Écône – Des prêtres pour demain, et même pour aujourd’hui, répondent à nos questions

Le mer­cre­di 29 juin au matin, dans la prai­rie riante qui jouxte le sémi­naire d’Écône, en Valais (Suisse), sous une tente éri­gée pour la cir­cons­tance, S. E. Mgr Alfonso de Galaretta a confé­ré le sacre­ment de l’ordre à quelques jeunes lévites. Parmi eux se trou­vaient onze Français : dix d’entre eux étaient ordon­nés au ser­vice de la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X, et un autre pour la Fraternité Saint-​Dominique.
La plu­part et même pro­ba­ble­ment tous ces prêtres exer­ce­ront leur minis­tère, pro­chai­ne­ment ou bien dans quelques années, dans l’une ou l’autre des mai­sons (prieu­rés, écoles, etc.) du dis­trict de France. Fideliter a pu les inter­ro­ger. Sur onze, dix d’entre eux ont bien vou­lu accep­ter cet entre­tien.
Quatre ques­tions leur ont été posées :
1 – Quand avez-​vous pris la déci­sion d’en­trer au sémi­naire ? Le cas échéant, quel aspect du sacer­doce vous a atti­ré pour répondre à l’ap­pel de Dieu ?
2 – Dans le cou­rant des mois der­niers, vous avez reçu cer­taines grâces et pu exer­cer pour la pre­mière fois les pou­voirs qui vous ont été confiés. Quels moments gar­de­rez­vous sur­tout en mémoire ?
3 – À qui va prin­ci­pa­le­ment votre gra­ti­tude ?
4 – Où êtes-​vous envoyé et quelles sont vos dis­po­si­tions après cette nomi­na­tion ?
Que la pré­sen­ta­tion de ces nou­veaux prêtres et leurs réponses per­mettent à nos lec­teurs de connaître ceux qui, un jour ou l’autre, s’oc­cu­pe­ront de leurs âmes, et contri­buent à éveiller des voca­tions par­mi nos jeunes gens !

Abbé Amaury Graff

Abbé Amaury GRAFF

Ce n’est pas un évé­ne­ment, mais un ensemble de cir­cons­tances pro­vi­den­tielles qui m’ont ame­né au sémi­naire. Au cours moyen j’ai pour la pre­mière fois par­lé à un prêtre de l’ap­pel que j’en­ten­dais. La lec­ture de la vie de saint Jean Bosco a été aus­si une étape importante.

Et puis j’a­vais dans ma famille de nom­breux prêtres déjà à mes côtés. Enfin le minis­tère des frères et des prêtres, à l’é­cole Saint-​Joseph des Carmes, a été lui aus­si déter­mi­nant, sans que jamais cepen­dant je n’aie été pous­sé par eux vers le sacerdoce.

Les céré­mo­nies de l’or­di­na­tion se suc­cèdent rapi­de­ment, à l’ex­cep­tion de l’im­po­si­tion des mains par l’é­vêque et les prêtres. À ce moment-​là on prend mieux conscience de ce qui nous est don­né. Je me sou­vien­drai tou­jours de cet instant-​là. Et aus­si de la pre­mière béné­dic­tion que j’ai don­née à mes parents ; de la pre­mière fois que j’ai consa­cré la sainte hostie…

C’est à la sainte Trinité que va d’a­bord ma gra­ti­tude, et puis bien enten­du à mon père et à ma mère.

Je suis nom­mé à l’é­cole Saint-​Joseph des Carmes. J’aurai la joie de pou­voir lui rendre ce qu’elle m’a don­né, de par­ti­ci­per à l’é­du­ca­tion des enfants. Je me rends dans un cadre que je connais bien !

Abbé Raphaël du Chazaud

Abbé Raphaël du CHAZAUD

Quand j’a­vais 10 ou 11 ans, j’é­tais à l’é­cole Saint-​Michel. J’ai pu côtoyer les abbés, en par­ti­cu­lier l’ab­bé Érick Briols, et leur pré­sence a été déter­mi­nante pour ma voca­tion. Le fait de ser­vir la messe a été éga­le­ment cru­cial. L’abbé Benoît Knittel m’a dit : « Je vais vous don­ner une béné­dic­tion pour que la petite flamme de votre appel ne s’é­teigne jamais. » De fait, elle ne s’est pas éteinte. L’école m’a pla­cé dans un cadre favo­rable à cette voca­tion. L’appel est res­té au fond de l’âme. J’y ai répon­du défi­ni­ti­ve­ment pen­dant mes études supé­rieures. Aucun aspect du sacer­doce ne m’a atti­ré plus qu’un autre. J’avais du goût pour le métier mili­taire, mais étais per­sua­dé que cela ne me convien­drait pas. J’étais convain­cu que la vraie voie pour moi était dans le sacerdoce.

