue, déte­nus dans des réduits insa­lubres en atten­dant leur juge­ment), il faut donc pré­pa­rer leurs médi­ca­ments en plus des autres. Mais Brigitte en a vu d’autres, 350 ordon­nances à trai­ter dans la jour­née ne lui font pas peur… !

Le der­nier poste, le « ref­fe­ral desk » est géré cette année par Magali. Elle a le rôle déli­cat d’envoyer ou non les patients pour des exa­mens ou des soins à l’hôpital, selon la gra­vi­té de leur état, et selon le prix que la mis­sion pour­ra payer. Là encore, nous remer­cions beau­coup tous ceux qui donnent si géné­reu­se­ment : grâce à eux, nous pou­vons chaque année sau­ver des vies humaines, redon­ner espoir, épa­nouir des familles, etc. 

Le soir, nous avons le cha­pe­let sui­vi de la messe, his­toire de refaire nos forces spi­ri­tuelles pour la jour­née sui­vante. « On ne donne que ce que l’on a. » Monsieur l’abbé prêche sur le déta­che­ment des biens maté­riels : il faut savoir s’en pri­ver et se déta­cher des biens sen­sibles pour aider l’âme à s’unir à Dieu. Evidemment le contexte de la mis­sion est tout trou­vé pour nous entraî­ner à cela : cli­mat, nour­ri­ture, bruit, hygiène, etc. Malgré ces petits désa­gré­ments, l’ambiance est au beau fixe, et tous les volon­taires heu­reux de leur sort ! Le dîner est fes­tif avec l’anniversaire de Laure, jeune méde­cin suisse, ce qui nous donne l’occasion de dégus­ter d’énormes gâteaux de fête, par­se­més de paillettes !

La jour­née s’achève sur cette note cha­leu­reuse. A demain chers lecteurs ! 

Sources : Rosa Mystica 2019 /​Jeanne de Vençay

Suite des reportages 2019

Accès au repor­tage n° 03 du mar­di 30 avril 2019
Accès au repor­tage n° 04 du ven­dre­di 3 mai 2019

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Dr Jean-​Pierre Dickès
2, route d’Equihen
62360 St-​Etienne-​du-​Mont
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Il est rap­pe­lé que la tota­li­té des dons est envoyé à la mis­sion sans pré­lè­ve­ment de quelque nature que ce soit.
D’autant qu’ACIM France prend en charge inté­gra­le­ment le fonc­tion­ne­ment
de sa petite sœur d’Asie. Tous les volon­taires sont les bien­ve­nus tout au long de l’année.

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