Canoniser le saint qui excommunia Mgr Lefebvre

La réac­tion de François Mauriac à la nou­velle de la cano­ni­sa­tion du pape Pie X se tra­dui­sit par cette parole deve­nue tris­te­ment célèbre : « Ce saint-​là n’est pas de ma paroisse ! » Cette sen­tence expri­mait toute l’ai­greur que gar­dait le roman­cier fran­çais de la condam­na­tion du Sillon dont il était un proche.

Bien que n’é­tant guère lec­teur de François Mauriac, c’est cepen­dant sa phrase qui me revint à l’es­prit à l’an­nonce qui a été faite de la cano­ni­sa­tion des papes Jean XXIII et Jean-​Paul II, lors du consis­toire du 30 sep­tembre der­nier par le pape François. Si, par mal­heur, ces deux papes devaient être cano­ni­sés, ils seront peut-​être consi­dé­rés comme des saints par l’Église conci­liaire mais cette cano­ni­sa­tion n’en fera pas pour autant des saints de l’Église catholique.

Étant don­né qu’aucun deuxième miracle n’a pu être déni­ché pour être pla­cé au cré­dit du pape Jean XXIII, c’est la convo­ca­tion du concile Vatican II qui a été avan­cée par le pape François comme un argu­ment déci­sif en faveur de sa cano­ni­sa­tion. Pourtant ce concile fut impru­dem­ment réuni et il tour­na à la catas­trophe pour l’Église.

« Il n’en est que plus cer­tain que le Concile a été détour­né de sa fin par un groupe de conju­rés et qu’il nous est impos­sible de ren­trer dans cette conju­ra­tion, quand bien même il y aurait beau­coup de textes satis­fai­sants dans ce concile. Car les bons textes ont ser­vi pour faire accep­ter les textes équi­voques, minés, pié­gés [1] », de telle manière que « le résul­tat de ce Concile est bien pire que celui de la Révolution [2] ». Là où le pape François consi­dère qu’il y a un motif par­ti­cu­lier pour la cano­ni­sa­tion de Jean XXIII, nous y voyons au contraire une rai­son par­ti­cu­lière de blâ­mer son atti­tude et son gouvernement.

En ce qui concerne Jean-​Paul II, nous avons en lui le pape qui, en excom­mu­niant Mgr Marcel Lefebvre et Mgr Antonio de Castro-​Mayer en 1988, a en réa­li­té excom­mu­nié « la Tradition catho­lique » au nom d’une pseudo-​tradition vivante et dévoyée.

De ces canonisations, délivrez-​nous, Seigneur

Mais ce n’est pas sim­ple­ment au motif de notre affec­tion filiale pour notre fon­da­teur que l’an­nonce de cette cano­ni­sa­tion nous fait sup­plier le Ciel qu’elle n’ait pas lieu. Sa cano­ni­sa­tion signi­fie­rait sur­tout l’ac­cré­di­ta­tion offi­cielle par l’Église de toute la nou­velle doc­trine œcu­mé­nique accom­pa­gnée des gestes insen­sés qu’elle pro­meut. « Jean-​Paul II est avant tout un poli­ti­cien philo- com­mu­niste au ser­vice du com­mu­nisme mon­dial à teinte reli­gieuse. Il attaque ouver­te­ment tous les gou­ver­ne­ments anti­com­mu­nistes, et n’ap­porte par ses voyages aucun renou­veau catho­lique [3]

Il est grand temps d’in­ten­si­fier nos prières, et même de com­men­cer des prières et des jeûnes publics, afin de sup­plier le Ciel d’é­vi­ter la honte de la cano­ni­sa­tion de ces papes qui se sont oppo­sés à tous leurs pré­dé­ces­seurs. Loin d’a­voir édi­fié l’Église, ils en ont été des démo­lis­seurs. Certes, nous pou­vons et nous devons prier pour le repos de leurs âmes mais nous ne pou­vons les prier. Non seule­ment ils ne sont pas de notre paroisse, mais ils ne sau­raient comp­ter au nombre de ces saints qui font la joie et la fier­té de l’Église catho­lique. De ces cano­ni­sa­tions, délivrez- nous, Seigneur ! Comme vient de le dire Mgr Bernard Fellay, nous avons un authen­tique moder­niste à la tête de l’Église. C’est pour­quoi il veut cano­ni­ser ses pré­dé­ces­seurs modernistes.

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 216

Notes de bas de page

  1. J’accuse le Concile, p. 10.[]
  2. Itinéraire Spirituel, p. 9.[]
  3. Ibid., p. 10.[]

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.