Journées de la Tradition des 8 et 9 octobre 2016 : la conférence de Mgr Fellay

Lors des Journées de la Tradition, Mgr Bernard Fellay, Supérieur géné­ral de la Fraternité Saint-​Pie X a don­né une confé­rence dont on trou­ve­ra ici la trans­crip­tion de la seconde par­tie, consa­crée à l’état pré­sent des rela­tions avec Rome.

Un concile pastoral peut-​il être discutable ?

Tout d’un coup, il y a un peu plus d’une année, Rome nous a fait une nou­velle pro­po­si­tion. Ils étaient vrai­ment blo­qués parce que nous disions : non. Nous ne pou­vons pas dire que le Concile est tra­di­tion­nel. Nous ne pou­vons pas. Et puis cette nou­velle messe, nous ne pou­vons pas dire qu’elle est bonne. Eh bien ! tout d’un coup, on nous a fait une nou­velle pro­po­si­tion, et on peut com­prendre ce qui s’est pas­sé à tra­vers cer­tains entre­tiens don­nés par Mgr Pozzo. Il nous explique que, au début, ils ont vou­lu nous faire tout accep­ter et que cela ne mar­chait pas. Ils se sont donc deman­dé com­ment s’en sor­tir puisque tout était blo­qué, et il semble qu’ils aient trou­vé le moyen. C’était de dis­tin­guer dans le Concile cer­taines par­ties plus impor­tantes et d’autres moins impor­tantes. La pre­mière fois que Mgr Pozzo en parle, c’est au mois de février de cette année 2016, mais voyez c’est déjà presque neuf mois après qu’ils nous aient fait leur proposition.

Ils ont effec­ti­ve­ment lais­sé tom­ber des choses assez impor­tantes. Ils ne nous demandent plus de pro­non­cer la « pro­fes­sion du car­di­nal Ratzinger ». Là où Mgr Lefebvre avait achop­pé pré­ci­sé­ment sur une parole du car­di­nal Ratzinger qui avait fait un ajout à la pro­fes­sion de foi habi­tuelle. Et cet ajout concerne ce qu’on appelle le magis­tère authen­tique. Le car­di­nal Ratzinger, à l’époque, avait expli­qué qu’avec cet ajout on deman­dait une sou­mis­sion reli­gieuse aux textes du magis­tère authen­tique, obli­geant les catho­liques à accep­ter le Concile.

On peut en dis­cu­ter : en soi, c’est vrai qu’on doit aux textes, comme une ency­clique par exemple, une sou­mis­sion res­pec­tueuse. Il est nor­mal de rece­voir ce texte res­pec­tueu­se­ment, puisque c’est l’autorité suprême qui s’exprime. En soi, la phrase n’est pas cho­quante, elle est même catho­lique. Mais bien sûr, quand on fait le lien avec ce Concile, cela com­mence à deve­nir plus gênant.

Et donc, nous avons vrai­ment blo­qué sur cette pro­fes­sion de foi. Eh bien, à la fin, on ne nous la demande plus ! On nous demande de pro­non­cer l’ancienne, celle qu’on appelle la pro­fes­sion de foi tri­den­tine ou de Pie IV. Dans le texte, ils l’appellent la « pro­fes­sion des pères du Concile ». Oui, les pères du Concile – c’est-à-dire tous les évêques réunis au concile Vatican II – ont fait, au début de la pre­mière ses­sion, une pro­fes­sion de foi qui est la pro­fes­sion de foi tra­di­tion­nelle. De même que la messe qui était célé­brée pen­dant le Concile, était l’ancienne messe…