Je gar­de­rai tou­jours en mémoire la foi des fidèles. Avant l’or­di­na­tion, ils ne s’a­ge­nouille­raient pas. Une fois le prêtre ordon­né, les voi­là à genoux pour se confes­ser, se confier et deman­der des conseils. Ils peuvent attendre une demi-​heure pour rece­voir une béné­dic­tion. Il est clair que ce n’est pas notre per­sonne qui pro­duit cela : leur foi leur fait voir le prêtre. Et quelle joie de se dire : « J’ai reçu le sacer­doce et les âmes vont rece­voir les biens de Dieu grâce à cela ! »

Ma gra­ti­tude va en pre­mier à mes parents, et aus­si aux abbés et aux frères qui s’oc­cu­paient de nous à Châteauroux : l’ab­bé Briols, le frère Dominique. Tous ont été des modèles et cela m’a per­mis d’en­tendre la voca­tion qui a pu se for­ti­fier en moi. Je remer­cie ma soeur, reli­gieuse dans la congré­ga­tion de Fanjeaux, qui a beau­coup prié pour moi. Ma pen­sée va vers mon grand-​père, décé­dé cinq mois après que je suis entré au sémi­naire. Lui, qui pas­sait son temps à égre­ner son cha­pe­let, pleu­rait en appre­nant la nou­velle de mon entrée. Enfin je veux expri­mer ma gra­ti­tude envers mes confrères du sémi­naire : ceux qui m’ont pré­cé­dé, encou­ra­gé, sou­te­nu pen­dant six années.

Je suis nom­mé à Melbourne, en Australie et suis très content de par­tir à l’a­ven­ture avec un vrai dépay­se­ment. Pour le coup, je com­prends la parole : « Quitte ton père et ta mère » ! Au début j’é­tais très sur­pris de cette nomi­na­tion. Mais plus j’y pense, plus je m’y suis fait. Partir si loin est enthou­sias­mant, comme autre­fois où l’on par­tait en mis­sion et l’on ne reve­nait pas chez soi. Cependant je pour­rai ren­trer dans ma famille régu­liè­re­ment. J’aimerais que les per­sonnes aux­quelles j’ai don­né des images prient pour moi, afin que je sois fidèle.

Abbé Pierre Mouroux

Abbé Pierre MOUROUX

Quand j’é­tais en classe de qua­trième, j’ai assis­té à une retraite de deux ou trois jours, dans le cadre de l’é­cole. Elle était prê­chée par le père Jean-​Jacques Marziac qui nous a racon­té ses mis­sions. J’ai com­pris que l’on avait besoin de prêtres pour for­mer les âmes et leur don­ner les biens de Dieu. J’ai à ce moment reçu une grâce qui m’ap­pe­lait vers le sacerdoce.

Plus encore que la céré­mo­nie d’or­di­na­tion, je garde le sou­ve­nir pré­cis de la pre­mière messe que j’ai célé­brée le len­de­main, entou­ré de mes confrères et de mon cou­sin prêtre l’ab­bé Jean-​François Mouroux. Ce fut une grande joie que de mon­ter pour la pre­mière fois les marches de l’autel.

Je vou­drais expri­mer ma recon­nais­sance pour le prêtre qui m’a ame­né jus­qu’à l’au­tel, l’ab­bé Érick Briols, de l’é­cole Saint- Jean Baptiste de la Salle. Je pense aus­si à toute ma famille, à mes parents, à mes grands-​parents qui ont été pour moi des exemples et n’ont jamais for­mu­lé d’ob­jec­tion à ma vocation.

Ma nomi­na­tion contient un sou­rire de la Providence, puisque je suis nom­mé en Espagne, où j’ai déjà vécu quatre ans, avant d’en­trer au sémi­naire. Les prêtres en charge de cet apos­to­lat sont d’ailleurs à peu près tou­jours les mêmes. Je vais décou­vrir le minis­tère dans ce pays et même… le pota­ger du prieu­ré. Un peu de tra­vail manuel ne fait pas de mal !

