Le couteau-​qui-​coupe

Existe-​t-​il une mai­son où l’on n’entende un jour ou l’autre, réson­ner cet appel : « où est le couteau-​qui-​coupe ?… Qu’as-tu fait du couteau-​qui-​coupe ?… Je ne trouve plus le couteau-​qui-​coupe ! » Il n’y a en effet dans la plu­part des foyers qu’un seul cou­teau qui coupe. Pas deux. Un seul. Les autres servent à déco­rer la table, à éta­ler le beurre et c’est à peu près tout. Le Couteau-​qui-​coupe lui, sert à tout : à éplu­cher les légumes, à tran­cher le pain ras­sis ou trop mou­lu. Il est utile aux beef­steaks parce qu’il les fait pas­ser pour plus tendres qu’ils ne sont. Bien sûr, il ne paye pas de mine : c’est un cou­teau de cui­sine. Mais il nous est cher : on le suit de l’œil par­tout et nous voi­là inquiets lorsque nous le per­dons de vue. Sans exa­gé­rer, ou en exa­gé­rant un peu… que de fois seul dans l’ombre à minuit demeu­ré, j’ai cher­ché après lui et bien sou­vent pleu­ré ! Il me fal­lait un cou­teau qui coupe, un vrai.

Si je parle de ça, c’est que j’ai une idée der­rière la tête. Dans la mai­son du bon Dieu, aujourd’hui, beau­coup de fidèles cherchent en pleu­rant des prêtres qui soient prêtres, des vrais. Pas des prêtres qui fassent des tar­tines de déma­go­gie, d’économie poli­tique, de socio­lo­gie molle comme du beurre à étendre. Pas de ces prêtres dont l‘œcuménisme a tel­le­ment émous­sé les angles qu’ils sont deve­nus inca­pables de plus rien tran­cher. Pas des prêtres pour faire chic avec des ini­tiales gra­vées : CCFD, ADAP, ACO, FFS en pan­ta­lon, XYZ. Mais un prêtre qui s’occupe sim­ple­ment des affaires du bon Dieu. Un glaive tran­chant comme dit St Paul. J’ai sou­ri de l’attendre et plus sou­vent pleu­ré. Entendrez-​vous les pleurs du fidèle aux abois ?

Abbé Philippe Sulmont

Cet article est tiré du Bulletin parois­sial de Domqueur, dans la Somme.

Curé de Domqueur † 2010

L’abbé Philippe Sulmont (1921–2010), second d’une famille de qua­torze enfants, ancien sémi­na­riste des Carmes, fut pro­fes­seur de col­lège, puis de sémi­naire, aumô­nier d’un pen­sion­nat de filles, puis enfin curé durant 37 ans de Domqueur et de six paroisses avoi­si­nantes entre Amiens et Abbeville.