La Tradition face au serment néo-​moderniste de 1989, par les capucins de Morgon

A) État de la question

Pour contrer la socié­té secrète (clan­des­ti­num fœdus) des moder­nistes infil­trée au sein même de l’Église (in sinu et gre­mio Ecclesiæ), saint Pie X ne se conten­ta pas de condam­ner ses erreurs, mais il vou­lut impo­ser à tous les membres de la hié­rar­chie catho­lique un serment-​profession de foi anti­mo­der­niste.

En 1967, au len­de­main du Concile Vatican II, le pape Paul VI sup­pri­ma la for­mule de pro­fes­sion de foi tri­den­tine et le ser­ment anti­mo­der­niste, pour les rem­pla­cer par une nou­velle pro­fes­sion de foi, res­tant obli­ga­toire pour tout prêtre selon les normes des canons 1406–1408. Celle-​ci se rédui­sait à la réci­ta­tion du Credo, et àune for­mule géné­rale d’adhé­sion à la doc­trine de l’Église sur la foi et les mœurs (cf DC-1967–1486).

En 1989, quelques mois après les sacres, le car­di­nal Ratzinger publia une nou­velle pro­fes­sion de foi accom­pa­gnée d’un nou­veau ser­ment, qui furent immé­dia­te­ment jugés inac­cep­tables par Mgr Lefebvre. Il faut sou­li­gner que la pré­cé­dente for­mule de Paul VI, plus accep­table en soi, n’eut jamais cours dans la FSSPX, où l’on a tou­jours conser­vé la pro­fes­sion de foi et le ser­ment édic­té par saint Pie X. Ainsi, lors des ordi­na­tions de 1980, Mgr Lefebvre proclamait :

« Nous demeu­rons fidèles au ser­ment anti­mo­der­niste, et on nous rece­vra avec ce ser­ment dans les mains, ou alors nous res­te­rons ce que nous sommes. » (Figaro du 30.06.1980)

Le nou­veau ser­ment néo-​moderniste étant fon­ciè­re­ment oppo­sé à notre ser­ment anti­mo­der­niste, dans l’é­ven­tua­li­té d’une recon­nais­sance cano­nique, il faut néces­sai­re­ment pré­voir à l’a­vance le très grave pro­blème de conscience qui se pose­ra à terme à cha­cun de nos prêtres. Car il est évi­dem­ment très grave de ris­quer de nous par­ju­rer un jour quant au ser­ment anti­mo­der­niste que nous avons prê­té devant l’au­tel, la main sur l’Évangile.

Pour res­ter le plus objec­tif pos­sible, et lais­ser à cha­cun la pos­si­bi­li­té de for­mer sa conscience à par­tir de docu­ments sûrs et véri­fiables, nous divi­se­rons ces der­niers en trois chapitres :

- Textes offi­ciels du nou­veau Code de Droit canon, dont nous extraie­rons les plus impor­tants pour notre sujet.
- Citations de Mgr Lefebvre, affir­mant qu’il est « impos­sible » d’a­dop­ter ce nou­veau serment-​profession de foi de 1989.
-
Faits prou­vant que pour le Vatican, ce ser­ment est une (sinon « la ») condi­tion sine qua non àtoute nor­ma­li­sa­tion canonique.

Nous conclue­rons enfin par des consi­dé­ra­tions en rap­port avec la situa­tion actuelle (2015).

B) Extrait du nouveau code de Droit Canon (C. 833)

N.B. : Le nou­veau ser­ment étant en vigueur depuis le ler mars 1989 (cf AAS-81[1989]-105 et 1169 ; ORLF 18-​04-​1989), et le Nouveau Code ayant été pro­mul­gué en 1983, on ne le trou­ve­ra que dans les édi­tions sub­sé­quentes, au canon 833 (Texte com­plet français-​latin en annexe infra)

[Sujets]

« sont tenus par l’o­bli­ga­tion (obli­ga­tione) d’é­mettre per­son­nel­le­ment (per­so­na­li­ter) la pro­fes­sion de foi, selon la for­mule approu­vée par le siège apostolique : (…)

6) devant l’Ordinaire du lieu ou son délé­gué : les curés, le rec­teur et les pro­fes­seurs de théo­lo­gie et phi­lo­so­phie dans les sémi­naires et à leur entrée en fonc­tion ; ceux qui doivent être pro­mus à l’ordre du dia­co­nat [= tout clerc ayant à exer­cer le sacerdoce] (…)

8) les supé­rieurs dans les ins­ti­tuts reli­gieux clé­ri­caux et dans les socié­tés de vie apos­to­lique clé­ri­cales, selon les constitutions. »

[Profession de foi]

« Moi, N., avec une foi inébran­lable, crois et pro­fesse tout ce qui est conte­nu dans le sym­bole de la Foi, dans son ensemble ou sépa­ré­ment, à savoir : Je crois en un seul Dieu, le Père tout-​puissant, créa­teur du ciel et de la terre [etc, texte du sym­bole de Nicée-Contantinople]

[Suit une for­mule d’adhé­sion à tous les dogmes de l’Église] (…)

De plus, avec une sou­mis­sion reli­gieuse de la volon­té et de l’in­tel­li­gence (reli­gio­so volun­ta­tis et intel­lec­tus obse­quio), j’adhère aux doc­trines énon­cées par le Pontife romain ou par le Collège des évêques, lors­qu’ils exercent le Magistère authen­tique (magis­te­rium authen­ti­cum), même s’ils n’en­tendent pas les pro­cla­mer par un acte défi­ni­tif (defi­ni­ti­vo actu)»

[Serment de fidélité]

Moi, N., dans l’exer­cice de la fonc­tion de …, je pro­mets de tou­jours gar­der la com­mu­nion avec l’Église catho­lique, tant dans mes prises de paroles que dans ma manière d’agir. (…)

Je sui­vrai et favo­ri­se­rai (sequar et fove­bo) la dis­ci­pline com­mune de toute l’Église, et je main­tien­drai l’ob­ser­vance de toutes les lois ecclé­sias­tiques, sur­tout celles qui sont conte­nues dans le Code de Droit Canonique (earum impri­mis quæ in Codice Iuris Canonici continentur).

« Je sui­vrai, avec une obéis­sance chré­tienne, ce que les Pasteurs sacrés déclarent en tant que doc­teurs authen­tiques et maîtres de la foi, ou ce qu’ils éta­blissent en tant que rec­teurs de l’Église ; en outre, j’of­fri­rai fidè­le­ment mon aide (fide­li­ter auxi­lium dabo) aux évêques dio­cé­sains, afin que l’ac­tion apos­to­lique, à exer­cer au nom de l’Église et sur son man­dat, soit réa­li­sée dans la com­mu­nion de l’Église elle-​même. Que Dieu m’aide en cela, ain­si que ces saints Évangiles de Dieu que je touche de mes mains. »

[Présentation officielle]

Le texte offi­ciel latin de cette nou­velle pro­fes­sion de foi a été approu­vé par Jean-​Paul II le ler juillet 1988 [le même jour de l’ex­com­mu­ni­ca­tion suite aux sacres], mis en vigueur le 1er mars 1989, et publié dans l’Osservatore Romano (ORLF n°2047) du 7 mars. Sa Présentation n’est pas signée, mais l’in­ti­tu­lé « Congrégation pour la doc­trine de la foi » et la pho­to vis-​à-​vis du car­di­nal Ratzinger, pré­fet de cette même Congrégation, indiquent sinon son rédac­teur, du moins son ins­pi­ra­teur et responsable.