Abbé Benoît Espinasse

Abbé Benoît ESPINASSE

J’ai eu l’i­dée de la voca­tion étant jeune, par le caté­chisme, au contact des prêtres. Plus tard, j’ai fait par­tie du MJCF : l’oc­ca­sion de tra­vaux apos­to­liques qui m’ont for­cé à prier plus sérieu­se­ment et à tra­vailler. C’est un peu ce qui m’a aidé, qui m’a pous­sé vers le haut, jus­qu’à se poser plus sérieu­se­ment la ques­tion de la voca­tion. De façon plus pro­chaine, une retraite a été capi­tale : celle de la déci­sion. Mon oncle lui-​même est prêtre, j’ai pu lui poser des ques­tions, me faire gui­der… Ce qui m’a atti­ré, dans le sacer­doce, c’est sur­tout la messe et le fait de se mettre entiè­re­ment au ser­vice de Dieu. C’est pour cela que j’ai vou­lu mettre, sur mon image d’or­di­na­tion, la cita­tion de saint Paul : « Nous n’a­vons qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes faits, et un seul Seigneur, Jésus-​Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes. » Notre vie doit être sou­mise à Dieu, nous devons être plon­gés en lui, rien de nous ne doit lui échap­per ; en disant la messe on lui rend un peu de ce qu’il nous a don­né, par ce qu’il nous donne lui-même.

Après mon ordi­na­tion j’ai pas­sé une semaine à Saint-​Nicolas du Chardonnet, où j’ai assu­ré la per­ma­nence. Cela a été une bonne ini­tia­tion. Beaucoup de gens viennent par­ler au prêtre, se confes­ser. On mesure qu’il est là pour don­ner la grâce. J’ai été mar­qué par ces gens qui venaient se confier. De très belles âmes, et éga­le­ment des âmes en dif­fi­cul­té viennent cher­cher la grâce, même auprès d’un prêtre plus jeune, ayant moins d’ex­pé­rience ; c’est un beau regard de foi. Cela m’a presque plus impres­sion­né que les pre­mières messes que j’ai célébrées.

Ma gra­ti­tude va déjà à mes parents. Grâce à eux j’ai pu connaître la foi, suivre de bons caté­chismes, comp­ter sur leur sou­tien. Il y a aus­si des gens qui ne le savent pas et qui, par leur exemple, m’ont aidé : j’ai été impres­sion­né par cer­tains dévoue­ments qui m’ont fait beau­coup réflé­chir ; je pense enfin à tous les prêtres qui m’ont gui­dé par leurs conseils : aux aumô­niers du MJCF ; à mon oncle qui m’a don­né les bons conseils aux bons moments (l’ab­bé Philippe Marcille) ; aux pro­fes­seurs du sémi­naire qui m’ont appor­té une nour­ri­ture substantielle.

Je suis nom­mé à la cha­pelle Sainte- Germaine et à l’Institut Saint-​Pie X. Je suis heu­reux parce que ce minis­tère est varié, j’au­rai donc l’oc­ca­sion de pou­voir faire du bien sur dif­fé­rents plans. J’enseignerai la lit­té­ra­ture et la théo­lo­gie ; la lit­té­ra­ture paraît éloi­gnée de la doc­trine sacrée, mais c’est un moyen par lequel j’es­père trans­mettre un esprit chré­tien. D’ailleurs je crois y être bien pré­pa­ré par mes études précédentes.

Abbé François Delmotte

Abbé François DELMOTTE

Quand j’é­tais encore enfant, à l’é­cole Saint- Joseph des Carmes, la ques­tion de la voca­tion m’est venue à l’es­prit et l’i­dée a fait pro­gres­si­ve­ment son che­min. C’est dans cette école que j’en ai par­lé pour la pre­mière fois à un prêtre, l’ab­bé Philippe Toulza. J’ai enten­du cet appel tou­jours plus clai­re­ment, pen­dant mes études supé­rieures et au MJCF. Il n’y a pas eu de moment mar­quant, mais ce qui m’a atti­ré par­ti­cu­liè­re­ment, dans le sacer­doce, c’est le salut des âmes. Sauver les âmes : oui, c’est cela.

L’ordination repré­sen­te­ra pour moi le moment le plus impor­tant de toutes ces grâces reçues der­niè­re­ment. Mais je vou­drais men­tion­ner aus­si la confes­sion : j’ai admi­nis­tré pour la pre­mière fois le sacre­ment de péni­tence avant même de célé­brer ma pre­mière messe. J’ai éga­le­ment une pen­sée pour mon grand-​père, décé­dé le jour même de mon ordi­na­tion sacerdotale.