Divers degrés d’autorité et d’obligation dans les textes conciliaires

En deuxième point, ils avaient rayé tout ce qui concerne la liber­té reli­gieuse, l’œcuménisme. On ne nous deman­dait plus rien. C’est inté­res­sant ! Pourquoi font-​ils cela ? Dans cette pre­mière inter­view don­née à Zenit au mois de février (28 février 2016. NDLR), on voit qu’il faut quand même accep­ter tout le Concile. Mais effec­ti­ve­ment, il y a des degrés. Et, cette pen­sée va être pré­ci­sée au mois d’avril (La Croix, 7 avril 2016). Et là cela devient par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant, parce que tout d’un coup on va nous dire que ce qui a été pro­duit par le Concile mais qui n’est pas dog­ma­tique, c’est-à-dire tout ce qui est décla­ra­tions –décla­ra­tion au monde, etc. –, ce ne sont pas des cri­tères de catho­li­ci­té, selon Mgr Pozzo. Qu’est-ce que cela veut dire ? « Vous n’êtes pas obli­gés d’être d’accord pour être catho­liques ». C’est ce qu’il a com­men­cé à dire en par­lant de la Fraternité. Et à nous, d’une manière expli­cite, il nous a dit : « Sur la liber­té reli­gieuse, sur l’œcuménisme, sur Nostra Ætate, sur la réforme litur­gique, vous pou­vez main­te­nir votre posi­tion ». Quand je l’ai enten­du, j’ai trou­vé cela tel­le­ment fort, que je lui ai dit : « Il n’est pas impos­sible que je doive vous deman­der de venir nous le dire, parce que nos confrères ne vont pas me croire. » Et encore aujourd’hui, je pense qu’il est légi­time de poser la ques­tion : est-​ce que c’est sérieux ? Est-​ce vrai, ou pas ? Mgr Pozzo a effec­ti­ve­ment don­né plu­sieurs inter­views. Je vous ai cité celle du mois d’avril, il y a eu celles du mois de juillet (Zenit, 4 juillet 2016, et Christ und Welt, 28 juillet 2016)… Entre les deux, au mois de juin, il y a son supé­rieur, le car­di­nal Müller, qui a dit le contraire (Herder Korrespondenz, juin 2016). Donc vous avez d’un côté Mgr Pozzo qui est le secré­taire de la Commission Ecclesia Dei, qui a dit en public (dans La Croix du 7 avril 2016) : « ‘Les affir­ma­tions des véri­tés de foi et de doc­trine catho­lique sûre conte­nues dans les docu­ments du concile Vatican II doivent être accueillies selon le degré d’adhésion requis’, pour­suit l’évêque ita­lien qui redit la dis­tinc­tion entre le dogme et cer­tains décrets ou décla­ra­tions conte­nant des ‘direc­tives pour l’action pas­to­rale, des orien­ta­tions et sug­ges­tions ou des exhor­ta­tions de carac­tère pratico-​pastoral’, comme c’est le cas notam­ment de Nostra Ætate ouvrant au dia­logue avec les reli­gions non chré­tiennes. Celles-​ci ‘consti­tue­ront y com­pris après la recon­nais­sance cano­nique un sujet de dis­cus­sion et d’approfondissement en vue d’une plus grande pré­ci­sion, afin d’éviter les mal­en­ten­dus ou équi­voques qui, nous le savons, sont répan­dus dans le monde ecclé­sial actuel.’ » C’est très intéressant.

Mais ce sont des paroles qui ne sont pas tou­jours très claires. Selon que l’on se situe d’un côté ou de l’autre, Mgr Pozzo se trouve un peu coin­cé. A nous, il dit : « Vous avez le droit de ne pas être d’accord, et d’être catho­liques ». Cependant, si c’est dit trop fort dans le monde des modernes, c’est la révo­lu­tion. Pourquoi ? Parce que, et cela nous l’avons tou­jours dit : ces fameux germes mor­ti­fères pour l’Eglise, intro­duits au Concile, l’ont été dans ces docu­ments sur l’œcuménisme, la liber­té reli­gieuse, Nostra Ætate, la rela­tion avec les reli­gions non chré­tiennes. C’est bien là, avec aus­si Gaudium et spes, que l’on trouve le plus for­te­ment expri­mée cette approche posi­tive du monde. C’est pour cela que nous avons tou­jours dit que nous sommes contre. Dans le Concile, c’est sûr, on trouve la répé­ti­tion de quan­ti­té de dogmes, on y dit qu’il y a la Sainte Trinité, que Notre Seigneur Jésus est Dieu, on y dit tout cela ! On dit même, dans le Concile, que pour être sau­vé, il faut pas­ser par Notre Seigneur. C’est dit dans le Concile. Il y a même quelqu’un qui s’est amu­sé à mon­trer que nous étions plus fidèles au Concile que les jésuites…