Cette pré­sen­ta­tion offi­cielle est digne d’in­té­rêt, car elle déclare sans ambages « l’ob­jec­tif » recher­ché de ce nou­veau serment-​profession de foi : « une mise à jour du style et du conte­nu, pour qu’ils soient plus conformes à l’en­sei­gne­ment du Concile Vatican II et des docu­ments suc­ces­sifs. » (ibi­dem, p. 11). On s’en serait dou­té, mer­ci quand même de nous avoir prévenus…

C) La réaction de Mgr Lefebvre

Dans un pre­mier temps, il semble que Mgr Lefebvre ait concé­dé qu’on puisse accep­ter à la rigueur ce nou­veau ser­ment, en y ajou­tant une condi­tion pré­cise. Dans une lettre datée du 29 avril 1989, et cité par M. l’ab­bé Laroche dans Le Sel de la terre (n° 8, p. 78), il écrivait :

« Pour évi­ter de tom­ber dans le piège qui est ten­du, il suf­fi­rait d’a­jou­ter au troi­sième ali­néa qui suit le Credo : « in quan­tum hoc Magisterium per­fecte concor­dat cum Magisterio indi­ca­to in præ­ce­den­ti­bus ali­neis », « pour autant que ce Magistère concorde par­fai­te­ment avec le Magistère indi­qué dans les pré­cé­dents ali­néas ». Ainsi serait évi­té le risque d’ap­prou­ver des doc­trines contradictoires. »

Mais Mgr Lefebvre y voyait bien mal­gré tout « un piège », et dans toutes ses posi­tions publiques sur cette affaire, il décla­re­ra tou­jours qu’il est mora­le­ment « impos­sible » pour nous de sous­crire à un tel engagement :

1) Sermon de la Pentecôte à Écône, le 14 mai 1989 – (Fideliter n° 222, p. 92 – Novembre-​décembre 2014) :

« Voyez-​vous, voi­ci un exemple encore récent qui nous fait dou­ter d’un retour pro­chain à la Tradition de ceux qui ont l’au­to­ri­té à Rome actuel­le­ment : der­niè­re­ment, au début du mois de mai, a paru un décret à Rome qui inau­gure une nou­velle pro­fes­sion de foi. Dans cette nou­velle pro­fes­sion de foi – qui rem­place en quelque sorte le ser­ment anti-​moderniste de saint Pie X -, il y a le Credo. Pas de pro­blème, ce Credo est celui de tou­jours ; aucune hési­ta­tion donc à signer cette pro­fes­sion de foi qu’est le Credo. Et puis viennent trois articles ; les deux pre­miers sont par­fai­te­ment conformes à la foi tra­di­tion­nelle ; ils ne font que dire que nous sommes unis à toute la véri­té qui a été pro­cla­mée par les papes au cours des conciles dog­ma­tiques anciens.

Mais le troi­sième ali­néa, qui est expli­qué dans le pré­am­bule de cette pro­fes­sion de foi, demande à ceux qui le signent, d’être en accord avec le Magistère de l’Église d’au­jourd’­hui, c’est-​à-​dire avec ce que les évêques, dis­per­sés à tra­vers le monde et unis au pape, pro­fessent dans leur foi. Et dans ce pré­am­bule il est dit expli­ci­te­ment : c’est afin que tout le monde accepte ce qui a été dit et ce qui a été fait pen­dant le Concile et après le Concile. Voilà ! Alors, à une pro­fes­sion de foi qui aurait été très conve­nable jus­qu’à ce der­nier ali­néa, on ajoute un ali­néa qui nous met dans l’o­bli­ga­tion d’ac­cep­ter le Concile et les consé­quences du Concile, qui sont contraires à ce qui est expri­mé dans les ali­néas pré­cé­dents, qui affirment quant à eux qu’il faut adhé­rer à la doc­trine tra­di­tion­nelle de l’Église.

Et c’est pré­ci­sé­ment cette pro­fes­sion de foi que l’on va faire signer à tous ceux qui se sont sou­mis de nou­veau à l’au­to­ri­té romaine, évi­dem­ment, puisque cette pro­fes­sion de foi est des­ti­née à être signée par tous ceux qui ont une charge quel­conque et par tous ceux qui vont rece­voir les ordi­na­tions. C’est une manière d’exi­ger désor­mais de tous ceux qui se sont unis de nou­veau aux auto­ri­tés romaines, en tous points, de se sou­mettre au Concile et aux consé­quences du Concile.

Par consé­quent, nous voyons là, la volon­té de ceux qui ont actuel­le­ment l’au­to­ri­té dans l’Église de nous sou­mettre à cet esprit du Concile, qui est un esprit moder­niste, libé­ral, esprit qui a détruit l’Église et qui conti­nue à la détruire. Cela, nous ne pou­vons pas l’admettre ! »

2) Entretien à Fideliter, juillet 1989 (n° 70, p. 16) :

- Fideliter : « Que pensez-​vous de l’ins­truc­tion du car­di­nal Ratzinger ins­ti­tuant le ser­ment de fidé­li­té et qui com­porte une pro­fes­sion de foi ? »

- Monseigneur : « Il y a d’a­bord le Credo, qui ne pose pas de pro­blème. Il est res­té intact. Le pre­mier et le deuxième ali­néas ne sou­lèvent pas non plus de dif­fi­cul­tés. Ce sont des choses cou­rantes au point de vue théo­lo­gique. Mais le troi­sième est très mau­vais. C’est pra­ti­que­ment s’a­li­gner sur ce que les évêques du monde entier pensent aujourd’­hui. Dans le pré­am­bule il est d’ailleurs clai­re­ment indi­qué que cet ali­néa a été ajou­té en rai­son de l’es­prit du Concile. Il se réfère au Concile et au soi-​disant magis­tère d’au­jourd’­hui qui est celui des conci­liaires. Il aurait fal­lu ajou­ter : en tant que ce magis­tère est en pleine confor­mi­té avec la Tradition. Telle qu’elle est cette for­mule est dan­ge­reuse. Cela démontre bien l’es­prit de ces gens avec les­quels il est impos­sible de s’en­tendre. C’est abso­lu­ment ridi­cule et faux – comme cer­tains l’ont fait – de pré­sen­ter ce ser­ment de fidé­li­té comme une résur­gence du ser­ment anti­mo­der­niste sup­pri­mé depuis le Concile. Tout le venin est dans le troi­sième ali­néa qui semble fait exprès pour obli­ger ceux qui sont ral­liés à signer cette pro­fes­sion de foi et d’af­fir­mer leur plein accord avec les évêques. C’est comme si au temps de l’a­ria­nisme on avait dit, main­te­nant vous êtes en accord avec tout ce que pensent les évêques ariens. Non je n’exa­gère pas, c’est clai­re­ment expri­mé dans l’in­tro­duc­tion. C’est de la four­be­rie. On peut se deman­der si l’on n’a pas vou­lu à Rome, cor­ri­ger ain­si le texte du pro­to­cole [du 5 mai 1988]. Bien qu’il ne nous satis­fasse pas, il paraît encore trop en notre faveur en l’ar­ticle 3 de la décla­ra­tion doc­tri­nale, car il n’ex­prime pas assez la néces­si­té de nous sou­mettre au Concile. Alors je pense qu’ils se rat­trapent main­te­nant. Ils vont sans doute faire signer ces textes aux sémi­na­ristes de la Fraternité Saint-​Pierre avant leur ordi­na­tion et aux prêtres de cette Fraternité, qui vont alors se trou­ver dans l’o­bli­ga­tion de faire un acte offi­ciel de ral­lie­ment à l’Église conci­liaire. A la dif­fé­rence du pro­to­cole, par ces nou­veaux textes on se sou­met au Concile et à tous les évêques conci­liaires. C’est leur esprit et on ne les chan­ge­ra pas. »

3) Sermon du Bourget, pour ses 60 ans de sacer­doce, le 19 novembre 1989 (Fideliter n° 73, p. 120) :

- Alors, devant cette situa­tion, il est bien cer­tain qu’il est impos­sible pour nous de pou­voir avoir des contacts sui­vis avec Rome, parce que jus­qu’à pré­sent Rome demande que si nous rece­vions quoi que ce soit, quelque indult que ce soit pour la Sainte Messe, pour la litur­gie, pour les sémi­naires, nous devrions signer la nou­velle pro­fes­sion de foi qui a été rédi­gée par le car­di­nal Ratzinger, au mois de février der­nier. Elle contient expli­ci­te­ment l’ac­cep­ta­tion du Concile et de ses conséquences.

