La lettre aux anciens d’avril 2017 – Le sens du devoir

Chers Anciens,

Nous ren­trons de Verdun : à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de cette bataille, la pro­mo­tion de ter­mi­nale est allée hono­rer ces héros, leurs modèles.

Une grande leçon d’his­toire. Les points stra­té­giques de Verdun auront mar­qué nos esprits : la crête si san­glante des Eparges que nous avons arpen­tée sous la conduite de Xavier Pierson, Maire du vil­lage et ancien Colonel de la Légion étran­gère, ain­si que le Fort de Douaumont ou encore la Citadelle de Verdun que nous avons visités.

Grande leçon morale aus­si que cette jeu­nesse fidèle à la Patrie, pug­nace et tenace, impré­gnée d’un tel sens du devoir qu’elle assu­rait la relève en pre­mière ou deuxième ligne tous les huit jours avec la pers­pec­tive pour­tant d’y res­ter. Grande leçon d’es­prit de sacri­fice enfin, car Verdun fut comme un enfer. La boue, le froid, la faim et la soif n’é­taient rien à côté des rats, des poux et sur­tout des odeurs de putré­fac­tion ! Pour tenir, il fal­lait plus que l’espoir. 

Le mémo­rial de Verdun rend mer­veilleu­se­ment compte de tous les aspects de cette guerre de posi­tion et de son mot d’ordre : « On ne passe pas ! ».

Mais le point fort de notre périple fut notre prière à l’Ossuaire de Douaumont. Permission nous a été accor­dée d’y célé­brer la sainte Messe. Elle fut offerte pour tous ces héros morts pour la France : 130.000 sol­dats incon­nus et 16.000 autres connus, tom­bés pen­dant la guerre, som­meillent dans les cha­pelles inté­rieures de l’os­suaire et dans le cime­tière extérieur. 

Un tel voyage repré­sente un inves­tis­se­ment en temps, en per­sonnes ain­si qu’un coût finan­cier. M. l’ab­bé Tranchet et M. Bedel, pro­fes­seur d’Histoire-​Géographie condui­sirent avec moi cha­cun des trois mini­bus pen­dant une petite dou­zaine d’heures ! Mais il est des dépenses qu’il faut savoir réa­li­ser pour ces jeunes géné­ra­tions que nous for­mons à l’é­cole afin qu’elles occupent demain les places dans la cité catho­lique à recons­truire. En d’autres termes, la ges­tion rigou­reuse de notre site impor­tant ne doit pas anéan­tir les pro­jets auda­cieux ; d’au­tant qu’ils sont l’oc­ca­sion, dans un pre­mier temps, de res­pon­sa­bi­li­ser ceux qui sont dési­gnés pour les mettre sur pied et, dans un deuxième temps, de cimen­ter ces ami­tiés que nos aînés conser­ve­ront après leur envol dans quelques semaines, diplôme du Baccalauréat en poche. 

Ce qu’un voyage, aus­si bref soit-​il, réa­lise à sa manière, l’in­ter­nat le pro­pose aux enfants sur l’en­semble de l’an­née sco­laire. La charte de nos écoles sti­pule, en effet, dans son hui­tième article : 

« L’atmosphère de ces écoles doit être celle de la Sainte Famille. L’autorité garan­tit l’exer­cice de la cha­ri­té fra­ter­nelle : pater­ni­té des prêtres et des maîtres, par­ti­ci­pa­tion active et docile des élèves, esprit fra­ter­nel des aînés à l’é­gard des plus jeunes. » 

Je veux insis­ter ici, sur les atouts que repré­sentent les inter­nats de nos écoles secon­daires. Il ne s’a­git pas d’i­déa­li­ser ces der­niers en oubliant les fai­blesses humaines et les limites de toute oeuvre natu­relle. Néanmoins, nos inter­nats consti­tuent objec­ti­ve­ment une réponse appro­priée au défi édu­ca­tif contemporain. 

Le plus impor­tant est cette vie com­mune entre gar­çons d’ho­ri­zons divers qui par­tagent un même cadre rigou­reux. L’ouverture effec­tive de la Maison Sainte-​Jeanne-​de-​Valois, lieu de vie et d’ac­cueil pour per­sonnes han­di­ca­pées, depuis le 8 mars der­nier, favo­rise d’ailleurs l’exer­cice d’une cha­ri­té non feinte et exi­geante mais apporte son rayon de lumière et de joie à tra­vers la sim­pli­ci­té de ces âmes qui ne se sou­cient pas du lendemain. 

