La succession du cardinal Danneels. Le pire n’est pas certain.


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Osservatore Vaticano du 16 novembre 2009

Il semble invrai­sem­blable qu’on aille cher­cher pour le pro­pul­ser à Malines un Belge, évêque en terre loin­taine ( E. R. Dickmans, évêque au Brésil, Jan de Groef, évêque en Afrique du Sud, Luc Julian Matthys, évêque en Australie…), ou qu’on trouble l’attente de la retraite de Mgr Frans Daneels, 68 ans, secré­taire du Tribunal de la Signature apostolique.Et si le suc­ces­seur du car­di­nal Danneels était choi­si par­mi un non-​évêque ? Ce type de sur­prise est en soi peu pro­bable, mais l’état des lieux de la catho­lique Belgique est à ce point désas­treux que le saint-​siège pour­rait ten­ter une solu­tion tout neuve (j’ai déjà évo­qué le pré­cé­dent Mercier, en 1906, simple prêtre éle­vé au siège de Malines-Bruxelles).

Faut-​il, dans cette hypo­thèse, évo­quer trois Belges de Rome, hommes de bien peu de relief – mais c’est peut-​être pour eux une chance – proches de l’œuvre cari­ta­tive Missio, l’une des pierres angu­laires du réseau asso­cia­tif belge, et proches par le fait de la Communauté de Sant’Egidio, en osmose avec Missio : Hendrik Hoet, pro­fes­seur de théo­lo­gie biblique, Leo Lemmens, qui tra­vaille au Vatican pour l’aide aux Églises orien­tales, Jan Dumon, qui tra­vaille dans les œuvres pon­ti­fi­cales mis­sion­naires ? On ima­gine ce que don­ne­rait le para­chu­tage d’un fonc­tion­naire de curie à Malines, quand on sait ce qu’a pro­duit celui de Bonny et de Van Looy à Anvers et à Gand,

Restons donc plu­tôt dans les fron­tières du royaume.

Dans une ligne res­tau­ra­tion­niste, on peut évo­quer, mais pour ordre seule­ment, le P. Mohan Sawhney, qui est assu­ré­ment trop jeune (il est né en 1968) et dont la situa­tion ecclé­sias­tique est beau­coup trop modeste. Mais les épis­co­pables rat­zin­gué­riens sont si rares en Belgique, que ce jeune pré­mon­tré de l’abbaye de Grimbergen, simple vicaire de la paroisse royale ND de Laeken (dont le curé est le pro­gres­siste Cosijns, qui concocte des prières eucha­ris­tiques per­sos), homme pro­fond, modeste, de grande répu­ta­tion spi­ri­tuelle, pour­rait un jour pas trop loin­tain figu­rer dans les ter­na que le nonce pré­sente à la Congrégation des Evêques.

Mgr Luc De Maere, homme entre­pre­nant et bon ges­tion­naire, est un nom à rete­nir : l’article du Standaard du 27 décembre 2007 n’hésitait pas à consa­crer une rubrique à cet ecclé­sias­tique rat­zin­gué­rien connu, épis­co­pable de bonne sta­ture. Philosophe de for­ma­tion, doc­teur en droit canon, Luc De Maere est le repré­sen­tant du saint-​siège au sein du Comité inter­na­tio­nal de méde­cine mili­taire. On le dit proche de l’Opus Dei, comme on le dit, il est vrai de Mgr Bonny. Ce par­fait bilingue (néer­lan­do­phone et fran­co­phone), mais aus­si poly­glotte, qui a exer­cé de nom­breuses charges pro­fes­so­rales et judi­ciaires, est le fon­da­teur de la branche belge de la Vereniging voor Latijnse Liturgie, asso­cia­tion néer­lan­daise pour la pro­mo­tion de la nou­velle litur­gie en latin (il accueille aus­si dans sa col­lé­giale Saint-​Jacques d’Anvers une messe tri­den­tine mensuelle).

