Lettre aux Amis et Bienfaiteurs N° 67

Editorial du mois de janvier 2005, par l’abbé Régis de Cacqueray

« […]Mais, devant les décla­ra­tions intem­pes­tives du Père Boyer, je ne puis que recon­naître un esprit odieux qui est bien celui de la Révolution. Voilà un prêtre qui n’hésite pas à s’insurger publi­que­ment contre son évêque, à dif­fu­ser ses cri­tiques sous le man­teau et à les éta­ler enfin lar­ge­ment dans la presse pour le plus grand bon­heur des jour­na­listes et de l’opinion.[…] »

Depuis qua­rante ans, aucune inter­rup­tion n’est venue enrayer la démo­cra­ti­sa­tion de l’Église inau­gu­rée par le concile Vatican II. Ce pro­ces­sus est pro­fon­dé­ment cou­pable de ce que le pape Paul VI a appe­lé avec luci­di­té l’autodémolition de l’Église. Aux pou­voirs per­son­nels et res­pon­sables se sont sub­sti­tuées, à tous les niveaux hié­rar­chiques, des assem­blées dont la puis­sance bloque toutes les auto­ri­tés tra­di­tion­nelles, si celles-​ci osaient encore s’exprimer. L’aboutissement logique de cette révo­lu­tion ecclé­siale est le triomphe de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, et il ne manque pas de déma­gogues pour for­cer tou­jours plus avant la voie vers ce chaos.

Bien carac­té­ris­tique à cet égard est le com­por­te­ment de ce jeune prêtre (40 ans) du dio­cèse d’Autun. Le Père Stéphan Boyer, à l’annonce du départ à la retraite de son évêque, Monseigneur Séguy, a gra­ti­fié ses confrères d’un cour­rier des­ti­né à « faire bou­ger les choses » dans le dio­cèse. Il n’hésite pas à viser direc­te­ment l’évêque de Saône-​et-​Loire consi­dé­ré comme trop conser­va­teur : « Il a don­né beau­coup de gages aux tra­di­tio­na­listes » et « Il veut se situer comme un père qui a auto­ri­té » (sic !). C’est pour que la base soit enten­due que le Père Boyer lance son appel : « Pour que cha­cun puisse s’exprimer sur la façon dont il vit sa foi, ceux qui le veulent peuvent expo­ser un état des lieux et dire ce qu’ils attendent d’un nou­vel évêque ». Il se plaint qu’il n’y ait aucune consul­ta­tion au sujet du chan­ge­ment d’évêque en cours et son libelle est donc là pour créer un mou­ve­ment d’opinion que « les déci­deurs » seront obli­gés de prendre en consi­dé­ra­tion. On appré­cie­ra la pro­fon­deur théo­lo­gique de ce curé « cool et décon­trac­té » à cer­taines de ses appré­cia­tions : « Ceux qui font l’Église tous les jours c’est d’abord des laïcs » ou bien encore pour défi­nir le can­di­dat épis­co­pal de son cœur : « Que, quelle que soit la situa­tion des gens, on les aime et qu’on le leur dise ».

L’exemple que donne ce prêtre illustre bien ces extré­mi­tés de déma­go­gie et d’anarchie vers les­quelles nous conduisent les prin­cipes adop­tés à Vatican II. Je ne connais pas Monseigneur Séguy et je ne sais pas de gages que la Fraternité Saint-​Pie X aurait reçus de lui. Il fait par­tie du gros du trou­peau des évêques et ne s’est pas spé­cia­le­ment déso­li­da­ri­sé du mou­ve­ment de l’aggiornamento conci­liaire. Mais, devant les décla­ra­tions intem­pes­tives du Père Boyer, je ne puis que recon­naître un esprit odieux qui est bien celui de la Révolution. Voilà un prêtre qui n’hésite pas à s’insurger publi­que­ment contre son évêque, à dif­fu­ser ses cri­tiques sous le man­teau et à les éta­ler enfin lar­ge­ment dans la presse pour le plus grand bon­heur des jour­na­listes et de l’opinion.

