Journée du samedi 25 octobre 2008 – Sermon de l’abbé Yves le Roux


Sermon de l’abbé Yves le Roux,
Recteur du séminaire de Winona – USA

« Je ne vous pro­mets pas d’être heu­reuse en ce monde ».

Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

Mes Seigneurs, Mes bien chers confrères, Mes révé­rendes sœurs, Mes bien chers Frères,

Cent cin­quante ans se sont écou­lés. Pas un n’a ter­ni l’éternelle jeu­nesse de Notre Dame de Lourdes. Et Son mes­sage n’a rien per­du de son acui­té. Il est même d’une brû­lante actua­li­té en notre temps où règne une morne jouis­sance. Quelle est la rai­son de cette éter­nelle jeu­nesse de Notre Dame de Lourdes, sinon comme Elle l’a sou­li­gné Elle-​même, Son Immaculée Conception ? Et si nous nous pen­chons quelques ins­tants sur ce mys­tère inef­fable de l’Immaculée Conception, ce mys­tère de l’Amour de Dieu pour Notre Dame, nous y voyons un double mou­ve­ment : une absence, et une présence.

Cette absence, c’est l’absence du péché, bien enten­du, qui est la vieillesse de l’âme, et qui est aus­si la vieillesse du monde. Et nous le voyons hélas trop sou­vent sur ces visages d’enfants, les enfants d’aujourd’hui, dont le visage est flé­tri, mar­qué, déjà hap­pé par la jouis­sance. Ils portent trop sou­vent, mal­heu­reu­se­ment, des masques d’horreur. Notre Dame en revanche, a cette lim­pi­di­té du visage, parce que ce visage ne reflète que la lim­pi­di­té de Son âme. Il n’y a en Notre Dame que lim­pi­di­té, parce que Notre Dame ne se recherche en rien, Elle ne court pas après quelque pré­bende. Aussi ne connaît-​Elle aucune tris­tesse et Son âme est tou­jours dans la Joie et Son visage reflète cette Joie. Mais plus qu’une absence, l’Immaculée Conception est une pré­sence, essen­tiel­le­ment une présence.

Présence de Dieu dans l’âme de la Très Sainte Vierge Marie. Notre Dame est consa­crée à Dieu. Elle ne S’appartient plus. Elle aime sans ombre. Elle est don­née. Elle est donc sacri­fiée. Et sacri­fiée, Elle connaît ce bon­heur de l’âme qui ne vit plus que pour Dieu, qui est débar­ras­sée d’elle-même, qui est orien­tée, qui est diri­gée vers Dieu. Son âme est le miroir de l’Amour Divin qui peut s’y reflé­ter sans ombre. Aussi, forte de cette jeu­nesse de Dieu, de cette jeu­nesse de la Vérité, Notre Dame s’adresse à Sainte Bernadette. Et parce que le prin­cipe même de Sa jeu­nesse est Dieu, et que Sa jeu­nesse est éter­nelle, se jouant du temps, Notre Dame s’adresse à cha­cune de nos âmes.

« Je ne vous pro­mets pas d’être heu­reux en ce monde »

Et nos âmes, nos âmes suf­fo­quant dans un air ambiant où la jouis­sance règne, nos âmes ont besoin d’entendre ces paroles d’Espérance. Et non seule­ment de les entendre, mais de les péné­trer, de les com­prendre pour par­ti­ci­per à l’éternelle jeu­nesse de Notre Dame qui n’est autre que l’éternelle cha­ri­té de Dieu.

Nous mou­rons en effet de cette hégé­mo­nie de la jouis­sance. Nos âmes s’étiolent. Et nous som­brons imper­cep­ti­ble­ment dans un catho­li­cisme mon­dain. Nous sommes dans un uni­vers des âmes bla­sées. De ces âmes qui ne craignent pas de com­po­ser avec le monde. Et parce qu’elles com­posent avec le monde, ces âmes sont en dan­ger de se décom­po­ser. Ce jeu est dan­ge­reux. Il n’est que temps de se mettre à l’école de Notre Dame de Lourdes, pour en rece­voir des paroles de vie, des paroles d’espérance. Nous ne savons plus, ‑du moins guère plus‑, nous ne savons plus nous enthou­sias­mer, nous élan­cer sans cal­cu­ler, nous don­ner jusqu’au sacri­fice et au sacri­fice de nous-​mêmes. Nos âmes embour­geoi­sées ont reti­ré de la vie catho­lique ce qui en fait la saveur et l’honneur, à savoir la Croix. Aussi, nous comp­tons notre peine, nous relu­quons les satis­fac­tions et nous refu­sons avec hor­reur les sacri­fices. Par Ses paroles éner­giques, Notre Dame redonne intel­li­gence à la vie catho­lique. En don­nant à la Croix toute Sa place. Et nous trou­vons dans Ses paroles le secret de la jeu­nesse de la Très Sainte Vierge Marie, de la jeu­nesse de la Vérité. La Croix. Le sacri­fice. Le renon­ce­ment. Voilà la splen­deur de la vie chré­tienne. Ne l’édulcorons pas. Sans sacri­fice, la vie chré­tienne n’est qu’une coquille vide.