On pour­ra aus­si pen­ser un jour à Robrecht Boone (né en 1955), licen­cié en théo­lo­gie, curé de St.-Jacques sur Coudenberg à Bruxelles, l’autre paroisse royale, celle du palais de fonc­tion du roi, le palais du Coudenberg. A la dif­fé­rence du curé de ND de Laeken, le cha­noine Cosijns, l’abbé Boone est tout sauf un idéo­logue. Son église est aus­si la prin­ci­pale du dio­cèse aux Armées. Ancien aumô­nier géné­ral du Boerenbond, la puis­sante fédé­ra­tion agri­cole et rurale fla­mande, pièce maî­tresse du réseau asso­cia­tif catho­lique, c’est un clas­sique (sans être acti­ve­ment un res­tau­ra­tion­niste), qui a étu­dié à Rome et qui entre­tient des contacts dans plu­sieurs épis­co­pats, jus­qu’en Suisse et même en Islande ! Néerlandophone, il a le pro­fil d’un futur évêque, à Bruges, Gand, Hasselt, ou encore comme auxi­liaire de l’archevêque de Malines-​Bruxelles pour le Brabant fla­mand, puisque Mgr Jan De Bie a don­né sa démis­sion il y a déjà un an pour rai­son de santé.

A moins que ne « sorte » pour Malines – ou plus vrai­sem­bla­ble­ment pour un autre siège dans le but de se pla­cer pour Malines – le nom d’un Danneels boy, tel l’un ou l’autre des deux maîtres de la com­mu­ni­ca­tion reli­gieuse, assu­rée par Cathobel, l’agence de presse offi­cielle de l’Eglise de Belgique, auprès de laquelle La Croix semble un média conservateur.

Je veux par­ler d’Eric de Beukelaer (certes un peu jeune : il est né en 1963), licen­cié en droit, droit canon, théo­lo­gie, pré­sident du sémi­naire de Louvain-​la-​Neuve et porte-​parole fran­co­phone de la Conférence des Evêques. Il est notoire que sur les « pro­blèmes de socié­té », le « manque d’ouverture » des auto­ri­tés romaines lui semble un pesant far­deau. Il a été admi­nis­tra­teur, puis pré­sident de Cathobel, agence avec laquelle il conti­nue à col­la­bo­rer. Il diri­geait d’ailleurs cette agence, lorsqu’à l’occasion de la Gay Pride de 2005, elle a invi­té les catho­liques à se joindre aux gays chré­tiens qui célé­braient une messe d’ouverture.

Je pense aus­si à Tommy Scholtès, sj, fon­da­teur de RCF Bruxelles, admi­nis­tra­teur de RCF-​Namur Radio Cyclone, coor­di­na­teur de la « pro­vince apos­to­lique belge » regrou­pant les quatre RCF belges de Bruxelles, Liège, Namur et Bastogne, et direc­teur de Cathobel. Conseiller ecclé­sias­tique à l’ambassade de Belgique auprès du Saint-​Siège jusque très récem­ment, d’abord aimable et très urbain, par­fait bilingue (il est né à La Haye), est peut-​être l’ecclésiastique du royaume qui dis­pose du réseau de rela­tions le plus considérable.

N’ambitionnant pas Malines pour lui du pre­mier coup, Tommy Scholtès, dans la mesure où le dau­phin de Danneels, De Kesel, a fort peu de chances, ferait cam­pagne pour la nomi­na­tion de Mgr Bonny-​couleur-​de-​muraille, dont je par­lais dans mon der­nier article, pour bar­rer la route à tout semi ou simi­li rat­zin­gué­rien (Mgr Léonard) et a for­tio­ri à tout vrai restaurationniste.

L’expérience prouve qu’en ces matières, le pire est tou­jours pos­sible. Après le post-​concile déli­rant de l’époque Suenens et le post-​concile déli­tant de l’époque Danneels, la Belgique connaî­trait le post-​concile déses­pé­rant de l’époque…

Cependant, 40 ans après Vatican II, Benoît XVI régnant, le pire en matière de nomi­na­tion épis­co­pale n’est pas certain!…

In Osservatore Vaticano du 16 novembre 2009