Quant à lui, il plas­tronne dans les jour­naux et se laisse encen­ser par les médias trop heu­reux de flat­ter sa vani­té et d’aviver ain­si le trouble et le malaise sus­ci­tés dans le dio­cèse par sa faute. Son dis­cours facile trouve un écho auprès de tous ceux — et il y en a tou­jours — qui éprouvent quelque sujet de mécon­ten­te­ment. Le scan­dale pro­vo­qué par le défi que consti­tue son atti­tude ne le touche même pas. Les âmes désem­pa­rées désertent les églises, peu lui importe ! Croit-​il que son exemple de déso­béis­sance et d’arrogance contri­bue à amé­lio­rer la situa­tion de son dio­cèse ? Il ne fait que divi­ser les esprits et son com­por­te­ment est bien de nature à éloi­gner les der­nières voca­tions qui pour­raient se pro­fi­ler. Ce n’est certes pas dans son sillage à lui que s’engageront de nou­veaux sémi­na­ristes, à moins que l’on n’entende désor­mais par-​là de petits agi­ta­teurs trotskystes.
Certains de nos enne­mis pré­tendent que Monseigneur Lefebvre lui-​même, dans sa résis­tance aux auto­ri­tés romaines, aurait eu cette atti­tude d’insubordination. Ils ajoutent, non sans satis­fac­tion, que son exemple pour­rait même expli­quer l’émergence de com­por­te­ments iden­tiques dans nos rangs.

Ce rap­pro­che­ment gros­sier pro­vient d’une mécon­nais­sance pro­fonde des limites de la ver­tu d’obéissance. Celle-​ci est requise de nous tant que rien ne nous est deman­dé qui aille contre la Foi et les bonnes mœurs. Monseigneur Lefebvre, modèle d’obéissance au cours de son exis­tence, ne s’en est pas écar­té après le Concile. Il s’est seule­ment trou­vé dans cette cir­cons­tance rare — mais pas excep­tion­nelle — de l’histoire de l’Église où l’obéissance qu’on exi­geait de lui le détour­nait de la Foi dont il était le gar­dien en sa qua­li­té d’évêque. C’est pour­quoi, face à ce dilemme entre la Foi et l’obéissance, il choi­sit d’obéir à Dieu plu­tôt qu’aux hommes sans jamais se dépar­tir de son res­pect pour les auto­ri­tés de l’Église. C’est bien ce qui nous fut ensei­gné au sémi­naire d’Écône et la ligne de crête sur laquelle est tou­jours demeu­rée la Fraternité Saint-​Pie X : elle se refuse à un ral­lie­ment aisé qui se trans­for­me­rait bien­tôt en renie­ment doc­tri­nal comme à un rejet bru­tal de l’autorité du pape sous le pré­texte qu’il ne serait plus pape.

Il est pos­sible, comme l’a fait le Père Boyer au sujet de son dio­cèse, de se répandre en invec­tives et en reproches contre l’œuvre de Monseigneur Lefebvre. Il est facile de céder à l’esprit du temps et de la pas­ser au crible de toutes les cri­tiques. Ceux qui se laissent aller à ces tra­vers distinguent-​ils quel est l’esprit dont ils par­ti­cipent ? Mesurent-​ils le mal qu’ils peuvent cau­ser par leur agi­ta­tion sub­ver­sive ? Nous pré­fé­rons pen­ser qu’ils ne s’en rendent pas compte. Nous les croyons ani­més par un zèle amer et par des vues très humaines sur le com­bat que mène notre Fraternité.
Notre atti­tude — sereine devant une adver­si­té qui n’est pas d’aujourd’hui — consiste à lais­ser s’égosiller quelques beaux par­leurs qui s’estiment en droit de dis­cou­rir sur tous les sujets et de don­ner des leçons à tous, même à notre Supérieur Général. Qu’ils refassent la Fraternité et la Tradition dans les salons, nous les y lais­sons bien volon­tiers. Quant à nous, nous conti­nue­rons cet apos­to­lat plus humble, mais plus effi­cace aus­si, qui se déroule chaque jour dans nos prieu­rés, dans nos cha­pelles et dans nos écoles. Sa fécon­di­té a été spé­cia­le­ment mani­fes­tée au cours de cette année 2004 par un nombre excep­tion­nel de nou­velles voca­tions dans les dif­fé­rentes com­mu­nau­tés reli­gieuses de notre France. Dieu en soit béni et infi­ni­ment remercié.

Chers amis et bien­fai­teurs, notre com­bat et notre espé­rance sont là. En cette année qui est celle du cen­te­naire de la nais­sance de Monseigneur Lefebvre, nous nous tour­nons vers lui pour qu’il conti­nue de pro­té­ger cette œuvre pro­vi­den­tielle qu’est la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Je vous adresse à tous, mes vœux pour cette nou­velle année : qu’entièrement pla­cée dans les mains de la très sainte Vierge Marie, elle soit riche en grâces pour cha­cun de vous.

Abbé Régis de Cacqueray †
Supérieur du District de France

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.