Pauvreté du pape et pauvreté du culte

L’esprit reli­gieux a soif de la glo­ri­fi­ca­tion de Dieu. La sainte Église catho­lique, qui pos­sède à la per­fec­tion cet esprit de reli­gion, en témoigne à tra­vers ses céré­mo­nies, ses messes solen­nelles et pon­ti­fi­cales et toute sa litur­gie où elle déploie des tré­sors de beau­té. Tous les arts s’in­clinent devant la face de Dieu, déver­sant ce qu’ils pos­sèdent de plus ravis­sant. Rien n’est trop pré­cieux pour Dieu et les dépenses éle­vées qui sont enga­gées pour concou­rir à la majes­té du culte divin ne sont jamais là que pour rap­pe­ler aux hommes la gran­deur infi­nie de celui à qui ils s’adressent.

S’il est vrai que Notre-​Seigneur Jésus- Christ lui-​même a vécu dans une extrême pau­vre­té et dans le dépouille­ment, il nous a lais­sé, au cours de ses trois années de vie publique, de sai­sis­santes exhor­ta­tions pour nous apprendre la muni­fi­cence qui convient au culte. Lorsque Judas mur­mure contre le geste de sainte Marie-​Madeleine qui verse sur sa tête du Verbe incar­né un par­fum luxueux au pré­texte qu’on aurait pu le vendre et en céder le prix aux pauvres, Notre-​Seigneur prend la défense de l’an­cienne péche­resse en décla­rant qu’elle a bien fait, car il y aura tou­jours des pauvres sur la terre, tan­dis que lui ne se trou­ve­ra pas tou­jours visi­ble­ment par­mi nous.

Il est remar­quable de consi­dé­rer que le pape saint Pie X, humble fils du fac­teur de Riese et exemple de pau­vre­té tout au cours de son exis­tence, ne s’est nul­le­ment trou­vé incom­mo­dé par la pompe des orne­ments pon­ti­fi­caux qu’il revê­tait et par les hom­mages qu’il rece­vait de toute la terre. Il savait dis­tin­guer entre sa per­sonne pri­vée et l’é­mi­nente digni­té papale qui était la sienne. C’est en réa­li­té sa grande humi­li­té qui se réjouis­sait des fastes et des ors romains. Il ren­voyait vers celui dont il n’é­tait que le vicaire ces accla­ma­tions et cette véné­ra­tion universelle.

Dans son ency­clique Pascendi, c’est avec jus­tesse qu’il a dénon­cé la confu­sion des moder­nistes. Ils pré­tendent que « L’autorité reli­gieuse doit se dépouiller de tout cet appa­reil exté­rieur, de tous ces orne­ments pom­peux par les­quels elle se donne comme en spec­tacle. » « Ils oublient – dit saint Pie X – que la reli­gion, si elle appar­tient à l’âme pro­pre­ment, n’y est pour­tant pas confi­née, et que l’hon­neur ren­du à l’au­to­ri­té rejaillit sur Jésus- Christ, qui l’a instituée. »

Il est fort pos­sible que le pape François, dans son exis­tence quo­ti­dienne, vive dans la pau­vre­té et dans l’as­cé­tisme. Nous ne le savons pas mais si tel est le cas, nous nous en réjouis­sons, mais ce n’est guère son mode de vie pri­vée qui nous inté­resse fina­le­ment. Le suc­ces­seur de Pierre com­met un ter­rible contre­sens de ne pas com­prendre que les hon­neurs publics qu’il reçoit ne sont pas orien­tés vers sa per­sonne mais vers le vicaire de Jésus-​Christ, car « il est de l’es­sence du vicaire qu’il ne fasse qu’une seule et même per­sonne hié­rar­chique avec celui qu’il repré­sente, qu’il en exerce toute l’au­to­ri­té sans la divi­ser et sans for­mer au-​dessous de lui un degré dis­tinct » (dom Gréa).

Ce n’est donc jamais à la papau­té de s’ac­com­mo­der aux hommes qui occupent suc­ces­si­ve­ment le trône de Pierre, mais c’est aux papes qu’il revient de l’é­pou­ser. Hélas, il est à craindre que le pape François, mécon­nais­sant l’é­mi­nente digni­té à laquelle il a été éle­vé, ne puisse en consé­quence com­prendre le déploie­ment des hon­neurs qui la célèbrent, et qui n’ont rien à voir avec la qua­li­té per­son­nelle du pon­tife. La papau­té n’est pas à réin­ven­ter, mais à se per­pé­tuer comme le Christ l’a établie.

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 217

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.