Lettre n° 12 du Père Directeur de la M.I. – La persévérance des Chevaliers – 25 novembre 2018

Chers Chevaliers de l’Immaculée !

C’est avec joie et gra­ti­tude que je vous informe que notre nou­veau Supérieur General a auto­ri­sé et béni l’installation du Quartier Général International de la M.I à Varsovie. Il a éga­le­ment rédi­gé une lettre de recom­man­da­tion pour le « Petit Manuel de la M.I », qui a déjà été publié en anglais, en fran­çais et en espa­gnol et sera bien­tôt dis­po­nible en alle­mand. Il s’agit d’un résu­mé de toutes les pré­oc­cu­pa­tions de la M.I. : prin­ci­pa­le­ment, son essence et sa jus­ti­fi­ca­tion, son uti­li­té et son actua­li­té. Un cha­pitre par­ti­cu­lier est consa­cré à la rela­tion qu’entretient la M.I. avec les autres mou­ve­ments, car les mal­en­ten­dus et les défiances en ce qui concerne d’autres mou­ve­ments mariaux arrivent régulièrement. 

La par­tie pro­ba­ble­ment la plus impor­tante traite de l’existence concrète de la M.I. : l’engagement dans la M.I. et en par­ti­cu­lier la per­sé­vé­rance des Chevaliers. Il est tou­jours aisé de com­men­cer quelque chose. Mais il est extrê­me­ment dif­fi­cile de conti­nuer et de per­sé­vé­rer dans cette tâche. Toute asso­cia­tion repose mais aus­si bute sur la manière de tenir ses membres alertes et de conser­ver leur zèle ini­tial ou bien même de ren­for­cer ce zèle. Et cela est cer­tai­ne­ment aus­si la grande ques­tion pour tout Catholique et par­ti­cu­liè­re­ment pour chaque Chevalier : com­ment puis-​je res­ter fidèle et le deve­nir encore davantage ?

La pre­mière réponse vient de l’extérieur : il est de la res­pon­sa­bi­li­té de la direc­tion de la M.I. de four­nir constam­ment aux Chevaliers les armes et les muni­tions pour le com­bat des âmes et pour les moti­ver de diverses manières à deve­nir de meilleurs ins­tru­ments dans les mains de l’Immaculée. La struc­ture entière de la M.I. a été conçue afin de conce­voir le maté­riel apos­to­lique et de le four­nir aux Chevaliers, accom­pa­gné d’un manuel d’utilisation appro­prié : ain­si les maga­zines, lettres, dépliants publiés régu­liè­re­ment, les coins de la M.I., etc.

Une autre réponse doit venir de l’intérieur du Chevalier lui-​même : quelle est l’utilité de tous ces efforts si le Chevalier lui-​même les ignore ? S’il ne prend pas ce qui lui est offert et néglige de le consi­dé­rer ? Ainsi, on ne devrait pas être sur­pris de réa­li­ser sou­dain que l’on appar­tient aux Chevaliers en dor­mance, que l’on appar­tient seule­ment de nom aux Chevaliers, qui deviennent infi­dèles à leur pro­messe de réa­li­ser quelque chose pour l’Immaculée et pour le salut des âmes au moins une fois chaque jour.

Ô comme il est impor­tant de prier ain­si pour la fidé­li­té et la géné­ro­si­té, mais aus­si que nous puis­sions contem­pler la nature du Chevalier qui est aus­si bien résu­mé dans la prière de consécration.

Essayons de com­prendre cela un petit peu plus en détail :

Marie, la Médiatrice de toutes les grâces et le fon­de­ment de la M.I. : un pri­vi­lège qui nous apprend que toutes les grâces de la conver­sion et de la sanc­ti­fi­ca­tion obte­nues par Notre Seigneur dans Sa souf­france et par Sa mort sur la Croix ont été confiées à Marie afin qu’elle puisse les dis­tri­buer aux gens de bonne volon­té « quand elle le sou­haite, à qui elle le sou­haite, de la manière dont elle le sou­haite, autant qu’elle le sou­haite » (Saint Bernard). Cette média­tion des grâces prend place dans deux direc­tions : tout d’abord elle s’écoule du Sacré Cœur de Jésus dans les mains de l’Immaculée. La lumière et la grâce de Dieu nous touchent : notre exis­tence entière consiste à retour­ner vers Dieu. A pré­sent notre retour vers Dieu doit prendre place de la même manière que celle par laquelle Dieu est venu a nous, à tra­vers Marie. Ceci a été expri­mé depuis l’antiquité chré­tienne par le fameux idiome « par Marie vers Jésus ». Même Notre-​Dame de Fatima le confirme en des termes simples : « Mon Cœur Immaculé sera votre refuge et le moyen qui vous mène­ra à Dieu. »

Dieu ne force pas l’homme mais il veut notre consen­te­ment libre à son tra­vail sal­vi­fique sur nous. Ainsi, Notre-​Dame peut accom­plir sa mis­sion de Médiatrice en nous si nous le vou­lons clai­re­ment, si nous l’acceptons par un acte de volon­té, par un « oui » en pleine conscience. La Médiatrice dévoi­le­ra son acti­vi­té affec­tueuse en nous au point de nous don­ner à elle par un acte de red­di­tion, la consé­cra­tion de nous-mêmes.

