23 juin 2015

Instrumentum Laboris en vue du synode sur la famille d'octobre 2015

Document de travail en vue du synode sur la famille d'octobre 2015

Table des matières

PRÉSENTATION

La période inter­sy­no­dale arrive bien­tôt à son terme. Durant ce temps, le Pape François a confié à l’Église entière la tâche de « mûrir, avec un vrai dis­cer­ne­ment spi­ri­tuel, les idées pro­po­sées et trou­ver des solu­tions concrètes aux nom­breuses dif­fi­cul­tés et innom­brables défis que les familles doivent affron­ter » (Discours pour la clô­ture de la IIIème Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, 18 octobre 2014).

Après avoir réflé­chi, pen­dant la IIIème Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques d’oc­tobre 2014 sur Les défis pas­to­raux sur la famille dans le contexte de l’é­van­gé­li­sa­tion, la XIVème Assemblée Générale Ordinaire, qui se tien­dra du 4 au 25 octobre 2015, trai­te­ra du thème sui­vant : La voca­tion et la mis­sion de la famille dans l’Église et dans le monde contem­po­rain. Le long che­mi­ne­ment syno­dal appa­raît ain­si carac­té­ri­sé par trois moments inti­me­ment liés : l’é­coute des défis sur la famille, le dis­cer­ne­ment de sa voca­tion, la réflexion sur sa mission.

La Relatio Synodi, fruit qui a mûri lors de l’as­sem­blée pré­cé­dente, a été com­plé­tée par une série de ques­tions pour connaître l’ac­cueil reçu par ce docu­ment et pour sol­li­ci­ter son appro­fon­dis­se­ment. Cela a consti­tué les Lineamenta, qui ont été envoyés aux Synodes des Églises Orientales Catholiques sui iuris, aux Conférences épis­co­pales, aux Dicastères de la Curie Romaine et à l’Union des Supérieurs Généraux.

Tout le Peuple de Dieu a été impli­qué dans le pro­ces­sus de réflexion et d’ap­pro­fon­dis­se­ment, notam­ment gui­dé chaque semaine par le Saint-​Père qui, par ses caté­chèses sur la famille lors des Audiences géné­rales, et en diverses autres occa­sions, a accom­pa­gné le che­mi­ne­ment com­mun. L’intérêt renou­ve­lé pour la famille, sus­ci­té par le Synode, est confir­mé par la vaste atten­tion réser­vée à celle-​ci non seule­ment par les milieux ecclé­siaux, mais aus­si par la socié­té civile.

Les Réponses des sujets ayant droit sont par­ve­nues, aux­quelles se sont ajou­tées d’autres contri­bu­tions, dites Observations, de la part de nom­breux fidèles (indi­vi­dus, familles et groupes). Diverses com­po­santes des Églises par­ti­cu­lières, orga­ni­sa­tions, asso­cia­tions laïques et autres ins­tances ecclé­siales, ont offert d’im­por­tantes sug­ges­tions. Des uni­ver­si­tés, des ins­ti­tu­tions aca­dé­miques, des centres de recherche et des experts indi­vi­duel­le­ment ont enri­chi – et conti­nuent de le faire – l’ap­pro­fon­dis­se­ment des thé­ma­tiques syno­dales par leurs Contributions – à tra­vers des sym­po­siums, des congrès et des publi­ca­tions –, en met­tant aus­si en lumière de nou­veaux aspects, selon ce qui avait été requis par la « ques­tion préa­lable » des Lineamenta.

Cet Instrumentum Laboris est com­po­sé du texte de la Relatio Synodi auquel a été inté­gré la syn­thèse des Réponses, des Observations et des Contributions d’é­tude. Pour en faci­li­ter la lec­ture, nous signa­lons que la numé­ra­tion contient à la fois le texte de la Relatio et les inté­gra­tions. On recon­naî­tra le texte ori­gi­nal de la Relatio au numé­ro signa­lé entre paren­thèses et aux carac­tères italiques.

Ce docu­ment com­porte trois par­ties, qui mani­festent la conti­nui­té entre les deux Assemblée : L’écoute des défis sur la famille (Ière par­tie) ren­voie plus direc­te­ment à la pre­mière période syno­dale ; Le dis­cer­ne­ment de la voca­tion fami­liale (IIème par­tie) et La mis­sion de la famille aujourd’­hui (IIIème par­tie) intro­duisent le thème de la seconde période, dans l’in­ten­tion d’of­frir à l’Eglise et au monde contem­po­rain des impul­sions pas­to­rales pour une évan­gé­li­sa­tion renouvelée.

Lorenzo Card. Baldisseri , Secrétaire Général du Synode des Évêques

Du Vatican, le 23 juin 2015

INTRODUCTION

1. (1) Le Synode des Évêques réuni autour du Pape adresse ses pen­sées à toutes les familles du monde, avec leurs joies, leurs peines et leurs espé­rances. En par­ti­cu­lier, il res­sent le devoir de remer­cier le Seigneur pour la géné­reuse fidé­li­té avec laquelle tant de familles chré­tiennes répondent à leur voca­tion et à leur mis­sion. Elles le font avec joie et avec foi même lorsque le che­min fami­lial les place face à des obs­tacles, des incom­pré­hen­sions et des souf­frances. L’Église tout entière et ce Synode appré­cient, remer­cient et encou­ragent ces familles. Durant la veillée de prière célé­brée place Saint-​Pierre, le 4 octobre 2014, en pré­pa­ra­tion du Synode sur la famille, le Pape François a évo­qué de manière simple et concrète l’aspect cen­tral de l’expérience fami­liale dans la vie de tous, en s’exprimant ain­si : « Le soir des­cend désor­mais sur notre assem­blée. C’est l’heure où l’on rentre volon­tiers chez soi pour se retrou­ver à la même table, entou­ré par la pré­sence des liens d’affection, du bien accom­pli et reçu, des ren­contres qui réchauffent le cœur et le font croître, comme un bon vin qui anti­cipe au cours de l’existence de l’homme la fête sans cré­pus­cule. C’est aus­si l’heure la plus dou­lou­reuse pour celui qui se retrouve en tête à tête avec sa propre soli­tude, dans le cré­pus­cule amer de rêves et de pro­jets bri­sés : com­bien de per­sonnes traînent-​elles leurs jour­nées sur la voie sans issue de la rési­gna­tion, de l’abandon, voire de la ran­cœur ; dans com­bien de mai­sons est venu à man­quer le vin de la joie et donc la saveur — la sagesse même — de la vie […] Ce soir, nous nous fai­sons la voix des uns et des autres à tra­vers notre prière, une prière pour tous ».

2. (2) Foyer de joies et d’épreuves, d’affections pro­fondes et de rela­tions par­fois bles­sées, la famille est vrai­ment une « école d’humanité » (cf. GS, 52), dont le besoin se fait for­te­ment res­sen­tir. En dépit des nom­breux signaux de crise de l’institution fami­liale dans les divers contextes du « vil­lage glo­bal », le désir de famille reste vif, spé­cia­le­ment chez les jeunes, et motive l’Église, experte en huma­ni­té et fidèle à sa mis­sion, à annon­cer sans relâche et avec une pro­fonde convic­tion l’« Évangile de la famille » qui lui fut confié par la révé­la­tion de l’amour de Dieu en Jésus-​Christ et conti­nuel­le­ment ensei­gné par les Pères, par les Maîtres de la spi­ri­tua­li­té et par le Magistère de l’Église. La famille revêt pour l’Église une impor­tance toute par­ti­cu­lière et, au moment où tous les croyants sont invi­tés à sor­tir d’eux-mêmes, il est néces­saire que la famille se redé­couvre comme sujet indis­pen­sable pour l’évangélisation. Notre pen­sée va au témoi­gnage mis­sion­naire de tant de familles.

3. (3) L’Évêque de Rome a appe­lé le Synode des Évêques à réflé­chir sur la réa­li­té de la famille, déci­sive et pré­cieuse, lors de son Assemblée Générale Extraordinaire d’octobre 2014, pour appro­fon­dir ensuite la réflexion lors de l’Assemblée Générale Ordinaire qui se tien­dra en octobre 2015, ain­si que pen­dant l’année qui sépare les deux évé­ne­ments syno­daux. « Le fait de conve­nire in unum autour de l’Évêque de Rome est déjà un évé­ne­ment de grâce, dans lequel la col­lé­gia­li­té épis­co­pale se mani­feste sur un che­min de dis­cer­ne­ment spi­ri­tuel et pas­to­ral » : c’est ain­si que le Pape François a décrit l’expérience syno­dale, en indi­quant ses tâches, en se pla­çant dans la double écoute des signes de Dieu et de l’histoire des hommes, ain­si que dans la double et unique fidé­li­té qui s’ensuit.

4. (4) À la lumière de ce même dis­cours, nous avons recueilli les résul­tats de nos réflexions et de nos dia­logues en trois par­ties : l’écoute, pour consi­dé­rer la réa­li­té de la famille aujourd’hui, dans la com­plexi­té de ses lumières et de ses ombres ; le regard fixé sur le Christ, pour repen­ser avec une fraî­cheur et un enthou­siasme nou­veaux à ce que la révé­la­tion, trans­mise dans la foi de l’Église, nous dit sur la beau­té, sur le rôle et sur la digni­té de la famille ; la confron­ta­tion à la lumière du Seigneur Jésus pour dis­cer­ner les voies per­met­tant de réno­ver l’Église et la socié­té dans leur enga­ge­ment pour la famille fon­dée sur le mariage entre un homme et une femme.

5. En conser­vant le fruit pré­cieux de l’Assemblée pré­cé­dente, la nou­velle étape qui nous attend part de l’écoute des défis sur la famille pour tour­ner notre regard vers sa voca­tion et sa mis­sion dans l’Église et dans le monde contem­po­rain. La famille est non seule­ment sol­li­ci­tée à répondre aux pro­blé­ma­tiques actuelles, mais elle est sur­tout appe­lée par Dieu à prendre une conscience tou­jours nou­velle de son iden­ti­té mis­sion­naire d’Église domes­tique, elle aus­si « en sor­tie ». Dans un monde sou­vent mar­qué par la soli­tude et la tris­tesse, l’« Évangile de la famille » est vrai­ment une bonne nouvelle.

Ière PARTIE – L’ÉCOUTE DES DÉFIS SUR LA FAMILLE

Chapitre ILa famille et le contexte anthropologico-culturel

Le contexte socioculturel

6. (5). Fidèles à l’enseignement du Christ, nous regar­dons la réa­li­té de la famille aujourd’hui dans toute sa com­plexi­té, avec ses lumières et ses ombres. Nous pen­sons aux parents, aux grands-​parents, aux frères et sœurs, aux parents proches et éloi­gnés, ain­si qu’au lien entre deux familles que tisse tout mariage. Le chan­ge­ment anthro­po­lo­gique et cultu­rel influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et requiert une approche ana­ly­tique et diver­si­fiée. Il faut avant tout sou­li­gner les aspects posi­tifs : la plus grande liber­té d’expression et la plus grande recon­nais­sance des droits de la femme et des enfants, au moins dans cer­taines régions du monde. Mais, d’un autre côté, il faut éga­le­ment consi­dé­rer le dan­ger crois­sant que repré­sente un indi­vi­dua­lisme exas­pé­ré qui déna­ture les liens fami­liaux et qui finit par consi­dé­rer chaque membre de la famille comme une île, en fai­sant pré­va­loir, dans cer­tains cas, l’idée d’un sujet qui se construit selon ses propres dési­rs éle­vés au rang d’absolu. Il faut ajou­ter à cela une crise de la foi qui a tou­ché de nom­breux catho­liques et qui est sou­vent à l’origine des crises du mariage et de la famille.

Le chan­ge­ment anthropologique

7. Dans la socié­té actuelle, nous obser­vons dif­fé­rentes dis­po­si­tions. Seule une mino­ri­té vit, sou­tient et pro­pose l’enseignement de l’Église catho­lique sur le mariage et la famille, recon­nais­sant en celui-​ci la bon­té du pro­jet créa­tif de Dieu. Les mariages, reli­gieux ou non, dimi­nuent et le nombre des sépa­ra­tions et des divorces est en augmentation.

La recon­nais­sance de la digni­té de chaque per­sonne, homme, femme et enfants, et la prise de conscience de l’importance des dif­fé­rentes eth­nies et des mino­ri­tés sont tou­jours plus répan­dues. Ces der­niers aspects – déjà dif­fu­sés dans de nom­breuses socié­tés, non seule­ment occi­den­tales – sont en train de se conso­li­der dans dif­fé­rents autres pays.

Dans les contextes cultu­rels les plus divers, on relève une peur des jeunes à prendre des enga­ge­ments défi­ni­tifs, comme celui de consti­tuer une famille. Plus géné­ra­le­ment, on constate l’expansion d’un indi­vi­dua­lisme extrême qui met au centre la satis­fac­tion de dési­rs qui ne conduisent pas à la pleine réa­li­sa­tion de la personne.

Le déve­lop­pe­ment de la socié­té de consom­ma­tion a sépa­ré sexua­li­té et pro­créa­tion. C’est aus­si une des causes de la déna­ta­li­té crois­sante. Dans cer­tains contextes, elle est liée à la pau­vre­té ou à l’impossibilité de s’occuper des enfants ; chez d’autres, à la dif­fi­cul­té de vou­loir assu­mer des res­pon­sa­bi­li­tés et à la per­cep­tion que les enfants pour­raient limi­ter le libre épa­nouis­se­ment de soi.

Les contra­dic­tions culturelles

8. Les contra­dic­tions cultu­relles qui exercent une inci­dence sur la famille sont nom­breuses. Celle-​ci conti­nue d’être ima­gi­née comme le port d’attache sûr des affec­tions les plus intimes et gra­ti­fiantes, mais les ten­sions induites par une culture indi­vi­dua­liste exa­cer­bée, culture de la pos­ses­sion et de la jouis­sance, engendrent en son sein des dyna­miques d’irritabilité et d’agressivité par­fois ingou­ver­nables. On peut éga­le­ment men­tion­ner une cer­taine vision du fémi­nisme, qui consi­dère la mater­ni­té comme un pré­texte pour l’exploitation de la femme et comme un obs­tacle à sa pleine réa­li­sa­tion. On enre­gistre ensuite la ten­dance crois­sante à conce­voir l’engendrement d’un enfant comme un ins­tru­ment de l’affirmation de soi, à obte­nir par tous les moyens. Enfin, nous pou­vons rap­pe­ler les théo­ries selon les­quelles l’identité per­son­nelle et l’intimité affec­tive doivent s’affirmer dans une dimen­sion tota­le­ment affran­chie de la diver­si­té bio­lo­gique entre homme et femme.

En même temps, tou­te­fois, on veut recon­naître à la sta­bi­li­té d’un couple ins­ti­tué indé­pen­dam­ment de la dif­fé­rence sexuelle, la même légi­ti­mi­té que la rela­tion conju­gale intrin­sè­que­ment liée aux rôles pater­nel et mater­nel, défi­nis à par­tir de la bio­lo­gie de la géné­ra­tion. La confu­sion n’aide pas à défi­nir la spé­ci­fi­ci­té sociale de ces unions affec­tives, alors qu’elle livre à l’option indi­vi­dua­liste le lien spé­cial entre dif­fé­rence, géné­ra­tion, iden­ti­té humaine. Un meilleur appro­fon­dis­se­ment humain et cultu­rel, pas seule­ment bio­lo­gique, de la dif­fé­rence sexuelle est néces­saire, en étant conscient que « l’annulation de la dif­fé­rence […] est le pro­blème, pas la solu­tion » (François, Audience géné­rale, 15 avril 2015).

Les contra­dic­tions sociales

9. Des évé­ne­ments trau­ma­tiques comme les conflits armés, l’anéantissement des res­sources et les pro­ces­sus migra­toires ont une inci­dence crois­sante sur la qua­li­té affec­tive et spi­ri­tuelle de la vie fami­liale et mettent en dan­ger les rela­tions au sein de la famille. Ses éner­gies maté­rielles et spi­ri­tuelles sont sou­vent pous­sées au seuil de la dissolution.

Il faut par­ler aus­si, en géné­ral, des graves contra­dic­tions engen­drées par le poids de poli­tiques éco­no­miques incon­si­dé­rées, ain­si que de l’insensibilité de poli­tiques sociales, notam­ment dans les soi-​disant socié­tés de bien-​être. En par­ti­cu­lier, les coûts accrus pour éle­ver les enfants, ain­si que l’énorme aggra­va­tion des devoirs sup­plé­men­taires concer­nant les soins sociaux des malades et des per­sonnes âgées, de fait délé­gués aux familles, consti­tuent un véri­table far­deau qui pèse sur la vie familiale.

Si l’on ajoute à cela les effets d’une conjonc­ture éco­no­mique défa­vo­rable, de nature très ambi­guë, et le phé­no­mène crois­sant de l’accumulation des richesses entre les mains de quelques-​uns et du détour­ne­ment de res­sources qui devraient être des­ti­nées au pro­jet fami­lial, le cadre de l’appauvrissement de la famille appa­raît encore plus pro­blé­ma­tique. La dépen­dance à l’alcool, aux drogues ou aux jeux de hasard est par­fois l’expression de ces contra­dic­tions sociales et du malaise qui s’ensuit dans la vie des familles.

Fragilité et force de la famille

10. La famille, com­mu­nau­té humaine fon­da­men­tale, mani­feste aujourd’hui comme jamais, pré­ci­sé­ment à tra­vers sa crise cultu­relle et sociale, les nom­breuses souf­frances que pro­curent sa fai­blesse et sa fra­gi­li­té. Mais aus­si la force qu’elle peut trou­ver, en elle-​même, pour affron­ter l’inadéquation et l’effacement des ins­ti­tu­tions à l’égard de la for­ma­tion de la per­sonne, de la qua­li­té du lien social, de l’attention por­tée aux sujets les plus vul­né­rables. Il est donc par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire d’apprécier à sa juste valeur la force de la famille, afin de pou­voir sou­te­nir ses fragilités.

Chapitre II – La famille et le contexte socio-économique

La famille, res­source irrem­pla­çable de la société

11. La famille demeure, aujourd’hui encore, et demeu­re­ra tou­jours le pilier fon­da­men­tal et incon­tour­nable de la vie en socié­té. De fait, des dif­fé­rences mul­tiples coexistent en elle, à tra­vers les­quelles se nouent des rela­tions et où l’on peut gran­dir car les géné­ra­tions peuvent s’y confron­ter et s’accueillir mutuel­le­ment. C’est ain­si, pré­ci­sé­ment, que la famille repré­sente une valeur fon­da­trice et une res­source irrem­pla­çable pour le déve­lop­pe­ment har­mo­nieux de toute socié­té humaine, selon ce qu’affirme le Concile : « La famille est, en quelque sorte, une école d’enrichissement humain […] elle est le fon­de­ment de la socié­té » (GS, 52). Dans les rela­tions fami­liales, conju­gales, filiales et fra­ter­nelles, tous les membres de la famille tissent des liens solides et gra­tuits, dans la concorde et dans le res­pect réci­proque, qui per­mettent de dépas­ser les risques de l’isolement et de la solitude.

Politiques en faveur de la famille

12. Il faut sou­li­gner que, la famille étant l’artisan de l’édification de la cité com­mune et non une réa­li­té pri­vée, des poli­tiques fami­liales adé­quates sont néces­saires pour la sou­te­nir et la pro­mou­voir. En outre, il serait bon de consi­dé­rer le rap­port entre wel­fare et action com­pen­sa­toire de la famille. Par rap­port aux poli­tiques fami­liales et aux sys­tèmes de wel­fare inadap­tés, cette action com­pen­sa­toire redis­tri­bue les res­sources et les tâches pour le bien com­mun, en contri­buant à rééqui­li­brer les effets néga­tifs de l’inégalité sociale.

Le défi de la soli­tude et de la précarité

13. (6) Une des plus grandes pau­vre­tés de la culture actuelle est la soli­tude, fruit de l’absence de Dieu dans la vie des per­sonnes et de la fra­gi­li­té des rela­tions. Il existe aus­si une sen­sa­tion géné­rale d’impuissance vis-​à-​vis de la situa­tion socio-​économique qui finit sou­vent pas écra­ser les familles. Il en est ain­si à cause de la pau­vre­té et de la pré­ca­ri­té de l’emploi qui ne cessent d’augmenter et qui sont par­fois vécues comme un véri­table cau­che­mar, ou bien à cause d’une lourde fis­ca­li­té qui n’encourage certes pas les jeunes à se marier. Souvent les familles se sentent aban­don­nées à cause du dés­in­té­res­se­ment et de la faible atten­tion que leur accordent les ins­ti­tu­tions. Les consé­quences néga­tives du point de vue de l’organisation sociale sont évi­dentes : de la crise démo­gra­phique aux pro­blèmes édu­ca­tifs, de la dif­fi­cul­tés d’accueillir la vie nais­sante à l’impression de far­deau que repré­sente la pré­sence des per­sonnes âgées, jusqu’au malaise affec­tif dif­fus qui abou­tit par­fois à la vio­lence. L’État a la res­pon­sa­bi­li­té de créer les condi­tions légis­la­tives et d’emploi pour garan­tir l’avenir des jeunes et les aider à réa­li­ser leur pro­jet de fon­der une famille.

Le défi économique

14. La vie fami­liale concrète est étroi­te­ment liée à la réa­li­té éco­no­mique. Beaucoup observent que, de nos jours, la famille peut faci­le­ment souf­frir de mul­tiples vul­né­ra­bi­li­tés. Du point de vue de l’économie, les pro­blèmes les plus impor­tants sont ceux qui sont liés à des salaires insuf­fi­sants, au chô­mage, à l’insécurité éco­no­mique, au manque de tra­vail digne et de sécu­ri­té de l’emploi, au tra­fic d’êtres humains et à l’esclavage.

