27 octobre 2011 : Benoît XVI reçoit les fausses religions et les « non-​croyants » dans la basilique Sainte-​Marie-​des-​Anges à Assise

Benoît XVI accueille, sur le par­vis de la basi­lique
toutes les fausses reli­gions du monde et les « non-croyants »

La foule est loin d’être au rendez-​vous de ce raout universaliste

27 octobre 2011, Assise. Le temps est tou­jours maus­sade en cette IV° ren­contre inter­re­li­gieuse d’as­sise (IV° et non III° nous dit-​on sur place parce qu’il faut comp­ter celle de 2002 « jour­née du par­don » pour les atten­tats de sep­tembre 201).

Les res­pon­sables fran­cis­cains de cette qua­trième opé­ra­tion uni­ver­sa­liste atten­daient Benoît XVI et ses invi­tés avec anxié­té et l’air un peu cha­grin (pho­to ci-​dessus) compte tenu du peu de fidèles qui ont fait le dépla­ce­ment pour un évé­ne­ment qui se bana­lise à force d’ou­trances et de confu­sion (pho­to ci-​dessous). Contrairement à VIS – Vatican Information Service – qui parle « d’une foule qui a sui­vi ensuite la céré­mo­nie sur des écrans géants », il n’y avait pas plus de 500 per­sonnes sur la place (dont plus de cent enfants des écoles locale).


Photo prise à 12 H 20 avant la fin des céré­mo­nies de la matinée 

L’accueil du Vicaire du Christ

La « Journée de réflexion, de dia­logue et de prière pour la paix et la jus­tice dans le monde » a com­men­cé vers 10 H 15 après l’ar­ri­vée du pape et des délé­ga­tions­qui avaient été trans­por­tées dans un convoi des che­mins de fer ita­liens par­ti à 8 H 00 de la ville éter­nelle. Ci-​dessus Benoît XVI accueilli par les auto­ri­tés fran­cis­caines du sanc­tuaire.

C’est le Vicaire du Christ lui-​même qui attend les chefs des 176 délé­ga­tions des fausses reli­gions et des « non-​croyants » qui le saluent d’é­gal à égal.

On notait la pré­sence dans la délé­ga­tion hin­doue d’un neveu du Mahatma Gandhi, qui avait déjà par­ti­ci­pé à la jour­née de 1986. Etaient aus­si pré­sents – hauts en cou­leur – des Sikhs, des adeptes du zoroas­trisme, des boud­dhistes, des dis­ciples de Confucius, des shin­toïstes et des repré­sen­tants des reli­gions tra­di­tion­nelles d’Afrique et d’Amérique.

Des « non-​croyants » avaient aus­si leur place dans ce ras­sem­ble­ment, selon la volon­té de Benoît XVI, dans la ligne des mani­fes­ta­tions inti­tu­lées « le Parvis des gen­tils » pro­mues par le Conseil pon­ti­fi­cal de la Culture. Ils repré­sent « l’universalité » des grandes valeurs de l’humanité.

Après l’in­tro­duc­tion du Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson Président du Conseil pon­ti­fi­cal Iustitia et Pax, une vidéo com­mé­mo­ra­tive de la Rencontre de 1986 a été pro­je­tée. Ont ensuite pris la parole les repré­sen­tants des diverses délé­ga­tions : le Patriarche oecu­mé­nique de Constantinople Barthélémy I, L’Archevêque Primat de la Communion angli­cane Rowan Douglas Williams, l’Archevêque du dio­cèse de France de l’Eglise apos­to­lique armé­nienne Norvan Zakarian, le Secrétaire Général du Conseil oecu­mé­nique des Eglises M.Olav Fykse Tveit, le Rabbin David Rosen, repré­sen­tant du Grand Rabbinat d’Israël, le Porte Parole de la reli­gion Yoruba, M.Wande Abimbola, le repré­sen­tant de l’hin­douisme, M.Acharya Shri Shrivatsa Goswami, le Président de l’ordre Jogye (boud­dhisme coréen), Ja-​Seung, le Secrétaire Général de la Conférence inter­na­tio­nale des écoles isla­miques, Kyai Haji Hasyim Muzadi.