Mais, le pro­blème, ce ne sont pas les bonnes choses qu’on peut y trou­ver et qui existent bel et bien. Le pro­blème, c’est le mal ! Si vous met­tez dans une soupe une goutte de cya­nure, vous avez beau y mettre de bons légumes, du bon bouillon, la meilleure eau que vous vou­lez, le potage est imbu­vable à cause du poi­son. C’est ce qui se passe au Concile. C’est pour cela que nous disons que le Concile est imbu­vable. Pas à cause des bonnes choses qu’on peut y trou­ver, mais à cause du poi­son. Et jus­te­ment, ce poi­son se trouve concen­tré non pas par­tout, mais dans un cer­tain nombre de ces docu­ments dont Mgr Pozzo nous dit aujourd’hui : « Vous n’êtes pas obli­gés de les accep­ter pour être recon­nus comme catholiques ».

Encore une fois, la grande majo­ri­té des gens qui sont dans l’Eglise aujourd’hui, pensent exac­te­ment le contraire. C’est-à-dire qu’ils voient dans ces docu­ments le fon­de­ment de leur Eglise, ce qu’on appelle l’Eglise conci­liaire. Les modernes vivent pré­ci­sé­ment de cela. Une par­tie de notre action consiste à dire ce que je vous dis de façon suf­fi­sam­ment ouverte pour voir com­ment les modernes vont réagir, parce que – en soi – ils doivent réagir. Ils ne peuvent lais­ser pas­ser cela. Ils doivent réagir à Rome et ils doivent dire aux auto­ri­tés : « Ce n’est pas pos­sible ». Quelque part il va y avoir un : « c’est eux ou nous ». C’est incon­ci­liable. On va voir ce qui va se passer.

Un concile théoriquement pastoral, mais pratiquement dogmatique

Le car­di­nal Müller a insis­té en disant : « Mais non, la Fraternité doit accep­ter tout le Concile ! » Et même il a par­lé d’un enga­ge­ment sans res­tric­tion sur l’œcuménisme. Mais pas seule­ment… Il parle de la litur­gie, de la liber­té reli­gieuse. Et après, son subor­don­né redit le contraire, en juillet. C’est le désordre ! Qui est-​ce qu’il faut croire ? Il est impos­sible de pen­ser que Mgr Pozzo dise ces choses-​là s’il n’est pas sou­te­nu. Et en fait celui qui le sou­tient, c’est le pape. Evidemment, ce sont des situa­tions invrai­sem­blables. Et moi, j’attends de voir, car il y a déjà eu des actions contraires. Il y en a eu, par exemple, des laïcs alle­mands unis à une asso­cia­tion juive (domradio.de, 19 mai 2016) qui ont fait une décla­ra­tion publique en disant : « Accepter la Fraternité sans Nostra Ætate, c’est inad­mis­sible ». Purement et sim­ple­ment. Un pro­fes­seur de théo­lo­gie alle­mand (Jan-​Heiner Tück, Neue Zürcher Zeitung, 23 mai 2016, et Salzburger Nachrichten, 5 juillet 2016) a fait une décla­ra­tion à Vienne en disant : « Si on laisse la Fraternité ren­trer dans l’Eglise sans le Concile, c’est le che­val de Troie dans l’Eglise ». Et cela a même été repris par Radio Vatican. Il y a eu d’autres textes, notam­ment celui de la repré­sen­tante de l’American Jewish Committee à Rome (Lisa Palmieri-​Billig, Vatican Insider, 28 juillet 2016. NDLR). Elle a com­men­té l’article de Mgr Pozzo du mois de juillet, où il main­te­nait jus­te­ment de manière très claire, que non, Nostra Ætate, l’œcuménisme, ne sont pas des cri­tères de catho­li­ci­té, qu’on a le droit de ne pas être d’accord et d’être catho­lique quand même. Et l’article, qui est très intel­li­gem­ment rédi­gé, cite un rab­bin, un pro­fes­seur de théo­lo­gie, et un musul­man qui dit : « Nous sui­vons de très près cette his­toire de la Fraternité avec Rome, de ses rela­tions parce que nous aus­si, nous sommes impli­qués ». Un article très intel­li­gem­ment rédi­gé qui est un aver­tis­se­ment très clair à Rome.