Dans la famille se reflète de façon par­ti­cu­liè­re­ment aigu l’effet de l’inégalité éco­no­mique, qui l’empêche de gran­dir : manque d’un propre loge­ment ; on ne fait pas d’enfants ; ceux que l’on a ont des dif­fi­cul­tés pour étu­dier et pour deve­nir indé­pen­dants ; impos­si­bi­li­té de se pro­je­ter serei­ne­ment dans le futur. Pour sur­mon­ter cette situa­tion, un chan­ge­ment struc­tu­rel de pers­pec­tive est néces­saire de la part de l’ensemble de la socié­té, comme nous le rap­pelle le Pape : « La crois­sance dans l’équité exige quelque chose de plus que la crois­sance éco­no­mique, bien qu’elle la sup­pose ; elle demande des déci­sions, des pro­grammes, des méca­nismes et des pro­ces­sus spé­ci­fi­que­ment orien­tés vers une meilleure dis­tri­bu­tion des reve­nus, la créa­tion d’opportunités d’emplois, une pro­mo­tion inté­grale des pauvres qui dépasse le simple assis­ta­nat » (EG, 204). Une nou­velle soli­da­ri­té inter­gé­né­ra­tion­nelle com­mence par l’attention aux pauvres du pré­sent, avant de pen­ser à ceux du futur, en tenant compte en par­ti­cu­lier des besoins des familles.

Le défi de la pau­vre­té et l’exclusion sociale

15. Un défi d’une impor­tance par­ti­cu­lière est consti­tué par les groupes sociaux, par­fois très nom­breux, carac­té­ri­sés par des situa­tions de pau­vre­té, non seule­ment éco­no­mique, mais sou­vent aus­si cultu­relle, au point que cela les empêchent de réa­li­ser un pro­jet de vie fami­liale adap­té à la digni­té de la per­sonne. Il faut éga­le­ment recon­naître qu’en dépit des énormes dif­fi­cul­tés, de nom­breuses familles pauvres cherchent à mener leur vie quo­ti­dienne de façon digne, en pla­çant leur confiance en Dieu, qui ne déçoit ni n’abandonne.

Il a aus­si été rele­vé que le sys­tème éco­no­mique actuel pro­duit diverses formes d’exclusion sociale. Diverses caté­go­ries de per­sonnes se sentent exclues. Une carac­té­ris­tique com­mune est que sou­vent les « exclus » sont « invi­sibles » aux yeux de la socié­té. La culture domi­nante, les médias, les ins­ti­tu­tions les plus impor­tantes contri­buent bien sou­vent à main­te­nir – voire à faire empi­rer – cette « invi­si­bi­li­té » sys­té­ma­tique. À cet égard, le Pape François se demande : « Pourquoi nous habituons-​nous à voir que l’on détruit le tra­vail digne, que l’on expulse tant de familles, que l’on chasse les pay­sans, que l’on fait la guerre et que l’on abuse de la nature ? ». Et il répond : « Parce que dans ce sys­tème l’homme, la per­sonne humaine, a été ôtée du centre et a été rem­pla­cée par autre chose. Parce qu’on rend un culte ido­lâtre à l’argent. Parce que l’indifférence s’est mon­dia­li­sée ! » (Discours aux par­ti­ci­pants à la Rencontre mon­diale des mou­ve­ments popu­laires, 28 octobre 2014).

L’exclusion sociale affai­blit la famille et devient une menace sérieuse pour la digni­té de ses membres. La condi­tion des enfants est par­ti­cu­liè­re­ment pré­oc­cu­pante, car c’est comme s’ils étaient punis a prio­ri à cause de l’exclusion et, sou­vent, tra­gi­que­ment mar­qués à vie par des pri­va­tions et des souf­frances. Il s’agit de véri­tables « orphe­lins sociaux ».

Le défi écologique

16. Du point de vue de l’écologie, les pro­blèmes rele­vés dérivent d’un accès insuf­fi­sant à l’eau pour de nom­breuses popu­la­tion, de la dégra­da­tion envi­ron­ne­men­tale, de la faim et de la mal­nu­tri­tion, de terres incultes ou dévas­tées, de la culture du « prends et jette ». Les situa­tions décrites influent, sou­vent lour­de­ment, sur les dyna­miques de la vie fami­liale et sur sa sérénité.

Pour ces rai­sons, grâce notam­ment à l’impulsion du Pape François, l’Église sou­haite et col­la­bore à une pro­fonde révi­sion de l’orientation du sys­tème mon­dial, à tra­vers une culture éco­lo­gique capable d’élaborer une pen­sée, une poli­tique, un pro­gramme édu­ca­tif, un style de vie et une spi­ri­tua­li­té. À par­tir du moment où tout est inti­me­ment lié, il est néces­saire d’approfondir les aspects d’une « éco­lo­gie inté­grale » qui inclut non seule­ment les dimen­sions envi­ron­ne­men­tales, mais aus­si les dimen­sions humaines, sociales et éco­no­miques, pour le déve­lop­pe­ment durable et la sau­ve­garde de la création.

Chapitre III – Famille et inclusion

Le troi­sième âge

17. Beaucoup mettent en évi­dence la condi­tion des per­sonnes d’âge avan­cé au sein des familles. Dans les socié­tés évo­luées, le nombre des per­sonnes âgées tend à aug­men­ter, tan­dis que la nata­li­té décroît. La res­source qu’elles repré­sentent n’est pas tou­jours appré­ciée à sa juste valeur. Comme l’a rap­pe­lé le Pape François : « Le nombre des per­sonnes âgées s’est mul­ti­plié, mais nos socié­tés ne se sont pas assez orga­ni­sées pour leur faire place, avec le juste res­pect et la consi­dé­ra­tion concrète pour leur fra­gi­li­té et leur digni­té. Tant que nous sommes jeunes, nous sommes inci­tés à igno­rer la vieillesse, comme s’il s’agissait d’une mala­die à tenir à dis­tance ; ensuite, quand nous vieillis­sons, en par­ti­cu­lier si nous sommes pauvres, si nous sommes malades, seuls, nous fai­sons l’expérience des carences d’une socié­té pro­gram­mée sur l’efficacité, qui en consé­quence ignore les per­sonnes âgées. Et les per­sonnes âgées sont une richesse, on ne peut pas les igno­rer » (Audience géné­rale, 4 mars 2015).

18. La condi­tion des grands-​parents dans la famille exige une atten­tion par­ti­cu­lière. Ils consti­tuent un maillon, une conjonc­tion entre les géné­ra­tions, en assu­rant la trans­mis­sion de tra­di­tions et de cou­tumes où les plus jeunes peuvent retrou­ver leurs racines. En outre, sou­vent de manière dis­crète et gra­tuite, ils garan­tissent un sou­tien éco­no­mique pré­cieux pour les jeunes couples, ils s’occupent des petits-​enfants et ils leurs trans­mettent même la foi. Beaucoup de gens, spé­cia­le­ment de nos jours, peuvent recon­naître que c’est pré­ci­sé­ment à leurs grands-​parents qu’ils doivent leur ini­tia­tion à la vie chré­tienne. Cela témoigne qu’à l’intérieur de la famille, avec les géné­ra­tions qui se suc­cèdent, la foi se com­mu­nique et se conserve, deve­nant un héri­tage irrem­pla­çable pour les nou­veaux foyers. Les jeunes, les familles et la socié­té ont une dette sin­cère de recon­nais­sance, d’appréciation et d’hospitalité à l’égard des per­sonnes âgées.

Le défi du veuvage

19. Le veu­vage est une expé­rience par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile pour ceux qui ont vécu le choix conju­gal et la vie fami­liale comme don dans le Seigneur. Cependant, il pré­sente aus­si, au regard de la foi, plu­sieurs pos­si­bi­li­tés de valo­ri­sa­tion. Ainsi, par exemple, au moment où il leur arrive de vivre cette dou­lou­reuse expé­rience, cer­tains montrent qu’ils savent déver­ser leurs éner­gies, avec encore plus de dévoue­ment, sur leurs enfants et leurs petits-​enfants, trou­vant dans cette expé­rience d’amour une nou­velle mis­sion édu­ca­tive. Le vide lais­sé par le conjoint dis­pa­ru est, en un cer­tain sens, com­pen­sé par l’affection des membres de leur famille qui mettent en valeur les per­sonnes veuves, leur per­met­tant de conser­ver ain­si la pré­cieuse mémoire de leur mariage. Par contre, ceux qui ne peuvent pas comp­ter sur la pré­sence d’une famille à laquelle se dédier et d’où rece­voir affec­tion et proxi­mi­té doivent être sou­te­nus par la com­mu­nau­té chré­tienne avec une atten­tion et une dis­po­ni­bi­li­té par­ti­cu­lières, sur­tout s’ils se trouvent dans des condi­tions d’indigence.

La der­nière sai­son de la vie et le deuil en famille

20. Les per­sonnes d’âge avan­cé sont conscientes qu’elles se trouvent dans la der­nière phase de leur exis­tence. Leur condi­tion se réper­cute sur toute la vie fami­liale. La confron­ta­tion avec la mala­die, qui accom­pagne sou­vent le pro­lon­ge­ment de la vieillesse, et sur­tout la confron­ta­tion avec la mort, res­sen­tie comme proche et expé­ri­men­tée lors de la perte des per­sonnes les plus chères (le conjoint, des membres de la famille, des amis) consti­tuent les aspects cri­tiques de cet âge, qui exposent la per­sonne et la famille tout entière à une redé­fi­ni­tion de leur équilibre.

La mise en valeur de la phase conclu­sive de la vie est aujourd’hui d’autant plus néces­saire que, au moins dans les pays riches, ont tente de relé­guer par tous les moyens le moment du tré­pas. Face à une vision néga­tive de cette période – qui ne consi­dère que les aspects de déclin et de perte pro­gres­sive de ses capa­ci­tés, de son auto­no­mie et de ses affec­tions –, il est pos­sible d’affronter les der­nières années en met­tant en valeur le sens de l’accomplissement et de l’intégration de l’existence entière. Il devient aus­si pos­sible de décou­vrir une nou­velle décli­nai­son de l’engendrement grâce à la remise d’un héri­tage prin­ci­pa­le­ment moral aux nou­velles géné­ra­tions. La dimen­sion de la spi­ri­tua­li­té et de la trans­cen­dance, unie à la proxi­mi­té des membres de la famille, consti­tue une res­source essen­tielle pour que la vieillesse aus­si puisse être impré­gnée d’un sens de digni­té et d’espérance.

Par ailleurs, les familles éprou­vées par l’expérience d’un deuil exigent une atten­tion par­ti­cu­lière. Lorsque la perte concerne les petits et les jeunes, l’impact sur la famille est par­ti­cu­liè­re­ment déchirant.

Le défi du handicap

21. Il faut accor­der un regard spé­cial aux familles des per­sonnes diver­se­ment habiles, où le han­di­cap, qui inter­vient à l’improviste dans la vie, engendre un défi, pro­fond et inat­ten­du et bou­le­verse les équi­libres, les dési­rs, les attentes. Cela entraîne des émo­tions contras­tées, qu’il faut gérer et éla­bo­rer, et impose des tâches, des urgences et des besoins nou­veaux, ain­si que des rôles et des res­pon­sa­bi­li­tés dif­fé­rentes. L’image fami­liale et son cycle vital tout entier sont pro­fon­dé­ment per­tur­bés. Toutefois, la famille pour­ra décou­vrir, avec la com­mu­nau­té chré­tienne à laquelle elle appar­tient, des habi­le­tés dif­fé­rentes, des com­pé­tences impré­vues, de nou­veaux gestes et lan­gages, d’autres formes de com­pré­hen­sion et d’identité, au cours du long et dif­fi­cile che­min d’accueil et d’attention au mys­tère de la fragilité.

22. Ce pro­ces­sus, en soi extra­or­di­nai­re­ment com­plexe, devient encore plus pénible dans ces socié­tés où sur­vivent des formes impi­toyables de stig­ma­ti­sa­tion et de pré­ju­gés, qui empêchent la ren­contre féconde avec le han­di­cap et l’émergence de la soli­da­ri­té et de l’accompagnement com­mu­nau­taire. Une ren­contre qui, en réa­li­té, peut consti­tuer, pour cha­cun et pour la com­mu­nau­té entière, une occa­sion pré­cieuse de crois­sance dans la jus­tice, dans l’amour et dans la défense de la valeur de toute vie humaine, à par­tir de la recon­nais­sance d’un pro­fond sens d’unité dans la vul­né­ra­bi­li­té. Il faut sou­hai­ter que, dans une com­mu­nau­té réel­le­ment accueillante, la famille et la per­sonne qui ont des besoins par­ti­cu­liers ne se sentent pas seules et mises à l’écart, mais qu’il leur soit don­né de trou­ver récon­fort et sou­tien, spé­cia­le­ment quand les éner­gies et les res­sources fami­liales viennent à manquer.

23. À ce pro­pos, il faut consi­dé­rer le défi que l’on appelle l’« après nous » : pen­sons aux situa­tions fami­liales de pau­vre­té et de soli­tude ou au récent phé­no­mène grâce auquel, dans les socié­tés éco­no­mi­que­ment plus avan­cées, l’allongement de l’espérance de vie per­met­tra aux per­sonnes diver­se­ment habiles de sur­vivre, avec beau­coup de pro­ba­bi­li­té, à leurs parents. Si la famille par­vient à accep­ter avec les yeux de la foi la pré­sence en son sein de per­sonnes por­teuses de han­di­cap, elle pour­ra aus­si les aider à ne pas vivre ce han­di­cap comme une limite et à recon­naître leur valeur dif­fé­rente et ori­gi­nale. Ainsi pour­ra être garan­tie, défen­due et mise en valeur la qua­li­té pos­sible de toute vie, indi­vi­duelle et fami­liale, avec ses besoins, avec son droit à la même digni­té et aux mêmes oppor­tu­ni­tés, aux ser­vices et aux soins, à la com­pa­gnie et à l’affectivité, à la beau­té et à la plé­ni­tude de sens, à toutes les phases de la vie, de sa concep­tion à la vieillesse, jusqu’à sa fin naturelle.

Le défi des migrations

24. L’effet du phé­no­mène migra­toire sur la famille pré­oc­cupe beau­coup de monde, car il touche, avec des moda­li­tés dif­fé­rentes, des popu­la­tions entières dans plu­sieurs par­ties du monde. L’accompagnement des migrants exige une pas­to­rale spé­ci­fique, orien­tée vers les familles en migra­tion, mais aus­si vers les membres des noyaux fami­liaux qui sont res­tés sur leurs lieux d’origine ; cela doit se faire dans le res­pect de leurs cultures et de la for­ma­tion reli­gieuse et humaine d’où ils pro­viennent. Aujourd’hui le phé­no­mène migra­toire inflige des bles­sures tra­giques à des masses d’individus et de famille en « sur­plus » de diverses popu­la­tions et ter­ri­toires, qui cherchent légi­ti­me­ment un ave­nir meilleur, une « nou­velle nais­sance » au cas où il n’est pas pos­sible de vivre là où l’on est né.

25. Les diverses situa­tions de guerre, de per­sé­cu­tion, de pau­vre­té, d’inégalité, motifs habi­tuels de la migra­tion, aux­quels viennent s’ajouter les péri­pé­ties d’un voyage qui met sou­vent en dan­ger leur vie même, trau­ma­tisent les indi­vi­dus et leurs sys­tèmes fami­liaux. Dans le pro­ces­sus migra­toire, en effet, les familles des migrants se trouvent inévi­ta­ble­ment déchi­rées par de mul­tiples expé­riences d’abandon et de divi­sion : dans de nom­breux cas, le corps fami­lial est dra­ma­ti­que­ment démem­bré entre ceux qui partent pour ouvrir la voie et ceux qui res­tent dans l’attente d’un retour ou d’une recom­po­si­tion. Ceux qui partent se retrouvent cou­pés de leur propre terre et culture, de leur langue, des liens avec leur famille élar­gie et avec leur com­mu­nau­té, de leur pas­sé et du dérou­le­ment tra­di­tion­nel du par­cours de leur vie.

26. La ren­contre avec un nou­veau pays et une nou­velle culture est ren­due d’autant plus dif­fi­cile quand les condi­tions d’un accueil et d’une accep­ta­tion authen­tiques dans le res­pect des droits de tous et d’une coexis­tence paci­fique et soli­daire n’existent pas. La sen­sa­tion de dépay­se­ment, la nos­tal­gie des ori­gines per­dues et les dif­fi­cul­tés d’une inté­gra­tion authen­tique – qui passe par la créa­tion de nou­veaux liens et le pro­jet d’une vie qui conjugue le pas­sé et le pré­sent, des cultures et des géo­gra­phies, des langues et des men­ta­li­tés dif­fé­rentes – montrent aujourd’hui, dans de nom­breux contextes, qu’elles ne sont pas dépas­sées et révèlent de nou­velles souf­frances, même pour les seconde et troi­sième géné­ra­tions de familles migrantes, ali­men­tant alors des phé­no­mènes de fon­da­men­ta­lisme et de rejet violent de la culture d’accueil.

Une res­source pré­cieuse pour dépas­ser ces dif­fi­cul­tés est pré­ci­sé­ment la ren­contre entre les familles, où les mères jouent sou­vent un rôle clef dans les pro­ces­sus d’intégration, à tra­vers le par­tage d’expérience de crois­sance de leurs enfants.

27. Par ailleurs, les exi­gences migra­toires appa­raissent par­ti­cu­liè­re­ment dra­ma­tiques et dévas­ta­trices, pour les familles et pour les indi­vi­dus, quand elles ont lieu en dehors de la léga­li­té, quand elles sont sou­te­nues par les cir­cuits inter­na­tio­naux de la traite des êtres humains, quand elles concernent des enfants non accom­pa­gnés, quand elles contraignent à des séjours pro­lon­gés dans des lieux inter­mé­diaires entre un pays et un autre, entre le pas­sé et l’avenir, et dans des camps de réfu­giés ou des centres d’accueil, dans les­quels il n’est pas pos­sible d’entreprendre un par­cours d’enracinement, ni de des­si­ner un nou­vel ave­nir personnel.

Quelques défis particuliers

28. (7) Il existe des contextes cultu­rels et reli­gieux qui pré­sentent des défis par­ti­cu­liers. Dans cer­taines socié­tés, la pra­tique de la poly­ga­mie demeure en vigueur, tout comme la cou­tume du « mariage par étapes » dans quelques contextes tra­di­tion­nels. D’autres voient per­du­rer la pra­tique des mariages arran­gés. Dans les pays où la pré­sence de l’Église catho­lique est mino­ri­taire, les mariages mixtes et de dis­pa­ri­té de culte sont nom­breux, avec toutes les dif­fi­cul­tés qu’ils com­portent par rap­port à la confi­gu­ra­tion juri­dique, au bap­tême, à l’éducation des enfants et au res­pect réci­proque du point de vue de la diver­si­té de la foi. Ces mariages peuvent pré­sen­ter le risque du rela­ti­visme ou de l’indifférence, mais ils peuvent aus­si four­nir une occa­sion de favo­ri­ser l’esprit œcu­mé­nique et le dia­logue inter­re­li­gieux dans une coexis­tence har­mo­nieuse des com­mu­nau­tés qui vivent en un même lieu. Dans de nom­breux contextes, et pas seule­ment occi­den­taux, on voit se dif­fu­ser à large échelle la pra­tique de la coha­bi­ta­tion pré­cé­dant le mariage ou même du concu­bi­nage qui ne visent pas à prendre une forme de lien ins­ti­tu­tion­nel. À cela s’ajoute une légis­la­tion civile qui com­pro­met le mariage et la famille. En rai­son de la sécu­la­ri­sa­tion, dans de nom­breuses par­ties du monde, la réfé­rence à Dieu a for­te­ment dimi­nué et la foi n’est plus socia­le­ment partagée.

La famille et les enfants

29. (8) De nom­breux enfants naissent en dehors du mariage, en par­ti­cu­lier dans cer­tains pays, et nom­breux sont ceux qui gran­dissent ensuite avec un seul parent ou dans un contexte fami­lial élar­gi ou recons­ti­tué. Le nombre de divorces aug­mente et le cas de choix uni­que­ment déter­mi­nés par des fac­teurs d’ordre éco­no­mique n’est pas rare. Les parents se dis­putent sou­vent les enfants, ceux-​ci deve­nant alors les vraies vic­times des déchi­re­ments fami­liaux. Les pères sont sou­vent absents, non seule­ment pour des rai­sons d’ordre éco­no­mique, là où, en revanche, le besoin de les voir assu­mer plus clai­re­ment leur res­pon­sa­bi­li­té envers les enfants et la famille se fait sen­tir. La digni­té de la femme a encore besoin d’être défen­due et pro­mue. De fait, aujourd’hui, dans de nom­breux contextes, le fait d’être une femme entraine des dis­cri­mi­na­tions et le don même de la mater­ni­té est sou­vent péna­li­sé plu­tôt que pré­sen­té comme une valeur. Il ne faut pas non plus oublier les phé­no­mènes crois­sants de vio­lence dont les femmes sont vic­times, par­fois, hélas, au sein même des familles, ni la grave muti­la­tion géni­tale de la femme, lar­ge­ment dif­fuse dans cer­taines cultures. L’exploitation sexuelle de l’enfance consti­tue, par ailleurs, une des réa­li­tés les plus scan­da­leuses et les plus per­verses de la socié­té actuelle. Les socié­tés tra­ver­sées par la vio­lence à cause de la guerre, du ter­ro­risme ou de la pré­sence de la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée connaissent, elles aus­si, des situa­tions fami­liales dété­rio­rées, sur­tout dans les grandes métro­poles et dans leurs ban­lieues où s’accroît le phé­no­mène dit des enfants des rues. En outre, les migra­tions repré­sentent un autre signe des temps, qu’il faut affron­ter et com­prendre, avec tout leur poids de consé­quences sur la vie familiale.