Seul cinq jour­na­listes ont été admis dans la basi­lique (même les accré­di­tés per­ma­nents auprès du Saint-​Siège sont res­té dehors). Nos repor­ters – à l’ex­té­rieur avec leurs confrères des grands médias – ont été scan­da­li­sés par la déli­rante décla­ra­tion de la der­nière inter­ve­nante, repré­sen­tante des dits » non-​croyants », Madame Julia Kristera, psy­cha­na­liste et épouse à la ville de l’écrivain-​philisophe Philippe Solers, qui a fait l’é­loge d’un nou­vel huma­nisme de la paix qui doit nous conduire vers le « mul­ti­vers » (Univers multiples) :

[…]Ni dogme pro­vi­den­tiel, ni jeu de l’es­prit, la refon­da­tion de l’hu­ma­nisme est un pari.[…] Pour que, dans le mul­ti­vers bor­dé de vide, l’hu­ma­nisme puisse pour­suivre long­temps son des­tin créatif ». 

Ces pro­pos rejoignent ceux du car­di­nal Peter Kodwo Appiah Turkson, pré­sident du Conseil pon­ti­fi­cal Justice et paix, qui avait décla­ré le 18 octobre der­nier que cette ren­contre avait « une dimen­sion « fra­ter­nelle » car « c’est un rêve qui conti­nue et devient de plus en plus réa­li­té : cha­cun, avec l’autre, et non plus l’un contre l’autre, tous les peuples en marche, de dif­fé­rentes régions de la terre, pour se ras­sem­bler en une unique famille ».

Le pape a écou­té toutes ces élu­cu­bra­tions dans un silence reli­gieux, puis après quoi il a pro­non­cé un dis­cours dont voi­ci de larges extraits [Source VIS] :

« Vingt-​cinq années se sont écou­lées depuis que le bien­heu­reux Jean-​Paul II a invi­té pour la pre­mière fois des repré­sen­tants des reli­gions du monde à Assise pour une prière pour la paix. Que s’est-​il pas­sé depuis ? Où en est aujourd’­hui la cause de la paix ? Alors la grande menace pour la paix dans le monde venait de la divi­sion de la pla­nète en deux blocs s’op­po­sant entre eux. Le sym­bole visible de cette divi­sion était le Mur de Berlin qui, pas­sant au milieu de la ville, tra­çait la fron­tière entre deux mondes. En 1989, trois années après Assise, ce mur est tom­bé, sans effu­sion de sang… A côté de fac­teurs éco­no­miques et poli­tiques, la cause la plus pro­fonde de cet évé­ne­ment était de carac­tère spi­ri­tuel. Derrière le pou­voir maté­riel il n’y avait plus aucune convic­tion spi­ri­tuelle… Nous sommes recon­nais­sants pour cette vic­toire de la liber­té, qui fut aus­si sur­tout une vic­toire de la paix. Et il faut ajou­ter que dans ce contexte il ne s’a­gis­sait pas seule­ment, et peut-​être pas non plus en pre­mier lieu, de la liber­té de croire, mais il s’a­gis­sait aus­si d’elle. Pour cette rai­son nous pou­vons relier tout cela de quelque façon aus­si à la prière pour la paix ».

