Editorial de mars 2006

Abbé Chad Kinney, sermon des funérailles de Laure Gardère
21 janvier 2006

Chers Fidèles,

D’après les méde­cins, on peut enre­gis­trer les bat­te­ments du coeur d’un enfant très tôt après sa concep­tion, et ce coeur va battre des cen­taines, des mil­lions, des mil­liards de fois. Dieu seul le sait ! Et il ne vien­drait à l’i­dée de per­sonne d’exi­ger de vivre 80 ans : on ne décide pas du jour de sa mort car on n’est maître ni de sa vie, ni de sa mort.

Par la Foi, nous savons que le Bon Dieu crée chaque âme ; il confie aux parents le coeur de leur enfant pour que celui-​ci batte à l’u­nis­son du Sacré-​Cœur de Jésus et puisse aller au Ciel le jour de sa mort.

Mais com­ment cet enfant, qui naît avec les chaînes du péché ori­gi­nel, pourra-​t-​il s’é­le­ver jus­qu’à Dieu ? Il faut que les parents demandent à l’Église, au prêtre de bap­ti­ser le plus tôt pos­sible ce petit être : par le seul contact de l’eau bap­tis­male, le bébé devient enfant de Dieu et héri­tier du ciel. Dès l’âge de rai­son, aidé de la grâce, il pour­ra méri­ter l’in­ti­mi­té éter­nelle avec la Sainte Trinité.

Dans le cas de Laure Gardère, on peut se deman­der pour­quoi la messe d’en­ter­re­ment est célé­brée en noir, une messe de Requiem. Elle a six ans quatre mois et dix jours, mais elle a mon­tré une matu­ri­té suf­fi­sante pour pou­voir lut­ter contre ses défauts, se confes­ser et faire sa Première Communion. Elle a donc ce qu’on appelle l’âge de rai­son, âge à par­tir duquel on peut offen­ser légè­re­ment ou gra­ve­ment le Bon Dieu, mais âge aus­si où l’of­frande des moindres actions et souf­frances mérite d’im­menses grâces de salut.

La petite Laure a reçu l’Extrême-​onction et la Confirmation : ce der­nier sacre­ment fait de l’en­fant un sol­dat du Christ, armé pour le com­bat. On peut dire qu’elle n’a­vait pas l’air d’un sol­dat, cette toute petite fille, frêle et menue dans son lit d’hô­pi­tal ! Et pour­tant. Elle a offert ses souf­frances, ses piqûres, ses innom­brables médi­ca­ments pour obte­nir la conver­sion du voi­sin de son grand-​père : ce mon­sieur, à 400 kilo­mètres de dis­tance, se mou­rait sans vou­loir regret­ter ses fautes et prier, éloi­gné de l’Église et des sacre­ments depuis plu­sieurs dizaines d’an­nées. Quand cet homme apprend la mala­die incu­rable de la petite Laure, il se met à prier pour elle. Il pré­cise qu’il ne prie pas pour lui mais seule­ment pour l’en­fant. Et Laure, qui le sait, conti­nue, avec per­sé­vé­rance, à offrir ses misères d’en­fant car­diaque : une petite vie au ralen­ti, sans pou­voir sor­tir de sa mai­son ni cou­rir (elle avait quit­té l’é­cole St Georges à Pâques car elle était tou­jours malade), une quan­ti­té de médi­ca­ments à ingur­gi­ter chaque jour pour sti­mu­ler le coeur, le moindre repas qu’il faut ava­ler demande de gros efforts.

Le pécheur ne soup­çonne pas encore l’é­ten­due de la Miséricorde de Dieu : ce fleuve coule du Coeur de Jésus depuis le Vendredi Saint et lave nos péchés, notre indif­fé­rence. Entre la petite fille pure, confiante et ce mon­sieur, un échange mira­cu­leux s’o­père : lui qui ne par­lait qu’au télé­phone avec le grand-​père de Laure, le fait appe­ler à son che­vet et lui demande un prêtre comme ceux qu’il a connus quand il était enfant. Une heure après, un prêtre de Notre-​Dame du Pointet entend sa confes­sion. Il meurt quelques jours après, puri­fié et content, offrant sa mort en répa­ra­tion des désordres de sa vie pas­sée : acte de cha­ri­té par­faite pour lequel l’Église accorde une indul­gence plé­nière, acte auquel Laure et son grand-​père n’é­taient pas étran­gers.

La petite fille n’a pas ter­mi­né « sa mis­sion ». Sur le conseil de ses parents, elle peut offrir encore quelques souf­frances pour que son « pro­té­gé » ne reste pas long­temps en Purgatoire.

Sa mère la trou­vant faible, l’emmène en consul Après une dou­lou­reuse ago­nie, lucide jus­qu’à la fin, ayant pu embras­ser son frère et sa soeur ren­trés de leur pen­sion en urgence, Laure s’é­teint le jeu­di 19 jan­vier à 1h 30. Elle qui n’a jamais pu cou­rir avec les enfants de son âge, elle rem­porte une vic­toire qui fait pâlir toutes les réus­sites humaines : aidée de ses parents et grands-​parents, elle a rame­né le coeur du Bon Pasteur à une bre­bis perdue.

N’oublions pas de prier pour elle : si elle devait pas­ser par le Purgatoire, que nos prières l’en délivrent bien­tôt. Prions aus­si pour sa chère famille.

Que Notre-​Dame de Lourdes console les siens et accueille mater­nel­le­ment cette cou­ra­geuse petite fille.

Sermon pour la messe de funé­railles de Laure Gardère,
le 21 jan­vier 2006, par M. l’ab­bé Kinney