Le rôle des femmes

30. Un peu par­tout, on a obser­vé que les pro­ces­sus d’émancipation de la femme ont bien mis en évi­dence son rôle déter­mi­nant dans la crois­sance de la famille et de la socié­té. Il n’en reste pas moins vrai que la condi­tion fémi­nine dans le monde est sujette à de grandes souf­frances qui dérivent prin­ci­pa­le­ment de fac­teurs cultu­rels. On ne peut pas pen­ser que des situa­tions pro­blé­ma­tiques puissent être sim­ple­ment réso­lues par la fin de l’urgence éco­no­mique et par l’arrivée d’une culture moderne, comme le prouvent les dif­fi­ciles condi­tions des femmes dans plu­sieurs pays qui ont connu un déve­lop­pe­ment récent.

Dans les pays occi­den­taux, l’émancipation fémi­nine requiert une révi­sion des tâches des époux dans leur réci­pro­ci­té et dans la res­pon­sa­bi­li­té envers la vie fami­liale. Dans les pays en voie de déve­lop­pe­ment, à l’exploitation et à la vio­lence exer­cées sur le corps des femmes et à la fatigue qui leur est impo­sée, même pen­dant leur gros­sesse, s’ajoutent sou­vent avor­te­ments et sté­ri­li­sa­tions for­cés, ain­si que les consé­quences extrê­me­ment néga­tives de pra­tiques liées à la pro­créa­tion (par exemple, loca­tion d’utérus ou mar­ché des gamètes embryon­naires). Dans les pays avan­cés, le désir d’enfant « à tout prix » n’a pas conduit à des rela­tions fami­liales plus heu­reuses et solides, mais, dans de nom­breux cas, a aggra­vé de fait l’inégalité entre femmes et hommes. La sté­ri­li­té de la femme repré­sente, selon les pré­ju­gés pré­sents dans diverses cultures, une condi­tion discriminatoire.

Une meilleure mise en valeur de leur res­pon­sa­bi­li­té dans l’Église peut contri­buer à la recon­nais­sance du rôle déter­mi­nant des femmes : leur inter­ven­tion dans les pro­ces­sus de déci­sion, leur par­ti­ci­pa­tion, pas seule­ment for­melle, au gou­ver­ne­ment de cer­taines ins­ti­tu­tions, leur impli­ca­tion dans la for­ma­tion des ministres ordonnés.

Chapitre IV – Famille, affec­ti­vi­té et vie

L’importance de la vie affective

31. (9) Face au cadre social ain­si tra­cé, nous ren­con­trons dans bien des par­ties du monde, chez les indi­vi­dus, un plus grand besoin de prendre soin de leur per­sonne, de se connaître inté­rieu­re­ment, de mieux vivre en har­mo­nie avec leurs émo­tions et leurs sen­ti­ments, de cher­cher des rela­tions affec­tives de qua­li­té ; cette juste aspi­ra­tion peut ouvrir au désir de s’engager dans la construc­tion de rela­tions de don et de réci­pro­ci­té créa­tives, soli­daires et res­pon­sables, comme le sont les rela­tions fami­liales. Le dan­ger indi­vi­dua­liste et le risque de vivre de façon égoïste sont impor­tants. Le défi consiste, pour l’Église, à aider les couples à mûrir dans la dimen­sion émo­tion­nelle et dans le déve­lop­pe­ment affec­tif, grâce à la pro­mo­tion du dia­logue, de la ver­tu et de la confiance dans l’amour misé­ri­cor­dieux de Dieu. Le plein enga­ge­ment exi­gé dans le mariage chré­tien peut consti­tuer un fort anti­dote à la ten­ta­tion d’un indi­vi­dua­lisme égoïste.

La for­ma­tion de l’affectivité

32. Il est requis des familles qu’elles se sentent direc­te­ment res­pon­sables de la for­ma­tion affec­tive des jeunes géné­ra­tions. La rapi­di­té avec laquelle s’accomplissent les muta­tions de la socié­té contem­po­raine rend plus dif­fi­cile l’accompagnement de la for­ma­tion de l’affectivité pour per­mettre à l’ensemble de la per­sonne de mûrir. Cela exige notam­ment des agents pas­to­raux qui soient judi­cieu­se­ment for­més, non seule­ment avec une connais­sance appro­fon­die des Écritures et de la doc­trine catho­lique, mais qui soient aus­si dotés d’instruments péda­go­giques, psy­cho­lo­giques et médi­caux adé­quats. Une connais­sance de la psy­cho­lo­gie de la famille aide­ra à trans­mettre effi­ca­ce­ment la vision chré­tienne : cet effort édu­ca­tif doit débu­ter dès la caté­chèse de l’initiation chrétienne.

Fragilité et imma­tu­ri­té affectives

33. (10) Dans le monde actuel, les ten­dances cultu­relles qui semblent impo­ser une affec­ti­vi­té sans limites, dont on veut explo­rer tous les ver­sants, même les plus com­plexes, ne manquent pas. De fait, la ques­tion de la fra­gi­li­té affec­tive est d’une grande actua­li­té : une affec­ti­vi­té nar­cis­sique, instable et chan­geante qui n’aide pas tou­jours les sujets à atteindre une plus grande matu­ri­té. Une cer­taine dif­fu­sion de la por­no­gra­phie et de la com­mer­cia­li­sa­tion du corps est pré­oc­cu­pante, favo­ri­sée aus­si par un usage incor­rect d’internet, et il faut dénon­cer la situa­tion des per­sonnes qui sont obli­gées de s’adonner à la pros­ti­tu­tion. Dans ce contexte, les couples sont par­fois incer­tains, hési­tants et peinent à trou­ver les moyens de mûrir. Beaucoup sont ceux qui tendent à res­ter aux stades pri­maires de la vie émo­tion­nelle et sexuelle. La crise du couple désta­bi­lise la famille et peut pro­vo­quer, à tra­vers les sépa­ra­tions et les divorces, de sérieuses consé­quences sur les adultes, sur les enfants et sur la socié­té, en affai­blis­sant l’individu et les liens sociaux. Le déclin démo­gra­phique, dû à une men­ta­li­té anti­na­ta­liste et encou­ra­gé par les poli­tiques mon­diales en matière de san­té repro­duc­tive, entraine non seule­ment une situa­tion où le renou­vel­le­ment des géné­ra­tions n’est plus assu­ré, mais risque de conduire à terme à un appau­vris­se­ment éco­no­mique et à une perte d’espérance en l’avenir. Le déve­lop­pe­ment des bio­tech­no­lo­gies a eu lui aus­si un fort impact sur la natalité.

Le défi bioéthique

34. Dans dif­fé­rents endroits, on relève que la pré­ten­due révo­lu­tion bio­tech­no­lo­gique dans le domaine de la pro­créa­tion humaine a intro­duit la pos­si­bi­li­té tech­nique de mani­pu­ler l’acte de géné­rer, en le ren­dant indé­pen­dant de la rela­tion sexuelle entre homme et femme. De la sorte, la vie humaine et le carac­tère de géni­teur sont deve­nus des réa­li­tés qu’il est pos­sible de com­po­ser et de décom­po­ser, prin­ci­pa­le­ment selon les dési­rs d’individus ou de couples, pas néces­sai­re­ment hété­ro­sexuels ni régu­liè­re­ment mariés. Ce phé­no­mène est appa­ru ces der­niers temps comme une nou­veau­té abso­lue sur la scène de l’humanité et ne cesse de s’étendre. Tout cela se réper­cute pro­fon­dé­ment sur la dyna­mique des rela­tions, sur la struc­ture de la vie sociale et sur les ordon­nan­ce­ments juri­diques, qui inter­viennent pour ten­ter de régle­men­ter des pra­tiques déjà mises en œuvre et des situa­tions différenciées.

Le défi pour la pastorale

35. (11) Dans ce contexte, l’Église res­sent la néces­si­té de dire une parole de véri­té et d’espérance. Il faut par­tir de la convic­tion que l’homme vient de Dieu et qu’en consé­quence une réflexion capable de pro­po­ser à nou­veau les grandes ques­tions sur la signi­fi­ca­tion de l’être humain peut trou­ver un ter­rain fer­tile dans les attentes les plus pro­fondes de l’humanité. Les grandes valeurs du mariage et de la famille chré­tienne cor­res­pondent à la recherche qui tra­verse l’existence humaine, même à une époque mar­quée par l’individualisme et par l’hédonisme. Il faut accueillir les per­sonnes, avec leur exis­tence concrète, savoir sou­te­nir leur recherche, encou­ra­ger leur désir de Dieu et leur volon­té de faire plei­ne­ment par­tie de l’Église, même chez ceux qui ont connu un échec ou qui se trouvent dans les situa­tions les plus dis­pa­rates. Le mes­sage chré­tien com­porte tou­jours la réa­li­té et la dyna­mique de la misé­ri­corde et de la véri­té, qui convergent dans le Christ.

36. Dans la for­ma­tion à la vie conju­gale et fami­liale, les agents pas­to­raux devront tenir compte de la plu­ra­li­té des situa­tions concrètes. Si, d’une part, il faut pro­mou­voir des situa­tions qui garan­tissent la for­ma­tion des jeunes au mariage, de l’autre, il faut suivre ceux qui vivent sans consti­tuer un nou­veau foyer fami­lial, en res­tant fré­quem­ment liés à leur famille d’origine. Les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants doivent aus­si faire l’objet d’une atten­tion pas­to­rale par­ti­cu­lière de la part de l’Église, qui les aide à décou­vrir le des­sein de Dieu sur leur situa­tion, au ser­vice de toute la communauté.

Il existe une large demande pour que soit pré­ci­sé que la caté­go­rie de « loin­tains » ne désigne pas la situa­tion d’exclus ou de gens qui sont éloi­gnés : il s’agit de per­sonnes aimées de Dieu et qui tiennent à cœur à l’action pas­to­rale de l’Église. Il faut avoir envers tous un regard de com­pré­hen­sion, en tenant compte du fait que les situa­tions d’éloignement par rap­port à la vie ecclé­siale ne sont pas tou­jours vou­lues, mais qu’elles sont sou­vent induites et, par­fois même, subies à cause des com­por­te­ments de tierces personnes.

IIème PARTIE – LE DISCERNEMENT DE LA VOCATION FAMILIALE

Chapitre I – Famille et péda­go­gie divine

Le regard sur Jésus et la péda­go­gie divine dans l’histoire du salut

37. (12) Afin de « contrô­ler notre allure sur le ter­rain des défis contem­po­rains, la condi­tion déci­sive est de gar­der le regard fixé sur Jésus Christ, de s’arrêter dans la contem­pla­tion et dans l’adoration de sa face […]. En effet, chaque fois que nous reve­nons à la source de l’expérience chré­tienne, de nou­velles routes et des pos­si­bi­li­tés impen­sables s’ouvrent » (Pape François, Discours à l’occasion de la Veillée de prière en pré­pa­ra­tion au Synode sur la famille, 4 octobre 2014). Jésus a regar­dé avec amour et ten­dresse les femmes et les hommes qu’il a ren­con­trés, en accom­pa­gnant leurs pas avec véri­té, patience et misé­ri­corde, tout en annon­çant les exi­gences du Royaume de Dieu.

La Parole de Dieu en famille

38. Tourner le regard vers le Christ signi­fie avant tout se mettre à l’écoute de sa Parole : la lec­ture de l’Écriture Sainte, non seule­ment dans la com­mu­nau­té, mais aus­si à la mai­son, per­met de mettre en lumière la cen­tra­li­té du couple et de la famille dans le pro­jet de Dieu et fait prendre conscience de la façon dont Dieu entre dans le concret de la vie fami­liale en la ren­dant plus belle et vitale.

Cependant, mal­gré les diverses ini­tia­tives, on ren­contre encore dans les familles catho­liques un manque de contact plus direct avec la Bible. Dans la pas­to­rale de la famille, il faut tou­jours mettre en évi­dence la valeur cen­trale de la ren­contre avec le Christ, qui res­sort natu­rel­le­ment quand on est enra­ci­né dans les Saintes Écritures. Il est donc sur­tout sou­hai­té que soit encou­ra­gé dans les familles un rap­port vital avec la Parole de Dieu, afin d’orienter vers une véri­table ren­contre per­son­nelle avec Jésus-​Christ. Comme moda­li­té d’approche de l’Écriture Sainte, la « lec­tio divi­na » est conseillée, car elle repré­sente une lec­ture orante de la Parole de Dieu et une source d’inspiration pour l’action au quotidien.

La péda­go­gie divine

39. (13) Étant don­né que l’ordre de la créa­tion est déter­mi­né par l’orientation vers le Christ, il faut dis­tin­guer sans les sépa­rer les dif­fé­rents degrés à tra­vers les­quels Dieu com­mu­nique à l’humanité la grâce de l’alliance. En rai­son de la péda­go­gie divine, selon laquelle l’ordre de la créa­tion évo­lue dans celui de la rédemp­tion à tra­vers des étapes suc­ces­sives, il faut com­prendre la nou­veau­té du sacre­ment nup­tial chré­tien dans la conti­nui­té avec le mariage natu­rel des ori­gines. Nous com­pre­nons ici la façon d’agir sal­vi­fique de Dieu, aus­si bien dans la créa­tion que dans la vie chré­tienne. Dans la créa­tion : puisque tout a été fait par le Christ et en vue de Lui (cf. Col 1, 16), les chré­tiens « découvrent avec joie et res­pect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées ; ils doivent en même temps être atten­tifs à la trans­for­ma­tion pro­fonde qui s’opère par­mi les nations » (AG, 11). Dans la vie chré­tienne : étant don­né que par le Baptême, le croyant est insé­ré dans l’Église par le biais de cette Église domes­tique qu’est sa famille, il entre­prend ce « pro­ces­sus dyna­mique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration pro­gres­sive des dons de Dieu » (FC, 9), grâce à une conver­sion per­ma­nente à l’amour qui sauve du péché et donne la vie en plénitude.

Mariage natu­rel et plé­ni­tude sacramentelle

40. En tenant compte que les réa­li­tés natu­relles doivent être com­prises à la lumière de la grâce, il ne faut pas oublier que l’ordre de la rédemp­tion éclaire et réa­lise celui de la créa­tion. Le mariage natu­rel se com­prend donc plei­ne­ment à la lumière de son accom­plis­se­ment sacra­men­tel ; ce n’est qu’en fixant le regard sur le Christ que l’on connaît à fond la véri­té des rap­ports humains. « En réa­li­té, le mys­tère de l’homme ne s’éclaire vrai­ment que dans le mys­tère du Verbe incar­né. […] Nouvel Adam, le Christ, dans la révé­la­tion même du mys­tère du Père et de son amour, mani­feste plei­ne­ment l’homme à lui-​même et lui découvre la subli­mi­té de sa voca­tion » (GS, 22). Dans cette pers­pec­tive, il appa­raît par­ti­cu­liè­re­ment oppor­tun de com­prendre les pro­prié­tés natu­relles du mariage, qui sont riches et mul­tiples, selon une clef christocentrique.

Jésus et la famille

41. (14) Se réfé­rant au des­sein ini­tial sur le couple humain, Jésus lui-​même réaf­firme l’union indis­so­luble entre l’homme et la femme, tout en disant qu’ « en rai­son de votre dure­té de cœur, Moïse vous a per­mis de répu­dier vos femmes ; mais dès l’origine il n’en fut pas ain­si » (Mt 19, 8). L’indissolubilité du mariage (« Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le sépa­rer », Mt 19, 6), ne doit pas avant tout être com­pris comme un « joug » impo­sé aux hommes, mais bien plu­tôt comme un « don » fait aux per­sonnes unies par le mariage. De la sorte, Jésus montre que la condes­cen­dance divine accom­pagne tou­jours le che­min de l’homme, par sa grâce elle gué­rit et trans­forme le cœur endur­ci en l’orientant vers son ori­gine, à tra­vers le che­min de la croix. Les Évangiles font clai­re­ment res­sor­tir l’exemple de Jésus qui est para­dig­ma­tique pour l’Église. En effet, Jésus a pris place dans une famille, il a com­men­cé à accom­plir ses pre­miers signes au cours d’une fête nup­tiale à Cana, il a annon­cé le mes­sage concer­nant la signi­fi­ca­tion du mariage comme plé­ni­tude de la révé­la­tion qui per­met de retrou­ver le pro­jet ori­gi­nel de Dieu (cf. Mt 19, 3). Mais, en même temps, il a mis en pra­tique la doc­trine ensei­gnée, mani­fes­tant ain­si le véri­table sens de la misé­ri­corde. Ceci appa­raît clai­re­ment dans les ren­contres avec la Samaritaine (cf. Jn 4, 1–30) et avec la femme adul­tère (cf. Jn 8, 1–11) où Jésus, par une atti­tude d’amour envers la per­sonne péche­resse, conduit au repen­tir et à la conver­sion (« va, désor­mais ne pèche plus »), condi­tion du pardon.

L’indissolubilité, don et devoir

42. Le témoi­gnage de couples qui vivent le mariage chré­tien en plé­ni­tude met en lumière la valeur de cette union indis­so­luble et sus­cite le désir d’entreprendre des che­mins tou­jours nou­veaux de fidé­li­té conju­gale. L’indissolubilité repré­sente la réponse de l’homme au désir pro­fond d’amour réci­proque et durable : un amour « pour tou­jours » qui devient choix et don de soi, de cha­cun des époux entre eux, du couple vis-​à-​vis de Dieu lui-​même et de ceux que Dieu lui confie. Dans cette pers­pec­tive, il est impor­tant de célé­brer dans la com­mu­nau­té chré­tienne les anni­ver­saires de mariage pour rap­pe­ler que, dans le Christ, il est pos­sible et il est beau de vivre ensemble pour toujours.

L’Évangile de la famille offre un idéal de vie qui doit tenir compte de la sen­si­bi­li­té de notre époque et des dif­fi­cul­tés effec­tives à tenir les enga­ge­ments pour tou­jours. Il faut ici une annonce qui donne l’espérance et qui n’écrase pas : que chaque famille sache que l’Église ne l’abandonne jamais, en ver­tu du « lien indis­so­luble de l’histoire du Christ et de l’Église avec l’histoire du mariage et de la famille humaine » (François, Audience géné­rale, 6 mai 2015).

Le style de la vie familiale

43. L’invitation à pro­mou­voir une morale de la grâce qui fasse décou­vrir et fleu­rir la beau­té des ver­tus propres à la vie conju­gale res­sort à plu­sieurs reprises, notam­ment : res­pect et confiance mutuels, accueil et gra­ti­tude réci­proques, patience et par­don. Sur la porte d’entrée de la vie de la famille, affirme le Pape François, « trois mots sont écrits […]: « s’il te plaît », « mer­ci », « par­don ». En effet, ces mots ouvrent la voie pour bien vivre en famille, pour vivre en paix. Ce sont des mots simples, mais pas si simples à mettre en pra­tique ! Ils contiennent une grande force : la force de pro­té­ger la mai­son, éga­le­ment à tra­vers mille dif­fi­cul­tés et épreuves ; en revanche leur absence, peu à peu, ouvre des failles qui peuvent aller jusqu’à son effon­dre­ment » (François, Audience géné­rale, 13 mai 2015). En somme, le sacre­ment du mariage ouvre un dyna­misme qui inclut et sou­tient les temps et les épreuves de l’amour, qui requièrent un mûris­se­ment pro­gres­sif ali­men­té par la grâce.

La famille dans le des­sein sal­vi­fique de Dieu

44. (15) Les paroles de vie éter­nelle que Jésus a lais­sées à ses dis­ciples com­pre­naient l’enseignement sur le mariage et la famille. Cet ensei­gne­ment de Jésus nous per­met de dis­tin­guer trois étapes fon­da­men­tales du pro­jet de Dieu sur le mariage et la famille. Au début, il y a la famille des ori­gines, quand Dieu créa­teur ins­ti­tua le mariage pri­mor­dial entre Adam et Ève, comme fon­de­ment solide de la famille. Non seule­ment Dieu a créé l’être humain, homme et femme (cf. Gn 1, 27), mais il les a bénis pour qu’ils soient féconds et se mul­ti­plient (cf. Gn 1, 28). C’est pour­quoi, « l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 24). Cette union a été endom­ma­gée par le péché et est deve­nue la forme his­to­rique du mariage au sein du peuple de Dieu, pour lequel Moïse concé­da la pos­si­bi­li­té de rédi­ger un acte de divorce (cf. Dt 24, 1sq). Cette forme pré­va­lait encore à l’époque de Jésus. Avec son avè­ne­ment et la récon­ci­lia­tion du monde déchu grâce à la rédemp­tion qu’il a accom­plie, l’ère inau­gu­rée par Moïse s’acheva.