Il me faut remer­cier tout d’a­bord mes parents et grands-​parents, pater­nels et mater­nels, qui ont si bien réagi dans la crise de l’Église. Mes deux grand­spères ont don­né beau­coup d’eux-​mêmes pour cher­cher des prêtres, le dimanche, qui disaient la messe traditionnelle.

Je suis nom­mé à l’é­cole Saint-​Bernard, à Paris. Ayant per­son­nel­le­ment une grande dévo­tion à ce saint, j’en suis satis­fait. Mais j’au­rais été content, quel que soit l’en­droit où l’on m’au­rait nom­mé. Je crains cepen­dant une chose, en région pari­sienne : …la cir­cu­la­tion automobile !

Frère Marie-​Laurent

Frère MARIE-​LAURENT

J’ai dési­ré le sacer­doce prin­ci­pa­le­ment pour sau­ver les âmes. Plus pré­ci­sé­ment, j’ai été atti­ré à l’ordre de Saint-​Dominique parce que c’est vrai­ment la grâce propre de l’Ordre. Saint Dominique répé­tait en effet chaque soir en se don­nant la dis­ci­pline : « Que vont deve­nir les pauvres pécheurs ?»

Je me sou­vien­drai sur­tout du moment où l’é­vêque a pro­non­cé les paroles de la forme sacra­men­telle. C’est à ce moment que nous avons été revê­tus d’un pou­voir divin qui dépasse de très loin tout ce qui n’est qu’humain.

J’ai vou­lu deve­nir reli­gieux éga­le­ment pour être meilleur prêtre. Tout prêtre, par le carac­tère sacer­do­tal, est uni au Christ sou­ve­rain prêtre. Pour por­ter du fruit il faut cepen­dant qu’il s’u­nisse le plus pos­sible à Notre-​Seigneur vic­time sur la croix. Or ce qui consti­tue l’é­tat reli­gieux ce sont les voeux de pau­vre­té, chas­te­té et obéis­sance qui sont comme trois clous qui fixent à la croix de Notre-​Seigneur. D’autre part les voeux consti­tuent une véri­table pro­tec­tion contre les dan­gers qui guettent le prêtre dans ce monde qui a reje­té Dieu et toute auto­ri­té, et qui est un vrai cloaque d’impureté.

Enfin dans l’Ordre domi­ni­cain règne une dévo­tion ardente à la sainte Vierge. Et il est l’Ordre de saint Thomas d’Aquin, le doc­teur com­mun de l’Église. Qu’y a‑til de plus exal­tant que d’en­trer dans un ordre voué à la pré­di­ca­tion de la véri­té alors que nous vivons dans un monde plon­gé dans l’i­gno­rance, et que la plu­part des hommes d’Église conduisent les âmes à leur perte ?

Ma gra­ti­tude va à Dieu tout d’a­bord, à la sainte Vierge, à mes parents aus­si et à mes supé­rieurs, au MJCF encore où j’ai été for­mé à l’a­pos­to­lat. J’ai été éga­le­ment très tou­ché par de nom­breuses atten­tions de fidèles qui m’ont écrit des petits mots, qui m’ont assu­ré de leurs prières. Ma voca­tion est le fruit d’ef­forts d’autres âmes, même si elles n’ont pas pen­sé à moi.

Je suis nom­mé… père biblio­thé­caire (rires). Je n’au­rai pas de cours à don­ner mais aurai la joie de suivre encore une année d’é­tudes. Ce sera éga­le­ment une année d’ap­pren­tis­sage du sacer­doce par la révi­sion de toute la théo­lo­gie morale, l’ad­mi­nis­tra­tion du sacre­ment de bap­tême et la confes­sion des enfants. Dans l’é­tat reli­gieux la vie com­mune est un élé­ment des plus sanc­ti­fiants. Comme dit saint Jean de la Croix, elle est comme un sac dans lequel on aurait mis des cailloux aux arêtes plus ou moins tran­chantes. À force de se frot­ter les uns aux autres, les cailloux deviennent tout lisses et doux. Les reli­gieux s’aident les uns les autres par les bons exemples qu’ils essaient de se donner.