Il y a eu d’autres publi­ca­tions encore… Celle notam­ment d’un jésuite suisse (Christian Rutishauser SJ, Tages-​Anzeiger, 30 sep­tembre 2016) qui est un des membres appar­te­nant à ce comi­té qui conseille le pape dans ses rela­tions avec les juifs. Il vient de décla­rer dans un jour­nal de son pays qu’il va par­ler au pape car il est abso­lu­ment inac­cep­table de rece­voir la Fraternité sans l’obliger à adhé­rer à Nostra Ætate. Ainsi donc, il est rai­son­nable de pen­ser qu’il va y avoir une pres­sion énorme pour faire révi­ser ces juge­ments qui sont main­te­nant publics, comme quoi un cer­tain nombre de docu­ments du Concile n’obligent pas pour être catho­lique. Alors on va voir, cela sera très intéressant.

On va voir ce que l’autorité va faire. Si l’autorité main­tient le prin­cipe, même sans dire qui a rai­son ou qui a tort… Car le simple fait de dire qu’on a le droit de ne pas être d’accord, c’est un bou­lon qu’on fait sau­ter au Concile ou une vis qu’on enlève. Donc, cela devient extrê­me­ment inté­res­sant. Cela peut être le début de la fin du Concile, dès lors que l’Eglise dit que ce n’est pas obli­ga­toire. Ce qui en soi est vrai, ce n’est pas obli­ga­toire. Que l’autorité le dise, cela pour­rait bien être un début très inté­res­sant. Ce n’est pas la fin du com­bat, mais on res­taure un prin­cipe extrê­me­ment impor­tant en disant : « non, ces textes-​là ne sont pas obligatoires ».

Un magistère flou

Cette idée de non obli­ga­tion est une nou­velle manière de pen­ser dont je ne dis pas qu’elle est bonne, mais qu’on voit appa­raître depuis quelques années et qui est extrê­me­ment impor­tante pour la suite. Lorsqu’en 2014 nous avons dis­cu­té avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, nous avons essayé de mon­trer qu’il y avait un grand pro­blème au niveau de l’enseignement dans l’Eglise, au niveau du magis­tère. Et j’avais pris quelques exemples. Ainsi cette décla­ra­tion du Saint-​Siège sur la messe des chal­déens appe­lée Anaphore d’Addaï et Mari, c’est-à-dire une messe durant laquelle les chal­déens non catho­liques n’utilisent pas les paroles de la consé­cra­tion. Or vous avez une décla­ra­tion romaine qui affirme que cette messe est valide. Alors j’ai dit à Rome que cela détruit com­plè­te­ment toute la théo­lo­gie des sacre­ments. Vous savez ce qu’ils m’ont répon­du ? « Ce texte ne relève pas du magis­tère ». Et pour­tant on enseigne à tout le monde qu’une « messe » – qui en fait n’est pas une messe, serait une messe valide, sans les mots de la consé­cra­tion. Et après, quand on fait une récla­ma­tion, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi nous répond que ce n’est pas du magis­tère. Alors, qu’est-ce donc, si ce n’est pas du magis­tère ? Ils ont dit que cela n’avait pas été pro­duit par une des ins­tances magis­té­rielles, mais par un « Conseil ».

Un autre exemple. La décla­ra­tion de Balamand (23 juin 1993). C’est une décla­ra­tion rédi­gée par des délé­gués du Saint-​Siège, des car­di­naux et des ortho­doxes. L’Eglise pro­met de ne pas conver­tir les ortho­doxes. Et même condamne le fait d’essayer de les conver­tir, ce qu’on appelle l’uniatisme. De nou­veau, la réponse du Saint-​Siège fut de dire : « Ce n’est pas du magis­tère ». Et, tout récem­ment, vous avez un texte publié par le car­di­nal Koch, sur les rela­tions avec les juifs (Document de la Commission pon­ti­fi­cale pour les rap­ports reli­gieux avec le judaïsme, 10 décembre 2015). C’est un texte mons­trueux, car­ré­ment héré­tique, qui pré­tend que les juifs peuvent être sau­vés sans pas­ser par Notre Seigneur (au n°36). Directement le contraire de ce que nous enseigne l’Ecriture sainte et le pre­mier pape lui-​même, saint Pierre qui dit ceci aux juifs : « Il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été don­né par­mi les hommes, par lequel nous devions être sau­vés. » (Actes 4, 12) C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autre moyen d’être sau­vé que de pas­ser par Notre Seigneur. Et voi­là que le car­di­nal Koch estime qu’on peut faire une décla­ra­tion dans laquelle on dit le contraire. Mais, il nous dit, et c’est noir sur blanc (dans la Préface) : « Cela n’est pas du magistère ».