Union et fécon­di­té des époux

45. Il a été rap­pe­lé que la valo­ri­sa­tion de l’enseignement conte­nu dans l’Écriture Sainte pour­ra aider à mon­trer que, depuis la Genèse, Dieu a impri­mé son image et sa res­sem­blance dans le couple. Dans cette ligne, le Pape François a rap­pe­lé que « non seule­ment l’homme pris en soi est à l’image de Dieu, non seule­ment la femme prise en soi est l’image de Dieu, mais aus­si que l’homme et la femme, comme couple, sont l’image de Dieu. La dif­fé­rence entre l’homme et la femme ne vise pas l’opposition, ou la subor­di­na­tion, mais la com­mu­nion, l’engendrement, tou­jours à l’image et res­sem­blance de Dieu » (Audience géné­rale, 15 avril 2015). Certains mettent en évi­dence que, dans le des­sein de la créa­tion, est ins­crite la com­plé­men­ta­ri­té du carac­tère uni­tif du mariage et du carac­tère pro­créa­tif : l’aspect uni­tif, fruit d’un libre consen­sus conscient et médi­té, pré­dis­pose à la réa­li­sa­tion de l’aspect pro­créa­tif. En outre, l’action géné­ra­trice doit être com­prise dans l’optique de la pro­créa­tion res­pon­sable et de l’engagement comme pro­jet de prendre soin des enfants, dans la fidélité.

La famille image de la Trinité

46. (16) Jésus, qui a récon­ci­lié toutes choses en lui, a rame­né le mariage et la famille à leur forme ori­gi­nelle (cf. Mc 10, 1–12). La famille et le mariage ont été rache­tés par le Christ (cf. Ep 5, 21–32), res­tau­rés à l’image de la Très Sainte Trinité, mys­tère d’où jaillit tout amour véri­table. L’alliance spon­sale, inau­gu­rée dans la créa­tion et révé­lée dans l’histoire du salut, reçoit la pleine révé­la­tion de sa signi­fi­ca­tion dans le Christ et dans son Église. Du Christ, à tra­vers l’Église, le mariage et la famille reçoivent la grâce néces­saire pour témoi­gner de l’amour de Dieu et vivre la vie de com­mu­nion. L’Évangile de la famille tra­verse l’histoire du monde depuis la créa­tion de l’homme à l’image et à la res­sem­blance de Dieu (cf. Gn 1, 26–27) jusqu’à l’accomplissement du mys­tère de l’Alliance dans le Christ à la fin des siècles avec les noces de l’Agneau (cf. Ap 19, 9 ; Jean-​Paul II, Catéchèses sur l’amour humain).

Chapitre II – Famille et vie de l’Église

La famille dans les docu­ments de l’Église

47. (17) « Au cours des siècles, l’Église n’a pas man­qué d’offrir son ensei­gne­ment constant sur le mariage et la famille. Une des expres­sions les plus éle­vées de ce Magistère a été pro­po­sée par le Concile Œcuménique Vatican II, dans la Constitution pas­to­rale Gaudium et Spes, qui consacre un cha­pitre entier à la pro­mo­tion de la digni­té du mariage et de la famille (cf. GS, 47–52). Il a qua­li­fié le mariage de com­mu­nau­té de vie et d’amour (cf. GS, 48), en pla­çant l’amour au centre de la famille et en mon­trant, en même temps, la véri­té de cet amour face aux dif­fé­rentes formes de réduc­tion­nisme pré­sentes dans la culture contem­po­raine. Le « véri­table amour conju­gal » (GS, 49) implique le don réci­proque de soi, inclut et intègre la dimen­sion sexuelle et l’affectivité, en cor­res­pon­dant au des­sein divin (cf. GS, 48–49). De plus, Gaudium et Spes, 48 sou­ligne l’enracinement des époux dans le Christ : le Christ Seigneur « vient à la ren­contre des époux chré­tiens dans le sacre­ment du mariage » et demeure avec eux. Dans l’incarnation, il assume l’amour humain, le puri­fie, le conduit à sa plé­ni­tude et donne aux époux, avec son Esprit, la capa­ci­té de le vivre en impré­gnant toute leur vie de foi, d’espérance et de cha­ri­té. De la sorte, les époux sont comme consa­crés et, par une grâce spé­ci­fique, ils édi­fient le Corps du Christ et consti­tuent une Église domes­tique (cf. LG, 11). Aussi l’Église, pour com­prendre plei­ne­ment son mys­tère, regarde-​t-​elle la famille humaine qui le mani­feste d’une façon authen­tique » (IL, 4).

La dimen­sion mis­sion­naire de la famille

48. À la lumière de l’enseignement conci­liaire et magis­té­riel qui a sui­vi, il est sug­gé­ré d’approfondir la dimen­sion mis­sion­naire de la famille comme Église domes­tique, qui s’enracine dans le sacre­ment du Baptême et se réa­lise en accom­plis­sant sa minis­té­ria­li­té au sein de la com­mu­nau­té chré­tienne. La famille, par nature, est mis­sion­naire et sa foi gran­dit en la don­nant à d’autres. Pour entre­prendre des par­cours de mise en valeur du rôle mis­sion­naire qui leur est confié, il est urgent que les familles chré­tiennes redé­couvrent l’appel à témoi­gner l’Évangile par leur vie sans cacher ce en quoi elles croient. Le fait même de vivre la com­mu­nion fami­liale est une forme d’annonce mis­sion­naire. De ce point de vue, il faut pro­mou­voir la famille comme sujet de l’action pas­to­rale grâce à cer­taines formes de témoi­gnage dont : la soli­da­ri­té envers les pauvres, l’ouverture à la diver­si­té des per­sonnes, la conser­va­tion de la créa­tion et l’engagement pour la pro­mo­tion du bien com­mun à par­tir du ter­ri­toire sur lequel elle vit.

La famille, voie de l’Église

49. (18) « Dans le sillage du Concile Vatican II, le Magistère pon­ti­fi­cal a appro­fon­di la doc­trine sur le mariage et sur la famille. Paul VI, en par­ti­cu­lier, par l’Encyclique Humanae Vitae, a mis en lumière le lien intime entre l’amour conju­gal et l’engendrement de la vie. Saint Jean-​Paul II a consa­cré à la famille une atten­tion par­ti­cu­lière à tra­vers ses caté­chèses sur l’amour humain, sa Lettre aux familles (Gratissimam Sane) et sur­tout dans l’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio. Dans ces docu­ments, ce Pape a qua­li­fié la famille de « voie de l’Église » ; il a offert une vision d’ensemble sur la voca­tion à l’amour de l’homme et de la femme ; il a pro­po­sé les lignes fon­da­men­tales d’une pas­to­rale de la famille et de la pré­sence de la famille dans la socié­té. En par­ti­cu­lier, s’agissant de la cha­ri­té conju­gale (cf. FC, 13), il décrit la façon dont les époux, dans leur amour mutuel, reçoivent le don de l’Esprit du Christ et vivent leur appel à la sain­te­té » (IL, 5).

La mesure divine de l’amour

50. (19) « Benoît XVI, dans l’Encyclique Deus Caritas Est, a repris le thème de la véri­té de l’amour entre homme et femme, qui ne s’éclaire plei­ne­ment qu’à la lumière de l’amour du Christ cru­ci­fié (cf. DCE, 2). Il y réaf­firme que : « Le mariage fon­dé sur un amour exclu­sif et défi­ni­tif devient l’icône de la rela­tion de Dieu avec son peuple et réci­pro­que­ment : la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain » (DCE, 11). Par ailleurs, dans son Encyclique Caritas in Veritate, il met en évi­dence l’importance de l’amour comme prin­cipe de vie dans la socié­té (cf. CiV, 44), lieu où s’apprend l’expérience du bien com­mun » (IL, 6).

La famille en prière

51. L’enseignement des Papes invite à appro­fon­dir la dimen­sion spi­ri­tuelle de la vie fami­liale à par­tir de la redé­cou­verte de la prière en famille et de l’écoute en com­mun de la Parole de Dieu, d’où jaillit l’engagement de cha­ri­té. Pour la vie de la famille, la redé­cou­verte du jour du Seigneur, comme signe de son enga­ge­ment pro­fond dans la com­mu­nau­té ecclé­siale, est d’une impor­tance fon­da­men­tale. En outre, on pro­pose un accom­pa­gne­ment pas­to­ral adé­quat pour faire gran­dir une spi­ri­tua­li­té fami­liale incar­née, en réponse aux ques­tions qui naissent du vécu quo­ti­dien. On estime utile que la spi­ri­tua­li­té de la famille soit ali­men­tée par de fortes expé­riences de foi et, en par­ti­cu­lier, par la par­ti­ci­pa­tion fidèle à l’Eucharistie, « source et som­met de toute la vie chré­tienne » (LG, 11).

Famille et foi

52. (20) « Le Pape François, abor­dant le lien entre la famille et la foi, écrit dans l’Encyclique Lumen Fidei : « La ren­contre avec le Christ – le fait de se lais­ser sai­sir et gui­der par son amour – élar­git l’horizon de l’existence et lui donne une espé­rance solide qui ne déçoit pas. La foi n’est pas un refuge pour ceux qui sont sans cou­rage, mais un épa­nouis­se­ment de la vie. Elle fait décou­vrir un grand appel, la voca­tion à l’amour, et assure que cet amour est fiable, qu’il vaut la peine de se livrer à lui, parce que son fon­de­ment se trouve dans la fidé­li­té de Dieu, plus forte que notre fra­gi­li­té » (LF, 53)» (IL, 7).

Catéchèse et famille

53. Beaucoup estiment néces­saire un renou­veau des par­cours caté­ché­tiques pour la famille. À cet égard, il faut prendre soin de mettre en valeur les couples comme sujets actifs de la caté­chèse, spé­cia­le­ment à l’égard de leurs enfants, en col­la­bo­ra­tion avec les prêtres, les diacres et les per­sonnes consa­crées. Cette col­la­bo­ra­tion aide à consi­dé­rer la voca­tion au mariage comme une réa­li­té impor­tante, à laquelle il faut se pré­pa­rer de façon adé­quate pen­dant une période consis­tante. L’intégration de familles chré­tiennes solides et de ministres fiables rend cré­dible le témoi­gnage d’une com­mu­nau­té qui s’adresse aux jeunes en che­min vers les grands choix de la vie.

La com­mu­nau­té chré­tienne doit renon­cer à être une agence de ser­vices, pour deve­nir plu­tôt un lieu où les familles naissent, se ren­contrent et se confrontent, en che­mi­nant dans la foi et en par­cou­rant ensemble des iti­né­raires de crois­sance et d’échange réciproque.

L’indissolubilité du mariage et la joie de vivre ensemble

54. (21) Le don réci­proque consti­tu­tif du mariage sacra­men­tel est enra­ci­né dans la grâce du bap­tême qui éta­blit l’alliance fon­da­men­tale de chaque per­sonne avec le Christ dans l’Église. Dans l’accueil réci­proque et avec la grâce du Christ, les futurs époux se pro­mettent un don total, une fidé­li­té et une ouver­ture à la vie, ils recon­naissent comme élé­ments consti­tu­tifs du mariage les dons que Dieu leur offre, en pre­nant au sérieux leur enga­ge­ment réci­proque, en son nom et devant l’Église. Or, dans la foi, il est pos­sible d’assumer les biens du mariage comme des enga­ge­ments plus faciles à tenir grâce à l’aide de la grâce du sacre­ment. Dieu consacre l’amour des époux et confirme son indis­so­lu­bi­li­té, en leur offrant son aide pour vivre la fidé­li­té, l’intégration réci­proque et l’ouverture à la vie. Par consé­quent, le regard de l’Église se tourne vers les époux comme vers le cœur de la famille entière qui tourne à son tour son regard vers Jésus.

55. La joie de l’homme est l’expression de la pleine réa­li­sa­tion de sa per­sonne. Pour pro­po­ser l’unicité de la joie qui vient de l’union des époux et de la consti­tu­tion d’un nou­veau foyer fami­lial, il est bon de pré­sen­ter la famille comme un lieu de rela­tions per­son­nelles et gra­tuites, dif­fé­rem­ment de ce qui advient dans d’autres groupes sociaux. Le don réci­proque et gra­tuit, la vie qui naît et l’attention por­tée à tous ses membres, des plus petits aux plus âgés, ne sont que quelques aspects qui rendent la famille unique dans sa beau­té. Il est impor­tant de faire mûrir l’idée que le mariage est un choix pour toute la vie qui ne limite pas notre exis­tence, mais la rend plus riche et plus pleine, même au milieu des difficultés.

À tra­vers ce choix de vie, la famille édi­fie la socié­té, non pas comme une somme d’habitants d’un ter­ri­toire, ni comme un ensemble de citoyens d’un État, mais comme une expé­rience authen­tique de peuple, et de Peuple de Dieu.

Chapitre III – Famille et che­min vers sa plénitude

Le mys­tère créa­tu­rel du mariage

56. (22) Dans cette même pers­pec­tive, fai­sant nôtre l’enseignement de l’Apôtre, selon qui toute la créa­tion a été pen­sée dans le Christ et en vue de lui (cf. Col 1, 16), le Concile Vatican II a vou­lu expri­mer son appré­cia­tion du mariage natu­rel et des élé­ments valables pré­sents dans les autres reli­gions (cf. NA, 2) et dans les cultures, mal­gré les limites et les insuf­fi­sances (cf. RM, 55). La pré­sence des semi­na Verbi dans les cultures (cf. AG, 11) pour­rait aus­si être appli­quée, par cer­tains aspects, à la réa­li­té du mariage et de la famille de nom­breuses cultures et de per­sonnes non chré­tiennes. Il existe, par ailleurs, des élé­ments valides aus­si dans cer­taines formes se situant hors du mariage chré­tien – mais tou­jours fon­dé sur la rela­tion stable et vraie entre un homme et une femme -, que nous consi­dé­rons, quoi qu’il en soit, comme étant orien­tées vers lui. Le regard tour­né vers la sagesse humaine des peuples et des cultures, l’Église recon­naît aus­si cette famille comme la cel­lule de base néces­saire et féconde à la coexis­tence humaine.

57. L’Église est consciente du niveau éle­vé du mys­tère créa­tu­rel du mariage entre un homme et une femme. Par consé­quent, elle entend mettre en valeur la grâce ori­gi­nelle de la créa­tion qui entoure l’expérience d’une alliance conju­gale basée sur l’intention sin­cère de cor­res­pondre à cette voca­tion ori­gi­nelle et d’en pra­ti­quer la jus­tice. Le sérieux de l’adhésion à ce pro­jet et le cou­rage que cela requiert doivent être appré­ciés de façon spé­ciale aujourd’hui pré­ci­sé­ment, au moment où la valeur de cette ins­pi­ra­tion, qui concerne tous les liens construits par la famille, est mise en doute, ou même cen­su­rée et refoulée.

Aussi, même dans le cas où la matu­ra­tion de la déci­sion de par­ve­nir au mariage sacra­men­tel de la part de per­sonnes vivant en concu­bi­nage ou mariées civi­le­ment en est encore à un état vir­tuel, ou d’une approxi­ma­tion gra­duelle, est-​il deman­dé que l’Église ne se sous­traie pas à sa tâche d’encourager et de sou­te­nir ce déve­lop­pe­ment. En même temps, ce sera une bonne chose si elle mani­feste son appré­cia­tion et son ami­tié vis-​à-​vis de l’engagement déjà pris, dont elle recon­naî­tra les élé­ments de cohé­rence avec le des­sein créa­tu­rel de Dieu.

Pour ce qui est des familles com­po­sées par des unions conju­gales avec dis­pa­ri­té de culte, dont le nombre ne cesse de croître non seule­ment en ter­ri­toires de mis­sion, mais aus­si dans les pays de longue tra­di­tion chré­tienne, on sou­ligne l’importance de déve­lop­per une pas­to­rale appropriée.

Vérité et beau­té de la famille et misé­ri­corde envers les familles bles­sées et fragiles

58. (23) C’est avec une joie intime et une pro­fonde conso­la­tion que l’Église regarde les familles qui demeurent fidèles aux ensei­gne­ments de l’Évangile, en les remer­ciant et en les encou­ra­geant pour le témoi­gnage qu’elles offrent. En effet, elles rendent cré­dible la beau­té du mariage indis­so­luble et fidèle pour tou­jours. C’est dans la famille, « que l’on pour­rait appe­ler Église domes­tique » (LG, 11), que mûrit la pre­mière expé­rience ecclé­siale de la com­mu­nion entre les per­sonnes, où se reflète, par grâce, le mys­tère de la Sainte Trinité. « C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du tra­vail, l’amour fra­ter­nel, le par­don géné­reux, même réité­ré, et sur­tout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie » (CEC, 1657). La Sainte Famille de Nazareth en est l’admirable modèle ; c’est à son école que « nous com­pre­nons pour­quoi nous devons avoir une dis­ci­pline spi­ri­tuelle, si nous vou­lons suivre la doc­trine de l’Évangile et deve­nir des dis­ciples du Christ » (Paul VI, Discours à Nazareth, 5 jan­vier 1964). L’Évangile de la famille nour­rit éga­le­ment ces germes qui attendent encore de mûrir et doit prendre soin des arbres qui se sont des­sé­chés et qui ont besoin de ne pas être négligés.

Le lien intime entre Église et famille

59. La béné­dic­tion et la res­pon­sa­bi­li­té d’une nou­velle famille, scel­lée dans le sacre­ment ecclé­sial, com­porte la dis­po­ni­bi­li­té à sou­te­nir et pro­mou­voir, au sein de la com­mu­nau­té chré­tienne, la qua­li­té géné­rale de l’alliance entre un homme et une femme : dans le cadre du lien social, de l’engendrement des enfants, de la pro­tec­tion des plus faibles et de la vie com­mune. Cette dis­po­ni­bi­li­té requiert une res­pon­sa­bi­li­té qui a le droit d’être sou­te­nue, recon­nue et appréciée.

En ver­tu du sacre­ment chré­tien, chaque famille devient à tous les effets un bien pour l’Église, qui demande pour sa part d’être consi­dé­rée comme un bien pour la famille qui naît. Dans cette pers­pec­tive, l’humble dis­po­si­tion à consi­dé­rer plus équi­ta­ble­ment cette réci­pro­ci­té du « bonum eccle­siae » sera cer­tai­ne­ment un don pré­cieux pour l’aujourd’hui de l’Église : l’Église est un bien pour la famille, la famille est un bien pour l’Église. Garder le don sacra­men­tel du Seigneur relève de la res­pon­sa­bi­li­té du couple chré­tien d’un côté, et celui de la com­mu­nau­té chré­tienne de l’autre, cha­cun de la façon qui lui revient. Face à l’apparition de la dif­fi­cul­té, grave notam­ment, de conser­ver l’union conju­gale, le dis­cer­ne­ment des réa­li­sa­tions res­pec­tives et des man­que­ments cor­res­pon­dants, devra être loya­le­ment appro­fon­di par le couple avec l’aide de la com­mu­nau­té, afin de com­prendre, d’évaluer et de répa­rer ce qui a été omis ou négli­gé par les deux parties.

60. (24) L’Église, en tant que maî­tresse sûre et mère pré­ve­nante, tout en recon­nais­sant que, pour les bap­ti­sés, il n’existe pas d’autre lien nup­tial que le lien sacra­men­tel et que toute rup­ture de ce der­nier va à l’encontre de la volon­té de Dieu, est éga­le­ment consciente de la fra­gi­li­té de nom­breux de ses fils qui peinent sur le che­min de la foi. « Par consé­quent, sans dimi­nuer la valeur de l’idéal évan­gé­lique, il faut accom­pa­gner avec misé­ri­corde et patience les étapes pos­sibles de crois­sance des per­sonnes qui se construisent jour après jour. […] Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus appré­cié de Dieu que la vie exté­rieu­re­ment cor­recte de celui qui passe ses jours sans avoir à affron­ter d’importantes dif­fi­cul­tés. La conso­la­tion et l’aiguillon de l’amour sal­vi­fique de Dieu, qui œuvre mys­té­rieu­se­ment en toute per­sonne, au-​delà de ses défauts et de ses chutes, doivent rejoindre cha­cun » (EG, 44).

La famille, don et devoir

61. L’attitude des fidèles à l’égard des per­sonnes qui n’ont pas encore com­pris l’importance du sacre­ment nup­tial doit s’exprimer à tra­vers un rap­port d’amitié per­son­nelle, en accueillant l’autre tel qu’il est, sans le juger, en répon­dant à ses besoins fon­da­men­taux et, en même temps, en témoi­gnant de l’amour et de la misé­ri­corde de Dieu. Il est impor­tant d’avoir conscience que nous sommes tous des êtres faibles, pécheurs comme les autres, sans pour autant renon­cer à affir­mer les biens et les valeurs du mariage chré­tien. En outre, il faut acqué­rir la conscience que la famille, dans le des­sein de Dieu, n’est pas un devoir mais un don et que, aujourd’hui, la déci­sion d’accéder au sacre­ment n’est pas quelque chose d’acquis dès le début, mais une étape de matu­ri­té et un but à atteindre.

Aider à atteindre la plénitud

62. (25) Dans l’optique d’une approche pas­to­rale envers les per­sonnes qui ont contrac­té un mariage civil, qui sont divor­cées et rema­riées, ou qui vivent sim­ple­ment en concu­bi­nage, il revient à l’Église de leur révé­ler la divine péda­go­gie de la grâce dans leurs vies et de leur aider à par­ve­nir à la plé­ni­tude du plan de Dieu sur eux. En sui­vant le regard du Christ, dont la lumière éclaire tout homme (cf. Jn 1, 9 ; GS, 22), l’Église se tourne avec amour vers ceux qui par­ti­cipent à sa vie de manière incom­plète, tout en recon­nais­sant que la grâce de Dieu agit aus­si dans leurs vies, leur don­nant le cou­rage d’accomplir le bien, pour prendre soin l’un de l’autre avec amour et être au ser­vice de la com­mu­nau­té dans laquelle ils vivent et travaillent.