Abbé Louis-​Marie Carlhian

Abbé Louis-​Marie CARLHIAN

La com­pré­hen­sion de la volon­té divine a été pro­gres­sive. Je me suis donc déci­dé assez tard. Quand j’é­tais enfant, je regar­dais vers l’au­tel avec res­pect. J’ai ensuite mieux décou­vert la messe tra­di­tion­nelle grâce à un prêtre qui s’é­tait ins­tal­lé dans le Morvan. J’ai pu appré­cier la dif­fé­rence entre les deux rites. Le fait d’a­voir assis­té aux deux messes (faute de mieux) n’a pas empê­ché que j’ap­pré­cie la messe tra­di­tion­nelle, bien au contraire. Je me suis sen­ti atti­ré par l’au­tel, tout spé­cia­le­ment un jour, au caté­chisme, à l’âge de douze ans envi­ron : la caté­chiste nous a dit que cha­cun devait, un jour dans sa vie, se poser la ques­tion de la voca­tion. Je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » A l’é­cole Saint-​Michel j’ai assis­té à la messe quo­ti­dien­ne­ment et ai béné­fi­cié de la proxi­mi­té de prêtres. C’est béné­fique pour une voca­tion. J’ai sui­vi ensuite trois ans d’é­tudes. De voir ce vide spi­ri­tuel com­plet dans le monde étu­diant, de pou­voir faire quelques études, tout cela m’a confor­té dans ma vocation.

Le jour de mon ordi­na­tion a été un jour excep­tion­nel, pro­ba­ble­ment le plus beau jour de ma vie à cette heure. Je ne puis pas non plus oublier mes pre­mières messes, sur­tout celle que j’ai célé­brée pour ma famille et des amis dans le Morvan. J’ai réus­si à obte­nir une petite église de vil­lage, avec l’au­to­ri­sa­tion du curé et de l’é­vêque. C’était vrai­ment magni­fique de se voir sou­te­nu par tant de prières, d’es­time et de recon­nais­sance, avant même que j’aie fait quoi que ce soit pour eux. Ce jour-​là a été vrai­ment inou­bliable pour tous ceux qui y ont par­ti­ci­pé. J’ai pu mon­trer la richesse de la litur­gie tra­di­tion­nelle à des proches qui ne la connais­saient pas nécessairement.

C’est à mes parents que je dois tout, concrè­te­ment. Ils m’ont sou­te­nu à tous les ins­tants et m’ont don­né une édu­ca­tion irré­pro­chable. Ma gra­ti­tude va éga­le­ment à tous les prêtres que j’ai pu côtoyer : sur­tout peut-​être celui qui m’a fait connaître la messe tra­di­tion­nelle dans le Morvan, mais aus­si les prêtres de l’é­cole Saint-​Michel (abbés Jean-​Pierre Boubée, Vincent Bétin, Benoît Knittel). Ce furent de belles années.

Je suis nom­mé à l’é­cole Saint- Michel Garicoïtz, à Dommezain. J’ai pas­sé cinq ans à l’é­cole Saint-​Michel de Châteauroux, comme élève, je connais donc ce milieu ; et j’ai sui­vi quelques études. Je n’i­gnore pas le carac­tère des ado­les­cents (grâce au scou­tisme), enfin je vais retrou­ver des confrères que je connais déjà. Il y aura des horaires, une vie de com­mu­nau­té sérieuse…

Abbé Grégoire Chauvet

Abbé Grégoire CHAUVET

C’est tout petit que j’ai com­men­cé à pen­ser à la voca­tion sacer­do­tale. Pendant mon ado­les­cence je me suis sérieu­se­ment posé la ques­tion. La réponse est venue lors d’une retraite, en classe de Terminale, et j’ai pris le temps de confir­mer cette réponse pen­dant une année d’é­tudes supé­rieures. L’une des choses qui m’ont ame­né à com­prendre la néces­si­té de prêtres pour les âmes, c’est la dif­fi­cul­té que ma famille a ren­con­trée lors­qu’il s’est agi d’al­ler à la messe. En Martinique, en Guyane, à Djibouti, nous ne pou­vions pas sanc­ti­fier le dimanche.

Je gar­de­rai en mémoire, en tout pre­mier lieu, la grâce d’a­voir pu bénir mes parents. J’ai éga­le­ment béni, cet été, leur vingt-​cinquième anni­ver­saire de mariage et le mariage de ma soeur ! L’enthousiasme des fidèles pour le sacer­doce m’a aus­si impressionné.