- Il faut savoir ce que nous vou­lons, c’est ce Concile et ses consé­quences qui ont détruit la Sainte Messe, qui ont détruit notre foi, qui ont détruit les caté­chismes et le règne social de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ dans les socié­tés civiles. Comment pouvons-​nous l’accepter ? »

4) » Itinéraire Spirituel », le 8 déc. 1989 (p. 13)

- Les erreurs du Concile et ses réformes deviennent la norme offi­cielle consa­crée par la pro­fes­sion de foi du car­di­nal Ratzinger de mars 1989. »

5) Sermon à Friedrichshafen (D), le 29 avril 1990 (Fideliter n° 76, p. 11)

- Il n’y a guère actuel­le­ment d’es­poir immé­diat, sinon dans la prière et dans le secours de Dieu qui vien­dra bien un jour, et dans la réso­lu­tion que nous devons avoir de demeu­rer catho­liques et de défendre la messe catho­lique. Peut-​être me dira-​t-​on : mais Rome désor­mais semble acces­sible à per­mettre de dire la messe ancienne, la messe catho­lique, et par consé­quent il ne devrait plus y avoir de pro­blèmes pour nous. Mais, c’est là nous mettre dans une contra­dic­tion, parce que en même temps que Rome donne par exemple à la Fraternité Saint-​Pierre et l’Abbaye du Barroux ( et à d’autres grou­pe­ments l’au­to­ri­sa­tion de dire la messe de tou­jours, en même temps, ils font signer une pro­fes­sion de foi dans laquelle est ins­crit le Concile, dans laquelle il faut admettre l’es­prit du Concile. C’est une contra­dic­tion, parce que l’es­prit du Concile s’ex­prime dans la nou­velle messe. Comment vou­loir main­te­nir la messe de tou­jours, en accep­tant l’es­prit qui détruit cette messe de tou­jours ? C’est se pla­cer dans une contra­dic­tion com­plète, et un jour, tout dou­ce­ment, on exi­ge­ra de ceux aux­quels on a don­né la messe de saint Pie V, la messe de tou­jours, qu’ils acceptent aus­si la messe nou­velle, pour être conformes à ce qu’ils ont signé, puis­qu’ils ont signé qu’ils accep­taient l’es­prit du Concile et les réformes de Vatican II. On ne peut se mettre ain­si dans une contra­dic­tion, dans un illo­gisme invrai­sem­blable. C’est une situa­tion tout à fait incon­for­table. C’est ce qui fait la dif­fi­cul­té pour ces grou­pe­ments qui main­te­nant se trouvent dans une espèce d’impasse. »

6) Entretien à Fideliter, jan­vier 1991, soit trois mois avant sa mort (n° 79, p. 4–5)

- Fideliter : « Pensez-​vous que la situa­tion se soit encore dégra­dée depuis que vous aviez – avant les sacres – enga­gé des conver­sa­tions qui avaient abou­ti à la rédac­tion du pro­to­cole du 5 mai 1988 ? »

- Monseigneur : « Oh oui ! Par exemple le fait de la pro­fes­sion de foi qui est main­te­nant récla­mée par le car­di­nal Ratzinger depuis le début de l’an­née 1989, c’est un fait très grave. Car il demande à tous ceux qui se sont ral­liés ou qui pour­raient le faire, de faire une pro­fes­sion de foi dans les docu­ments du Concile et dans les réformes post-​conciliaires. Pour nous c’est impos­sible. Il fau­dra encore attendre avant d’en­vi­sa­ger une pers­pec­tive d’ac­cord. Pour ma part, je crois que seul le Bon Dieu peut inter­ve­nir, car humai­ne­ment on ne voit pas de pos­si­bi­li­tés pour Rome de redres­ser le courant. »

- [ Question de Fideliter, sur les ral­liés qui pré­tendent ne rien avoir concé­dé sur la litur­gie et la doc­trine ]

- Monseigneur : « Quand ils disent qu’ils n’ont rien lâché, c’est faux. Ils ont lâché la pos­si­bi­li­té de contrer Rome. Ils ne peuvent plus rien dire. Ils doivent se taire étant don­nées les faveurs qui leur ont été accor­dées. Il leur est main­te­nant impos­sible de dénon­cer les erreurs de l’Église conci­liaire. Tout dou­ce­ment ils adhèrent, ne serait-​ce que par la pro­fes­sion de foi qui est deman­dée par le car­di­nal Ratzinger. »

N.B. : On aura remar­qué que Mgr Lefebvre parle seule­ment de la nou­velle pro­fes­sion de foi, avec son ali­néa 3 qui suit le Credo, et non du nou­veau ser­ment qui lui est joint. Sans doute parce qu’elle figu­rait seule, en son texte latin, dans l’Osservatore Romano édi­tion fran­çaise du 7 mars 1989, avec la pré­sen­ta­tion dont Monseigneur fait aus­si men­tion. La tra­duc­tion fran­çaise de la pro­fes­sion de foi et du ser­ment, approu­vée par la Conférence épis­co­pale fran­çaise, ne sera publiée par la Documentation catho­lique qu’a­près la mort de Mgr Lefebvre, dans le n° 2033 du 4–18 août 1991.

- Le Serment et le nou­veau code. Nul doute qu’il n’au­rait aus­si cri­ti­qué ce ser­ment, obli­geant à obser­ver et « favo­ri­ser » toutes les lois du Nouveau Code, dont il avait écrit au car­di­nal Ratzinger, le 17 avril 1985 : « En plu­sieurs points de pre­mière impor­tance, le nou­veau Code de Droit Canon est inac­cep­table par son oppo­si­tion au magis­tère défi­ni­tif de l’Église. » (Fideliter n°46, p. 2). Dès la publi­ca­tion de ce nou­veau Code, il avait dit à ses sémi­na­ristes : « Ce Droit canon est inac­cep­table » ( COSPEC 99 B,14­03–1983), et dans une lettre ouverte à Jean-​Paul II, co-​signée par Mgr de Castro-​Mayer, il avait dénon­cé publi­que­ment « les erreurs du nou­veau Droit Canon, pour ne pas dire les héré­sies. » (Suppl. Fideliter de nov. déc. 1983, p. 5). Dans une retraite sacer­do­tale à Écône, il disait à ses prêtres, en sep­tembre 1986 : « Ils sont en train de détruire l’Église, non par les lois par­ti­cu­lières, mais par les lois fon­da­men­tales de ce nou­veau Droit canon, qui est tota­le­ment ins­pi­ré par ce mau­vais esprit moder­niste qui s’est expri­mé dans le Concile et après le Concile. » (Fideliter n° 55, p. 9). Il nous est donc inac­cep­table de jurer la main sur l’Évangile de pro­mou­voir ce nou­veau Code de lois auprès des âmes qui nous font confiance pour sau­ve­gar­der leur foi catho­lique et traditionnelle.

- Le Serment de 89 et les évêques. Enfin, ce ser­ment com­plé­men­taire de la Profession de foi engage à suivre les évêques, comme les « doc­teurs authen­tiques et maîtres de la foi », et à offrir une « aide fidèle aux évêques dio­cé­sains » (fide­li­ter auxi­lium dabo) ; ce qui pose un autre pro­blème de conscience insur­mon­table dans les cir­cons­tances post­con­ci­liaires. Écoutons encore ce que nous a répé­té Mgr Lefebvre au sujet des évêques conci­liaires, jus­qu’à sa mort :

- Conférence de presse du 9 déc. 1983 : « Je pense qu’il y a une bonne par­tie des évêques qui ne sont plus catho­liques. » (Fideliter n° 37, p. 13);
- Sermon du Jeudi-​Saint 1986 à Écône : « Désormais, les évêques et beau­coup de prêtres n’ont plus la foi catho­lique. » (Fideliter n° 51, p. 2);
- Lettre du 29 jan­vier 1989 : « Vouloir main­te­nir et faire l’ex­pé­rience de la Tradition sous des évêques moder­nistes et libé­raux, c’est une uto­pie et un men­songe. » (Fideliter n° 68, p. 25);
- Entretien à Fideliter, juillet 1989 : « Il nous faut abso­lu­ment convaincre les fidèles qu’il s’a­git bien d’une manœuvre [le ral­lie­ment], que c’est un dan­ger de se mettre entre les mains des évêques conci­liaires et de la Rome moder­niste, c’est le plus grand dan­ger qui les menace. Si nous avons lut­té pen­dant vingt ans pour évi­ter les erreurs conci­liaires, ce n’est pas pour nous mettre main­te­nant dans les mains de ceux qui les pro­fessent. » (Fideliter n° 70, p. 13)

Il est donc évident pour tout prêtre qui veut pour­suivre le bon com­bat de la foi à la suite de Mgr Lefebvre, que ce serait une folie et un par­jure que de prê­ter ce ser­ment post-​conciliaire qui fait pro­mettre la main sur l’Évangile de recon­naître dans les évêques dio­cé­sains des doc­teurs et maîtres authen­tiques de la vraie foi catho­lique, et de s’en­ga­ger à les aider fidè­le­ment dans leur nou­velle reli­gion apostate.