63. La com­mu­nau­té chré­tienne doit se mon­trer accueillante à l’égard des couples qui connaissent des dif­fi­cul­tés, notam­ment grâce à la proxi­mi­té de familles qui vivent le mariage chré­tien. L’Église se doit d’être aux côtés des époux qui connaissent un risque de sépa­ra­tion, afin qu’ils redé­couvrent la beau­té et la force de leur vie conju­gale. Au cas où leur rela­tion connaît une fin dou­lou­reuse, l’Église res­sent le devoir d’accompagner ce moment de souf­france, afin que de dom­ma­geables oppo­si­tions entre les conjoints ne s’aiguisent pas, et sur­tout pour que les enfants aient à en souf­frir le moins possible.

Il est sou­hai­table que, dans les dio­cèses, des par­cours soient mis en place pour l’implication pro­gres­sive des per­sonnes qui vivent en concu­bi­nage ou qui sont unies civi­le­ment. En par­tant du mariage civil, elles pour­ront ensuite par­ve­nir au mariage chré­tien, après une période de dis­cer­ne­ment qui conduise, à la fin, à un choix vrai­ment conscient.

64. (26) L’Église regarde avec appré­hen­sion la méfiance de tant de jeunes vis-​à-​vis de l’engagement conju­gal et souffre de la pré­ci­pi­ta­tion avec laquelle beau­coup de fidèles décident de mettre fin au lien assu­mé, pour en ins­tau­rer un autre. Ces fidèles, qui font par­tie de l’Église ont besoin d’une atten­tion pas­to­rale misé­ri­cor­dieuse et encou­ra­geante, en dis­tin­guant atten­ti­ve­ment les situa­tions. Les jeunes bap­ti­sés doivent être encou­ra­gés à ne pas hési­ter devant la richesse que le sacre­ment du mariage pro­cure à leurs pro­jets d’amour, forts du sou­tien qu’ils reçoivent de la grâce du Christ et de la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per plei­ne­ment à la vie de l’Église.

Les jeunes et la peur de se marier

65. De nom­breux jeunes ont peur d’échouer face à la pers­pec­tive du mariage, notam­ment à cause de nom­breux cas d’échec conju­gal. Il est donc néces­saire de dis­cer­ner plus atten­ti­ve­ment les moti­va­tions pro­fondes du renon­ce­ment et du décou­ra­ge­ment. On peut pen­ser, en effet, que, dans bien des cas, ces moti­va­tions sont liées à la conscience d’un objec­tif qui – bien qu’apprécié et même dési­ré – appa­raît dis­pro­por­tion­né par rap­port à un cal­cul rai­son­nable de ses propres forces ou au doute insur­mon­table quant à la constance de ses propres sen­ti­ments. Plus que l’intolérance à la fidé­li­té et à la sta­bi­li­té de l’amour, qui demeurent l’objet du désir, c’est sou­vent l’anxiété – ou même l’angoisse – de ne pas pou­voir les assu­rer qui conduit à leur rejet. On se réfère à cette dif­fi­cul­té, sur­mon­table en soi, comme une preuve de l’impossibilité radi­cale. En outre, par­fois des aspects de conve­nance sociale et des pro­blèmes éco­no­miques liés à la célé­bra­tion des noces influent sur la déci­sion de ne pas se marier.

66. (27) En ce sens, une dimen­sion nou­velle de la pas­to­rale fami­liale contem­po­raine consiste à accor­der une grande atten­tion à la réa­li­té des mariages civils entre homme et femme et, en tenant bien compte des dif­fé­rences, des concu­bi­nages. Quand l’union atteint une sta­bi­li­té consis­tante à tra­vers un lien public, elle est carac­té­ri­sée par une affec­tion pro­fonde, confère des res­pon­sa­bi­li­tés à l’égard des enfants, donne la capa­ci­té de sur­mon­ter les épreuves et peut être consi­dé­rée comme une occa­sion à accom­pa­gner dans le déve­lop­pe­ment menant au sacre­ment du mariage. Très sou­vent, en revanche, le concu­bi­nage s’établit non pas en vue d’un futur mariage, mais sans aucune inten­tion d’établir un rap­port institutionnel.

67. (28) Conformément au regard misé­ri­cor­dieux de Jésus, l’Église doit accom­pa­gner d’une manière atten­tion­née ses fils les plus fra­giles, mar­qués par un amour bles­sé et éga­ré, en leur redon­nant confiance et espé­rance, comme la lumière du phare d’un port ou d’un flam­beau pla­cé au milieu des gens pour éclai­rer ceux qui ont per­du leur che­min ou qui se trouvent au beau milieu de la tem­pête. Conscients que la misé­ri­corde la plus grande consiste à dire la véri­té avec amour, nous allons au-​delà de la com­pas­sion. L’amour misé­ri­cor­dieux, tout comme il attire et unit, trans­forme et élève. Il invite à la conver­sion. C’est éga­le­ment ain­si que nous com­pre­nons l’attitude du Seigneur, qui ne condamne pas la femme adul­tère, mais lui demande de ne plus pécher (cf. Jn 8, 1–11).

La misé­ri­corde est véri­té révélée

68. Pour l’Église, il s’agit de par­tir des situa­tions concrètes des familles d’aujourd’hui, qui ont toutes besoin de misé­ri­corde, en com­men­çant par les plus souf­frantes. Dans la misé­ri­corde, en effet, res­plen­dit la sou­ve­rai­ne­té de Dieu, par laquelle il est tou­jours à nou­veau fidèle à son être, qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8), et à son alliance. La misé­ri­corde est la révé­la­tion de la fidé­li­té et de l’identité de Dieu avec lui-​même et ain­si, en même temps, la démons­tra­tion de l’identité chré­tienne. Par consé­quent, la misé­ri­corde n’ôte rien à la véri­té. Elle-​même est véri­té révé­lée et est stric­te­ment liée aux véri­tés fon­da­men­tales de la foi – l’incarnation, la mort et la résur­rec­tion du Seigneur – et sans elles elle tom­be­rait dans le néant. La misé­ri­corde est « le centre de la révé­la­tion de Jésus-​Christ » (MV, 25).

IIIème PARTIE – LA MISSION DE LA FAMILLE AUJOURD’HUI

Chapitre I – Famille et évangélisation

Annoncer l’Évangile de la famille aujourd’hui, dans les dif­fé­rents contextes

69. (29) Le dia­logue syno­dal s’est attar­dé sur plu­sieurs ques­tions pas­to­rales plus urgentes devant trou­ver des solu­tions concrètes dans les Églises locales, dans la com­mu­nion « cum Petro et sub Petro ». L’annonce de l’Évangile de la famille consti­tue une urgence pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion. L’Église est appe­lée à le mettre en pra­tique, avec une ten­dresse de mère et une clar­té de maî­tresse (cf. Ep 4, 15), dans la fidé­li­té à la kénose misé­ri­cor­dieuse du Christ. La véri­té s’incarne dans la fra­gi­li­té humaine non pour la condam­ner, mais pour la sau­ver (cf. Jn 3,16–17).

Tendresse en famille – ten­dresse de Dieu

70. Tendresse veut dire don­ner avec joie et sus­ci­ter chez l’autre la joie de se sen­tir aimé. Elle s’exprime en par­ti­cu­lier par une atten­tion exquise tour­née vers les limites de l’autre, spé­cia­le­ment quand elles res­sortent d’une manière évi­dente. Traiter avec déli­ca­tesse et res­pect signi­fie soi­gner les bles­sures et redon­ner l’espérance, de façon à ravi­ver la confiance chez l’autre. La ten­dresse dans les rap­ports fami­liers est la ver­tu quo­ti­dienne qui aide à sur­mon­ter les conflits inté­rieurs et rela­tion­nels. À cet égard, le Pape François nous invite à réflé­chir : « Avons-​nous le cou­rage d’accueillir avec ten­dresse les situa­tions dif­fi­ciles et les pro­blèmes de celui qui est à côté de nous, ou bien préférons-​nous les solu­tions imper­son­nelles, peut-​être effi­caces mais dépour­vues de la cha­leur de l’Évangile ? Combien le monde a besoin de ten­dresse aujourd’hui ! Patience de Dieu, proxi­mi­té de Dieu, ten­dresse de Dieu » (Homélie à l’occasion de la Messe de la Nuit de la Solennité du Noël du Seigneur, 24 décembre 2014).

71. (30) Évangéliser est une res­pon­sa­bi­li­té de l’ensemble du peuple de Dieu, cha­cun selon son minis­tère et son cha­risme. Sans le témoi­gnage joyeux des époux et des familles, Églises domes­tiques, l’annonce, même si elle est cor­recte, risque d’être incom­prise ou de se noyer dans la mer des mots qui carac­té­rise notre socié­té (cf. NMI, 50). Les Pères syno­daux ont sou­li­gné à plu­sieurs reprises que les familles catho­liques sont appe­lées, en ver­tu de la grâce du sacre­ment nup­tial, à être elles-​mêmes des sujets actifs de la pas­to­rale familiale.

La famille, sujet de la pastorale

72. L’Église doit insuf­fler dans les familles un sens d’appartenance ecclé­siale, un sens du « nous » dans lequel aucun de ses membres n’est oublié. Tous doivent être encou­ra­gés à déve­lop­per leurs capa­ci­tés et à réa­li­ser leur pro­jet de vie au ser­vice du Royaume de Dieu. Chaque famille, insé­rée dans le contexte ecclé­sial, redé­couvre la joie de la com­mu­nion avec d’autres familles pour ser­vir le bien com­mun de la socié­té, en encou­ra­geant une poli­tique, une éco­no­mie et une culture au ser­vice de la famille, notam­ment par l’utilisation des réseaux sociaux et des médias.

La pos­si­bi­li­té de créer de petites com­mu­nau­tés de familles comme témoins vivants des valeurs évan­gé­liques est sou­hai­tée. On res­sent le besoin de pré­pa­rer, de for­mer et de res­pon­sa­bi­li­ser cer­taines familles qui puissent en accom­pa­gner d’autres à vivre chré­tien­ne­ment. Il faut éga­le­ment men­tion­ner et encou­ra­ger les familles qui se rendent dis­po­nibles pour vivre la mis­sion « ad gentes ». Enfin, on signale l’importance de relier la pas­to­rale des jeunes et la pas­to­rale fami­liale.

La litur­gie nuptiale

73. La pré­pa­ra­tion des noces occupe pen­dant une longue période l’attention des futurs époux. Il faut confé­rer l’attention qui lui est due à la célé­bra­tion du mariage, à vivre de pré­fé­rence dans la com­mu­nau­té d’appartenance de l’un ou des deux conjoints, en met­tant sur­tout en relief son carac­tère pro­pre­ment spi­ri­tuel et ecclé­sial. Grâce à une par­ti­ci­pa­tion cor­diale et joyeuse, la com­mu­nau­té chré­tienne, invo­quant l’Esprit Saint, accueille en son sein la nou­velle famille afin que, comme Église domes­tique, elle sente qu’elle fait par­tie de la grande famille ecclésiale.

Fréquemment, le célé­brant a l’opportunité de s’adresser à une assem­blée com­po­sée de per­sonnes qui par­ti­cipent peu à la vie ecclé­siale ou qui appar­tiennent à une autre confes­sion reli­gieuse. Il s’agit donc d’une occa­sion pré­cieuse d’annonce de l’Évangile de la famille, qui soit capable de sus­ci­ter, notam­ment dans les familles pré­sentes, la redé­cou­verte de la foi et de l’amour qui viennent de Dieu. La célé­bra­tion nup­tiale est aus­si une occa­sion pro­pice d’inviter beau­coup de gens à la célé­bra­tion du sacre­ment de la Réconciliation.

La famille, œuvre de Dieu

74. (31) Il sera déci­sif de mettre en relief la pri­mau­té de la grâce et donc les pos­si­bi­li­tés que donne l’Esprit dans le sacre­ment. Il s’agit de faire en sorte que les per­sonnes puissent expé­ri­men­ter que l’Évangile de la famille est une joie qui « rem­plit le cœur et la vie tout entière », car dans le Christ nous sommes « libé­rés du péché, de la tris­tesse, du vide inté­rieur, de l’isolement » (EG, 1). À la lumière de la para­bole du semeur (cf. Mt 13, 3–9), notre devoir est de coopé­rer pour les semailles : le reste, c’est l’œuvre de Dieu. Il ne faut pas oublier non plus que l’Église qui prêche sur la famille est un signe de contradiction.

75. La pri­mau­té de la grâce si mani­feste en plé­ni­tude quand la famille rend rai­son de sa foi et que les époux vivent leur mariage comme une voca­tion. À cet égard, il est sug­gé­ré : de sou­te­nir et d’encourager le témoi­gnage croyant des époux chré­tiens, de mettre en place de solides iti­né­raires de crois­sance de la grâce bap­tis­male, sur­tout dans la phase de la jeu­nesse, d’adopter dans la pré­di­ca­tion et dans la caté­chèse un lan­gage sym­bo­lique, expé­rien­tiel et signi­fi­ca­tif, notam­ment par des ren­contres et des cours pour agents pas­to­raux, de façon à tou­cher effec­ti­ve­ment les des­ti­na­taires et à les for­mer à invo­quer et à recon­naître la pré­sence de Dieu au milieu des époux unis dans le sacre­ment, dans un état de conver­sion permanente.

Conversion mis­sion­naire et nou­veau langage

76. (32) C’est pour­quoi une conver­sion mis­sion­naire est deman­dée à toute l’Église : il est néces­saire de ne pas s’en tenir à une annonce pure­ment théo­rique et déta­chée des pro­blèmes réels des gens. Il ne faut jamais oublier que la crise de la foi a com­por­té une crise du mariage et de la famille et, en consé­quence, la trans­mis­sion de cette même foi des parents aux enfants s’est sou­vent inter­rom­pue. Face à une foi forte, l’imposition de cer­taines pers­pec­tives cultu­relles qui affai­blissent la famille et le mariage est sans incidence.

77. (33) La conver­sion est aus­si celle du lan­gage afin que celui-​ci appa­raisse comme étant effec­ti­ve­ment signi­fi­ca­tif. L’annonce doit faire connaître par l’expérience que l’Évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus pro­fondes de la per­sonne humaine : à sa digni­té et à sa pleine réa­li­sa­tion dans la réci­pro­ci­té, dans la com­mu­nion et dans la fécon­di­té. Il ne s’agit pas seule­ment de pré­sen­ter des normes, mais de pro­po­ser des valeurs, en répon­dant ain­si au besoin que l’on constate aujourd’hui, même dans les pays les plus sécularisés.

78. Le mes­sage chré­tien doit être annon­cé en pri­vi­lé­giant un lan­gage qui sus­cite l’espérance. Il est néces­saire d’adopter une com­mu­ni­ca­tion claire et invi­tante, ouverte, qui ne mora­lise pas, ne juge pas et ne contrôle pas, et qui rende témoi­gnage à l’enseignement moral de l’Église, tout en res­tant sen­sible aux condi­tions des personnes.

Étant don­né que sur dif­fé­rents thèmes le Magistère ecclé­sial n’est plus com­pris par beau­coup, on res­sent l’urgence d’un lan­gage capable de tou­cher tout le monde, en par­ti­cu­lier les jeunes, pour trans­mettre la beau­té de l’amour fami­lial et faire com­prendre la signi­fi­ca­tion de termes comme don, amour conju­gal, fécon­di­té et procréation.

La média­tion culturelle

79. Pour une trans­mis­sion plus appro­priée de la foi, une média­tion cultu­relle, capable d’exprimer avec cohé­rence la double fidé­li­té à l’Évangile de Jésus et à l’homme contem­po­rain, appa­raît appro­priée. Comme l’enseignait le Bienheureux Paul VI : « À nous spé­cia­le­ment, Pasteurs dans l’Église, incombe le sou­ci de recréer avec audace et sagesse en toute fidé­li­té à son conte­nu, les modes les plus adap­tés et les plus effi­caces pour com­mu­ni­quer le mes­sage évan­gé­lique aux hommes de notre temps » (EN, 40).

Aujourd’hui, tout par­ti­cu­liè­re­ment, il est néces­saire de mettre l’accent sur l’importance de l’annonce joyeuse et opti­miste des véri­tés de la foi sur la famille, notam­ment en se pré­va­lant d’équipes spé­cia­li­sées, expertes en com­mu­ni­ca­tion, qui sachent tenir compte des pro­blé­ma­tiques décou­lant des styles de vie actuels.

La Parole de Dieu, source de vie spi­ri­tuelle pour la famille

80. (34) La Parole de Dieu est source de vie et de spi­ri­tua­li­té pour la famille. Toute la pas­to­rale fami­liale devra se lais­ser mode­ler inté­rieu­re­ment et for­mer les membres de l’Église domes­tique grâce à la lec­ture orante et ecclé­siale de l’Écriture Sainte. La Parole de Dieu n’est pas seule­ment une bonne nou­velle pour la vie pri­vée des per­sonnes, mais c’est aus­si un cri­tère de juge­ment et une lumière pour le dis­cer­ne­ment des dif­fé­rents défis aux­quels sont confron­tés les époux et les familles.

81. À la lumière de la Parole de Dieu, qui demande un dis­cer­ne­ment dans les situa­tions les plus diverses, la pas­to­rale doit consi­dé­rer qu’une com­mu­ni­ca­tion ouverte au dia­logue et dépour­vue de pré­ju­gés est néces­saire, par­ti­cu­liè­re­ment à l’égard des catho­liques qui, en matière de mariage et de famille, ne vivent pas ou ne sont pas dans des condi­tions plei­ne­ment conformes à l’enseignement de l’Église.

La sym­pho­nie des différences

82. (35) En même temps, de nom­breux Pères syno­daux ont insis­té sur une approche plus posi­tive des richesses des diverses expé­riences reli­gieuses, sans pour autant pas­ser sous silence les dif­fi­cul­tés. Dans ces diverses réa­li­tés reli­gieuses et dans la grande diver­si­té cultu­relle qui carac­té­rise les nations, il est oppor­tun d’apprécier d’abord les pos­si­bi­li­tés posi­tives et, à la lumière de celles-​ci, d’évaluer les limites et les carences.

83. À par­tir de la consta­ta­tion de la plu­ra­li­té reli­gieuse et cultu­relle, il est sou­hai­té que le Synode conserve et valo­rise l’image de « sym­pho­nie des dif­fé­rences ». On relève que, dans son ensemble, la pas­to­rale conju­gale et fami­liale doit mani­fes­ter son estime vis-​à-​vis des élé­ments posi­tifs que l’on ren­contre dans les diverses expé­riences reli­gieuses et cultu­relles et qui repré­sentent une « prae­pa­ra­tio evan­ge­li­ca ». À tra­vers la ren­contre avec les per­sonnes qui ont entre­pris un che­min de prise de conscience et de res­pon­sa­bi­li­té envers les biens authen­tiques du mariage, on pour­ra éta­blir une col­la­bo­ra­tion effec­tive en vue de la pro­mo­tion et de la défense de la famille.

Chapitre II – Famille et formation

La pré­pa­ra­tion au mariage

84. (36) Le mariage chré­tien est une voca­tion qui s’accueille par une pré­pa­ra­tion adé­quate au long d’un iti­né­raire de foi, avec un dis­cer­ne­ment mûr, et qui ne doit pas seule­ment être consi­dé­ré comme une tra­di­tion cultu­relle ou une exi­gence sociale ou juri­dique. Par consé­quent, il faut orga­ni­ser des par­cours capables d’accompagner la per­sonne et le couple de façon à ce qu’à la com­mu­ni­ca­tion des conte­nus de la foi s’unisse l’expérience de vie offerte par la com­mu­nau­té ecclé­siale tout entière.

85. Pour faire com­prendre la voca­tion au mariage chré­tien, il est indis­pen­sable d’améliorer la pré­pa­ra­tion au sacre­ment et, en par­ti­cu­lier, la caté­chèse pré­con­ju­gale – dont le conte­nu est par­fois assez pauvre – qui fait par­tie inté­grante de la pas­to­rale ordi­naire. Il est impor­tant que les époux cultivent leur foi de façon res­pon­sable, foi basée sur l’enseignement de l’Église, pré­sen­té de façon claire et compréhensible.

La pas­to­rale des futurs époux doit, elle aus­si, s’insérer dans l’engagement géné­ral de la com­mu­nau­té chré­tienne, pour pré­sen­ter d’une manière adé­quate et convain­cante le mes­sage évan­gé­lique concer­nant la digni­té de la per­sonne, sa liber­té et le res­pect des droits humains.

86. Au milieu des chan­ge­ments cultu­rels actuels, des modèles qui s’opposent à la vision chré­tienne de la famille sont sou­vent pré­sen­tés, voire même impo­sés. Par consé­quent, les par­cours de for­ma­tion devront offrir des iti­né­raires d’éducation qui aident les per­sonnes à expri­mer cor­rec­te­ment leur désir d’amour dans le lan­gage de la sexua­li­té. Dans le contexte cultu­rel et social contem­po­rain, où la sexua­li­té est sou­vent déta­chée d’un pro­jet d’amour authen­tique, la famille, tout en demeu­rant l’espace péda­go­gique pri­vi­lé­gié, ne peut pas être le seul lieu d’éducation à la sexua­li­té. C’est pour­quoi il faut struc­tu­rer de véri­tables par­cours pas­to­raux de sup­port aux familles, pro­po­sés aus­si bien aux indi­vi­dus qu’aux couples, en accor­dant une atten­tion par­ti­cu­lière à l’âge de la puber­té et de l’adolescence, où il faut aider à décou­vrir la beau­té de la sexua­li­té dans l’amour.

Dans cer­tains pays, on signale la pré­sence de pro­jets de for­ma­tion impo­sés par l’autorité publique et dont les conte­nus contrastent avec la vision vrai­ment humaine et chré­tienne : par rap­port à ceux-​ci, les édu­ca­teurs doivent affir­mer fer­me­ment leur droit à l’objection de conscience.