Ma gra­ti­tude va d’a­bord à mon père et à ma mère. Ils ont fait le bon choix de la Tradition et ont offert de gros sacri­fices pour nous pla­cer dans des écoles catho­liques. Et je remer­cie aus­si les frères et les prêtres de l’é­cole Saint-​Joseph des Carmes.

J’ai tou­jours aimé m’oc­cu­per d’en­fants, au caté­chisme, à la Croisade eucha­ris­tique ou dans des camps de lou­ve­teaux. Je suis heu­reux de ma nomi­na­tion à l’é­cole de Marlieux.

Abbé Louis-​Étienne Héon

Abbé Louis-​Etienne HEON

Très jeune j’ai pen­sé que je pour­rais me don­ner au bon Dieu. Ma famille, qui était chré­tienne, m’a aidé à mûrir ma voca­tion. En classe de ter­mi­nale j’ai été enca­dré par des prêtres qui m’ont diri­gé sur le plan spi­ri­tuel ; je veux éga­le­ment men­tion­ner le prêtre aumô­nier des scouts (j’é­tais chef scout à Rennes).

Les mou­ve­ments de jeu­nesse ne rem­placent pas la socié­té, très abî­mée par une mau­vaise poli­tique, mais ils com­pensent en par­tie cer­tains manques ; j’ai beau­coup reçu d’eux.

Ce qu’on attend, tout au long de la for­ma­tion sacer­do­tale, c’est l’or­di­na­tion. Ce moment de grâce repré­sente donc une grande joie, sur­tout l’im­po­si­tion des mains et la pré­face consé­cra­toire. Alors on est cer­tain d’être deve­nu prêtre de Jésus- Christ. J’ai ensuite célé­bré la messe, pour la pre­mière fois, à l’é­glise de Sion.

Ce sont mes parents qui m’ont don­né la vie et se sont char­gés de mon édu­ca­tion chré­tienne. C’est dire la gra­ti­tude que j’ai envers eux. Je pense aus­si aux prêtres que la Providence a mis sur mon che­min, en par­ti­cu­lier le R. P. Gaillard, à Rennes, et les abbés Erick Briols et Pierre-​Yves Chrissement.

Abbé Matthieu de Beaunay

Abbé Matthieu de BEAUNAY

Il y a très long­temps, j’ai enten­du l’ap­pel de Dieu, mais le son s’en est ensuite estom­pé. Je l’ai à nou­veau enten­du lorsque j’é­tais à la facul­té et y ai répondu.

Au prieu­ré des Fournils, en Vendée, une pre­mière messe a été orga­ni­sée par les abbés Vincent Ramé et Pierre de Maillard. Leur idée était la sui­vante : fai­sons de cette messe une fête parois­siale plus qu’un évé­ne­ment fami­lial. Mes parents ont accep­té, les fidèles se sont dévoués avec beau­coup de cha­ri­té pour le sacer­doce. Je dois dire que cette jour­née a été si extra­or­di­naire que j’en ai été très tou­ché : une jour­née cen­trée sur le sacer­doce et très parois­siale. Et quelle joie de pou­voir célé­brer le saint sacri­fice et de confesser !

Je garde une grande dette envers ma mère ; envers mon père. Je n’ou­blie pas les prêtres que j’ai croi­sés et non plus la for­ma­tion du sémi­naire, que j’ai beau­coup appré­ciée. Le contact avec les pro­fes­seurs était bon ; je pense en par­ti­cu­lier à l’ab­bé Benoît de Jorna. Le nom­mer est le moins que je puisse faire. Il a été très paternel.

Je suis nom­mé au prieu­ré de Prunay, près de Reims, pour des­ser­vir la cha­pelle de Joinville, dont j’ai enten­du dire du bien. Je connais mon prieur l’ab­bé Ludovic Girod, dont j’ai été l’é­lève en d’autres lieux. Je suis heu­reux de com­men­cer mon minis­tère dans ces condi­tions. J’avoue avoir hâte de com­men­cer. Oui, j’ai hâte.

Abbé Laurent Désautard

Onze Français ont été ordon­nés à Écône. À Winona a été ordon­né un dou­zième Français, l’ab­bé Laurent Désautard, que nous n’a­vons pas pu contac­ter, pour rai­son d’ex­cur­sion dans les belles mon­tagnes amé­ri­caines. Ci-​dessus pho­to­gra­phié avec sa famille.

Extrait du Fideliter n° 203 de septembre-​octobre 2011