Il y a 25 ans, Mgr Lefebvre nous quittait : entretien de M. l’abbé Bouchacourt à Présent

En cet anni­ver­saire de la mort de Mgr Lefebvre, sur­ve­nue le 25 mars 1991, M. l’ab­bé Christian Bouchacourt, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, évoque pour Présent le fon­da­teur de la Fraternité.

— Mgr Lefebvre s’est éteint il y a tout juste 25 ans, jour pour jour. Il a lais­sé une oeuvre flo­ris­sante, la Fraternité Saint-​Pie X : com­bien de divisions ?

Près de 600 prêtres, 185 mai­sons répar­ties sur tous les conti­nents, 113 frères 79 oblates, plus de 200 sémi­na­ristes – sans comp­ter les écoles, nom­breuses elles aussi. 

— Ce qui est inté­res­sant est l’in­fluence de Mgr Lefebvre en dehors de la Fraternité. N’estce pas en grande par­tie grâce à lui que le rite tra­di­tion­nel a à nou­veau droit de cité de façon offi­cielle dans l’Eglise ? 

— C’est évident ! Si la Providence n’a­vait pas sus­ci­té Mgr Lefebvre, le Concile une fois pas­sé, la Tradition aurait dis­pa­ru. La téna­ci­té de deux évêques, Mgr Lefebvre et Mgr De Castro-​Mayer, a per­mis que la messe soit sau­vée. Tous ceux qui, aujourd’­hui, peuvent célé­brer dans le rite tra­di­tion­nel, le peuvent grâce à notre fon­da­teur, dont la devise, ne l’ou­bliez pas, était : « Nous avons cru en la cha­ri­té. » En sau­vant la messe, il a accom­pli la plus belle oeuvre de cha­ri­té qui soit.

— Quelle place occupe la figure de Mgr Lefebvre au Vatican ? Celle d’un pes­ti­fé­ré ou celle d’une per­son­na­li­té mar­quante, esti­mable même si l’on n’ap­pré­cie pas toutes ses positions ? 

— Mgr Lefebvre fas­cine le Vatican. Il a été l’ob­jet de la haine des moder­nistes, indé­nia­ble­ment, mais beau­coup recon­naissent qu’il fut un homme ver­tueux, pru­dent, avec une force d’âme extra­or­di­naire. Il a tout sacri­fié pour le com­bat de la foi. Tout cela lui vaut, aujourd’­hui, un res­pect certain. 

L’abbé Puga, dans le der­nier numé­ro du Chardonnet, évoque la visite du car­di­nal Oddi à Ecône, quelques mois après la mort de Mgr Lefebvre. Il se recueillit sur la tombe et ter­mi­na sa prière en disant : « Merci, Monseigneur… »

— La Tradition tout entière peut lui dire mer­ci. Il a été un héraut de la véri­té et un héraut de la cha­ri­té. Ce qui est remar­quable chez lui est qu’il a tou­jours avan­cé au rythme de la Providence, dont il a guet­té un signe pour sacrer des évêques. Il a donc atten­du l’âge de 83 ans pour le faire. Je crois que, pour lui, ce signe fut la réunion d’Assise de 1986.

— Un autre fait n’a-​t-​il pas joué aus­si : ayant signé un accord, il a consta­té que le Vatican fai­sait traî­ner les choses en longueur ? 

— Effectivement, on a vou­lu jouer la montre et il s’en est ren­du compte. Il a fait tout son pos­sible pour obte­nir ce qu’il deman­dait : des évêques. Puis il a dû fran­chir le pas… 

— Pas de gaî­té de coeur, je crois ? 

— La ques­tion l’a tor­tu­ré, il a beau­coup prié, il a pris sa déci­sion seul, même s’il a consul­té, seul devant Dieu. Mais au terme de la céré­mo­nie des sacres, la joie rayon­nait dans ses yeux. On le voyait pro­fon­dé­ment heu­reux. Un de mes confrères était allé le voir avant les sacres et lui avait deman­dé la dif­fé­rence qu’il y aurait entre ce qu’il vou­lait faire et les sacres de Mgr Ngo Dinh Thuc. Il atten­dait une grande démons­tra­tion théo­lo­gique. Monseigneur lui a juste répon­du : « Ce sera évident pour tous. » Et cela s’est révé­lé juste ! Quant à moi, j’é­tais oppo­sé aux sacres. Mais quand c’est arri­vé, il n’y avait plus pour moi l’ombre d’un problème. 

— L’abbé Puga pré­cise aus­si que Mgr Lefebvre ne sut pas la condam­na­tion qui le frap­pait pour racisme, lui le grand mis­sion­naire en Afrique puisque, pour reprendre une expres­sion d’un article du Choc du mois de l’é­poque, « La jus­tice de Dieu le déli­vra de l’in­jus­tice des hommes. » 

— L’abbé Puga, en tai­sant cette condam­na­tion inique, s’est mon­tré digne fils de Mgr Lefebvre.

— Monsieur l’ab­bé, Mgr Bergoglio (car il n’é­tait pas encore élu pape à l’é­poque) a décla­ré avoir lu deux fois la vie de Mgr Lefebvre. Puisque vous étiez en Argentine alors qu’il était arche­vêque de Buenos Aires, est-​ce vous qui lui avez offert l’ouvrage ?

— C’est bien à moi que Mgr Bergoglio a fait cette décla­ra­tion, car c’est aus­si moi qui lui ai offert cet ouvrage, par­mi d’autres livres. Quand j’ai un rendez-​vous, je prends tou­jours un livre de ou sur Monseigneur et, si l’en­tre­tien se passe bien, je l’offre à mon inter­lo­cu­teur. Or j’ai ren­con­tré Mgr Bergoglio cinq ou six fois. 

— Et les entre­tiens s’é­tant bien pas­sé, vous lui avez donc offert plu­sieurs ouvrages ? 

— Oui ! Et cha­cun sait que le pape est un grand lecteur. 

— Un mot encore ? 

— Je vou­drais ajou­ter que la vie de Mgr Lefebvre montre le bien que peut faire un évêque quand il est fidèle. Si de nom­breux évêques étaient alors res­tés fidèles à la Tradition, quel en aurait été le résul­tat ? Si l’Eglise arrive à se réap­pro­prier cette Tradition avec la sainte messe, elle devra com­battre, bien sûr, car l’Eglise est tou­jours et par­tout objet de contra­dic­tion, mais elle aura pour elle une force extraordinaire.

Propos recueillis par Anne Le Pape – du 25 mars 2016

Sources : Présent/​La Porte Latine du 25 mars 2016

FSSPX Second assistant général

Né en 1959 à Strasbourg, M. l’ab­bé Bouchacourt a exer­cé son minis­tère comme curé de Saint Nicolas du Chardonnet puis supé­rieur du District d’Amérique du Sud (où il a connu le car­di­nal Bergoglio, futur pape François) et supé­rieur du District de France. Il a enfin été nom­mé Second Assistant Général lors du cha­pitre élec­tif de 2018.