Cardinal Sarah, Mgr Schneider : l’accès des luthériens à la communion ne peut pas se résumer à une affaire de conscience

Note de la rédac­tion de La Porte Latine :
il est bien enten­du que les com­men­taires repris dans la presse exté­rieure à la FSSPX
ne sont en aucun cas une quel­conque adhé­sion à ce qui y est écrit par ailleurs.

A la suite de la confu­sion créée par le pape François qui a refu­sé, lors d’une visite à la paroisse luthé­rienne de Rome, de dire à l’épouse luthé­rienne d’un catho­lique qu’elle ne pou­vait pas com­mu­nier avec lui à la messe, Diane Montagna d’Aleteia a inter­ro­gé le car­di­nal Sarah et Mgr Athanasius Schneider afin qu’ils éclair­cissent cette question.

Le pape François avait argué qu’il n’avait pas « com­pé­tence » pour dire à cette femme de com­mu­nier, mais en ajou­tant : « Parlez avec le Seigneur, et allez de l’avant. » Tout son déve­lop­pe­ment sug­gé­rait que le par­tage d’un « même bap­tême » et d’une « même foi » avec les luthé­riens devait four­nir une réponse en conscience quant à l’accès à la com­mu­nion en tant que « viatique ».

Le car­di­nal Sarah a répon­du de manière très directe en rap­pe­lant que « l’intercommunion n’est pas per­mise entre catho­liques et non-​catholiques ». « Il faut confes­ser la foi catho­lique. Un non-​catholique ne peut pas rece­voir la com­mu­nion. Cela est très, très clair. Il ne s’agit pas de suivre votre conscience. »

Diane Montagna inter­roge le car­di­nal Sarah et Mgr Schneider sur la com­mu­nion aux luthériens

Diane Montagna lui a alors deman­dé si un prêtre peut don­ner la com­mu­nion à deux époux s’il sait que l’un d’entre eux est catho­lique, et l’autre non. La réponse du car­di­nal Sarah a été tout aus­si nette :

« Non, nous don­nons la com­mu­nion aux catho­liques. Beaucoup de prêtres m’ont dit : « Je donne la com­mu­nion à tout le monde. » Cela est absurde.

« Parfois, un Anglican, qui reste éloi­gné de son église pen­dant une très longue période et qui désire rece­voir la com­mu­nion, peut par­ti­ci­per à la messe et rece­voir la com­mu­nion dans l’Eglise catho­lique, s’il n’y a pas de péché, et s’il est en règle quant à sa situa­tion matri­mo­niale. Et ce parce qu’il croit dans l’Eucharistie même si, dans l’Eglise angli­cane, il ne s’agit pas en réa­li­té de l’Eucharistie parce qu’il n’y a pas de sacer­doce. Mais c’est rare et cela ne se pro­dui­rait que dans le cadre cir­cons­tances très excep­tion­nelles. C’est quelque chose d’extraordinaire et non pas d’ordinaire.

« Mais un catho­lique ne peut pas rece­voir la com­mu­nion dans l’Eglise angli­cane parce que il n’y a pas de com­mu­nion ; il n’y a que du pain. Le pain n’est pas consa­cré parce que le « prêtre » n’est pas prêtre. Depuis la rup­ture d’Henri VIII avec l’Eglise catho­lique, l’ordination au sein de l’Eglise angli­cane est nulle et dépour­vue d’effets. Par consé­quent, la consé­cra­tion n’est pas valide et ce n’est donc pas l’Eucharistie. »

L’accès de l’époux luthé­rien à la com­mu­nion n’est-il jamais possible ?

Est-​il pos­sible que l’épouse luthé­rienne d’un homme catho­lique puisse jamais rece­voir la com­mu­nion en même temps que lui à la messe domi­ni­cale ?, a insis­té Diane Montagna.

« Le jour de leur mariage, le prêtre a don­né la com­mu­nion à l’époux catho­lique et non à l’épouse luthé­rienne ou angli­cane. Il en va de même s’ils vont à la messe ensemble car il n’y a pas d’intercommunion : que ce soit entre angli­cans et catho­liques, ou entre catho­liques et pro­tes­tants. S’ils vont à la messe ensemble, le catho­lique peut com­mu­nier mais la luthé­rienne ou l’anglicane ne le peut pas. »

Diane Montagna demande alors : « Si nous ne sommes pas uni­fiés dans la foi et dans la doc­trine, pensez-​vous qu’en ouvrant les portes à l’intercommunion on sape­rait la foi en la pré­sence réelle ? »