Mais alors à quoi jouent-​ils ? Ils enseignent sans ensei­gner. Cela éta­blit une confu­sion par­tout. C’est une nou­velle atti­tude… Jusqu’ici, c’était clair pour tout catho­lique que lorsque Rome parle : Roma locu­ta est, cau­sa fini­ta est. Rome parle, Rome enseigne, et c’est fini. Et là on est en train de nous dire que non, « on lance sim­ple­ment des pistes de réflexion ». Dans beau­coup de ses ency­cliques, Jean-​Paul II a même par­lé de « médi­ta­tions ». Ce n’est plus un ensei­gne­ment, c’est une « méditation ».

Je vous donne ces élé­ments pour vous mon­trer où on en est. Les entre­tiens doc­tri­naux conti­nuent, ils deviennent de plus en plus inté­res­sants parce que les auto­ri­tés com­mencent à ouvrir la dis­cus­sion. Jusqu’ici c’était uni­que­ment : « Obéissez ». On enseigne et puis taisez-​vous, soumettez-​vous. Tout d’un coup, ils changent d’attitude. Je pense qu’ils sont for­cés, c’est un peu une conclu­sion de ce que me disait Mgr Pozzo, ils sont for­cés par la situa­tion catas­tro­phique, la confu­sion abso­lu­ment géné­ra­li­sée, jusqu’à Rome. Ils sont for­cés de lâcher du lest. Ils ne peuvent plus tenir leurs posi­tions, cela ne sert plus à rien. Cela me fait pen­ser à ces paroles du car­di­nal Müller en 2014. Il nous disait : « Vous êtes en train d’obliger la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à vous consa­crer un temps pré­cieux, alors qu’il y a d’énormes pro­blèmes dans l’Eglise ! ». C’est inté­res­sant, mais c’est jus­te­ment ce qu’on leur montre ! Tout à coup, on est en train de consta­ter qu’il y a d’énormes pro­blèmes. Et ils se disent : cette Fraternité n’est pas un pro­blème si énorme. Mais ils sont embê­tés puisque nous leur disons : « C’est vous le pro­blème ». Ils ne savent plus com­ment nous prendre, et ils lâchent du lest. Jusqu’où cela ira-​t-​il ? Nous ver­rons bien. Mais je crois qu’actuellement, la situa­tion est tel­le­ment catas­tro­phique que cela cause une réac­tion extrê­me­ment inté­res­sante. A plu­sieurs niveaux.

Au niveau des dis­cus­sions, tous les évêques envoyés par Rome avec les­quels nous avons eu des entre­tiens doc­tri­naux, depuis deux ans, nous ont dit que les points en dis­cus­sion – tou­jours les mêmes – sont des « ques­tions ouvertes ». Ils ont tous dit cela, car­di­nal inclus. Des « ques­tions ouvertes », c’est-à-dire dont on peut dis­cu­ter. Donc ce n’est plus obli­ga­toire. Et ces dis­cus­sions, elles portent des fruits. On ne les voit pas encore, car c’est au niveau de la réflexion théo­lo­gique. Et cela prend beau­coup de temps bien sûr. Il y a des bal­bu­tie­ments qui vont dans la direc­tion que j’ai indi­quée. Certains pas­sages de Mgr Pozzo peuvent être inter­pré­tés comme s’il vou­lait uti­li­ser ces dis­cus­sions pour essayer de cor­ri­ger le tir dans l’Eglise. Mais il n’ose pas le dire trop fort, car pré­ci­sé­ment il y a une majo­ri­té qui va dans l’autre sens.