Précisons davan­tage ce que nous don­nons à Notre-​Dame par notre acte de consé­cra­tion. Nous avons vu que dans notre vie spi­ri­tuelle, il y a deux grandes rea­li­tés : notre rela­tion avec Dieu et notre rela­tion avec notre pro­chain. Ceci abou­tit à deux dif­fé­rents actes de consé­cra­tions qui se complètent :

Tout d’abord, nous nous don­nons à Marie afin qu’elle devienne notre mère et notre maî­tresse et afin que nous puis­sions deve­nir ses enfants et ses esclaves. C’est l’acte de consé­cra­tion impor­tant et fon­da­men­tal, qui exprime déjà notre capi­tu­la­tion totale à Marie mais qui est limi­té à notre propre sanc­ti­fi­ca­tion, notre retour per­so­nal à Dieu par Marie. C’est ain­si que la Providence, en ins­pi­rant saint Louis Marie Grignon de Montfort a vou­lu expli­quer la dévo­tion totale à Marie qui nous est pré­sen­tée de manière for­mi­dable dans « le Livre d’Or de la Veritable Dévotion à Marie ».

Ensuite nous nous don­nons à Marie afin qu’elle puisse prendre nos vies dans le monde dans ses mains, c’est-à-dire les tâches que nous devons accom­plir durant cette vie. Nous devrions être alors la cause prin­ci­pale (tou­jours subor­don­née à Dieu, bien évi­dem­ment) de toutes les actions et de nos rela­tions aux autres, et nous devrions nous consi­dé­rer comme les « ins­tru­ments dans ses mains immaculées ».

L’acte de consé­cra­tion de saint Maximilien Kolbe com­mence par un résume bref de la consé­cra­tion de saint Grignon de Montfort. Mais le sujet prin­ci­pal est que nous deman­dons à Marie d’être en pos­ses­sion de toutes nos capa­ci­tés afin de les uti­li­ser comme des canaux à tra­vers les­quels elle peut réa­li­ser les miracles de conver­sion et de sanc­ti­fi­ca­tion des âmes. Ceci lui per­met »d’écraser la tête du ser­pent », de « vaincre toutes les héré­sies de par le monde » et ain­si d’établir plus encore la « domi­na­tion du Sacré Coeur de Notre Seigneur ».
Et c’est exac­te­ment ce que je vou­drais vous pro­po­ser comme réso­lu­tion pour 2019 : que notre consé­cra­tion à l’Immaculée, en tant que ses ins­tru­ments, penètre de plus en plus toutes les par­ties de notre vie, afin que ce que nous lui don­nons par la prière soit aus­si mis en pra­tique dans nos vies quotidiennes. 

Ce qui signi­fie, tout d’abord, prier, médi­ter régu­lie­re­ment sur l’acte de consé­cra­tion, savou­rer chaque phrase, chaque mot, afin de le com­prendre aus­si pro­fon­dé­ment que pos­sible. Des mondes spi­ri­tuels entiers sont ouverts der­rière les mots « Marie nous aime tant », « à qui Dieu a confié l’ordre entier de la misé­ri­corde », « ins­tru­ment », etc. Nos lettres cette année doivent avant tout nous gui­der vers ces pro­fon­deurs spirituelles.

Mais alors arrive un point impor­tant et dif­fi­cile : l’application de la consé­cra­tion dans nos vies quo­ti­diennes. Ceci demande une seule atti­tude fon­da­men­tale : la gene­ro­si­té ! Si on se sent en géné­ral insi­gni­fiant et misé­rable, si on s’inquiète seule­ment de ses propres avan­tages, alors on ne peut pas suivre l’appel du Christ Roi, et alors n’importe quel désir d’aimer Dieu et de rem­plir sa volon­té est mort dans l’oeuf. Ainsi, tout d’abord, nous devons tous essayer d’etre géné­reux dans nos vies quo­ti­diennes : accep­ter avec géné­ro­si­té une humi­lia­tion, sup­por­ter géné­reu­se­ment les erreurs et les imper­fec­tions des autres, dis­tri­buer géné­reu­se­ment les Médailles Miraculeuses et les dépliants, prier avec géné­ro­site le Rosaire jusqu’à la fin, don­ner géné­reu­se­ment quelque chose pour l’Immaculée Conception. Ne faites pas les choses avec ava­rice, faites-​les avec générosité !

Nous avons tous besoin de prier pour que cette géné­ro­si­té se mani­feste dans la consé­cra­tion à l’Immaculée, en met­tant tous les Chevaliers aux pieds du Christ Enfant et de Sa Mère, afin que la lumière vive du Saint Noël nous emplisse tous de grâces et que celles-​ci puissent s’écouler à tra­vers notre che­va­le­rie dans les coeurs des pauvres pécheurs.
Avec ma bénédiction 

Buccaramanga le 25 novembre 2018

Abbé Karl Stehlin, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Source : La Porte Latine du 14 décembre 2018