Réponse du car­di­nal Sarah : « Je pense que cela encou­ra­ge­rait à la pro­fa­na­tion. Nous ne pou­vons pas faire cela. Ce n’est pas que je doive par­ler au Seigneur afin de savoir si je dois aller à la com­mu­nion. Non, je dois savoir si je suis en accord avec la règle de l’Église. C’est ma conscience qui dit : « Va. » Ma conscience doit être éclai­rée par la règle de l’Église qui dit que, pour com­mu­nier, je dois être en état de grâce, sans péché et avoir la foi de l’Eglise catho­lique… Ce n’est pas un désir per­son­nel ou un dia­logue per­son­nel avec Jésus qui déter­mine si je peux rece­voir la com­mu­nion au sein de l’Eglise catho­lique. Comment puis-​je savoir que le Seigneur a vrai­ment dit : « Venez et rece­vez Mon Corps » ? Non. Une per­sonne ne peut pas déci­der par elle-​même si elle est capable de rece­voir la Communion. Elle doit se confor­mer aux règles de l’Eglise : c’est-à-dire, être catho­lique, être en état de grâce et marié selon les règles [si elle est mariée]. »

Communier n’est pas une ques­tion de conscience indi­vi­duelle : il faut d’abord res­pec­ter les règles de l’Eglise

Diane Montagna rap­pelle que cer­tains diraient que l’ouverture à l’intercommunion per­met­trait aux époux de deve­nir davan­tage « un ».

« Mais le Seigneur nous aide à être un si nous Le rece­vons cor­rec­te­ment. Dans le cas contraire, cela ne crée pas l’unité. Nous man­ge­rons notre condam­na­tion. Saint Paul dit : « Que l’homme s’éprouve donc lui-​même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. Car celui qui mange et boit indi­gne­ment, mange et boit sa condam­na­tion, ne dis­cer­nant pas le corps du Seigneur. » Par consé­quent, nous ne réus­sis­sons pas à deve­nir un en pre­nant la com­mu­nion dans un état de péché, sans consi­dé­rer le Corps du Christ. »

Mgr Schneider a été tout aus­si direct, affir­mant que l’Église doit être « très claire avec les Protestants, sans rien cacher ».

« Nous lisons dans le Concile Vatican II que le vrai œcu­mé­nisme n’est pas de l’irénisme, mais un dia­logue sin­cère dans lequel nous ne cachons rien de notre iden­ti­té », a‑t-​il rap­pe­lé. Mgr Schneider a ajou­té que tout geste qui n’est « pas clair, qui n’est pas sin­cère, tout geste ambi­gu n’aidera jamais le vrai œcu­mé­nisme » à « tous les niveaux ».

Le car­di­nal Sarah et Mgr Schneider rap­pellent la doc­trine cer­taine sur la com­mu­nion et la conscience

« Les pas­teurs et les ber­gers » doivent être « très pru­dents » dans leurs décla­ra­tions pour ne pas « créer d’ambiguïté ni de confu­sion chez les gens », les ame­nant à croire que « les doc­trines catho­lique et pro­tes­tante sont fon­da­men­ta­le­ment les mêmes avec des dif­fé­rences mineures », a‑t-​il mis en garde.

« Cela n’est pas vrai. Cela ne cor­res­pond ni à la réa­li­té ni à l’Évangile. Toutes les véri­tés de l’Eglise catho­lique sont les véri­tés de l’Évangile. Et les doc­trines catho­liques que les pro­tes­tants rejettent sont autant de véri­tés de l’Evangile reje­tées. Nous devons par­ler clairement. »

Commentant les pro­pos du pape à la femme luthé­rienne, Mgr Schneider a sou­li­gné qu’il est impor­tant de ne pas exa­gé­rer l’infaillibilité pon­ti­fi­cale. Dans ses prises de posi­tion et expres­sions habi­tuelles, le Pape n’a pas l’intention d’« obli­ger » les fidèles à croire ce qu’il exprime, ou à le leur « impo­ser », rap­porte Diane Montagna.

« Je suis convain­cu que François n’est pas oppo­sé à ce qu’on lui dise : « Saint-​Père, je ne suis pas d’accord avec cette expres­sion. Vous ne m’avez pas dit que vous m’obligiez à accep­ter cela car ce n’est pas votre inten­tion de par­ler de façon défi­ni­tive. Donc nous pou­vons entrer dans un dia­logue res­pec­tueux avec vous pour éclair­cir ces questions. »

Il a ajou­té : « Je pense que nous devons être dans un cli­mat de dia­logue, libé­ré de toute inti­mi­da­tion. Sinon, on sera dans une atmo­sphère de dic­ta­ture et je pense que François n’aime pas être consi­dé­ré comme créant une atmo­sphère d’inquisition, de dic­ta­ture ou de per­sé­cu­tion à l’égard de celui exprime ses pen­sées et ses opi­nions de manière raisonnée. »

Anne Dolhein

Sources : reinformation.tv/​LPL