LAB de l’école Saint-​Bernard de Courbevoie (92) – Voyage fantastique dans la vraie vie – Avril 2013

Lettre aux parents, amis et bienfaiteurs

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Editorial de l’abbé Bernard de Lacoste

Voyage fantastique dans la vraie vie

Il y a quelques mois, raconte Le Figaro du 28 février der­nier, des parents amé­ri­cains se sont lan­cés dans une aven­ture bou­le­ver­sante : ils ont déci­dé de vider leur mai­son de tous les écrans : télé­vi­sions, ordi­na­teurs, consoles de jeu, iPod, smart­phones, etc., afin de voya­ger avec leurs enfants dans la vraie vie. Les débuts ont été extrê­me­ment dif­fi­ciles pour Anni, 18 ans, Bill, 15 ans, et Sussy, 14 ans. Le sevrage des ado­les­cents fut com­pa­rable à la cure de dés­in­toxi­ca­tion sui­vie par les toxi­co­manes, tant les liens de dépen­dance avec les écrans étaient
tenaces. Trois mois plus tard, quels étaient les résultats ?

Les pro­fes­seurs ont noté une nette amé­lio­ra­tion des résul­tats sco­laires des ado­les­cents, expli­cable par trois rai­sons : d’a­bord, la capa­ci­té d’at­ten­tion des enfants s’est déve­lop­pée de façon spec­ta­cu­laire. Ensuite, la dis­pa­ri­tion des écrans a mis fin à un gas­pillage de temps consi­dé­rable, pour don­ner plus de temps à l’é­tude per­son­nelle et à la saine détente. Enfin, les enfants étaient moins fati­gués pen­dant les cours. En effet, les scien­ti­fiques ont mon­tré pour­quoi l’a­bus d’é­cran per­turbe le som­meil et engendre une fatigue chro­nique : la dopa­mine est une hor­mone sécré­tée pour induire le som­meil. Or, le rayon­ne­ment émis, par les diodes des écrans peut inter­rompre la fabri­ca­tion de la dopa­mine. Voilà pour­quoi ceux qui regardent un écran avant de se cou­cher ont du mal à s’endormir.

La mère de famille s’est réjouie de cette expé­rience. N’ayant plus d’or­di­na­teur, elle a noté au sty­lo sur une feuille de papier : « Mes enfants sont deve­nus capables de lire pen­dant des heures et non plus des minutes, d’a­voir des conver­sa­tions plus longues avec des adultes et de se pro­je­ter au-​delà du moment pré­sent. L’un a repris avec pas­sion l’é­tude de son ins­tru­ment de musique, l’autre dont la chambre était un bac à linge sale géant a retrou­vé le sens de l’ordre, la troi­sième se mit à cui­si­ner et à écrire un roman ». La vie de la famille s’en trou­va éga­le­ment bou­le­ver­sée : « Nous sommes plus proches les uns des autres », affir­ma l’aî­née de la fra­trie. Par exemple, ils ne fuyaient plus les repas pour retour­ner dans leur bulle mul­ti­mé­dia mais s’at­tar­daient à table pour dis­cu­ter. Enfin, ils se mirent à fré­quen­ter leurs amis pour de vrai, ce qui n’est pas ano­din : des études montrent en effet que les neu­rones dédiés aux rap­ports humains des indi­vi­dus qui ont gran­di avec les nou­velles tech­no­lo­gies sont sou­vent sous­dé­ve­lop­pés, si bien qu’ils ont des carences dans cer­taines apti­tudes sociales telles que l’é­coute com­pré­hen­sive du prochain.

Nous vou­lons ajou­ter un der­nier bien­fait de cette expé­rience ori­gi­nale. Si nous vou­lons nous livrer à une acti­vi­té intel­lec­tuelle pro­fonde, et plus encore si nous cher­chons à éle­ver notre âme vers Dieu dans la prière, alors il est indis­pen­sable de rési­der dans la vraie vie, c’est-​à-​dire d’é­teindre écrans et télé­phones por­tables. C’est la condi­tion néces­saire à toute vie inté­rieure digne de ce nom. Les nou­velles tech­no­lo­gies ont fabri­qué une huma­ni­té spi­ri­tuel­le­ment appau­vrie parce que l’homme ne par­vient plus à en être le maître. Vivant à la sur­face de son âme, prêt à répondre au pre­mier signal de son por­table, il est deve­nu inca­pable de se concen­trer et de se recueillir aude­là de quelques minutes. Il ignore la signi­fi­ca­tion des mots médi­ta­tion et contem­pla­tion. Seul le chré­tien qui, quelques heures par jour, par­vient à s’i­so­ler de ces appa­reils, pour éle­ver son regard vers le ciel, dans le silence de son coeur, seul ce chré­tien est capable de mener une vie plei­ne­ment humaine. Dominant les machines, son âme est libre. Avec la grâce de Jésus-​Christ, il pour­ra deve­nir un saint. Alors il expli­que­ra aux autres qu’il faut qua­li­fier de bar­bare et de déca­dent le peuple deve­nu inca­pable de maî­tri­ser l’u­sage des nou­velles technologies.

Nous ne pré­ten­dons pas que ces appa­reils sont intrin­sè­que­ment per­vers. Nous rap­pe­lons sim­ple­ment cette véri­té que la rela­tion qui unit l’homme à la machine est com­pa­rable à celle qui unit le maître à son ani­mal domes­tique. Quand la rela­tion est inver­sée, on parle de révo­lu­tion. Comment qua­li­fier l’être humain deve­nu l’es­clave de son caniche ? Cette situa­tion ridi­cule et dra­ma­tique se ren­contre hélas bien sou­vent chez les jeunes, à leur insu. Elle est sur­tout dan­ge­reuse : lorsque le domp­teur du cirque est domi­né par le tigre, il est phy­si­que­ment en péril de mort. Lorsque l’être doué d’in­tel­li­gence est domi­né par une machine, au point de ne plus pou­voir l’é­teindre, il est spi­ri­tuel­le­ment en péril de mort. Il est alors urgent de prendre éner­gi­que­ment des mesures radi­cales. Que saint Joseph nous en
donne la force !

Les prêtres et les pro­fes­seurs de l’é­cole Saint-​Bernard offrent à tous ceux qui le sou­haitent un voyage inou­bliable dans la vraie vie. Aller simple, évidemment !

Abbé Bernard de Lacoste, Directeur