LAB de l’école Saint-​benard de Courbevoie (92) – Juin 2009

Lettre aux parents, amis et bienfaiteurs


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Editorial de l’abbé Bernard de Lacoste

L’amour

Rares sont les mots plus mys­té­rieux que celui-​là. Il défi­nit Dieu, il est la syn­thèse de toute la vie chré­tienne. « Dieu est amour ». « La plé­ni­tude de la loi, c’est l’a­mour ». De ce mot, le singe de Dieu, Satan, a fait la néga­tion de toute noblesse, le mot le plus plat, le plus vide, le plus gal­vau­dé qui soit. D’où la néces­si­té pour nous, parents ou édu­ca­teurs, d’y voir clair pour apprendre aux ado­les­cents à aimer d’une façon vrai­ment humaine.

Est-​il pos­sible de dis­tin­guer l’a­mour vrai de sa paro­die ? Quand je dis : j’aime le pou­let, estce que j’en­tends expri­mer mon affec­tion et ma bien­veillance pour cet ali­ment ? Non puisque je le sacri­fie à mon plai­sir. Ce n’est pas le pou­let, mais moi, que j’aime en réa­li­té. Il n’y a dans ce pré­ten­du amour qu’un désir sen­sible que je veux satisfaire.

Rien de plus. Au contraire, quand je dis : j’aime ma mère, mes amis, mes enfants, le même mot aimer prend un sens nou­veau, un sens humain, spi­ri­tuel. Ce n’est plus mon plai­sir égoïste que je cherche. Parents, amis, ne sont pas des objets, des moyens dont je me sers, que je rejette ensuite. La gloire de cet amour, c’est son dés­in­té­res­se­ment. Appliquons cette idée aux rela­tions de l’homme et de la femme. Le jouis­seur aime une femme comme un objet. Il s’en sert puis le jette après usage. Le véri­table amour est ici tota­le­ment absent. On ne voit que concu­pis­cence, désir char­nel, ins­tinct bes­tial à satis­faire. Un homme d’hon­neur, un époux chré­tien, en disant à sa femme, à ses enfants, je vous aime, signi­fie : je veux votre bien, votre bon­heur, quoi qu’il m’en coûte. C’est l’é­cho de l’ex­hor­ta­tion de saint Paul : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise. Il s’est livré pour elle ». Un tel dés­in­té­res­se­ment, loin de rendre mal­heu­reux, est au contraire la source d’un bon­heur plus pro­fond. « Il y a plus de bon­heur à don­ner qu’à rece­voir », disait Jésus.

Nous avons la joie d’ob­ser­ver, autour de nous, grâce à Dieu, des époux chré­tiens pro­fon­dé­ment unis dans un don réci­proque et sans par­tage.. Puissent ces exemples éclai­rer ces faus­saires et ces faux-​monnayeurs de l’a­mour. Ces humbles foyers chré­tiens nous rap­pellent que l’a­mour vrai est une conquête quo­ti­dienne, qu’il se nour­rit de sacri­fice, comme l’a­mour de la patrie et l’a­mour de Dieu. Il faut s’être sacri­fié à l’être aimé pour être sûr d’ai­mer, pour connaître le bon­heur d’ai­mer. Comme l’é­crit G. Thibon, « l’homme vil cherche des êtres en qui se satis­faire ; l’homme noble des êtres à qui se sacri­fier. Il aime sa femme et ses enfants moins pour ce qu’ils lui donnent que pour ce qu’ils lui coûtent. Le Christ aime ain­si son épouse, l’Eglise ».

Le tol­lé qu’ont sus­ci­té les pro­pos du pape Benoît-​XVI en Afrique est bien révé­la­teur de l’é­tat d’es­prit de nos contem­po­rains. Surtout, ne nous par­lez pas de fidé­li­té conju­gale, de maî­trise de soi ni de sacri­fice. Ce que nous vou­lons, c’est jouir comme des bêtes sans aucune contrainte morale ! Pourtant, lorsque l’Eglise rap­pelle que la contra­cep­tion est un péché mor­tel, elle ne fait que répé­ter la loi divine qui n’est autre que la loi naturelle.

Lorsque l’a­mour n’est pas créa­teur, il est des­truc­teur. On ne peut pas dis­so­cier l’a­mour du sacri­fice. Le che­min de l’a­mour est un che­min de mon­tagne, long et rude, aux obs­tacles tou­jours renais­sants. Mais, la joie, la fier­té des som­mets gra­vis, des larges hori­zons conquis, du ciel plus proche, récom­pense ceux-​là seuls qui eurent le cou­rage des dures ascensions.