La for­ma­tion des futurs prêtres

87. (37) La néces­si­té d’un renou­veau radi­cal de la pra­tique pas­to­rale à la lumière de l’Évangile de la famille, en dépas­sant les optiques indi­vi­dua­listes qui la carac­té­risent encore, a été rap­pe­lée à maintes reprises. C’est pour­quoi, l’insistance a sou­vent été mise sur le renou­veau de la for­ma­tion des prêtres, des diacres et des autres agents pas­to­raux, notam­ment avec une plus grande impli­ca­tion des familles elles-mêmes.

88. La famille d’origine est le ber­ceau de la voca­tion sacer­do­tale, qui se nour­rit de son témoi­gnage. Un besoin crois­sant d’inclure les familles, en par­ti­cu­lier la pré­sence fémi­nine, dans la for­ma­tion sacer­do­tale est lar­ge­ment res­sen­ti. On sug­gère que les sémi­na­ristes, durant leur for­ma­tion, vivent des périodes assez longues avec leur famille et soient gui­dés dans des expé­riences de pas­to­rale fami­liale et dans l’acquisition de connais­sances appro­priées sur la situa­tion actuelle des familles. En outre, il faut consi­dé­rer que cer­tains sémi­na­ristes pro­viennent de contextes fami­liaux dif­fi­ciles. La pré­sence des laïcs et celle des familles, jusque dans la réa­li­té du sémi­naire, est signa­lée comme étant béné­fique, afin que les can­di­dats au sacer­doce com­prennent la valeur de la com­mu­nion entre les diverses voca­tions. Dans la for­ma­tion au minis­tère ordon­né, on ne peut pas négli­ger le déve­lop­pe­ment affec­tif et psy­cho­lo­gique, notam­ment en par­ti­ci­pant direc­te­ment à des par­cours appropriés.

La for­ma­tion du cler­gé et des agents pastoraux

89. Dans la for­ma­tion per­ma­nente du cler­gé et des agents pas­to­raux, il est sou­hai­table que l’on conti­nue à veiller, avec des ins­tru­ments appro­priés, à la matu­ra­tion de la dimen­sion affec­tive et psy­cho­lo­gique, qui leur sera indis­pen­sable pour l’accompagnement pas­to­ral des familles. On sug­gère que le Service dio­cé­sain char­gé de la famille et les autres Services pas­to­raux inten­si­fient leur col­la­bo­ra­tion en vue d’une action pas­to­rale plus efficace.

Famille et ins­ti­tu­tions publiques

90. (38) De même, les Pères ont sou­li­gné la néces­si­té d’une évan­gé­li­sa­tion qui dénonce avec fran­chise les condi­tion­ne­ments cultu­rels, sociaux et éco­no­miques, comme la place exces­sive don­née à la logique du mar­ché, qui empêchent une vie fami­liale authen­tique, entrai­nant des dis­cri­mi­na­tions, la pau­vre­té, des exclu­sions et la vio­lence. Voilà pour­quoi il faut déve­lop­per un dia­logue et une coopé­ra­tion avec les struc­tures sociales ; les laïcs qui s’engagent, en tant que chré­tiens, dans les domaines cultu­rel et socio­po­li­tique, doivent être encou­ra­gés et soutenus.

91. Considérant que la famille est « la cel­lule pre­mière et vitale de la socié­té » (AA, 11), elle doit redé­cou­vrir sa voca­tion comme sou­tien de la vie en socié­té sous tous ses aspects. Il est indis­pen­sable que les familles, à tra­vers leurs asso­cia­tions, trouvent la moda­li­té pour inter­agir avec les ins­ti­tu­tions poli­tiques, éco­no­miques et cultu­relles, afin de bâtir une socié­té plus juste.

La col­la­bo­ra­tion avec les ins­ti­tu­tions publiques ne se révèle pas tou­jours aisée dans tous les contextes. De fait, le concept de famille de nom­breuses ins­ti­tu­tions ne coïn­cide pas avec le concept chré­tien ou avec son sens natu­rel. Les fidèles vivent au contact de modèles anthro­po­lo­giques dif­fé­rents, qui sou­vent influencent et modi­fient radi­ca­le­ment leur façon de penser.

Les asso­cia­tions fami­liales et les mou­ve­ments catho­liques devraient tra­vailler conjoin­te­ment afin de por­ter à l’attention des ins­ti­tu­tions sociales et poli­tiques les pro­blèmes réels de la famille et de dénon­cer les pra­tiques qui com­pro­mettent sa stabilité.

L’engagement socio­po­li­tique en faveur de la famille

92. Les chré­tiens doivent s’engager direc­te­ment dans le contexte socio­po­li­tique, en par­ti­ci­pant acti­ve­ment aux pro­ces­sus déci­sion­nels et en por­tant dans le débat ins­ti­tu­tion­nel les ques­tions de la doc­trine sociale de l’Église. Cet enga­ge­ment favo­ri­se­rait le déve­lop­pe­ment de pro­grammes aptes à aider les jeunes et les familles néces­si­teuses, qui courent le dan­ger de l’isolement social et de l’exclusion.

Dans les divers contextes natio­naux et inter­na­tio­naux, il est utile de repro­po­ser la « Charte des droits de la famille », en met­tant en évi­dence son lien avec la « Déclaration uni­ver­selle des droits de l’homme ».

Indigence et risque d’usure

93. Parmi les diverses familles qui connaissent des condi­tions d’indigence éco­no­mique, à cause du chô­mage ou de la pré­ca­ri­té de l’emploi, du nombre éle­vé d’enfants ou du manque d’assistance socio-​sanitaire, il arrive sou­vent que cer­tains, ne pou­vant pas accé­der au cré­dit, se trouvent être vic­times de l’usure. À cet égard, on sug­gère de créer des struc­tures éco­no­miques de sou­tien capables d’aider ces familles.

Guider les futurs époux sur le che­min de la pré­pa­ra­tion au mariage

94. (39) La situa­tion sociale com­plexe et les défis aux­quels la famille est appe­lée à faire face exigent de toute la com­mu­nau­té chré­tienne davan­tage d’efforts pour s’engager dans la pré­pa­ra­tion au mariage des futurs époux. Il faut rap­pe­ler l’importance des ver­tus. Parmi elles, la chas­te­té appa­raît comme une condi­tion pré­cieuse pour la crois­sance authen­tique de l’amour inter­per­son­nel. En ce qui concerne cette néces­si­té, les Pères syno­daux ont sou­li­gné d’un com­mun accord l’exigence d’une plus grande impli­ca­tion de l’ensemble de la com­mu­nau­té, en pri­vi­lé­giant le témoi­gnage des familles elles-​mêmes, et d’un enra­ci­ne­ment de la pré­pa­ra­tion au mariage dans l’itinéraire de l’initiation chré­tienne, en sou­li­gnant le lien du mariage avec le bap­tême et les autres sacre­ments. De même, la néces­si­té de pro­grammes spé­ci­fiques a été mise en évi­dence pour la pré­pa­ra­tion proche du mariage, afin qu’ils consti­tuent une véri­table expé­rience de par­ti­ci­pa­tion à la vie ecclé­siale et appro­fon­dissent les dif­fé­rents aspects de la vie familiale.

95. Un élar­gis­se­ment des thèmes de for­ma­tion dans les iti­né­raires pré­con­ju­gaux est sou­hai­té, de sorte que ceux-​ci deviennent des par­cours d’éducation à la foi et à l’amour. Ils devraient revê­tir l’aspect d’un che­mi­ne­ment orien­té au dis­cer­ne­ment voca­tion­nel per­son­nel et de couple. Dans ce but, il faut créer une meilleure syner­gie entre les divers milieux pas­to­raux – jeu­nesse, famille, caté­chèse, mou­ve­ments et asso­cia­tions –, afin de don­ner à l’itinéraire de for­ma­tion une carac­té­ris­tique plus ecclésiale.

Beaucoup rap­pellent l’exigence d’un renou­veau de la pas­to­rale de la famille dans le cadre d’une pas­to­rale d’ensemble, capable d’englober toutes les phases de la vie par une for­ma­tion com­plète, qui com­prenne l’expérience et la valeur du témoi­gnage. Les iti­né­raires de pré­pa­ra­tion au mariage doivent être pro­po­sés aus­si par des couples mariés capables d’accompagner les futurs époux avant les noces et durant les pre­mières années de vie conju­gale, met­tant ain­si en valeur la minis­té­ria­li­té conjugale.

Accompagner les pre­mières années de la vie conjugale

96. (40) Les pre­mières années de mariage sont une période vitale et déli­cate durant laquelle les couples acquièrent davan­tage conscience des défis et de la signi­fi­ca­tion du mariage. D’où l’exigence d’un accom­pa­gne­ment pas­to­ral qui se pour­suive après la célé­bra­tion du sacre­ment (cf. FC, IIIème par­tie). Dans cette pas­to­rale, la pré­sence de couples mariés ayant une cer­taine expé­rience appa­raît d’une grande impor­tance. La paroisse est consi­dé­rée comme le lieu où des couples expé­ri­men­tés peuvent se mettre à la dis­po­si­tion des couples plus jeunes, avec l’éventuel concours d’associations, de mou­ve­ments ecclé­siaux et de com­mu­nau­tés nou­velles. Il faut encou­ra­ger les époux à s’ouvrir à une atti­tude fon­da­men­tale d’accueil du grand don que repré­sentent les enfants. Il faut sou­li­gner l’importance de la spi­ri­tua­li­té fami­liale, de la prière et de la par­ti­ci­pa­tion à l’Eucharistie domi­ni­cale, en encou­ra­geant les couples à se réunir régu­liè­re­ment pour favo­ri­ser la crois­sance de la vie spi­ri­tuelle et la soli­da­ri­té au niveau des exi­gences concrètes de la vie. Liturgies, pra­tiques dévo­tion­nelles et Eucharisties célé­brées pour les familles, sur­tout pour l’anniversaire du mariage ont été men­tion­nées comme étant vitales pour favo­ri­ser l’évangélisation à tra­vers la famille.

97. Souvent, au cours des pre­mières années de vie conju­gale, le couple est sujet à une cer­taine intro­ver­sion, avec pour consé­quence l’isolement par rap­port au contexte social. Pour cette rai­son, la com­mu­nau­té doit faire sen­tir qu’elle est proche des jeunes époux. Tous sont una­ni­me­ment convain­cus que le par­tage d’expériences de vie conju­gale aide les nou­velles familles à mûrir et à acqué­rir une meilleure conscience de la beau­té et des défis du mariage. La conso­li­da­tion du réseau rela­tion­nel entre les couples et la créa­tion de liens signi­fi­ca­tifs sont néces­saires pour faire mûrir la dimen­sion fami­liale. Comme sou­vent ce sont prin­ci­pa­le­ment les mou­ve­ments et les groupes ecclé­siaux qui offrent et garan­tissent ces moments de crois­sance et de for­ma­tion, il est sou­hai­table, sur­tout au niveau dio­cé­sain, que se mul­ti­plient les efforts visant à accom­pa­gner les jeunes époux d’une manière constante.

Chapitre III – Famille et accom­pa­gne­ment ecclésial

Pastorale de ceux qui vivent dans le mariage civil ou en concubinage

98. (41) Tout en conti­nuant à annon­cer et à pro­mou­voir le mariage chré­tien, le Synode encou­rage aus­si le dis­cer­ne­ment pas­to­ral des situa­tions de beau­coup de gens qui ne vivent plus dans cette situa­tion. Il est impor­tant d’entrer en dia­logue pas­to­ral avec ces per­sonnes afin de mettre en évi­dence les élé­ments de leur vie qui peuvent conduire à une plus grande ouver­ture à l’Évangile du mariage dans sa plé­ni­tude. Les pas­teurs doivent dis­cer­ner les élé­ments qui peuvent favo­ri­ser l’évangélisation et la crois­sance humaine et spi­ri­tuelle. Aujourd’hui, dotée d’une sen­si­bi­li­té nou­velle, la pas­to­rale s’efforce de sai­sir les élé­ments posi­tifs pré­sents dans les mariages civils et, compte-​tenu des dif­fé­rences, dans les concu­bi­nages. Tout en affir­mant clai­re­ment le mes­sage chré­tien, nous devons aus­si indi­quer, dans notre pro­po­si­tion ecclé­siale, des élé­ments construc­tifs dans ces situa­tions qui ne cor­res­pondent pas encore ou qui ne cor­res­pondent plus à cet idéal.

99. Le sacre­ment du mariage, comme union fidèle et indis­so­luble entre un homme et une femme appe­lés à s’accueillir réci­pro­que­ment et à accueillir la vie, est une grande grâce pour la famille humaine. L’Église a le devoir et la mis­sion d’annoncer cette grâce à chaque per­sonne et dans chaque contexte. Elle doit être éga­le­ment capable d’accompagner ceux qui vivent le mariage civil ou le concu­bi­nage dans la décou­verte pro­gres­sive des semences du Verbe qui s’y trouvent cachées, pour les mettre en valeur, jusqu’à la plé­ni­tude de l’union sacramentelle.

En che­min vers le sacre­ment nuptial

100. (42) On a remar­qué que, dans de nom­breux pays, un « nombre crois­sant de couples vivent ensemble ad expe­ri­men­tum, sans aucun mariage ni cano­nique, ni civil » (IL, 81). Dans cer­tains pays, ceci advient spé­cia­le­ment dans le mariage tra­di­tion­nel, concer­té entre les familles et sou­vent célé­brées en diverses étapes. Dans d’autres pays, en revanche, le nombre de ceux qui, après avoir vécu long­temps ensemble, demandent la célé­bra­tion du mariage à l’Église, connaît une aug­men­ta­tion constante. Le simple concu­bi­nage est sou­vent choi­si à cause de la men­ta­li­té géné­rale contraire aux ins­ti­tu­tions et aux enga­ge­ments défi­ni­tifs, mais aus­si parce que les per­sonnes attendent d’avoir une cer­taine sécu­ri­té éco­no­mique (emploi et salaire fixe). Dans d’autres pays, enfin, les unions de fait sont très nom­breuses, non seule­ment à cause du rejet des valeurs de la famille et du mariage, mais sur­tout parce que se marier est per­çu comme un luxe, en rai­son des condi­tions sociales, de sorte que la misère maté­rielle pousse à vivre des unions de fait.

101. (43) Toutes ces situa­tions doivent être affron­tées d’une manière construc­tive, en cher­chant à les trans­for­mer en occa­sions de che­mi­ne­ment vers la plé­ni­tude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile. Il s’agit de les accueillir et de les accom­pa­gner avec patience et déli­ca­tesse. À cette fin, le témoi­gnage sédui­sant d’authentiques familles chré­tiennes, comme sujets de l’évangélisation de la famille, est important.

102. Le choix du mariage civil ou, dans d’autres cas, du concu­bi­nage n’est pas très sou­vent moti­vé par des pré­ju­gés ou des résis­tances vis-​à-​vis de l’union sacra­men­telle, mais par des situa­tions cultu­relles ou contin­gentes. Dans de nom­breuses cir­cons­tances, la déci­sion de vivre ensemble est le signe d’une rela­tion qui veut se struc­tu­rer et s’ouvrir à une pers­pec­tive de plé­ni­tude. Cette volon­té, qui se tra­duit par un lien durable, fiable et ouvert à la vie, peut être consi­dé­rée comme une condi­tion sur laquelle gref­fer un che­mi­ne­ment de crois­sance ouvert à la pos­si­bi­li­té du mariage sacra­men­tel : un bien pos­sible qui doit être annon­cé comme un don qui enri­chit et for­ti­fie la vie conju­gale et fami­liale, plu­tôt que comme un idéal dif­fi­cile à réaliser.

103. Pour faire face à cette néces­si­té pas­to­rale, la com­mu­nau­té chré­tienne, sur­tout au niveau local, s’engage à ren­for­cer le style d’accueil qui lui est propre. À tra­vers la dyna­mique pas­to­rale des rela­tions per­son­nelles, il est pos­sible de rendre concrète une saine péda­go­gie qui, ani­mée par la grâce et de façon res­pec­tueuse, favo­rise l’ouverture pro­gres­sive des esprits et des cœurs à la plé­ni­tude du plan de Dieu. En ce domaine, la famille chré­tienne, qui témoigne par sa vie de la véri­té de l’Évangile, joue un rôle important.

Prendre soin des familles bles­sées (sépa­rés, divor­cés non rema­riés, divor­cés rema­riés, familles monoparentales)

104. (44) Quand les époux connaissent des pro­blèmes dans leurs rela­tions, ils doivent pou­voir comp­ter sur l’aide et sur l’accompagnement de l’Église. La pas­to­rale de la cha­ri­té et la misé­ri­corde tend à faire en sorte que les per­sonnes se retrouvent et que les rela­tions soient res­tau­rées. L’expérience montre qu’avec une aide appro­priée et par l’action récon­ci­lia­trice de la grâce, bon nombre de crises conju­gales sont sur­mon­tées d’une manière satis­fai­sante. Savoir par­don­ner et se sen­tir par­don­né consti­tue une expé­rience fon­da­men­tale dans la vie fami­liale. Le par­don entre les époux per­met de faire l’expérience d’un amour qui est pour tou­jours et ne passe jamais (cf. 1 Co 13, 8). Cependant, il appa­raît par­fois dif­fi­cile, pour celui qui a reçu le par­don de Dieu d’avoir la force d’offrir un par­don authen­tique qui régé­nère la personne.

Le par­don en famille

105. Dans le cadre des rela­tions fami­liales, le besoin de récon­ci­lia­tion est pra­ti­que­ment quo­ti­dien, pour dif­fé­rents motifs. Les incom­pré­hen­sions dues aux rela­tions avec les familles d’origine, le conflit entre les diverses habi­tudes enra­ci­nées, la diver­gence quant à l’éducation des enfants, l’angoisse face aux dif­fi­cul­tés éco­no­miques, la ten­sion qui sur­git suite à la perte d’un emploi : voi­là cer­tains des motifs cou­rants qui engendrent des conflits, qu’on ne sur­mon­te­ra que grâce à une dis­po­ni­bi­li­té per­ma­nente à com­prendre les rai­sons de l’autre et à se par­don­ner mutuel­le­ment. L’art dif­fi­cile de la recom­po­si­tion de la rela­tion néces­site non seule­ment le sou­tien de la grâce, mais aus­si une dis­po­ni­bi­li­té à deman­der de l’aide exté­rieure. À ce pro­pos, la com­mu­nau­té chré­tienne doit se révé­ler vrai­ment prête.

Dans les cas les plus dou­lou­reux, comme ceux de la trom­pe­rie conju­gale, une véri­table œuvre de répa­ra­tion est néces­saire et il faut s’y rendre dis­po­nible. Un pacte bri­sé peut être réta­bli : il faut s’éduquer à cette espé­rance dès la pré­pa­ra­tion au mariage.

Il faut rap­pe­ler ici l’importance de l’action de l’Esprit Saint dans le soin des per­sonnes et des familles bles­sées et la néces­si­té de che­mins spi­ri­tuels accom­pa­gnés de ministres experts. Il est vrai, en effet, que l’Esprit, « qui est appe­lé par l’Église « lumière des consciences » pénètre et rem­plit « jus­qu’à l’intime les cœurs » humains. Par une telle conver­sion dans l’Esprit Saint, l’homme s’ouvre au par­don » (DeV, 45).

« Le grand fleuve de la miséricorde »

106. (45) Au cours du Synode, la néces­si­té de choix pas­to­raux cou­ra­geux a été clai­re­ment res­sen­tie. Confirmant avec force la fidé­li­té à l’Évangile de la famille et recon­nais­sant que la sépa­ra­tion et le divorce sont tou­jours des bles­sures qui pro­voquent des souf­frances pour les époux qui les vivent comme pour les enfants, les Pères syno­daux ont res­sen­ti l’urgence d’itinéraires pas­to­raux nou­veaux, qui partent de la situa­tion effec­tive des fra­gi­li­tés fami­liales, en sachant que sou­vent elles sont davan­tage « subies » dans la souf­france que choi­sies en pleine liber­té. Il s’agit de situa­tions dif­fé­rentes selon les fac­teurs per­son­nels, cultu­rels et socioé­co­no­miques. Un regard dif­fé­ren­cié est néces­saire, comme le sug­gé­rait déjà saint Jean-​Paul II (cf. FC, 84).

107. Prendre soin des familles bles­sées et leur faire expé­ri­men­ter l’infinie misé­ri­corde de Dieu est consi­dé­ré par tous comme un prin­cipe fon­da­men­tal. L’attitude face aux per­sonnes impli­quées est tou­te­fois dif­fé­ren­ciée. D’une part, cer­tains estiment néces­saire d’encourager ceux qui vivent au sein d’union non conju­gales à entre­prendre la voie du retour. D’autre part, cer­tains sou­tiennent ces per­sonnes en les invi­tant à aller de l’avant, à sor­tir de la pri­son de la colère, de la décep­tion, de la dou­leur et de la soli­tude pour se remettre en che­min. Certes, affirment d’autres, cet art de l’accompagnement requiert un dis­cer­ne­ment pru­dent et misé­ri­cor­dieux, ain­si que la capa­ci­té de sai­sir concrè­te­ment la diver­si­té des situations.

108. Il ne faut pas oublier que l’expérience de l’échec conju­gal est tou­jours une défaite, pour tous. Par consé­quent, après la prise de conscience de ses propres res­pon­sa­bi­li­tés, cha­cun a besoin de retrou­ver confiance et espé­rance. Tous ont besoin de don­ner et de rece­voir la misé­ri­corde. Quoi qu’il en soit, la jus­tice doit pré­va­loir à l’égard de toutes les par­ties en cause dans l’échec conju­gal (époux et enfants).