« Toujours poten­tiel­le­ment pré­sente, la vio­lence carac­té­rise notre monde. La liber­té est un grand bien. Mais le monde de la liber­té s’est révé­lé en grande par­tie sans orien­ta­tion, et même elle est mal com­prise par beau­coup comme liber­té pour la vio­lence. La dis­sen­sion prend de nou­veaux et effrayants visages et la lutte pour la paix doit tous nous sti­mu­ler de façon nou­velle… A grands traits on peut iden­ti­fier deux typo­lo­gies dif­fé­rentes de nou­velles formes de vio­lence qui sont dia­mé­tra­le­ment oppo­sées dans leur moti­va­tion et qui mani­festent ensuite dans les détails de nom­breuses variantes. Tout d’a­bord il y a le ter­ro­risme dans lequel, à la place d’une grande guerre, se trouvent des attaques bien ciblées qui doivent tou­cher l’ad­ver­saire dans des points impor­tants de façon des­truc­trice, sans aucun égard pour les vies humaines inno­centes qui sont ain­si cruel­le­ment tuées ou bles­sées. Aux yeux des res­pon­sables, la grande cause de la volon­té de nuire à l’en­ne­mi jus­ti­fie toute forme de cruau­té. Tout ce qui dans le droit inter­na­tio­nal était com­mu­né­ment recon­nu et sanc­tion­né comme limite à la vio­lence est mis hors jeu. Nous savons que sou­vent le ter­ro­risme est moti­vé reli­gieu­se­ment et que le carac­tère reli­gieux des attaques sert de jus­ti­fi­ca­tion pour la cruau­té impi­toyable… Ici la reli­gion n’est pas au ser­vice de la paix, mais de la jus­ti­fi­ca­tion de la vio­lence. Qu’en ce cas la reli­gion motive de fait la vio­lence est une chose qui, en tant que per­sonnes reli­gieuses, doit nous pré­oc­cu­per pro­fon­dé­ment. D’une façon plus sub­tile, mais tou­jours cruelle, nous voyons la reli­gion comme cause de vio­lence même là où la vio­lence est exer­cée par des défen­seurs d’une reli­gion contre les autres. Les repré­sen­tants des reli­gions par­ti­ci­pants en 1986 à Assise enten­daient dire que ce n’est pas la vraie nature de la reli­gion. C’est au contraire son tra­ves­tis­se­ment, qui contri­bue à sa des­truc­tion. Et nous le répé­tons aujourd’­hui avec force et grande fer­me­té… Comme chré­tien, je vou­drais dire ceci : Oui, dans l’his­toire on a eu recours à la vio­lence au nom de la foi chré­tienne. Nous le recon­nais­sons, rem­plis de honte. Mais il est abso­lu­ment clair que ceci a été une uti­li­sa­tion abu­sive de la foi chré­tienne, en évi­dente oppo­si­tion avec sa vraie nature. Le Dieu dans lequel nous chré­tiens nous croyons est le Créateur et Père de tous les hommes, à par­tir duquel toutes les per­sonnes sont frères et sœurs entre elles et consti­tuent une unique famille. La Croix du Christ est pour nous le signe de Dieu qui, à la place de la vio­lence, pose le fait de souf­frir avec l’autre et d’ai­mer avec l’autre… C’est la tâche de tous ceux qui portent une res­pon­sa­bi­li­té pour la foi chré­tienne, de puri­fier conti­nuel­le­ment la reli­gion des chré­tiens à par­tir de son centre inté­rieur afin que, mal­gré la fai­blesse de l’homme, elle soit vrai­ment un ins­tru­ment de la paix de Dieu dans le monde ». 

« Si une typo­lo­gie fon­da­men­tale de vio­lence est aujourd’­hui moti­vée reli­gieu­se­ment, met­tant ain­si les reli­gions face à la ques­tion de leur nature et nous contrai­gnant tous à une puri­fi­ca­tion, une seconde typo­lo­gie de vio­lence, à l’as­pect mul­ti­forme, a une moti­va­tion exac­te­ment oppo­sée. C’est la consé­quence de l’ab­sence de Dieu, de sa néga­tion et de la perte d’hu­ma­ni­té qui va de pair avec cela. Les enne­mis de la reli­gion voient en elle une source pre­mière de vio­lence dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té et exigent alors la dis­pa­ri­tion de la reli­gion. Mais ce non à Dieu a pro­duit de la cruau­té et une vio­lence sans mesure, qui a été pos­sible seule­ment parce que l’homme ne recon­nais­sait plus aucune norme et aucun juge au des­sus de lui, mais il se pre­nait lui même seule­ment comme norme. Les hor­reurs des camps d’ex­ter­mi­na­tion montrent en toute clar­té les consé­quences de l’ab­sence de Dieu. Je vou­drais plu­tôt par­ler de la déca­dence de l’homme dont la consé­quence est la réa­li­sa­tion, d’une manière silen­cieuse et donc plus dan­ge­reuse, d’un chan­ge­ment du cli­mat spi­ri­tuel. L’adoration de l’argent, de l’a­voir et du pou­voir, se révèle être une contre-​religion, dans laquelle l’homme ne compte plus, mais seule­ment l’in­té­rêt per­son­nel. Le désir de bon­heur dégé­nère, par exemple, dans une avi­di­té effré­née et inhu­maine qui se mani­feste dans la domi­na­tion de la drogue sous ses diverses formes ». 