- Le Serment de 89 et nos Supérieurs. Il faut aus­si savoir que le Nouveau Code com­porte une clause spé­ciale pour les Supérieurs d’Instituts reli­gieux, leur fai­sant jurer de faire obser­ver (urge­bo) par­ti­cu­liè­re­ment le Nouveau Code, de se sou­mettre au magis­tère actuel, et de se mettre volon­tiers au ser­vice des évêques dio­cé­sains. (Texte com­plet en annexe infra).

D) Une condition sine qua non posée par le Vatican

Pour bien sai­sir toute l’im­por­tance de notre sujet, il ne suf­fit pas de savoir ce à quoi oblige le nou­veau serment-​profession de foi de 1989, et ce qu’en pen­sait Mgr Lefebvre, mais il faut bien se gra­ver dans l’es­prit que ce ser­ment néo-​moderniste est, depuis quinze ans de négo­cia­tions entre la FSSPX et le Vatican, consi­dé­ré par ce der­nier comme une condi­tion sine qua non à toute régu­la­ri­sa­tion cano­nique. On peut même affir­mer qu’il est la prin­ci­pale condi­tion sine qua non posée par les auto­ri­tés néo-​modernistes, qui savent bien qu’une fois ce point acquis, tout le reste suivra.

L’expérience en a été déjà faite par les supé­rieurs de l’IBP, qui ont obte­nu dans leurs sta­tuts de pou­voir faire une cri­tique « sérieuse et construc­tive » de Vatican II, mais qui le 23 mars 2012 se sont vus inti­mer par la Commission Ecclesia Dei « d’in­té­grer l’é­tude du Magistère actuel des Papes et de Vatican II » dans leurs sémi­naires, « en pre­nant pour sup­port l’in­té­gri­té de la doc­trine catho­lique expo­sée par le Catéchisme de l’Église catho­lique. » Mesures qui ne sont en fait qu’une appli­ca­tion régu­lière du nou­veau ser­ment qu’ont dû faire ces mêmes supé­rieurs, se met­tant ain­si en contra­dic­tion avec leurs propres sta­tuts. On attend tou­jours de leur part, après une dizaine d’an­nées de délai pour le faire, la publi­ca­tion de leurs tra­vaux expo­sant les résul­tats de leur « cri­tique sérieuse et construc­tive » de Vatican II …

Les auto­ri­tés vati­canes sont si atta­chées à ce ser­ment qui ver­rouille effi­ca­ce­ment contre toute incar­tade au nou­veau Magistère, qu’elles l’im­posent fer­me­ment aux dis­si­dents de tout bord qui demandent à reve­nir au ber­cail, comme les angli­cans ou les prêtres chi­nois. A ces der­niers par exemple, Benoît XVI a impo­sé de renou­ve­ler ce serment-​profession de foi chaque année le Jeudi-​Saint « comme témoi­gnage de la pleine com­mu­nion retrou­vée. » (DC n° 2384, p. 676)

Conscients de toute l’im­por­tance de cet acte aux yeux des res­pon­sables du Vatican, nous pou­vons main­te­nant mieux per­ce­voir com­ment ils ont tenu à le poser comme condi­tion sine qua non dans les négo­cia­tions avec la FSSPX depuis l’an 2000 :

  • En février 2001, Mgr Fellay pré­sen­tait ain­si à ses prêtres les pro­po­si­tions allé­chantes du car­di­nal Hoyos : « Rome ferait un décret, par lequel serait éri­gé une sorte de quasi-​diocèse per­son­nel (…). Ce serait une sorte de rati­fi­ca­tion en droit de ce que nous sommes et fai­sons en fait. Nous et en par­ti­cu­lier les évêques, n’au­rions rien de spé­cial à signer, aucune décla­ra­tion par­ti­cu­lière, mais sim­ple­ment la pro­fes­sion de foi que toute per­sonne doit pro­non­cer, en rece­vant une charge ecclé­sias­tique, avec le ser­ment de fidé­li­té. Il s’a­git bien sûr de la pro­fes­sion de foi et du ser­ment de fidé­li­té du car­di­nal Ratzinger, ce qui n’est pas sans poser une dif­fi­cul­té. » (Cor unum n° 68, pp. 1–2)
  • M. l’ab­bé de la Rocque, dans une confé­rence à Nantes le 18 mai 2012, au sujet des dis­cus­sions doc­tri­nales (2009–2011) aux­quelles il avait par­ti­ci­pé, affirme que dès la pre­mière ren­contre, les repré­sen­tants du Vatican com­men­çaient par évo­quer les condi­tions d’un accord pra­tique, et y rap­pe­laient l’o­bli­ga­tion de faire le serment-​profession de foi de 1989 ain­si que l’ac­cep­ta­tion du nou­veau caté­chisme, du nou­veau Code etc…
  • Le 14 sep­tembre 2011 : « …après la trêve esti­vale, Mgr Fellay est convo­qué par le car­di­nal Levada, offi­ciel­le­ment pour éva­luer ensemble les dis­cus­sions doc­tri­nales. A peine arri­vé, lui a été lu le texte qu’on a appe­lé « le pré­am­bule doc­tri­nal », base d’une pro­po­si­tion cano­nique (20 à 30 lignes) qui conte­nait : la pro­fes­sion de foi du car­di­nal Ratzinger de 1989, la pro­fes­sion de foi de Paul VI. Tout cela a été lu à Mgr Fellay et à ses deux assis­tants, et on leur a expli­qué que la signa­ture de ces docu­ments était un préa­lable indis­pen­sable à toute recon­nais­sance cano­nique. » (Conférence de M. l’ab­bé de La Roque, ibid., CD1, piste 03)
  • Le 17 juin 2012, Mgr Fellay écri­vit une lettre au pape Benoît XVI deman­dant pour­quoi le Vatican n’a­vait pas accep­té sa Déclaration doc­tri­nale du 15 avril, et au lieu de « remettre à plus tard la réso­lu­tion des dif­fé­rends encore en cours sur cer­tains points du Concile et de la réforme litur­gique », avait exi­gé « l’ac­cep­ta­tion totale des points liti­gieux avant d’al­ler plus loin. »

La réponse du pape, datée du 30 juin 2012, est très révé­la­trice et montre une fois de plus com­bien le serment-​profession de foi qu’il a lui-​même impo­sé au len­de­main des sacres lui tient à cœur : « (…) la décla­ra­tion doc­tri­nale en ques­tion, pré­pa­rée par la Congrégation pour la doc­trine de la foi ain­si que par la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei, et approu­vée expli­ci­te­ment par moi avant de vous être trans­mise, intègre les élé­ments jugés indis­pen­sables pour être à même de pro­non­cer la Profession de foi et le ser­ment de fidé­li­té pour assu­rer une charge exer­cée au nom de l’Église, garants de la pleine com­mu­nion ecclé­siale. » (Cor unum n° 104, mars 2013)

- Enfin, le 20 octobre 2014, dans un entre­tien à Famille chré­tienne, Mgr Pozzo, de la Commission Ecclesia Dei, a rap­pe­lé que s’il y avait réin­té­gra­tion cano­nique de la FSSPX, ses prêtres devraient faire le serment-​profession de foi, et que c’é­tait obli­ga­toire pour eux, non facultatif :

- Famille Chrétienne : « Quel est alors le point non négociable ? »

- Mgr Pozzo : « Ce qui est essen­tiel, ce à quoi on ne peut pas renon­cer, c’est l’adhé­sion à la Professio fidei et au prin­cipe selon lequel c’est au seul magis­tère de l’Église qu’a été confié par le Seigneur la facul­té d’in­ter­pré­ter authen­ti­que­ment, c’est à dire avec l’au­to­ri­té du Christ, la parole de Dieu écrite et transmise. »

Étant don­né ces cinq élé­ments conver­gents et véri­fiables, il est objec­ti­ve­ment cer­tain et indé­niable que pour le Vatican, ce serment-​profession de foi est une condi­tion sine qua non, et non sus­cep­tible d’exemp­tion ou de miti­ga­tion pour les prêtres de la Tradition qui rejoin­draient les rangs de la hié­rar­chie officielle.