L’Église a le devoir de deman­der aux époux sépa­rés et divor­cés de se trai­ter avec res­pect et misé­ri­corde, sur­tout pour le bien des enfants, aux­quels il ne faut pas pro­cu­rer une souf­france sup­plé­men­taire. Certains demandent que l’Église fasse preuve aus­si de dia­logue vis-​à-​vis de ceux qui ont bri­sé l’union. « Du cœur de la Trinité, du plus pro­fond du mys­tère de Dieu, jaillit et coule sans cesse le grand fleuve de la misé­ri­corde. Cette source ne sera jamais épui­sée pour tous ceux qui s’en appro­che­ront. Chaque fois qu’on en aura besoin, on pour­ra y accé­der, parce que la misé­ri­corde de Dieu est sans fin. Autant la pro­fon­deur du mys­tère ren­fer­mé est inson­dable, autant la richesse qui en découle est inépui­sable » (MV, 25).

L’art de l’accompagnement

109. (46) Chaque famille doit tout d’abord être écou­tée avec res­pect et avec amour, en nous fai­sant com­pa­gnons de route comme le Christ le fit avec les dis­ciples sur le che­min d’Emmaüs. Pour ces situa­tions, ces paroles du Pape François revêtent une valeur toute par­ti­cu­lière : « L’Église devra ini­tier ses membres – prêtres, per­sonnes consa­crées et laïcs – à cet « art de l’accompagnement », pour que tous apprennent tou­jours à ôter leurs san­dales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons don­ner à notre che­min le rythme salu­taire de la proxi­mi­té, avec un regard res­pec­tueux et plein de com­pas­sion mais qui en même temps gué­rit, libère et encou­rage à mûrir dans la vie chré­tienne » (EG, 169).

110. Beaucoup ont appré­cié la réfé­rence des Pères syno­daux à l’image de Jésus qui accom­pagne les dis­ciples d’Emmaüs. Être proche de la famille comme com­pagne de route signi­fie, pour l’Église, assu­mer un com­por­te­ment sage et dif­fé­ren­cié. Parfois, il faut demeu­rer à ses côtés et écou­ter en silence ; d’autres fois, être der­rière elle et l’encourager. L’Église fait sienne, en un par­tage affec­tueux, les joies et les espoirs, les dou­leurs et les angoisses de chaque famille.

111. On relève que, dans ce contexte de la pas­to­rale fami­liale, le plus grand sou­tien est offert par les mou­ve­ments ecclé­siaux et par les asso­cia­tions ecclé­siales, au sein des­quelles la dimen­sion com­mu­nau­taire est davan­tage sou­li­gnée et vécue. En même temps, il est éga­le­ment impor­tant de pré­pa­rer spé­ci­fi­que­ment les prêtres à ce minis­tère de la conso­la­tion et de l’attention. D’un peu par­tout arrive l’invitation d’instituer des centres spé­cia­li­sés où prêtres et/​ou reli­gieux apprennent à s’occuper des familles, en par­ti­cu­lier des familles bles­sées, et s’engagent à accom­pa­gner leur che­mi­ne­ment dans la com­mu­nau­té chré­tienne, qui n’est pas tou­jours pré­pa­rée à rem­plir cette tâche de façon appropriée.

Les sépa­rés et les divor­cés fidèles au lien

112. (47) Un dis­cer­ne­ment par­ti­cu­lier est indis­pen­sable pour accom­pa­gner, sur le plan pas­to­ral, les per­sonnes sépa­rées, divor­cées ou aban­don­nées. La souf­france de ceux qui ont subi injus­te­ment la sépa­ra­tion, le divorce ou l’abandon doit être accueillie et mise en valeur, de même que la souf­france de ceux qui ont été contraints de rompre la vie en com­mun à cause des mau­vais trai­te­ments de leur conjoint. Le par­don pour l’injustice subie n’est pas facile, mais c’est un che­min que la grâce rend pos­sible. D’où la néces­si­té d’une pas­to­rale de la récon­ci­lia­tion et de la média­tion, notam­ment à tra­vers des centres d’écoute spé­cia­li­sés qu’il faut orga­ni­ser dans les dio­cèses. De même, il faut tou­jours sou­li­gner qu’il est indis­pen­sable de prendre en charge, d’une manière loyale et construc­tive, les consé­quences de la sépa­ra­tion ou du divorce sur les enfants qui sont, dans tous les cas, les vic­times inno­centes de cette situa­tion. Ils ne peuvent pas être un « objet » qu’on se dis­pute et il convient de cher­cher les formes les meilleures leur per­met­tant de sur­mon­ter le trau­ma­tisme de la scis­sion fami­liale et de gran­dir de la manière la plus sereine pos­sible. En tout cas, l’Église devra tou­jours mettre en relief l’injustice qui dérive sou­vent d’une situa­tion de divorce. Une atten­tion spé­ciale doit être accor­dée à l’accompagnement des familles mono­pa­ren­tales, en par­ti­cu­lier il faut aider les femmes qui doivent por­ter seules la res­pon­sa­bi­li­té de la mai­son et de l’éducation des enfants.

Dieu n’abandonne jamais

113. Beaucoup sou­lignent que l’attitude misé­ri­cor­dieuse envers ceux dont la rela­tion conju­gale s’est bri­sée demande d’accorder une atten­tion aux dif­fé­rents aspects objec­tifs et sub­jec­tifs qui ont déter­mi­né la rup­ture. Nombreux sont ceux qui mettent en évi­dence le fait que le drame de la sépa­ra­tion arrive sou­vent à la fin de longues périodes de conflic­tua­li­té qui, dans le cas où il y a des enfants, ont pro­duit des souf­frances encore plus grandes. Tout cela est sui­vi par une épreuve sup­plé­men­taire, celle de la soli­tude pour le conjoint qui a été aban­don­né ou qui a eu la force d’interrompre une coexis­tence carac­té­ri­sée par de mau­vais trai­te­ments graves et conti­nuels. Il s’agit de situa­tions pour les­quelles on attend une atten­tion par­ti­cu­lière de la part de la com­mu­nau­té chré­tienne, spé­cia­le­ment à l’égard des familles mono­pa­ren­tales, où sur­viennent par­fois des pro­blèmes éco­no­miques à cause d’un emploi pré­caire, de la dif­fi­cul­té de sub­ve­nir aux besoins des enfants ou encore du manque de logement.

La condi­tion de ceux qui n’entreprennent pas une nou­velle union, demeu­rant fidèles au lien, mérite toute l’estime et le sou­tien de l’Église, qui a le devoir de leur mani­fes­ter le visage d’un Dieu qui n’abandonne jamais et qui est tou­jours capable de redon­ner la force et l’espérance.

La sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures et l’importance de la foi dans les causes de nullité

114. (48) Un grand nombre de Pères a sou­li­gné la néces­si­té de rendre plus acces­sibles et souples, et si pos­sible entiè­re­ment gra­tuites, les pro­cé­dures en vue de la recon­nais­sance des cas de nul­li­té. Parmi les pro­po­si­tions, ont été indi­qués : l’abolition de la néces­si­té de la double sen­tence conforme ; l’ouverture d’une voie admi­nis­tra­tive sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain ; le recours à un pro­cès sim­pli­fié en cas de nul­li­té notoire. Certains Pères se disent tou­te­fois contraires à ces pro­po­si­tions, car elles ne garan­ti­raient pas un juge­ment fiable. Il faut réaf­fir­mer que, dans tous ces cas, il s’agit de véri­fier la véri­té sur la vali­di­té du lien. Selon d’autres pro­po­si­tions, il fau­drait aus­si consi­dé­rer la pos­si­bi­li­té de mettre en relief, en fonc­tion de la vali­di­té du sacre­ment du mariage, le rôle de la foi des deux per­sonnes qui avaient deman­dé le mariage, en tenant compte du fait qu’entre bap­ti­sés tous les mariages valides sont sacrement.

115. Un vaste consen­sus se dégage sur l’opportunité de rendre plus acces­sibles et souples, si pos­sible gra­tuites, les pro­cé­dures pour la recon­nais­sance des cas de nul­li­té du mariage.

Pour ce qui est de la gra­tui­té, cer­tains sug­gèrent d’instituer dans les dio­cèses un ser­vice per­ma­nent de conseil gra­tuit. Au sujet de la double sen­tence conforme, la conver­gence est forte pour qu’elle soit abo­lie, à l’exception de la pos­si­bi­li­té de recours par le Défenseur du lien ou de l’une des par­ties. Vice-​versa, la pos­si­bi­li­té d’une pro­cé­dure admi­nis­tra­tive sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain ne fait pas l’unanimité, car cer­tains relèvent des aspects pro­blé­ma­tiques. En revanche, il existe un plus grand consen­sus sur la pos­si­bi­li­té d’un pro­cès cano­nique som­maire dans les cas de nul­li­té patente.

Pour ce qui a trait à l’importance de la foi per­son­nelle des futurs époux pour la vali­di­té du consen­te­ment, on relève une diver­gence sur l’importance de cette ques­tion et une diver­si­té d’approche pour son approfondissement.

La pré­pa­ra­tion des agents et l’augmentation des tribunaux

116. (49) Au sujet des pro­cès matri­mo­niaux, l’allègement de la pro­cé­dure, requis par beau­coup, en plus de la pré­pa­ra­tion d’un per­son­nel suf­fi­sant – clercs et laïcs – s’y consa­crant prio­ri­tai­re­ment, exige de sou­li­gner la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain qui, dans son dio­cèse, pour­rait char­ger des experts dûment pré­pa­rés pour conseiller gra­tui­te­ment les par­ties sur la vali­di­té de leur mariage. Cette fonc­tion pour­rait être exer­cée par un bureau ou par des per­sonnes qua­li­fiées (cf. DC, art. 113, 1).

117. Une pro­po­si­tion est avan­cée pour que, dans chaque dio­cèse, soient garan­tis gra­tui­te­ment les ser­vices d’information, de conseil et de média­tion liés à la pas­to­rale fami­liale, spé­cia­le­ment à la dis­po­si­tion des per­sonnes sépa­rées ou des couples en crise. Un ser­vice qua­li­fié aide­rait ain­si les per­sonnes à entre­prendre le par­cours judi­ciaire qui, dans l’histoire de l’Église, appa­raît comme la voie de dis­cer­ne­ment la plus accré­di­tée pour véri­fier la vali­di­té réelle du mariage. En outre, plu­sieurs voix s’élèvent pour requé­rir une aug­men­ta­tion et une meilleure décen­tra­li­sa­tion des tri­bu­naux ecclé­sias­tiques, en les dotant d’un per­son­nel qua­li­fié et compétent.

Lignes pas­to­rales communes

118. (50) Les per­sonnes divor­cées mais non rema­riées, qui sont sou­vent des témoins de la fidé­li­té conju­gale, doivent être encou­ra­gées à trou­ver dans l’Eucharistie la nour­ri­ture qui les sou­tienne dans leur état. La com­mu­nau­té locale et les Pasteurs doivent accom­pa­gner ces per­sonnes avec sol­li­ci­tude, sur­tout quand il y a des enfants ou qu’elles se trouvent dans de graves condi­tions de pauvreté.

119. Selon un cer­tain nombre, l’attention accor­dée aux cas concrets doit être conju­guée avec la néces­si­té de pro­mou­voir des lignes pas­to­rales com­munes. Leur absence contri­bue à accroître la confu­sion et la divi­sion et pro­duit une souf­france aiguë chez ceux qui vivent l’échec du mariage et qui, par­fois, se sentent injus­te­ment jugés. Par exemple, il s’avère que cer­tains fidèles sépa­rés, qui ne vivent pas une nou­velle union, consi­dèrent comme pec­ca­mi­neuse la sépa­ra­tion elle-​même, s’abstenant alors de rece­voir les sacre­ments. En outre, on observe des cas de divor­cés rema­riés civi­le­ment qui, vivant dans la conti­nence pour diverses rai­sons, ne savent pas qu’ils peuvent s’approcher des sacre­ments dans un lieu où leur condi­tion n’est pas connue. Il existe aus­si des situa­tions d’unions irré­gu­lières de per­sonnes qui, dans leur for interne, ont choi­si la voie de la conti­nence et peuvent donc accé­der aux sacre­ments, en ayant soin de ne pas sus­ci­ter le scan­dale. Il s’agit d’exemples qui confirment la néces­si­té de four­nir des indi­ca­tions claires de la part de l’Église, afin que ses enfants qui se trouvent dans des situa­tions par­ti­cu­lières ne se sentent pas discriminés.

L’intégration des divor­cés rema­riés civi­le­ment dans la com­mu­nau­té chrétienne

120. (51) Les situa­tions des divor­cés rema­riés exigent aus­si un dis­cer­ne­ment atten­tif et d’être accom­pa­gnés avec beau­coup de res­pect, en évi­tant tout lan­gage et toute atti­tude qui fassent peser sur eux un sen­ti­ment de dis­cri­mi­na­tion ; il faut encou­ra­ger leur par­ti­ci­pa­tion à la vie de la com­mu­nau­té. Prendre soin d’eux ne signi­fie pas pour la com­mu­nau­té chré­tienne un affai­blis­se­ment de sa foi et de son témoi­gnage sur l’indissolubilité du mariage, c’est plu­tôt pré­ci­sé­ment en cela que s’exprime sa charité.

121. Nombreux sont ceux qui requièrent que l’accompagnement et l’attention à l’égard des divor­cés rema­riés civi­le­ment s’orientent vers leur inté­gra­tion tou­jours plus grande dans la vie de la com­mu­nau­té chré­tienne, en tenant compte de la diver­si­té des situa­tions de départ. Sous réserve des sug­ges­tions de Familiaris Consortio 84, les formes d’exclusion actuel­le­ment pra­ti­quées dans le domaine liturgico-​pastoral, dans le domaine édu­ca­tif et dans le domaine cari­ta­tif, doivent être revues. À par­tir du moment où ces fidèles ne sont pas en dehors de l’Église, il est pro­po­sé de réflé­chir sur l’opportunité de faire tom­ber ces exclu­sions. En outre, tou­jours pour favo­ri­ser leur plus grande inté­gra­tion dans la com­mu­nau­té chré­tienne, il faut accor­der une atten­tion spé­ci­fique à leurs enfants, étant don­né le rôle édu­ca­tif irrem­pla­çable des parents, en rai­son de l’intérêt pré­émi­nent du mineur.

Il est bon que ces che­mins d’intégration pas­to­rale des divor­cés rema­riés civi­le­ment soient pré­cé­dés d’un dis­cer­ne­ment oppor­tun de la part des pas­teurs quant au carac­tère irré­ver­sible de la situa­tion et à la vie de foi du couple de la nou­velle union, qu’ils soient accom­pa­gnés d’une sen­si­bi­li­sa­tion de la com­mu­nau­té chré­tienne sous l’angle de l’accueil des per­sonnes inté­res­sées et qu’ils soient réa­li­sés selon une loi de gra­dua­li­té (cf. FC, 34), res­pec­tueuse de la matu­ra­tion des consciences.

La voie pénitentielle

122. (52) La réflexion a por­té sur la pos­si­bi­li­té pour les divor­cés rema­riés d’accéder aux sacre­ments de la Pénitence et de l’Eucharistie. Plusieurs Pères syno­daux ont insis­té pour main­te­nir la dis­ci­pline actuelle, en ver­tu du rap­port consti­tu­tif entre la par­ti­ci­pa­tion à l’Eucharistie et la com­mu­nion avec l’Église et son ensei­gne­ment sur le mariage indis­so­luble. D’autres se sont expri­més en faveur d’un accueil non géné­ra­li­sé au ban­quet eucha­ris­tique, dans cer­taines situa­tions par­ti­cu­lières et à des condi­tions bien pré­cises, sur­tout quand il s’agit de cas irré­ver­sibles et liés à des obli­ga­tions morales envers les enfants qui vien­draient à subir des souf­frances injustes. L’accès éven­tuel aux sacre­ments devrait être pré­cé­dé d’un che­mi­ne­ment péni­ten­tiel sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain. La ques­tion doit encore être appro­fon­die, en ayant bien pré­sente la dis­tinc­tion entre la situa­tion objec­tive de péché et les cir­cons­tances atté­nuantes, étant don­né que « l’imputabilité et la res­pon­sa­bi­li­té d’une action peuvent être dimi­nuées voire sup­pri­mées » par divers « fac­teurs psy­chiques ou sociaux » (CEC, 1735).

123. Pour affron­ter ce thème, un com­mun accord existe sur l’hypothèse d’un iti­né­raire de récon­ci­lia­tion ou voie péni­ten­tielle, sous l’autorité de l’évêque, pour les fidèles divor­cés et rema­riés civi­le­ment, qui se trouvent dans une situa­tion de concu­bi­nage irré­ver­sible. En réfé­rence à Familiaris Consortio 84, un par­cours de prise de conscience de l’échec et des bles­sures qu’il a pro­duit est sug­gé­ré, avec le repen­tir et la véri­fi­ca­tion de l’éventuelle nul­li­té du mariage, l’engagement à la com­mu­nion spi­ri­tuelle et la déci­sion de vivre dans la continence.

D’autres, par voie péni­ten­tielle entendent un pro­ces­sus de cla­ri­fi­ca­tion et de nou­velle orien­ta­tion, après l’échec vécu, accom­pa­gné d’un prêtre dépu­té à cela. Ce pro­ces­sus devrait conduire l’intéressé à un juge­ment hon­nête sur sa propre condi­tion, où ce même prêtre puisse faire mûrir son éva­lua­tion pour pou­voir faire usage du pou­voir de lier et de dis­soudre en fonc­tion de la situation.

Pour ce qui est de l’approfondissement de la situa­tion objec­tive de péché et de l’imputabilité morale, cer­tains sug­gèrent de prendre en consi­dé­ra­tion la Lettre aux évêques de l’Église catho­lique sur l’accès à la Communion eucha­ris­tique de la part des fidèles divor­cés rema­riésde la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (14 sep­tembre 1994) et la Déclaration sur l’admissibilité des divor­cés rema­riés à la Communion eucha­ris­tiquedu Conseil Pontifical pour les Textes Législatifs (24 juin 2000).

La par­ti­ci­pa­tion spi­ri­tuelle à la com­mu­nion ecclésiale

124. (53) Certains Pères ont sou­te­nu que les per­sonnes divor­cées et rema­riées ou vivant en concu­bi­nage peuvent recou­rir de manière fruc­tueuse à la com­mu­nion spi­ri­tuelle. D’autres Pères se sont deman­dés pour­quoi, alors, elles ne pou­vaient accé­der à la com­mu­nion sacra­men­telle. Un appro­fon­dis­se­ment de cette thé­ma­tique est donc requis afin de per­mettre de faire res­sor­tir la spé­ci­fi­ci­té de ces deux formes et leur lien avec la théo­lo­gie du mariage.

125. Pour les fidèles divor­cés et rema­riés civi­le­ment, le che­min ecclé­sial d’incorporation au Christ, com­men­cé lors du Baptême, se réa­lise aus­si par étapes à tra­vers la conver­sion per­ma­nente. Au long de ce par­cours, il existe diverses moda­li­tés grâce aux­quelles ils sont invi­tés à confor­mer leur vie au Seigneur Jésus qui, par sa grâce, les garde dans la com­mu­nion ecclé­siale. Comme le sug­gère encore Familiaris Consortio 84, par­mi ces formes de par­ti­ci­pa­tion, on recom­mande l’écoute de la Parole de Dieu, la par­ti­ci­pa­tion à la célé­bra­tion eucha­ris­tique, la per­sé­vé­rance dans la prière, les œuvres de cha­ri­té, les ini­tia­tives com­mu­nau­taires en faveur de la jus­tice, l’éducation des enfants dans la foi, l’esprit de péni­tence, le tout sou­te­nu par la prière et par le témoi­gnage accueillant de l’Église. Le fruit de cette par­ti­ci­pa­tion est la com­mu­nion du croyant avec l’ensemble de la com­mu­nau­té, expres­sion de l’insertion réelle dans le Corps ecclé­sial du Christ. En ce qui concerne la com­mu­nion spi­ri­tuelle, il faut rap­pe­ler que celle-​ci sup­pose la conver­sion et l’état de grâce et qu’elle est liée à la com­mu­nion sacramentelle.

Mariages mixtes et avec dis­pa­ri­té de culte

126. (54) Les pro­blé­ma­tiques rela­tives aux mariages mixtes sont sou­vent reve­nues dans les inter­ven­tions des Pères syno­daux. La diver­si­té de la dis­ci­pline rela­tive au mariage dans les Églises ortho­doxes pose, dans cer­tains contextes, des pro­blèmes sur les­quels il est néces­saire de réflé­chir au niveau œcu­mé­nique. De même, pour les mariages inter­re­li­gieux, la contri­bu­tion du dia­logue avec les reli­gions sera importante.

127. Les mariages mixtes et les mariages avec dis­pa­ri­té de culte pré­sentent de mul­tiples aspects de cri­ti­ci­té, guère faciles à résoudre, non pas tant au niveau nor­ma­tif qu’au niveau pas­to­ral. Il suf­fit de pen­ser, par exemple, à la pro­blé­ma­tique de l’éducation reli­gieuse des enfants, à la par­ti­ci­pa­tion à la vie litur­gique du conjoint dans le cas de mariages mixtes avec des bap­ti­sés d’autres confes­sions chré­tiennes, au par­tage d’expériences spi­ri­tuelles avec le conjoint appar­te­nant à une autre reli­gion ou bien non-​croyant en recherche. Il convien­drait donc d’élaborer un code de bonne conduite, de façon à ce qu’aucun conjoint ne consti­tue un obs­tacle au che­mi­ne­ment de foi de l’autre. Pour cela, afin d’affronter de façon construc­tive les diver­si­tés en termes de foi, il est néces­saire d’accorder une atten­tion par­ti­cu­lière aux per­sonnes qui s’unissent par de tels mariages, pas seule­ment dans la période pré­cé­dant les noces.