Si on n’y prend gare, « la vio­lence devient un fait nor­mal qui menace de détruire dans cer­taines régions du monde notre jeu­nesse. Puisque la vio­lence devient une chose nor­male, la paix est détruite et dans ce manque de paix l’homme se détruit lui même. A côté des deux réa­li­tés de reli­gion et d’anti-​religion, il existe aus­si, dans le monde en expan­sion de l’ag­nos­ti­cisme, une autre orien­ta­tion de fond. Il s’a­git de per­sonnes aux­quelles n’a pas été offert le don de pou­voir croire et qui, tou­te­fois, cherchent la véri­té, sont à la recherche de Dieu. Des per­sonnes de ce genre n’af­firment pas sim­ple­ment : Il n’existe aucun Dieu. Elles souffrent à cause de son absence et, cher­chant ce qui est vrai et bon, elles sont inté­rieu­re­ment en marche vers lui. Elles sont elles aus­si des pèle­rins de la véri­té, des pèle­rins de la paix, qui posent des ques­tions aus­si bien à l’une qu’à l’autre par­tie. Ces per­sonnes ôtent ain­si aux athées mili­tants leur fausse cer­ti­tude… Mais elles mettent aus­si en cause les adeptes des reli­gions, pour qu’ils ne consi­dèrent pas Dieu comme une pro­prié­té qui leur appar­tient, si bien qu’ils se sentent auto­ri­sés à la vio­lence envers les autres. Ces per­sonnes cherchent la véri­té, elles cherchent le vrai Dieu, dont l’i­mage dans les reli­gions, à cause de la façon dont elles sont sou­vent pra­ti­quées, est fré­quem­ment cachée. Qu’elles ne réus­sissent pas à trou­ver Dieu dépend aus­si des croyants avec leur image réduite ou même défor­mée de Dieu. Ainsi, leur lutte inté­rieure et leur inter­ro­ga­tion sont aus­si un appel pour les croyants à puri­fier leur propre foi, afin que Dieu, le vrai Dieu, devienne acces­sible. C’est pour­quoi, j’ai invi­té spé­cia­le­ment des repré­sen­tants de ce troi­sième groupe à notre ren­contre à Assise, qui ne réunit pas seule­ment des repré­sen­tants d’ins­ti­tu­tions reli­gieuses. Il s’a­git plu­tôt de se retrou­ver ensemble dans cet être en marche vers la véri­té, de s’en­ga­ger réso­lu­ment pour la digni­té de l’homme et de ser­vir ensemble la cause de la paix contre toute sorte de vio­lence des­truc­trice du droit… Et, en conclu­sion, je vou­drais vous assu­rer que l’Eglise catho­lique ne renon­ce­ra pas à la lutte contre la vio­lence, à son enga­ge­ment pour la paix dans le monde. Nous tous sommes ani­més par le désir com­mun d’être des pèle­rins de la véri­té, des pèle­rins de la paix ».

Les fes­ti­vi­tés repren­dront cet après-​midi à 15 H 45 après un déjeu­ner fru­gal pris dans les réfec­toires du couvent de Sainte-​Marie-​des-​Anges et un temps de silence pour la réflexion et/​ou la prière per­son­nelles dans la mai­son d’accueil adja­cente au couvent Sainte-​Marie-​des-​Anges où une pièce a été assi­gnée à cha­cun des participants.

La Porte Latine