Mais reve­nons à Notre Dame. Elle pré­sente la Croix : « Je ne vous pro­mets pas d’être heu­reux en ce monde ». Mais de la Croix, et d’Elle seule, jaillit la vie. « Je vous pro­mets d’être heu­reux dans l’autre vie, dans l’Eternité ». Voilà toute notre Foi. Voilà toute notre vie. La Croix comme source de Vie, comme unique source de Vie. Et nous le chan­tons dans la Liturgie, dans le Temps de la Passion et à la Fête de l’Exaltation de la Très Sainte Croix : « Ave, Crux, Spes uni­ca ! » : « Salut Ô Croix, Espérance (et non espoir !) unique ! » Et voi­là ce que nous devons faire : repla­cer la Croix au centre de nos vies.
Placer l’esprit de renon­ce­ment au centre de nos vies, en fai­sant chaque jour s’il est pos­sible un acte de sacri­fice pour accep­ter les croix que le Bon Dieu nous donne chaque jour, fort heureusement. 

Replacer la Croix, l’esprit de renon­ce­ment au centre de nos familles. Particulièrement en don­nant à nos enfants une édu­ca­tion ferme, stricte, et affec­tueuse. Replacer la Croix, l’esprit de renon­ce­ment, au centre de nos épreuves. Et nos malades, qui sont ici pré­sents, nous donnent l’exemple d’une vie de prière et d’offrande. Et Sa Sainteté le Pape Pie XII appe­lait Notre Dame « le cœur de l’Eglise », et les malades « le pou­mon de l’Eglise ». Ceux qui en offrant leur souf­france, retrouvent le souffle, la Vie, celle que donne la Croix : la Sainteté des âmes. 

Replacer la Croix, cet esprit de renon­ce­ment, au centre de la socié­té. Et la Fête de demain, celle du Christ Roi. Le mal est pro­fond dans la socié­té, gru­gée par l’individualisme.

Replacer la Croix, l’esprit de renon­ce­ment, au centre de la vie de l’Eglise, tout d’abord en adhé­rant plei­ne­ment, sans choi­sir, sans états d’âme, sans rien sacri­fier, de suivre la Doctrine Catholique. La Doctrine Catholique est un sacri­fice pour l’intelligence. Et nous devons aimer ce sacri­fice que Dieu nous demande. Mais, bien enten­du, nous vou­lons repla­cer la Croix et le Sacrifice au centre de l’Eglise, par la célé­bra­tion du Saint Sacrifice de la Messe de tou­jours. Et le prêtre, chaque prêtre, au tout début de la Messe, le dit d’une manière magni­fique : cette Messe, ce Sacrifice nous intro­duit dans la jeu­nesse de Dieu, dans la Charité de Dieu. « Introibo ad altare Dei » : « Je m’avancerai, j’irai vers l’autel de Dieu » . « Ad Deum qui læti­fi­cat juven­tu­tem meam » : ce Dieu qui réjouit ma jeu­nesse, la jeu­nesse de mon âme, la jeu­nesse de la Vérité, la jeu­nesse de la Croix, la jeu­nesse du renon­ce­ment, la jeu­nesse d’une âme qui ne s’appartient plus, mais qui appar­tient à Dieu par le sacrifice.

Tel est le sens de notre Pèlerinage : nous remettre à l’école de Notre Dame de Lourdes. Ecole de renon­ce­ment. Renoncement per­son­nel : « Si vous ne faites pas péni­tence, vous mour­rez tous ». Et il est une forme, peut-​être la plus belle, de ren­trer dans cet esprit de péni­tence, qui est de se pré­sen­ter au Tribunal de la Pénitence et d’accuser bon­ne­ment, sim­ple­ment, lar­ge­ment, nos péchés. Pour rece­voir de Dieu cette Miséricorde, dont nous avons tous besoin. Renoncement social. Dans ce monde délé­tère, il nous revient le devoir d’être apôtre, d’être témoin. Témoin du Christ. Et, selon l’appel de Notre Dame de Lourdes, sous Son aus­pice, à tenir nos âmes fixées sur les biens éter­nels, à com­battre pour l’Honneur de Dieu.

C’est la grâce que nous deman­de­rons au cours du Saint Sacrifice de la Messe, en répé­tant les paroles du prêtre que Nous avons citées à l’instant. Et en nous met­tant ain­si, à la fois à l’école de la Messe, et à l’école de Notre Dame de Lourdes. Nous acquer­rons alors l’esprit chré­tien, qui est un esprit de sépa­ra­tion du monde, pour ren­trer en ami­tié avec Dieu. Et nous ren­tre­rons en ami­tié avec Dieu parce que nous serons les amis de la Croix. Dans les ombres sombres que nous vivons, nous devons êtres ces âmes d’Espérance, tour­nées vers Dieu, cer­tains de la Victoire.

Le com­bat que nous menons débou­che­ra sur la Victoire et nous devons en être des instruments.

Et qu’il me soit per­mis de citer Monsieur de Charrette. Dans son fran­çais rugueux, qui sou­ligne davan­tage ce que Nous vou­lons expri­mer, il nous dit et Nous aimons à le répé­ter : « Nous sommes la jeu­nesse de Dieu, Messieurs ».

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

Abbé Yves le Roux, Recteur du sémi­naire de Winona (USA)

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Sermon de l’ab­bé Yves le Roux