128.Certains sug­gèrent que les mariages mixtes soient consi­dé­rés comme des cas de « grave néces­si­té » pour les­quels il est pos­sible à des bap­ti­sés vivant en dehors de la pleine com­mu­nion de l’Église catho­lique, mais qui par­tagent tou­te­fois avec elle la foi concer­nant l’Eucharistie, d’être admis à la récep­tion de ce sacre­ment en l’absence de leurs propres pas­teurs (cf. EdE,45–46 ; Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, Directoire pour l’Application des Principes et des Normes pour l’Œcuménisme, 25 mars 1993,122–128), en tenant compte éga­le­ment des cri­tères spé­ci­fiques à la com­mu­nau­té ecclé­siale à laquelle ils appartiennent.

La par­ti­cu­la­ri­té de la tra­di­tion orthodoxe

129. La réfé­rence que font cer­tains à la pra­tique conju­gale des Églises ortho­doxes doit tenir compte de la diver­si­té de concep­tion théo­lo­gique des noces. Dans l’Orthodoxie, la ten­dance consiste à rame­ner la pra­tique de bénir les secondes unions à la notion d’« éco­no­mie » (oiko­no­mia), enten­due comme condes­cen­dance pas­to­rale vis-​à-​vis des mariages qui ont échoué, sans mettre en dis­cus­sion l’idéal de la mono­ga­mie abso­lue, c’est-à-dire l’unicité du mariage. Cette béné­dic­tion est en soi une célé­bra­tion péni­ten­tielle pour invo­quer la grâce de l’Esprit Saint, afin qu’il gué­risse la fai­blesse humaine et ramène les péni­tents dans la com­mu­nion de l’Église.

L’attention pas­to­rale envers les per­sonnes ayant une ten­dance homosexuelle

130. (55) Dans cer­taines familles, des per­sonnes ont une orien­ta­tion homo­sexuelle. À cet égard, nous nous sommes inter­ro­gés sur l’attention pas­to­rale à adop­ter face à ces situa­tions, en nous réfé­rant à l’enseignement de l’Église : « Il n’y a aucun fon­de­ment pour assi­mi­ler ou éta­blir des ana­lo­gies, même loin­taines, entre les unions homo­sexuelles et le des­sein de Dieu sur le mariage et la famille ». Néanmoins, les hommes et les femmes ayant des ten­dances homo­sexuelles doivent être accueillis avec res­pect et déli­ca­tesse. « À leur égard, on évi­te­ra toute marque de dis­cri­mi­na­tion injuste » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à pro­pos des pro­jets de recon­nais­sance juri­dique des unions entre per­sonnes homo­sexuelles, 4).

131. Il est réaf­fir­mé que chaque per­sonne, indé­pen­dam­ment de sa ten­dance sexuelle, doit être res­pec­tée dans sa digni­té et accueillie avec sen­si­bi­li­té et déli­ca­tesse, aus­si bien dans l’Église que dans la socié­té. Il serait sou­hai­table que les pro­jets pas­to­raux dio­cé­sains réservent une atten­tion spé­ci­fique à l’accompagnement des familles où vivent des per­sonnes ayant une ten­dance homo­sexuelle et à ces mêmes personnes.

132. (56) Il est tota­le­ment inac­cep­table que les Pasteurs de l’Église subissent des pres­sions en ce domaine et que les orga­nismes inter­na­tio­naux subor­donnent leurs aides finan­cières aux pays pauvres à l’introduction de lois qui ins­ti­tuent le « mariage » entre des per­sonnes du même sexe.

Chapitre IV – Famille, engen­dre­ment, éducation

La trans­mis­sion de la vie et le défi de la dénatalité

133. (57) Il n’est pas dif­fi­cile de consta­ter la dif­fu­sion d’une men­ta­li­té qui réduit l’engendrement de la vie à une variable du pro­jet indi­vi­duel ou de couple. Les fac­teurs d’ordre éco­no­mique exercent un poids par­fois déter­mi­nant qui contri­bue à la forte baisse de la nata­li­té. Cela affai­blit le tis­su social, com­pro­met le rap­port entre les géné­ra­tions et rend plus incer­tain le regard sur l’avenir. L’ouverture à la vie est une exi­gence intrin­sèque de l’amour conju­gal. À cette lumière, l’Église sou­tient les familles qui accueillent, éduquent et entourent de leur affec­tion les enfants en situa­tion de handicap.

134. L’insistance a été mise sur le fait qu’il faut conti­nuer à divul­guer les docu­ments du Magistère de l’Église qui prônent la culture de la vie face à la culture de la mort, tou­jours plus répan­due. On sou­ligne l’importance de cer­tains centres qui font des recherches sur la fer­ti­li­té et l’infertilité humaines, qui favo­risent le dia­logue entre bioé­thi­ciens catho­liques et scien­ti­fiques des tech­no­lo­gies bio­mé­di­cales. La pas­to­rale fami­liale devrait davan­tage impli­quer les spé­cia­listes catho­liques en matière bio­mé­di­cale dans les par­cours de pré­pa­ra­tion au mariage et dans l’accompagnement des conjoints.

135. Il est urgent que les chré­tiens enga­gés en poli­tique encou­ragent des choix légis­la­tifs appro­priés et res­pon­sables en matière de pro­mo­tion et de défense de la vie. Tout comme la voix de l’Église se fait entendre au niveau socio­po­li­tique sur ces thèmes, de même il est néces­saire que se mul­ti­plient les efforts pour entrer en concer­ta­tion avec les orga­nismes inter­na­tio­naux et dans les ins­tances déci­sion­nelles poli­tiques, afin de pro­mou­voir le res­pect de la vie humaine de sa concep­tion jusqu’à sa mort natu­relle, avec une atten­tion par­ti­cu­lière aux familles ayant des enfants por­teurs de handicap.

La res­pon­sa­bi­li­té générative

136. (58) Dans ce domaine aus­si, il faut par­tir de l’écoute des per­sonnes et don­ner rai­son de la beau­té et de la véri­té d’une ouver­ture incon­di­tion­nelle à la vie comme ce dont l’amour humain a besoin pour être vécu en plé­ni­tude. C’est sur cette base que peut repo­ser un ensei­gne­ment appro­prié quant aux méthodes natu­relles de pro­créa­tion res­pon­sable. Il s’agit d’aider à vivre d’une manière har­mo­nieuse et consciente la com­mu­nion entre les époux, sous toutes ses dimen­sions, y com­pris la res­pon­sa­bi­li­té d’engendrer. Il faut redé­cou­vrir le mes­sage de l’Encyclique Humanae Vitae de Paul VI, qui sou­ligne le besoin de res­pec­ter la digni­té de la per­sonne dans l’évaluation morale des méthodes de régu­la­tion des nais­sances. L’adoption d’enfants, orphe­lins et aban­don­nés, accueillis comme ses propres enfants, est une forme spé­ci­fique d’apostolat fami­lial (cf. AA, 11), plu­sieurs fois rap­pe­lée et encou­ra­gée par le magis­tère (cf. FC, 41 ; EV, 93). Le choix de l’adoption et de se voir confier un enfant exprime une fécon­di­té par­ti­cu­lière de l’expérience conju­gale, et non seule­ment quand celle-​ci est mar­quée par la sté­ri­li­té. Ce choix est un signe élo­quent de l’amour fami­lial, une occa­sion de témoi­gner de sa foi et de rendre leur digni­té filiale à ceux qui en ont été privés.

137. En ayant bien pré­sente à l’esprit la richesse de sagesse conte­nue dans Humanae Vitae, en lien aux ques­tions trai­tées par cette ency­clique, deux pôles res­sortent, qui doivent être constam­ment conju­gués ensemble. D’une part, le rôle de la conscience conçue comme voix de Dieu qui résonne dans le cœur humain for­mé à l’écouter ; de l’autre, l’indication morale objec­tive, qui empêche de consi­dé­rer l’engendrement comme une réa­li­té dont on peut déci­der arbi­trai­re­ment, sans tenir compte du des­sein divin sur la pro­créa­tion humaine. Quand la réfé­rence au pôle sub­jec­tif pré­vaut, on risque aisé­ment des choix égoïstes ; dans l’autre cas, la norme morale est res­sen­tie comme un poids insup­por­table, ne répon­dant pas aux exi­gences et aux pos­si­bi­li­tés de la per­sonne. La conju­gai­son des deux aspects, vécue avec l’accompagnement d’un guide spi­ri­tuel com­pé­tent, pour­ra aider les époux à faire des choix plei­ne­ment huma­ni­sants et conformes à la volon­té du Seigneur.

Adoption et placement

138. Pour don­ner une famille à de nom­breux enfants aban­don­nés, beau­coup ont requis de mettre davan­tage en relief l’importance de l’adoption et du pla­ce­ment. À cet égard, la néces­si­té d’affirmer que l’éducation d’un enfant doit se baser sur la dif­fé­rence sexuelle, de même que la pro­créa­tion, a été sou­li­gnée. Son fon­de­ment se situe donc, pour elle aus­si, dans l’amour conju­gal entre un homme et une femme, qui consti­tue la base indis­pen­sable pour la for­ma­tion inté­grale de l’enfant.

Face à ces situa­tions où les parents veulent par­fois l’enfant « pour eux-​mêmes » et de quelque façon que ce soit – comme s’il était un pro­lon­ge­ment de leurs propres dési­rs –, l’adoption et le pla­ce­ment cor­rec­te­ment com­pris mani­festent un aspect impor­tant du carac­tère de géni­teur et de la filia­tion, dans la mesure où ils aident à recon­naître que les enfants, adop­tifs ou confiés à leur soin, sont « dif­fé­rents de soi » et qu’il faut les accueillir, les aimer, en prendre soin et non pas seule­ment « les mettre au monde ».

En par­tant de ces pré­sup­po­sés, la réa­li­té de l’adoption et du pla­ce­ment doit être mise en valeur et appro­fon­die, notam­ment à l’intérieur de la théo­lo­gie du mariage et de la famille.

La vie humaine, mys­tère intangible

139. (59) Il faut aider à vivre l’affectivité, notam­ment dans le lien conju­gal, comme un che­min de matu­ra­tion, dans l’accueil tou­jours plus pro­fond de l’autre et dans un don tou­jours plus entier. En ce sens, il faut réaf­fir­mer la néces­si­té d’offrir des iti­né­raires de for­ma­tion qui nour­rissent la vie conju­gale, de même que l’importance d’un laï­cat pou­vant offrir un accom­pa­gne­ment fait de témoi­gnages vivants. L’exemple d’un amour fidèle et pro­fond, fait de ten­dresse et de res­pect, capable de gran­dir dans le temps et qui, par son ouver­ture concrète à l’engendrement de la vie, fait l’expérience d’un mys­tère qui nous trans­cende, peut consti­tuer une aide importante.

140. La vie est un don de Dieu et un mys­tère qui nous trans­cende. Voilà pour­quoi il ne faut en aucune façon « en éli­mi­ner » le début et le stade ter­mi­nal. Au contraire, il est néces­saire d’assurer à ces phases une atten­tion spé­ciale. Aujourd’hui, trop faci­le­ment « on consi­dère l’être humain en lui-​même comme un bien de consom­ma­tion, qu’on peut uti­li­ser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du « déchet » qui est même pro­mue » (EG, 53). À cet égard, la famille, sou­te­nue par la socié­té tout entière, a le devoir d’accueillir la vie nais­sante et de prendre soin de sa phase ultime.

141. Pour ce qui a trait au drame de l’avortement, l’Église affirme le carac­tère sacré et invio­lable de la vie humaine et s’engage concrè­te­ment en sa faveur. Grâce à ses ins­ti­tu­tions, elle offre des conseils aux femmes enceintes, sou­tient les filles-​mères, assiste les enfants aban­don­nés et est proche de ceux qui ont souf­fert d’un avor­te­ment. Il est rap­pe­lé à ceux qui œuvrent dans les struc­tures médi­cales qu’ils ont l’obligation morale de l’objection de conscience.

De même, l’Église res­sent non seule­ment l’urgence d’affirmer le droit à la mort natu­relle, en évi­tant l’acharnement thé­ra­peu­tique et l’euthanasie, mais elle prend soin des per­sonnes âgées, pro­tège les per­sonnes han­di­ca­pées, assiste les malades en phase ter­mi­nale et récon­forte les mourants.

Le défi de l’éducation et le rôle de la famille dans l’évangélisation

142. (60) Un des défis fon­da­men­taux auquel doivent faire face les familles d’aujourd’hui est à coup sûr celui de l’éducation, ren­due plus exi­geante et com­plexe en rai­son de la situa­tion cultu­relle actuelle et de la grande influence des médias. Les exi­gences et les attentes des familles capables d’être, dans la vie quo­ti­dienne, des lieux de crois­sance et de trans­mis­sion concrète et essen­tielle des ver­tus qui donnent forment à l’existence, doivent être tenues en grande consi­dé­ra­tion. Cela signi­fie que les parents puissent libre­ment choi­sir le type d’éducation à don­ner à leurs enfants selon leurs convictions.

143. Un consen­sus una­nime se dégage pour réaf­fir­mer que la pre­mière école d’éducation est la famille et que la com­mu­nau­té chré­tienne se pose en sou­tien et en inté­gra­tion de ce rôle for­ma­teur irrem­pla­çable. On estime sou­vent néces­saire de défi­nir des espaces et des moments pour encou­ra­ger la for­ma­tion des parents et le par­tage d’expérience entre les familles. Il est impor­tant que les parents soient impli­qués acti­ve­ment dans les iti­né­raires de pré­pa­ra­tion aux sacre­ments de l’initiation chré­tienne, en qua­li­té de pre­miers édu­ca­teurs et témoins de la foi pour leurs enfants.

144. Dans les diverses cultures, les adultes de la famille conservent une fonc­tion édu­ca­tive irrem­pla­çable. Toutefois, dans de nom­breux contextes, nous assis­tons à un affai­blis­se­ment pro­gres­sif du rôle édu­ca­tif des parents, en rai­son d’une pré­sence enva­his­sante des médias au sein de la sphère fami­liale, en plus de la ten­dance à délé­guer à d’autres sujets ce devoir. On demande que l’Église encou­rage et sou­tienne les familles dans leur œuvre de par­ti­ci­pa­tion vigi­lante et res­pon­sable des pro­grammes sco­laires et édu­ca­tifs qui concernent leurs enfants.

145. (61) L’Église joue un rôle pré­cieux de sou­tien aux familles, en par­tant de l’initiation chré­tienne, à tra­vers des com­mu­nau­tés accueillantes. Il lui est deman­dé, aujourd’hui plus qu’hier, dans les situa­tions com­plexes comme dans les situa­tions ordi­naires, de sou­te­nir les parents dans leurs efforts édu­ca­tifs, en accom­pa­gnant les enfants, les ado­les­cents et les jeunes dans leur crois­sance, grâce à des par­cours per­son­na­li­sés, capables d’introduire au sens plé­nier de la vie et de sus­ci­ter des choix et des res­pon­sa­bi­li­tés vécus à la lumière de l’Évangile. Marie, dans sa ten­dresse, sa misé­ri­corde et sa sen­si­bi­li­té mater­nelles peut nour­rir la faim d’humanité et de vie, c’est pour­quoi elle est invo­quée par les familles et par le peuple chré­tien. La pas­to­rale et une dévo­tion mariale sont un point de départ oppor­tun pour annon­cer l’Évangile de la famille.

146. Il appar­tient à la famille chré­tienne de trans­mettre la foi à leurs enfants. Ce devoir est fon­dé sur l’engagement pris lors de la célé­bra­tion du mariage. Il requiert un accom­plis­se­ment tout au long de la vie fami­liale, avec le sou­tien de la com­mu­nau­té chré­tienne. En par­ti­cu­lier, les cir­cons­tances de la pré­pa­ra­tion des enfants aux sacre­ments de l’initiation chré­tienne sont de pré­cieuses occa­sions de redé­cou­verte de la foi par les parents, qui reviennent aux fon­de­ments de leur voca­tion chré­tienne, en recon­nais­sant en Dieu la source de leur amour, qu’Il a consa­cré par le sacre­ment nuptial.

Le rôle des grands-​parents dans la trans­mis­sion de la foi et des pra­tiques reli­gieuses ne doit pas être oublié : ce sont des apôtres irrem­pla­çables dans les familles, par leurs sages conseils, la prière et leur bon exemple. La par­ti­ci­pa­tion à la litur­gie domi­ni­cale, l’écoute dela Parole de Dieu, la fré­quen­ta­tion des sacre­ments et la cha­ri­té vécue feront en sorte que les parents donnent un témoi­gnage clair et cré­dible du Christ à leurs enfants.

CONCLUSION

147. Cet « Instrumentum Laboris » est le fruit du che­min inter­sy­no­dal, résul­tat de la créa­ti­vi­té pas­to­rale du Pape François qui, en coïn­ci­dence avec le cin­quan­tième anni­ver­saire de la clô­ture du Concile Vatican II et de l’institution du Synode des Évêques par le bien­heu­reux Pape Paul VI, a convo­qué, à dis­tance d’un an, sur le même thème, deux Assemblées syno­dales dis­tinctes. Si la IIème Assemblée Générale Extraordinaire de l’automne 2014 a aidé l’Église tout entière à foca­li­ser « Les défis pas­to­raux sur la famille dans le contexte de l’évangélisation », la XIVème Assemblée Générale Ordinaire, pro­gram­mée pour octobre 2015, sera appe­lée à réflé­chir sur « La voca­tion et la mis­sion de la famille dans l’Église et dans le monde contem­po­rain ». Il ne faut pas oublier non plus que la célé­bra­tion du pro­chain Synode se situe dans la lumière du Jubilé extra­or­di­naire de la Miséricorde, pro­cla­mé par le Pape François et qui débu­te­ra le 8 décembre 2015.

Dans ce cas aus­si, le nombre consé­quent de contri­bu­tions par­ve­nues à la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques a démon­tré l’intérêt extra­or­di­naire et la par­ti­ci­pa­tion active de toutes les com­po­santes du Peuple de Dieu. Bien que la syn­thèse pro­po­sée ne puisse plei­ne­ment rendre compte de la richesse du maté­riel qui nous est par­ve­nu, ce texte per­met d’offrir un reflet fiable et cré­dible de la per­cep­tion et des attentes de l’Église tout entière sur le thème cru­cial de la famille.

Confions les tra­vaux de la pro­chaine Assemblée syno­dale à la Sainte Famille de Nazareth, qui « nous engage à redé­cou­vrir la voca­tion et la mis­sion de la famille » (François, Audience géné­rale, 17 décembre 2014).

Prière à la Sainte Famille

Jésus, Marie et Joseph
en vous nous contem­plons
la splen­deur de l’amour véri­table,
à vous nous nous adres­sons avec confiance.

Sainte Famille de Nazareth,
fais aus­si de nos familles
des lieux de com­mu­nion et des cénacles de prière,
des écoles authen­tiques de l’Évangile
et des petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,
que jamais plus dans les familles on fasse l’expérience
de la vio­lence, de la fer­me­ture et de la divi­sion :
que qui­conque a été bles­sé ou scan­da­li­sé
connaisse rapi­de­ment conso­la­tion et guérison.

Sainte Famille de Nazareth,
que le pro­chain Synode des Évêques
puisse réveiller en tous la conscience
du carac­tère sacré et invio­lable de la famille,
sa beau­té dans le pro­jet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph
écoutez-​nous, exau­cez notre prière.

Amen.

Notes sur les abréviations

AA Concile Œcuménique Vatican II, Décret Apostolicam Actuositatem (18 novembre 1965)
AG Concile Œcuménique Vatican II, Décret Ad Gentes (7 décembre 1965)
CCC Catéchisme de l’Église Catholique
CiV Benoît XVI, Lettre Encyclique Caritas in Veritate (29 juin 2009)
DC Conseil Pontifical pour les Textes Législatifs, Instruction Dignitas Connubii (25 jan­vier 2005)
DeV Jean-​Paul II, Lettre Encyclique Dominum et Vivificantem (18 mai 1986)
DCE Deus Caritas Est, Lettre Encyclique de Benoît XVI
DV Dei Verbum, Constitution dog­ma­tique sur la révé­la­tion divine
EG Evangelii Gaudium, Exhortation Apostolique de François
EN Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii Nuntiandi (8 décembre 1975)
FC Familiaris Consortio, Exhortation Apostolique de Jean-​Paul II
GS Gaudium et Spes, Constitution pas­to­rale sur l’Église dans le monde contem­po­rain
GE Gravissimum Educationis, Déclaration sur l’éducation chré­tienne
IL IIIèmeAssemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques, Les défis pas­to­raux sur la famille dans le contexte de l’é­van­gé­li­sa­tion. Instrumentum Laboris (24 juin 2014)
HV Humanae Vitae, Lettre Encyclique de Paul VI
LF Lumen Fidei, Lettre Encyclique de François
LG Lumen Gentium, Constitution dog­ma­tique sur l’Église
MV François, Bulle Misericordiae Vultus (11 avril 2015)
NA Concile Œcuménique Vatican II, Décret Nostra Aetate (28 octobre 1965)
NMI Jean-​Paul II, Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte (6 jan­vier 2001)
RM Jean-​Paul II, Lettre Encyclique, Redemptoris Missio (7 décembre 1990)
SC Sacramentum Caritatis, Exhortation Apostolique post-​synodale de Benoît XVI

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