E) RAPPORT AVEC LA SITUATION ACTUELLE

La profession de notre Foi selon le Code traditionnel

Le Code de droit cano­nique, dans lequel saint Pie X a vou­lu résu­mer toute la sagesse dis­ci­pli­naire de l’Eglise, se devait de nous pré­ci­ser nos devoirs de conscience par rap­port à la pro­fes­sion de foi catholique.

Par rap­port à la Profession de foi de 1989 et de son ali­néa 3, il nous faut en notre période de crise de l’Église connaître et rete­nir le canon 1324, qui ne concerne pas les véri­tés de foi défi­nies, mais celles qui sont ensei­gnées par le magis­tère du Pape et des évêques, « même s’ils n’en­tendent pas les pro­cla­mer par un acte défi­ni­tif », pour reprendre la for­mule du nou­veau ser­ment. Car depuis le dogme de l’Assomption, l’en­semble des actes magis­té­riels relèvent fina­le­ment de cette catégorie.

Voici donc le texte du canon 1324 : « Ce n’est pas assez d’é­vi­ter la per­ver­si­té héré­tique (hære­ti­cam pra­vi­ta­tem), il faut fuir aus­si avec dili­gence (dili­gen­ter fugare) les erreurs qui s’en rap­prochent plus ou moins. »

Or depuis Vatican II inclus, nombre d’actes magis­té­riels non infaillibles enseignent soit des héré­sies (par exemple le nou­veau caté­chisme : » L’ancienne alliance n’a jamais été révo­quée », CEC n. 121), soit des « erreurs qui s’en rap­prochent plus ou moins », erreurs trop nom­breuses et pour être niées, et pour être énu­mé­rées ici. La loi de l’Église nous fait donc un devoir grave de conscience de fuir ces erreurs avec dili­gence, et c’est ce que nous fai­sons concrè­te­ment en refu­sant depuis tant d’an­nées la « pleine com­mu­nion » avec cette hié­rar­chie qui veut impo­ser son nou­veau magistère.

Ensuite, la loi de l’Église, au canon sui­vant, fait un autre devoir de conscience (tenen­tur) aux fidèles et a for­tio­ri aux prêtres, « de pro­fes­ser ouver­te­ment leur foi dans toutes les cir­cons­tances où leur silence, leurs ter­gi­ver­sa­tions ou leur atti­tude impli­que­raient (secum­ferrent) une néga­tion impli­cite de la foi (impli­ci­tam fidei nega­tio­nem). » (c. 1325 § 1)

Aujourd’hui, face aux attaques contre la foi per­pé­trées à la faveur de for­mules per­ni­cieuses ou ambi­guës du Concile, des Synodes, des ency­cliques, du nou­veau caté­chisme etc…, pour un clerc qui a reçu la grâce de connaître la véri­table et tra­di­tion­nelle doc­trine de l’Eglise, se taire sur ces erreurs, ter­gi­ver­ser, adop­ter une atti­tude de pos­sible récon­ci­lia­tion avec une hié­rar­chie qui ne pro­fesse plus la vraie foi catho­lique « implique une néga­tion impli­cite » de cette même foi.

Le serment de 89 au regard de la loi traditionnelle de l’Église

Enfin, la loi de l’Église, au canon 1316, pres­crit en conscience de ne jamais prê­ter aucun ser­ment, « sinon en véri­té, avec sérieux, et avec jus­tice (praes­ta­ri nequit, nisi in veri­tate, in judi­cio et in jus­ti­tia) . » (c. 1316 § 1). Au Moyen Âge, on ensei­gnait que ces trois condi­tions étaient les trois « com­pagnes » du ser­ment. St Thomas (IIa- Ilæ, q. 89, a. 3) explique que la veri­tas exclut le men­songe, le judi­cium la légè­re­té, la jus­ti­tia tout ce qui serait contraire au droit.

Que tout prêtre de la Tradition ten­té par une « nor­ma­li­sa­tion » s’exa­mine bien sur ces trois condi­tions d’un ser­ment qu’il serait néces­sai­re­ment ame­né à prê­ter un jour ou l’autre (condi­tion sine qua non pour exer­cer une charge dans la hié­rar­chie actuelle).

Qu’il ne s’i­ma­gine pas le faire avec véri­té en y incluant quelque res­tric­tion men­tale échap­pant au délé­gué de l’Ordinaire qui sera témoin. Qu’il ne le consi­dère pas avec légè­re­té, comme une simple for­ma­li­té admi­nis­tra­tive, mais bien comme une rétrac­ta­tion publique – même si elle est faite inco­gni­to en sacris­tie – de la pro­fes­sion de foi tri­den­tine et du ser­ment anti­mo­der­niste qu’il avait juré pour tou­jours devant Dieu.

Qu’il se pose la ques­tion s’il a le droit de poser un tel acte, dont il peut déjà mesu­rer cer­taines graves consé­quences : cau­tion­ner les erreurs post­con­ci­liaires, ou au moins y consen­tir en gar­dant le silence ; accep­ter tous les articles du nou­veau code, et les faire obser­ver par ses fidèles ; se sou­mettre à l’é­vêque du lieu dans ce qu’il ensei­gne­ra, com­man­de­ra, (par exemple, d’as­sis­ter ou même concé­lé­brer à la Messe chris­male…) et cela non de manière pas­sive, mais avec « une fidèle assistance » …

Le serment de 89 exclut actuellement une solution canonique

Quant aux prêtres oppo­sés à toute forme de ral­lie­ment, à la suite de Mgr Lefebvre, ils com­pren­dront bien, qu’il est impos­sible non seule­ment de prê­ter un jour un tel ser­ment, mais aus­si du fait même qu” « il est bien cer­tain qu’il est impos­sible pour nous de pou­voir avoir des contacts sui­vis avec Rome » en vue d’un accord en de telles condi­tions. C’était évident en 1989 pour les quatre évêques, le Supérieur géné­ral et les prêtres pré­sents, quand leur fon­da­teur prê­chait cela devant eux au Bourget, mais c’est oublié – pour ne pas dire occul­té – depuis le Jubilé de l’an 2000…

Que l’on main­tienne des dis­cus­sions doc­tri­nales avec le Vatican pour défendre la foi tra­di­tion­nelle, à l’exemple de Mgr Lefebvre et ses dubia, très bien, nous fai­sons notre devoir en temps d’a­po­sta­sie géné­rale. Mais que l’on se donne dans ces contacts sui­vis une feuille de route dont le ter­mi­nus est une solu­tion cano­nique, une nor­ma­li­sa­tion cano­nique, une recon­nais­sance cano­nique dont on sait qu’elle obli­ge­ra de fac­to à prê­ter ce ser­ment cano­nique et à se par­ju­rer, cela ne peut que poser un grave pro­blème de conscience à tout prêtre plus sou­cieux des prin­cipes que de ses intérêts.