C’est dire com­bien faussent le sens de l’a­mour toutes ces images impures qui couvrent les écrans d’or­di­na­teurs, de télé­vi­sion et de ciné­ma ain­si que les affiches publi­ci­taires de nos rues. En mépri­sant les lois élé­men­taires de l’a­mour humain, ces sol­li­ci­ta­tions poussent au plus facile, à ce qui demande le moins d’ef­fort, au moins beau, au plus avi­lis­sant et plus dégradant.

« La jeu­nesse n’est pas faite pour le plai­sir. Elle est faite pour l’hé­roïsme » écri­vait Claudel.

Quelle dif­fé­rence entre un jeune livré au plai­sir avi­lis­sant et un jeune prêt à se sacri­fier pour atteindre un idéal de sain­te­té. Le vice est triste, la ver­tu, joyeuse. Le visage lui-​même porte les stig­mates du péché. A 18 ans, Charles de Foucauld, celui que ses cama­rades nomment « le pour­ceau », non seule­ment est triste jus­qu’à son­ger au sui­cide, mais son visage même, lourd, épais, sans lumière, tra­hit les hontes et les détresses de son âme. Les années passent. L’ascète de Tamanrasset, l’homme don­né, sacri­fié à ses frères, est là, trans­fi­gu­ré. Visage éma­cié mais lumi­neux, rayon­nant de paix et de joie inté­rieure. « C’est le miracle de l’âme qui sculpte la car­casse et met sa signa­ture » dira R. Bazin.

Il est ensuite néces­saire, tout en for­ti­fiant la volon­té de l’en­fant, de pro­té­ger son coeur. Choisir une école mixte, c’est expo­ser l’a­do­les­cent à des périls que, sou­vent, il ne peut sur­mon­ter à cause de sa fra­gi­li­té. Le Pape Pie XI écri­vait en 1929 :

« Le Créateur a ordon­né, et dis­po­sé la par­faite com­mu­nau­té de vie entre les deux sexes seule­ment dans l’u­ni­té du mariage ; ensuite, elle les sépare gra­duel­le­ment dans la famille et dans la socié­té. Il n’y a d’ailleurs dans la nature elle-​même, qui a fait les sexes dif­fé­rents par leur orga­nisme, par leurs incli­na­tions, par leurs apti­tudes, aucune rai­son qui montre que la pro­mis­cui­té, et encore moins une éga­li­té de for­ma­tion, puissent ou doivent exis­ter. Les sexes, sui­vant les admi­rables des­seins du Créateur, sont appe­lés à se com­plé­ter réci­pro­que­ment dans la famille et dans la socié­té, et jus­te­ment par leur diver­si­té même. Cette diver­si­té est donc à main­te­nir et à favo­ri­ser dans la for­ma­tion et dans l’é­du­ca­tion, en sau­ve­gar­dant la dis­tinc­tion néces­saire, avec une sépa­ra­tion cor­res­pon­dante, en rap­port avec les âges dif­fé­rents et les dif­fé­rentes cir­cons­tances. Ces prin­cipes sont à appli­quer en temps et lieu, sui­vant les règles de la pru­dence chré­tienne, à toutes les écoles, mais prin­ci­pa­le­ment durant l’a­do­les­cence, la période la plus déli­cate et la plus déci­sive de la formation ».

Quant à l’é­du­ca­tion sexuelle ensei­gnée dans la plu­part des col­lèges, elle ne vise qu’à pré­ser­ver les jeunes des mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles. Notre idéal est infi­ni­ment plus éle­vé. A l’é­cole Saint-​Bernard, un tel cours n’est pas dis­pen­sé. Par contre, dans le cadre de l’ins­truc­tion reli­gieuse en lycée, les prêtres s’ef­forcent de com­plé­ter les connais­sances reçues en famille dans ce domaine en mon­trant la gran­deur et les exi­gences du mariage chrétien.

Chers amis et bien­fai­teurs, après ces réflexions sur un sujet si déli­cat et pour­tant si impor­tant, je fais de nou­veau appel à votre géné­ro­si­té. Nous avons tou­jours besoin de votre aide pour la pour­suite de notre oeuvre d’é­du­ca­tion : vos prières d’a­bord, votre sou­tien finan­cier ensuite. Soyez-​en vive­ment remer­ciés par avance. Les prêtres et les élèves de l’é­cole vous assurent de leurs prières reconnaissantes.

Abbé Bernard de Lacoste, Directeur