Editorial du mois de mars 2007

Abbé Grégoire Celier

Nous sommes désor­mais en plein dans la cam­pagne élec­to­rale. Celle-​ci n’est pas près de finir car, après les pré­si­den­tielles, vien­dront les légis­la­tives : nous en avons donc jus­qu’à l’é­té à entendre pro­messes (qui n’en­gagent que ceux qui les croient), petites phrases et décla­ra­tions d’in­ten­tion. Malgré un spec­tacle aujourd’­hui trop sou­vent déri­soire ou pathé­tique, la poli­tique reste un art utile et noble, parce qu’elle sert le bien com­mun, un bien « plus divin », dirait Aristote, puis­qu’il touche plus d’hommes.

Nous com­pre­nons tous intui­ti­ve­ment que la poli­tique, parce qu’elle se meut dans la sphère des réa­li­tés contin­gentes, com­porte inévi­ta­ble­ment une part de sou­plesse, d’a­dap­ta­tion aux cir­cons­tances, de tolé­rance envers des maux qui ne peuvent pro­vi­soi­re­ment être sup­pri­més. Même si un gou­ver­ne­ment digne de ce nom le vou­lait, il ne pour­rait chan­ger en quinze jours et de fond en comble le sys­tème d’im­po­si­tion, le Code du tra­vail ou l’or­ga­ni­sa­tion de l’Éducation natio­nale. Et s’il entre­pre­nait de le faire, le chaos qui en résul­te­rait serait sans doute pire que les incon­vé­nients de la situa­tion actuelle.

Cependant, si cer­tains maux mar­gi­naux et ponc­tuels peuvent et doivent sans doute être sup­por­tés pour un temps, en fonc­tion des exi­gences du bien com­mun, tout ne peut être l’ob­jet de tolé­rance et de lon­ga­ni­mi­té. Des maux qui mettent direc­te­ment en péril l’es­sen­tiel du bien com­mun, des maux qui ruinent sans retour les prin­cipes mêmes de la socié­té, les fon­de­ments de la com­mu­nau­té humaine, doivent être com­bat­tus immé­dia­te­ment et sans réserve.

Prenons un exemple pour mieux com­prendre. Il est per­mis à des parents de fer­mer les yeux sur cer­taines frasques d’un enfant, lors d’une crise d’a­do­les­cence dif­fi­cile. Laisser pas­ser, en quelques cir­cons­tances, une colère, une bou­de­rie, une paresse, peut s’a­vé­rer néces­saire. En revanche, si l’a­do­les­cent entre­prend de mettre le feu à la mai­son, aucun parent sen­sé ne le lais­se­ra faire, même sous pré­texte de tolé­rance, ou pour « évi­ter une crise ». La tolé­rance, en ce cas, serait cri­mi­nelle et suicidaire.

Eh bien ! une socié­té qui, chaque année, assas­sine froi­de­ment, de façon offi­cielle et légale, plus de 200 000 de ses membres, est une socié­té qui détruit, par le fait même, sa rai­son d’être, ses fon­de­ments de socié­té humaine, son propre bien com­mun. Aucun homme poli­tique digne de ce nom ne peut pré­tendre qu’il fau­drait agir, face à ce crime insou­te­nable, « par paliers », « avec tolé­rance », « de façon gra­duée ». L’assassinat légal et mas­sif doit être abo­li de façon immé­diate, sans phrase et sans atermoiement. 

Peut-​être, dans les faits, les avor­te­ments ne cesseront-​ils pas com­plè­te­ment. Peut-​être la répres­sion de ce crime serat- elle très dif­fi cile, voire pro­vi­soi­re­ment impos­sible. Sur le ter­rain pra­tique, la pru­dence, la saga­ci­té, l’ha­bi­le­té de l’homme poli­tique auront tout loi­sir de s’exer­cer. Mais, au plan des prin­cipes, l’a­bo­li­tion du « droit » légal à l’a­vor­te­ment doit sans aucun doute être l’une des pre­mières mesures d’un gou­ver­ne­ment digne de ce nom, sinon la pre­mière mesure. La défense de la vie n’est pas facul­ta­tive, car tant qu’une pré­ten­due socié­té assas­sine ain­si une part notable de ses citoyens, elle ne peut être consi­dé­rée comme une socié­té véri­ta­ble­ment humaine.

Pour notre part, nous nous situons sans hési­ter dans le camp de la vie, de l’ac­cueil des enfants et d’une édu­ca­tion qui mène à la vie éter­nelle. C’est dans cette pers­pec­tive que nous vous pro­po­sons en ce cata­logue la vie de saint Jean Bosco, dans notre col­lec­tion « Chemins de lumière ». L’oeuvre de son exis­tence fut l’ac­cueil et l’é­du­ca­tion des jeunes aban­don­nés pour diverses rai­sons (orphe­lins, délin­quants, jeunes tra­vailleurs exi­lés loin de leur famille, etc.). Même dans une socié­té par­fai­te­ment orga­ni­sée, selon les meilleurs prin­cipes chré­tiens, il res­te­rait une vaste place pour l’ac­tion de la cha­ri­té, afin de sup­pléer aux défaillances de la nature, des cir­cons­tances, des per­sonnes. Mais ce tra­vail de la cha­ri­té est évi­dem­ment encore plus néces­saire dans une socié­té désor­ga­ni­sée par le rejet du chris­tia­nisme. Par sa vie, Don Bosco nous donne l’exemple d’une telle cha­ri­té sur­na­tu­relle, active, intel­li­gente, industrieuse.

Et éga­le­ment joyeuse. Ce n’est pas un hasard si la pre­mière socié­té qu’il créa avec des cama­rades de classe s’in­ti­tu­lait la « Société de la Joie ». C’est ce qui fait que la lec­ture de sa vie est à la fois pas­sion­nante et enthou­sias­mante, et ceci « de 7 à 77 ans ».

Faites-​en l’ex­pé­rience : je vous assure que vous serez vous-​mêmes sou­le­vés par cette joie com­mu­ni­ca­tive de Don Bosco, qui vous don­ne­ra le goût de ser­vir avec tou­jours plus de zèle Notre Seigneur Jésus-Christ.

Abbé Grégoire Celier †

Extrait du cata­logue Clovis n° 71 de février 2007