Nulle autorité ne peut imposer un tel serment

Problème de conscience qui n’est pas nou­veau dans la crise de l’Église : obéir aux supé­rieurs et com­pro­mettre notre foi avec celle des autres, ou leur déso­béir pour conti­nuer le bon com­bat de la foi ? La réponse reste la même que celle de Mgr Lefebvre après sa condam­na­tion en 1975 : « Dans le cas de tout ordre com­por­tant un dan­ger de cor­rup­tion de la foi et des mœurs, la « déso­béis­sance » est un devoir grave. » (Fideliter n° 11, p. 58). Dans la situa­tion pré­sente, « tout ordre » doit se tra­duire par : toute dis­po­si­tion venant des supé­rieurs et qui nous obli­ge­rait à poser un acte per­son­nel, en l’oc­cur­rence : ce ser­ment de 89.

Le 23 sep­tembre 2014, Mgr Fellay et ses deux assis­tants ont ren­con­tré à Rome le car­di­nal Müller et les res­pon­sables de la Commission Ecclesia Dei (Mgr di Noïa et Mgr Pozzo). Le com­mu­ni­qué offi­ciel publié par le Vatican concluait ain­si : « Les par­ties, qui ont exa­mi­né cer­taines ques­tions d’ordre doc­tri­nal et cano­nique, ont conve­nu de pro­cé­der par paliers mais dans un délai rai­son­nable vers le dépas­se­ment des dif­fi­cul­tés. Et ce dans la pers­pec­tive dési­rée d’une pleine récon­ci­lia­tion. » Communiqué non démen­ti par Menzingen.

D’ores et déjà, nous devons pré­voir deux sortes de dis­po­si­tions venant des Supérieurs abou­tis­sant à la « pleine récon­ci­lia­tion » qui entraî­ne­ra ce ser­ment : soit un accord bipar­tite, du style de la Déclaration doc­tri­nale du 15 avril 2012 (qui admet­tait le nou­veau serment-​profession de foi dans une dis­crète note en bas de page), soit une recon­nais­sance uni­la­té­rale « sans rien signer », du style de celle pro­po­sée par le car­di­nal Hoyos début 2001, mais qui pose­rait l’in­con­tour­nable condi­tion sine qua non du ser­ment de 89.

Reconnaissance unilatérale et serment

C’est cette der­nière for­mule qui semble la plus pro­bable, étant la plus facile à faire accep­ter psy­cho­lo­gi­que­ment par les prêtres et les fidèles de la Tradition. Cette hypo­thèse n’est pas du domaine de la fic­tion. On en parle ouver­te­ment. Elle semble avan­ta­geuse aux deux par­ties : du côté de la FSSPX, les supé­rieurs pour­ront arguer qu’on n’a rien signé, que c’est ce que Mgr Lefebvre a tou­jours deman­dé, que rien n’a chan­gé pour nous et qu’on conti­nue tou­jours le même com­bat. Du côté romain, on paraî­tra tolé­rant, misé­ri­cor­dieux envers les « sans-​papiers » et prêt à se por­ter vers les périphéries.

D’ailleurs le mot « accords » sonne mal à bien des oreilles, et il appa­raît pros­crit du voca­bu­laire dans la Fraternité ; même Dom Gérard (Lettre aux amis du monas­tère n° 52) et les prêtres de Campos lui pré­fé­raient le terme de « recon­nais­sance ». Quand ces der­niers envoyèrent leur lettre de ral­lie­ment à Jean-​Paul II, le 15 août 2001, leur requête était bien expres­sive : « Nous avons tou­jours consi­dé­ré être dans l’Église catho­lique (…) cepen­dant juri­di­que­ment nous avons été consi­dé­rés comme vivant en marge de l’Eglise. Voici donc notre demande : que nous soyons accep­tés et recon­nus comme catho­liques. » (cf Sel de la Terre n° 40, p. 153).

A com­pa­rer avec la confé­rence de Mgr Fellay le 28-​12-​2012 à New Hambourg (Canada) : « Je n’ai abso­lu­ment aucune idée de quand un accord se fera, et le terme accord ne convient pas : mais ce sera une recon­nais­sance, une nor­ma­li­sa­tion [agree­ment is not the right word : but recog­ni­tion, nor­ma­li­za­tion]. Nous avons un droit à être éti­que­tés catho­liques car nous le sommes. » (source inter­net Cathinfo et You Tube).

Qu’il nous soit per­mis ici de poser une dis­tinc­tion : être éti­que­tés catho­liques par la hié­rar­chie néo-​moderniste est une chose, et déjà acquise. Mgr Perl décla­rait à la presse le 12-​10-​1997 : « Personne ne nie qu’ils sont catho­liques. » (cf. Fideliter n° 120, p. 64). Ethuit ans plus tard, le car­di­nal Hoyos à la TV ita­lienne : « Ils sont à l’in­té­rieur de l’Eglise » (13–11-2005).

Plus récem­ment, ce fut la recon­nais­sance admi­nis­tra­tive de la FSSPX en Argentine, qui a ame­né Mgr Pozzo à décla­rer à Rome : « Il ne s’a­git pas d’une recon­nais­sance juri­dique de la FSSPX comme socié­té clé­ri­cale. La ques­tion de la légi­ti­mi­té de l’exer­cice du minis­tère sacer­do­tal de leurs prêtres reste ouverte. L’archevêque de Buenos Aires a recon­nu que ses membres sont catho­liques, même si pas encore en pleine com­mu­nion avec Rome. » (La Croix du 13-​04-​2015).

Mais accep­ter d’être inté­grés offi­ciel­le­ment à cette même hié­rar­chie néo-​moderniste, par le biais d’une « nor­ma­li­sa­tion » cano­nique sous cou­vert d’une simple « recon­nais­sance », est tout à fait autre chose, et dans son prin­cipe, et dans ses consé­quences. Dont la plus patente, comme nous l’a­vons lon­gue­ment expo­sé, est la condi­tion sine qua non du serment-​profession de foi à cette nou­velle reli­gion néo-​moderniste. Car le sens du mot recon­nais­sance a bien été pré­ci­sé par Mgr Pozzo : une recon­nais­sance offi­cielle de la FSSPX « comme socié­té clé­ri­cale » sera une « recon­nais­sance juridique ».

Ce ser­ment doit être consi­dé­ré abso­lu­ment comme un par­jure à notre ser­ment anti-​moderniste, auquel Mgr Lefebvre nous a tant recom­man­dé la fidélité :

« Vous pro­non­cez des ser­ments, eh bien vous ne pou­vez pas être à la fois fidèles à ces ser­ments et accep­ter tout ce qui se dit et tout ce qui se fait depuis le Concile. Ce n’est pas pos­sible. » (Conf. Écône 8-​06-​1978, COSPEC 59 B).

Moment du non possumus

Le jour où le Vatican lan­ce­ra son opé­ra­tion « main ten­due », en pro­po­sant aux prêtres de la Tradition catho­lique une « recon­nais­sance » offi­cielle (et nor­ma­li­sa­tion cano­nique), ceux-​ci devraient être bien conscients de toutes ces choses, du péril immi­nent que court leur Foi, et du non pos­su­mus que leur conscience sacer­do­tale doit témoi­gner alors publi­que­ment. Si leurs Supérieurs accep­taient — ce qu’à Dieu ne plaise — cette recon­nais­sance juri­dique, ils per­draient de fac­to la jus­ti­fi­ca­tion de leur juri­dic­tion de sup­pléance sur leurs sujets.

Ceux-​ci s’é­taient enga­gés solen­nel­le­ment dans un Institut non ral­lié, et parce qu’il était non ral­lié. Du jour où leur Institut devient ral­lié, même sous le titre colo­ré d’une simple « recon­nais­sance » accep­tée offi­ciel­le­ment, vis-​à-​vis de la hié­rar­chie néo-​moderniste, ils deviennent libres de leurs liens sacrés avec lui.

Ce jour-​là sera vrai­ment le jour de la volon­té de Dieu, non pas celui de leur impa­tience ou de leur volon­té propre, qui choi­si­rait d’elle-​même le moment de par­tir, mais celui fixé par la Providence. Car vou­loir res­ter mal­gré tout, ce serait alors se mettre en occa­sion pro­chaine de pécher gra­ve­ment contre la foi, cau­tion­ner une manœuvre sub­ver­sive pour la Tradition catho­lique, et y entraî­ner les fidèles qui nous font confiance.