Des soutiens inattendus

De plus, avec ce que fait le pape, il y a eu des pro­tes­ta­tions de car­di­naux sur les ques­tions morales, sur la ques­tion du mariage, sur la ques­tion de la com­mu­nion don­née aux divorcés-​remariés. Il y a un cer­tain nombre de car­di­naux qui ont pris des posi­tions publiques, et aus­si des évêques. Il y en a cer­tains qui ont clai­re­ment dit de manière ouverte leur refus, en décla­rant : « Non, on ne fera pas cela. » Il y a les évêques afri­cains qui ont dit clai­re­ment qu’il n’est pas ques­tion de don­ner la com­mu­nion aux divorcés-​remariés. C’est une réac­tion qui est en train de dire non à l’autorité suprême. Ce que nous, nous fai­sons depuis cin­quante ans. Cela devient extrê­me­ment inté­res­sant. Nous ne sommes plus les seuls.

Alors cer­tains disent : « Attention ! Attention ! Si vous allez faire un accord, après ils vont vous fer­mer la bouche ». Mais c’est pas­sé cela ! C’est fini ! Il y en a d’autres qui parlent. Nous ne sommes plus les seuls. Nous n’avons plus le mono­pole de la pro­tes­ta­tion. Ils ne sont pas très nom­breux, mais ce nombre aug­mente. Et puis de temps en temps, je reçois des lettres. Comme celle-​ci, je vous la lis en anglais parce que c’est une image : Stick to your guns. Always stick to your guns. Cela veut dire : Ayez les mains sur vos revol­vers. Tenez-​les bien en main. Autrement dit : « Défendez-​vous. Toujours. Et refu­sez des com­pro­mis dans ces choses qui n’appartiennent pas réel­le­ment à la sub­stance de la foi : la liber­té reli­gieuse, l’œcuménisme, le dia­logue avec les reli­gions non chré­tiennes. Nous sommes nom­breux dans la hié­rar­chie à pen­ser et croire ce que vous faites concer­nant ces ques­tions. » C’est un évêque qui m’a écrit. Il n’écrit pas « je », il écrit « nous » sommes nom­breux. Il a écrit d’autres choses encore que je n’ose pas vous lire tel­le­ment elles sont louan­geuses, mais c’est du genre : « Nous avons besoin de voix qui nous disent les limites de notre liber­té dans ces domaines-​là ». Il dit que l’Eglise, qui enseigne la véri­té, s’est aujourd’hui per­due dans le gris, le flou. Il ajoute « Moi je crois à l’Eglise, cela ne peut pas durer, mais c’est l’état actuel ». Il dit même : « Venez à notre secours ». Et aus­si : « Ne lâchez rien, conti­nuez comme cela, on en a besoin ! » C’est nou­veau ! Cela n’existait pas avant ! Les évêques nous disaient : évi­dem­ment il y a des pro­blèmes, mais enfin… Et là ils nous disent : « Résistez, on en a besoin ! » Effectivement, ils ne parlent pas trop fort parce qu’ils savent très bien que s’ils le font, ils se feront cou­per la tête.

Mais ils tra­vaillent dans le silence, ils tra­vaillent à réta­blir l’ancienne messe, comme un arche­vêque, qui m’a dit : « J’ai une géné­ra­tion de prêtres qui est per­due. On ne peut rien faire avec. Alors qu’est-ce que je fais ? Je m’occupe des jeunes ». Et les deux cri­tères qu’il m’a don­nés : la for­ma­tion des prêtres, en théo­lo­gie, c’est la Somme de saint Thomas, et en spi­ri­tua­li­té, en litur­gie, c’est l’ancienne messe. Je ne vous dis pas leur nom, parce qu’on ne veut pas les griller ces pré­lats, mais ils sont plu­sieurs. J’en découvre, comme cela, par sur­prise, et il y en a un cer­tain nombre ! Et ce sont de jeunes évêques ! Et cer­tains d’entre eux sont nom­més par le pape François ! Il ne nomme pas que des méchants ! Il est tout mélan­gé, comme toute son atti­tude, ce qui aug­mente aus­si la confu­sion géné­ra­li­sée. Mais c’est extrê­me­ment inté­res­sant de voir qu’il y a ce mou­ve­ment, et je suis cer­tain qu’il ne s’arrêtera plus. Pourquoi ? Parce que ces évêques voient où est le vrai, ils ne lâche­ront pas. Ils seront embê­tés, ils seront coin­cés, parce qu’ils sont dans le sys­tème, mais ils ne lâche­ront plus. De même que ces prêtres qui ont décou­vert l’ancienne messe, ils feront tout ce qu’ils pour­ront, ils seront embê­tés, coin­cés, mais ils la gar­de­ront. Ce sont des mor­ceaux de bataille gagnés.