Le prix ines­ti­mable de l’a­mi­tié sin­cère et pro­fonde, le secours de la com­plé­men­ta­ri­té entre les talents diver­se­ment semés, l’o­bli­ga­tion de renon­cer à son égoïsme ou de se dévouer en pre­nant en charge des ser­vices quo­ti­diens ou heb­do­ma­daires : tout cela consti­tue l’ap­port d’une vie com­mune qui dépasse le simple cadre familial. 

Sacrifice de l’é­loi­gne­ment et de la sépa­ra­tion, incon­fort cer­tain lié au vivre-​ensemble, défaut de sou­plesse dû aux effec­tifs – sans com­pa­rai­son avec celui d’une famille -, sont autant d’élé­ments à pre­mière vue néga­tifs qui forgent dans l’âme des jeunes géné­ra­tions le sens du devoir que nos aînés de ter­mi­nale géné­rale ont admi­ré chez les héros de Verdun. 

Et com­ment ne pas rap­pro­cher cette idée du constat éta­bli, il y a dix ans déjà, par un pro­fes­seur res­pec­table et res­pec­té du sémi­naire Saint-​Pie X à Écône : ça n’est plus le sens du devoir mais l’af­fec­tif qui pré­do­mine face au choix de la voca­tion. Or « la règle du sémi­naire devient rapi­de­ment pesante par sa régu­la­ri­té et sa mono­to­nie qui au bout de quelques mois mettent le psy­chisme des sémi­na­ristes, habi­tués au chan­ge­ment per­ma­nent du monde moderne et à l’in­dé­pen­dance, à rude épreuve. » Car le pro­blème cru­cial est que « la jeu­nesse ne se rend pas compte que ses cri­tères habi­tuels de juge­ment sont nor­ma­le­ment des cri­tères révo­lu­tion­naires. Ayant gran­dis dans un monde où l’ordre est sub­ti­le­ment un désordre ins­ti­tu­tion­na­li­sé, où les sen­ti­ments règnent en maître et rem­placent l’in­tel­li­gence pour juger, où le père est absent et où l’au­to­ri­té est consi­dé­rée soit comme un copi­nage soit comme une tyran­nie, les jeunes n’ont plus aucun repère. »

Aussi, pour for­mer les hommes de demain, pour conso­li­der les trop peu nom­breuses voca­tions et en obte­nir tou­jours davan­tage, nous nous effor­çons, à l’in­verse, d’in­cul­quer aux enfants cette droi­ture de conscience qui agit par devoir et non par affec­tion. Il ne s’a­git pas d’en faire des êtres dés­in­car­nés et insen­sibles, mais de futurs chefs, capables d’as­su­mer des res­pon­sa­bi­li­tés et de prendre leurs déci­sions devant Dieu et non pour plaire aux hommes. Ce sont des saint Paul dont l’Église et la France ont besoin et non des Pilate ! Mais conscient que ces ouvriers se demandent et sont une grâce du Ciel, nous vous invi­tons cha­leu­reu­se­ment à par­ti­ci­per à la neu­vaine des enfants pour les voca­tions, du 05 au 13 mai pro­chains.

Alors que le Carême touche à sa fin, mon action de grâces s’u­nit déjà à la vôtre pour célé­brer digne­ment la joie de Pâques. « Ô Mort, où est ta vic­toire ? », chante la sainte Liturgie : nous savons qu’a­vec le Christ, nous serons tou­jours vic­to­rieux et nous confions à Notre-​Dame de Fatima le renou­veau de l’Église en ce cen­te­naire des appa­ri­tions aux trois pastoureaux. 

D’avance, je remer­cie ceux qui le peuvent de l’aide finan­cière qu’ils pour­ront appor­ter à notre ensemble sco­laire ; et je compte sur les prières de cha­cun tout autant que sur votre zèle, chers parents, amis et bien­fai­teurs, pour vous consti­tuer nos ambas­sa­deurs auprès de votre entourage !

Abbé Benoît-​Joseph de Villemagne

Sources : Lettre aux anciens d’a­vril 2017 /​La Porte Latine du 27 avril 2017

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