Lettre de « Missions » d’octobre 2017 : l’apostolat caché en Asie


Dans le numé­ro 43 d’Apostol, bul­le­tin du District d’Asie, l’ab­bé Karl Stehlin [Photo ci-​dessus lors d’une messe en Indonésie], Supérieur du District, révèle dans l’é­di­to­rial ce qu’il appelle « l’a­pos­to­lat caché » [« Our unk­nown apos­to­late »]: le tra­vail de nos mis­sion­naires dans les pays éloi­gnés où la per­sé­cu­tion sévit encore.

Voici son récit :

« Je vou­drais vous par­ler et vous deman­der des prières par­ti­cu­lières pour notre apos­to­lat dans les pays dont nous ne pou­vons publi­que­ment faire état. Dans l’im­mense Asie, il existe encore des pays où la reli­gion chré­tienne n’est pas la bien­ve­nue (pour ne pas dire plus), et l’Asie s’é­tend de la pénin­sule ara­bique aux Philippines et au Japon. Je pense que cela vous inté­res­se­rait de décou­vrir une forme nou­velle, et jusque-​là qua­si­ment incon­nue, de notre oeuvre mis­sion­naire. Comprenant que nous devons res­ter extrê­me­ment dis­crets, à la fois pour notre apos­to­lat et pour la sécu­ri­té des fidèles, vous nous par­don­ne­rez de ne pas vous révé­ler les lieux et les noms.

Pour com­men­cer, com­ment un peuple, dans un pays où il n’y a pas de tra­di­tion catho­lique ni même d’é­glise catho­lique offi­ciel­le­ment éta­blie et recon­nue, est arri­vé à entendre par­ler de nous ? À de rares excep­tions, la seule voie d’in­for­ma­tion est Internet. Un jeune étu­diant en uni­ver­si­té découvre la beau­té du chant gré­go­rien ; vou­lant en savoir plus, il lance une recherche et clique sur le tout pre­mier lien appa­rais­sant à l’é­cran : c’é­tait un site de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Grâce à ce contact, déjà, il y a plu­sieurs années, mon pré­dé­ces­seur, le révé­rend père Daniel Couture, décou­vrit de façon inat­ten­due tout un groupe inté­res­sé par la foi traditionnelle.

En fait, chaque semaine nous rece­vons des demandes pro­ve­nant de dif­fé­rents endroits : la plu­part du temps il s’a­git de per­sonnes édu­quées, à l’aise avec les tech­no­lo­gies modernes et les pos­si­bi­li­tés qu’offre Internet. Sans cela, elles n’au­raient pu s’af­fran­chir de la cen­sure offi­cielle qui bloque tous les sites spé­ci­fiques reli­gieux. Leurs ques­tions sont variées mais leurs demandes couvrent l’en­semble du champ de l’a­po­lo­gé­tique : l’exis­tence de Dieu, la reli­gion vraie, la révé­la­tion divine, la per­sonne et les miracles de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, la doc­trine catho­lique des sacre­ments, les dif­fé­rences entre les reli­gions chré­tiennes, l’en­sei­gne­ment moral de l’Église, etc. 

Pour com­men­cer, nous nous ren­dions dans ces endroits une fois tous les 3–4 mois, avec tou­jours le même pro­gramme à N. : ren­contre le same­di à 9 heures d’un groupe de 10 à 20 per­sonnes, jeunes pour la plu­part. La réunion sou­vent finis­sait à minuit : 2 à 3 confé­rences sur un thème deman­dé, pré­cé­dées de prières en com­mun, répé­ti­tion de chants, confes­sions, entraî­ne­ment des gar­çons au ser­vice de l’au­tel, sainte messe, ques­tions et réponses. Le der­nier point est le plus long et le plus pas­sion­nant : cha­cun peut poser des ques­tions. Quelques-​uns ont même celui qu’ils sur­nomment « l’homme-​des- ques­tions ». La plus longue séance dura envi­ron 4 heures. 

Je me sou­viens du pre­mier exer­cice pra­tique de ser­vants de messe pour deux jeunes gar­çons. Je dis alors aux autres fidèles qu’ils avaient une demi-​heure de pause. À ma grande sur­prise, tous vinrent de la salle de confé­rence vers l’au­tel tem­po­raire, avec les appa­reils pho­to de leurs télé­phones mobiles, hommes et femmes. Chaque expli­ca­tion les pas­sion­nait : com­ment faire la génu­flexion, com­ment tenir ses mains, dépla­cer le mis­sel, ser­vir l’eau et le vin, faire tin­ter la clo­chette, etc. Ce simple exemple montre le grand inté­rêt qu’ils portent à la sainte litur­gie qu’ils dési­rent apprendre et connaître. 

À chaque nou­velle visite, je me rends compte que cha­cun d’eux devient de plus en fami­lier avec les textes et les céré­mo­nies de la sainte messe. Ceci n’est pos­sible que s’ils étu­dient et méditent la messe chez eux. 