Continuer le combat avec les moyens surnaturels

Devant nous, il y a encore de grands com­bats. Mais, au milieu d’un désastre qui est vrai­ment à déses­pé­rer, à faire perdre même la foi, il ne faut pas déses­pé­rer ! Cette Eglise, c’est celle du Bon Dieu, elle a été trans­for­mée en un champ de bataille invrai­sem­blable, inouï, mais on voit, et c’est jus­te­ment notre his­toire, celle des qua­rante ans de notre Fraternité, on voit com­bien le Bon Dieu est avec nous. Combien il nous sou­tient, com­bien il nous bénit, à tra­vers toutes les misères, les mal­heurs qu’on peut avoir, qu’on peut nous faire subir. Malgré tout le Bon Dieu est là ; au-​dessus de ces misères humaines, il y a cette foi et cette œuvre de foi qui gran­dit. Malgré tout on s’impose dis­crè­te­ment, gen­ti­ment, dans notre tra­vail de tous les jours. Et je vous invite à continuer.

Evidemment ce sont des situa­tions extrê­me­ment graves. Et vous avez vous aus­si l’obligation de vous accro­cher aux textes qui sont sains et saints. Les deux. Toutes ces ency­cliques des papes jusqu’au Concile. C’est une nour­ri­ture qui vous pro­tège contre ces insa­ni­tés qui sont déver­sées aujourd’hui par­tout. C’est invrai­sem­blable les bêtises qu’on peut dire. Et de tous les côtés. Humainement, on peut se deman­der com­ment on peut s’en sor­tir. Mais il ne s’agit pas d’un com­bat humain ! Et nos moyens, ce sont les moyens sur­na­tu­rels ! Et vrai­ment, si la Fraternité conti­nue, c’est parce qu’elle est fon­dée sur ces moyens sur­na­tu­rels et avant tout, vous le savez bien, sur la messe et aus­si sur la Sainte Vierge. Ces deux élé­ments sont comme les tré­sors que nous a don­nés Mgr Lefebvre. La messe, le sacer­doce, avec cela tout le rayon­ne­ment de Notre Seigneur, ce qu’on appelle sa Royauté sociale, et puis la Sainte Vierge. Et tout sim­ple­ment, si on conti­nue comme cela, on est dans le vrai. Il ne faut pas se faire de sou­ci, le Bon Dieu est là. Et il le montre tous les jours. Il faut donc continuer.

Ne vous lais­sez pas pré­oc­cu­per tout le temps avec ces ques­tions : « Est-​ce qu’il va y avoir un accord ou pas ? » Je n’en sais rien moi-​même ! On ver­ra bien ! On ne lâche­ra pas, cela je le sais, avec la grâce de Dieu. Qu’Il nous vienne en aide ! Mais petit à petit on voit le tra­vail qui s’accomplit avec le temps, cette crise réveille le petit nombre. Prions à cette inten­tion. Et pour finir, un grand mer­ci à Mgr Lefebvre ! Il faut lui avoir une grande gra­ti­tude, ne pas l’oublier. Et mer­ci aus­si à tous ceux qui main­tiennent cette œuvre, à vous aus­si, très chers fidèles.

Pour conser­ver à cette confé­rence son carac­tère propre, le style par­lé a été maintenu.

Sources : FSSPX/​MG – Transcription, titre, inter­titres et réfé­rences DICI n°342 du 14/​10/​16

Les photos de la conférence

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.