En atten­dant, veillons et prions, avertissons-​nous mutuel­le­ment de cette menace réelle pour notre foi, ce qui est un devoir de cha­ri­té entre confrères, et de jus­tice pour les Supérieurs envers leurs sujets. Si notre conscience sacer­do­tale se refuse abso­lu­ment à prê­ter un tel ser­ment, elle se doit aus­si de refu­ser d’o­béir à des Supérieurs qui l’ac­cep­te­raient, s’o­bli­geant ain­si à impo­ser à leurs sujets le nou­veau Magistère, le nou­veau Code etc… Entretenons en nous et dans les autres le feu sacré du bon com­bat de la Foi, et res­tons confiants dans la divine Providence.

Que les Saints Cœurs de Jésus et de Marie nous sou­tiennent en ces temps trou­blés que tra­versent l’Église et la Tradition.

Capucins de Morgon – Juin 2015

Annexes 1 et 2

1 – Texte com­plet, latin-​français, du serment-​profession de foi de 1989. Source : Montréal, 1990, avec tra­duc­tion approu­vée par la confé­rence épis­co­pale des évêques du Canada. (p. 491–493)

Can. 883 — Obligatione emit­ten­di per­so­na­li­ter pro­fes­sio­nem fidei, secun­dum for­mu­lam a Sede Apostolica pro­ba­tam, tene­tur : 1° coram prae­side eiusve dele­ga­to, omnes qui Concilio Oecumenico vel par­ti­cu­la­ri, syno­do Episcoporum atque syno­do dioe­ce­sa­na inter­sunt cum voto sive deli­be­ra­ti­vo sive consul­ti­vo ; praeses autem coram Concilio aut syno­do ; 2° pro­mo­ti ad car­di­na­li­tiam digni­ta­tem iux­ta sacri Collegii sta­tu­ta ; 3° coram dele­ga­to ab Apostolica Sede, onmes pro­mo­ti ad epi­sco­pa­tum, itemque qui Episcopo dioe­ce­sa­no aequi­pa­ran­tur ; 4° coram col­le­gio consul­to­rum, Administrator dioe­ce­sa­nus ; 5° coram Episcopo dloe­ce­sa­no eiusve dele­ga­to, Vicarii gene­rales et Vicarii epi­sco­pales nec­non Vicarii iudi­ciales ; 6° coram loci Ordinarlo eiusve dele­ga­to, paro­chi, rec­tor, magis­tri theo­lo­giae et phi­lo­so­phiae in semi­na­riis, ini­tio sus­cep­ti mune­ris ; pro­mo­ven­di ad ordi­nem dia­co­na­tus ; 7° coram Magno Cancellario eoque defi­ciente coram Ordinario loci eorumve dela­ga­tis, rec­tor uni­ver­si­ta­tis eccle­sias­ti­cae vel catho­li­cae, ini­tio sus­cep­ti mune­ris ; coram rec­tore, si sit sacer­dos, vel coram loci Ordinario eorumve dela­ga­tis, docentes qui dis­ci­pli­nas ad fidem vel mores per­ti­nentes in qui­bus­vis uni­ver­si­ta­ti­bus tra­dunt, ini­tio sus­cep­ti mune­ris ; 8°Superiores in ins­ti­tu­tis reli­gio­sis et socie­ta­ti­bus vitae apos­to­li­cae cle­ri­ca­li­bus, ad nor­mam consti­tu­tio­num. « Ergo N. fir­ma fide cre­do et pro­fi­teor omnia et sin­gu­la quæ conti­nen­tur in Symbolo fidei, vide­li­cet : « Credo in unum Deum Patrem omni­po­ten­tem, fac­to­rem coe­li et terræ, visi­bi­lium omnium et invi­si­bi­lium et in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei uni­ge­ni­tum, et ex Patre natum ante omnia sæcu­la, Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero, geni­tum non fac­tum, consub­stan­tia­lem Patri per quem omnia fac­ta sunt, qui prop­ter nos homines et prop­ter nos­tram salu­tem des­cen­dit de cœlis, et incar­na­tus est de Spiritu Sancto, ex Maria Virgine, et homo fac­tus est ; cru­ci­fixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, pas­sus et sepul­tus est ; et resur­rexit ter­tia die secun­dum Scripturas, et ascen­dit in coe­lum, sedet ad dex­te­ram Patris, et ite­rum ven­tu­rus est cum glo­ria iudi­care vivos et mor­tuos, cuius regni non erit finis ; et in Spiritum Sanctum Dominum et vivi­fi­can­tem, qui ex Patre Filioque pro­ce­dit ; qui cum Patre et Filio simul ado­ra­tur et conglo­ri­fi­ca­tur ; qui locu­tus est per Prophetas ; et unam sanc­tam catho­li­cam et apos­to­li­cam Ecclesiam. Confiteor unum bap­tis­ma in remis­sio­nem pec­ca­to­rum, et expec­to resur­rec­tio­nem mor­tuo­rum, et vitam ven­tu­ri sæcu­li. Amen.
« Firma fide quoque cre­do ea omnia quæ in ver­bo Del scrip­to vel tra­di­to conti­nen­tur et ab Ecclesia sive sol­lem­ni iudi­cio sive ordi­na­rio et uni­ver­sa­li Magisterio tam­quam divi­ni­tus reve­la­ta cre­den­da pro­po­nun­tur. « Firmiter etiam amplec­tor ac reti­neo omnia et sin­gu­la quæ cir­ca doc­tri­nam de fide vel mori­bus ab eadem defi­ni­tive pro­po­nun­tur. « Insuper reli­gio­so volun­ta­tis et intel­lec­tus obse­quio doc­tri­nis adhæ­reo quas sive Romanus Pontifex sive Collegium epi­sco­po­rum enun­tiant cum Magisterium authen­ti­cum exercent etsi non defi­ni­ti­vo actu eas­dem pro­cla­mare intendant. »
Can. 833 — Sont tenus par l’o­bli­ga­tion d’é­mettre per­son­nel­le­ment la pro­fes­sion de foi, selon la for­mule approu­vée par le Siège Apostolique : 1° devant le pré­sident ou son délé­gué, tous ceux qui par­ti­cipent avec voix déli­bé­ra­tive ou consul­ta­tive à un Concile Œcuménique ou par­ti­cu­lier, au synode des Évêques ou au synode dio­cé­sain ; quant au pré­sident, il émet cette pro­fes­sion devant le Concile ou le synode ; 2° ceux qui sont pro­mus à la digni­té cardi¬nalice, selon les sta­tuts du sacré Collège ; 3° devant le délé­gué du Siège Apostolique, tous ceux qui sont pro­mus à l’é­pis­co­pat, ain­si que ceux qui sont équi­pa­rés à l’Évêque dio­cé­sain ; 4° devant le col­lège des consul­teurs, l’Administrateur dio­cé­sain ; 5° devant l’Évêque dio­cé­sain ou son délé­gué, les Vicaires géné­raux, épis­co­paux et judi­ciaires ; 6° devant l’Ordinaire du lieu ou son délé­gué, les curés, le rec­teur et les pro­fes­seurs de théo­lo­gie et de phi­lo­so­phie dans les sémi­naires, à leur entrée en fonc­tion ; ceux qui doivent être pro­mus à l’Ordre du dia­co­nat ; 7° devant le Grand Chancelier ou, à son défaut, devant l’Ordinaire du lieu ou leurs délé­gués, le rec­teur d’une uni­ver­si­té ecclé¬siastique ou catho­lique à son entrée en fonc­tion ; devant le rec­teur, s’il est prêtre, ou devant l’Ordinaire du lieu ou leurs délé­gués, les ensei­gnants des dis­ci­plines concer­nant la foi et la morale dans les uni­ver­si­tés, à leur entrée en fonc­tion ; 8° les Supérieurs dans les ins­ti­tuts reli­gieux clé­ri­caux et dans les socié­tés de vie apos­to­lique clé­ri­cales, selon les consti­tu­tions. « Moi … avec une foi inébran­lable, crois et pro­fesse tout ce qui est conte­nu dans le Symbole de la Foi, dans son ensemble ou sépa­ré­ment, à savoir : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-​puissant, créa­teur du ciel et de la terre, de l’u­ni­vers visible et invi­sible, je crois en un seul Seigneur, Jésus-​Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engen­dré, non pas créé, de même nature que le Père ; par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il des­cen­dit du ciel ; par l’Esprit Saint il a pris chair de la Vierge Marie, il s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souf­frit sa pas­sion et fut mis au tom­beau. Il res­sus­ci­ta le troi­sième jour, confor­mé­ment aux Écritures, et il mon­ta au ciel, il est assis à la droite du Père. Il revien­dra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’au­ra pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il pro­cède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même ado­ra­tion et même gloire ; il a par­lé par les pro­phètes. Je crois en l’Église, une sainte, catho­lique et apos­to­lique. Je recon­nais un seul bap­tême pour le par­don des péchés, J’attends la résur­rec­tion des morts, et la vie du monde à venir. Amen. « Avec une foi inébran­lable, je crois aus­si à tout ce qui est conte­nu ou trans­mis dans la parole de Dieu, et à tout ce qui est pro­po­sé par l’Église pour être cru comme divi­ne­ment révé­lé, que ce soit par un juge­ment solen­nel ou par un magis­tère ordi­naire et uni­ver­sel « J’embrasse aus­si fer­me­ment et retiens pour vrai tout ce qui concerne la doc­trine de la foi ou la morale et est pro­po­sé par cette même doc­trine de façon défi­ni­tive. « Tout par­ti­cu­liè­re­ment avec un res­pect reli­gieux de la volon­té et de l’in­tel­lect, j’adhère aux doc­trines énon­cées par le Pontife Romain ou par le Collège des Évêques lors­qu’ils exercent le magis­tère authen­tique, même s’ils n’en­tendent pas les pro­cla­mer par un acte définitif ».