Le chant gré­go­rien est une autre approche : on pour­ra objec­ter que cette façon de chan­ter est très dif­fé­rente de la leur, et com­plè­te­ment incon­nue d’eux. Cependant, c’est en géné­ral dans ce domaine que j’en­tends des com­men­taires du genre « ambiance de para­dis », « chant sacré », « une musique qui met en paix, rend libre, ouvre au monde sur­na­tu­rel, etc. » De ce fait, depuis nos toutes pre­mières visites pas­to­rales, les prêtres ont régu­liè­re­ment célé­bré une messe chan­tée avec encens et chant gré­go­rien tout du long, de l’in­troït à l’ite mis­sa est. 

Autre phé­no­mène inté­res­sant : la confes­sion. Dès le début, cha­cun a choi­si de pas­ser par l’in­ter­prète, et n’a pas eu de dif­fi­cul­té à confes­ser ses péchés et de faire une confes­sion géné­rale tra­duite par un cama­rade catho­lique. Lorsque le prêtre incite à uti­li­ser la feuille de confes­sion (sur laquelle est ins­crite la liste des péchés dans la langue locale et en anglais), la plu­part objectent : ils ont besoin d’ex­pli­quer au prêtre en quoi consiste leur problème.

Je ter­mi­ne­rai pas quelques anec­dotes : une de nos fidèles atten­dait son second enfant. Soudain sur­vient une dif­fi­cul­té : la vie du bébé est en dan­ger et, d’a­près le méde­cin, elle doit avor­ter. Avec son mari et ses parents, elle pro­met de réci­ter 1.000 cha­pe­lets pour un accou­che­ment heu­reux et la san­té de l’en­fant. Malgré les pré­vi­sions du méde­cin, le bébé, né sans com­pli­ca­tion, est un gar­çon en par­faite san­té que j’ai eu le pri­vi­lège de baptiser. 

Un jour, un étu­diant de 22 ans que je voyais pour la pre­mière fois, me deman­da s’il pou­vait ser­vir la messe. Je lui deman­dai s’il savait faire. Il répon­dit : »Ce n’est pas encore par­fait, mais je ferai de mon mieux. » En fait, il n’a­vait jamais ser­vi la messe tra­di­tion­nelle aupa­ra­vant, et avait assis­té la pre­mière fois à la sainte messe un mois plus tôt (avec un autre prêtre de la FSSPX). J’agréai mais pen­sai en moi­même : cela va être une drôle de messe ! Je n’en crus pas mes yeux : le jeune homme ser­vit la messe avec une telle per­fec­tion qu’un sémi­na­riste aurait dif­fi­ci­le­ment fait mieux. Il avait sim­ple­ment fil­mé la messe puis appris com­ment la servir ! 

De toute évi­dence, une des façons les plus effi­caces de pro­pa­ger et de conser­ver la vraie foi est la bonne lit­té­ra­ture catho­lique qui est, de fait, non dis­po­nible. Du coup, ces fidèles sont tou­jours très appli­qués à trans­crire tout ce qu’ils reçoivent du prêtre : caté­chisme, ser­mons et même exhor­ta­tions spi­ri­tuelles durant la confession. 

Un impor­tant apos­to­lat consiste à tra­duire dans leur lan­gage la lit­té­ra­ture prin­ci­pale catho­lique et tra­di­tion­nelle, un immense effort pour ceux qui connaissent bien une langue étran­gère – et il y en a peu : « C’est ma par­ti­ci­pa­tion ! Je n’ai pas d’argent, mais chaque jour je passe une heure à tra­duire les textes que j’ai reçus pour per­mettre à mon peuple de mieux connaître la sainte tradition ! » 

Prêcher ici les »exer­cices spi­ri­tuels de saint Ignace » eut pour résul­tat un immense appro­fon­dis­se­ment de la foi et de la fer­veur ; 4 des 11 par­ti­ci­pants envi­sagent une voca­tion.

Ce der­nier fait est le plus remar­quable : ils connaissent par­fai­te­ment les immenses dif­fi­cul­tés et les dan­gers qu’il y a à suivre l’ap­pel de Notre-​Seigneur. Pourtant, aucun d’eux ne mon­tra la moindre hési­ta­tion : si c’est la volon­té de Dieu, la divine Providence « ren­dra même l’im­pos­sible, possible ». 

Puis-​je vous deman­der, chers Amis et Bienfaiteurs, de prier tout par­ti­cu­liè­re­ment pour l’ac­crois­se­ment de l’a­pos­to­lat dans ce pays où, presque à chaque fois, invi­tés à visi­ter de nou­veaux endroits, par­tout nous trou­vons des âmes récla­mant le « pain de véri­té » ? Et priez aus­si pour qu’il y ait davan­tage d” »ouvriers dans la vigne de Notre-Seigneur ». 

Enfin, veuillez pen­ser à nous, vos mis­sion­naires, oeu­vrant dans des condi­tions dif­fi­ciles et par­fois dan­ge­reuses : ce n’est que grâce à votre géné­ro­si­té que nous pou­vons visi­ter de tels endroits. Merci infi­ni­ment et soyez bénis. Abbé Karl Stehlin, Supérieur du District. »

Sources : Lettre n° 26 de « Missions » d’oc­tobre 2017 /​Apostol n° 43 du District d’Asie /​La Porte Latine du 21 octobre 2017

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