2 – Comme docu­ment « com­plé­men­taire de la pro­fes­sion de foi » la Congr. pour la doc­trine de la foi a publié une for­mule de ser­ment de fidé­li­té en vigueur à par­tir du 01-​03-​1989 (AAS 81 (1989) 106 et 1169). Jusqu’à cette date, cette obli­ga­tion n’at­tei­gnait que les prêtres pro­mus à l’é­pis­co­pat (c. 389) ; à par­tir du 01-​03-​1989, la Congr. pour la doc­trine de la foi l’é­tend aux per­sonnes énu­mé­rées au c. 833, 5°-8°; ce ser­ment est prê­té à l’oc­ca­sion de la récep­tion de l’une ou l’autre des charges men­tion­nées dans le canon :

« Ego N. in sus­ci­pien­do offi­cio pro­mit­to me cum catho­li­ca Ecclesia com­mu­nio­nem sem­per ser­va­tu­rum, sive ver­bis a me pro­la­tis, sive mea agen­di ratione. tement. « Magna cum dili­gen­tia et fide­li­tate one­ra exple­bo qui­bus teneor erga Ecclesiam, tum uni­ver­sam, tum par­ti­cu­la­rem, in qua ad meum ser­vi­tium, secun­dum iuris præs­crip­ta, exer­cen­dum voca­tus sum. « ln munere meo adim­plen­do, quod Ecclesiæ nomine mihi com­mis­sum est, fidei depo­si­tum inte­grum ser­va­bo, fide­li­ter tra­dam et illus­tra­bo ; quas­cumque igi­tur doc­tri­nas iis­dem contra­rias devi­ta­bo. « Disciplinam cunctæ Ecclesiæ com­mu­nem sequar et fove­bo obser­van­tiamque cunc­ta­rum legum ecclesiasti¬carum, earum impri­mis quæ in Codice luris Canonici conti­nen­tur, ser­ba­vo. « Christiana obœ­dien­tia pro­se­quar quæ sacri Pastores, tam­quam authen­ti­ci fidei doc­tores et magis­tri decla­rant aut tam­quam Ecclesiæ rec­tores sta­tuunt, atque Episcopis diœ­ce­sa­nis fide­li­ter auxi­lium dabo, ut actio apos­to­li­ca, nomine et man­da­to Ecclesiæ exer­cen­da, in eius­dem Ecclesiæ com­mu­nione per­aga­tur. « Sic me Deus adiu­vet et sanc­ta Dei Evangelia, quæ mani­bus meis tango ».« Moi _​dans l’exer­cice de la fonc­tion … pro­mets de res­ter tou­jours en com­mu­nion avec l’Église catho­lique, que ce soit en paroles, ou dans mon com­por­te­ment. Avec dili­gence et fidé­li­té extrêmes, j’ac­com­pli­rai les devoirs aux­quels je suis tenu envers l’Église uni­ver­selle et par­ti­cu­lière, où je suis appe­lé à exer­cer mon ser­vice selon les pres­crip­tions du droit. « Dans l’exer­cice de la fonc­tion qui m’est confiée au nom de l’Église, je conser­ve­rai intègre, je trans­met­trai fidè­le­ment et j’illus­tre­rai le dépôt de la foi ; j’é­vi­te­rai donc toute doc­trine qui soit contraire à celui-​ci. « Je sui­vrai et pro­mou­vrai la dis­ci­pline com­mune de toute l’Église et l’ob­ser­vance de toutes les lois ecclé­sias­tiques, j’ob­ser­ve­rai sur­tout celles qui sont conte¬nues dans le Code de Droit cano­nique. « Je sui­vrai, avec une obéis­sance chré­tienne, ce que les Pasteurs sacrés déclarent en tant que doc­teurs authen¬tiques et maîtres de la foi, ou ce qu’ils éta­blissent en tant que rec­teurs de l’Eglise ; en outre, j’of­fri­rai fidè­le­ment mon aide aux évêques dio­cé­sains, afin que l’ac­tion apos­to­lique, à exer­cer au nom de l’Eglise et sur son man­dat, soit réa­li­sée dans la com­mu­nion de l’Eglise elle-​même. « Que Dieu m’aide, ain­si que les saints Evangiles de Dieu que je touche de mes mains ».

Le texte des par. 4–5 du ser­ment de fidé­li­té à pro­non­cer par les per­sonnes visées par le c. 833, 8e est le suivant :

« Disciplinam cunc­tae Ecclesiae com­mu­nem fove­bo obser­van­tiamque cunc­ta­rum legum eccle­sias­ti­ca­rum urge­bo, earum impri­mis quæ in Codice luris Canonici conti­nen­tur . « Christiana obœ­dien­tia pro­se­quar quæ sacri Pastores, tam­quam authen­ti­ci fidei doc­tores et magis­tri decla­rant, aut tam­quam Ecclesiæ rec­tores sta­tuunt, atque cum Episcopis diœ­ce­sa­nis liben­ter ope­ram dabo, ut actio apos­to­li­ca, nomine et man­da­to Ecclesiæ exer­cen­da, sal­vi indole et fine mei Instituti, in eius­dem Ecclesiæ com­mu­nione peragatu ».« Je pro­mou­vrai la dis­ci­pline com­mune de toute l’Eglise et je sol­li­ci­te­rai l’ob­ser­vance de toutes les lois ecclé­sias­tiques, sur­tout celles qui sont conte­nues dans le Code de Droit cano­nique. « Je sui­vrai, avec une obéis­sance chré­tienne, ce que les Pasteurs sacrés déclarent en tant que doc­teurs authen¬tiques et maîtres de la fol, ou ce qu’ils éta­blissent en tant que rec­teurs de l’Église ; en outre, je me met­trai volon­tiers au ser­vice des évêques dio­cé­sains, afin que l’ac­tion apos­to­lique, à exer­cer au nom de l’Église et sur son man­dat, pré­serve la nature et le but de mon ins­ti­tut, et soit réa­li­sée dans la com­mu­nion de l’Eglise elle-même ».