Le film « La Passion » de Mel Gibson

FIDELITER nº 157 : janvier-​février 2004

Revue bimes­trielle du District de France de la Fraternité Saint-​Pie X.
Responsable de la rédac­tion : Abbé Grégoire Celier.
Abonnement et administration :
Fideliter
BP 88
91152 Etampes
FRANCE
01 69 78 30 23
01 69 78 30 49

Pourquoi tant de haine contre la Passion ?

Un entretien avec Daniel Hamiche recueilli par Jean-​Baptiste Chaumeil

Une polé­mique inter­na­tio­nale d’une viru­lence excep­tion­nelle entoure la réa­li­sa­tion du film de Mel Gibson, The Passion of the Christ. Pour en savoir plus, l’en­quê­teur de Fideliter, Jean-​Baptiste Chaumeil, a ren­con­tré le spé­cia­liste fran­çais incon­tes­té de ce film et de cette polé­mique, Daniel Hamiche.

Fideliter : Daniel Hamiche, vous êtes le direc­teur de l’heb­do­ma­daire Légitimiste. Qu’est-​ce qui vous a ame­né à vous inté­res­ser à l’a­ven­ture de Mel Gibson et, sin­gu­liè­re­ment, à ce film qu’il pré­pare, The Passion of the Christ ?

Daniel Hamiche : L’affaire s’est nouée en mai der­nier. J’ai, comme nombre de catho­liques, enten­du par­ler du tour­nage du film de Mel Gibson, lorsque je reçois à mon bureau la visite de deux Américains incon­nus qui, de pas­sage à Paris, sou­haitent me ren­con­trer sur la recom­man­da­tion d’un ami cali­for­nien. Alors que nous com­pa­rons la situa­tion res­pec­tive du tra­di­tio­na­lisme catho­lique en France et aux états-​Unis, j’in­ter­roge l’un d’entre eux sur le film. Ce der­nier m’ap­prend qu’il est lui-​même un ami très proche de Mel Gibson. Intrigué, je décide d’al­ler jeter un oeil sur inter­net, me disant que je trou­ve­rai bien deux ou trois bri­coles. Je tombe en fait sur des mil­liers de pages d’ar­ticles de presse et de polé­miques à pro­pos du pro­jet de film.

« Une véritable enquête »

Daniel Hamiche : Deux ou trois semaines plus tard, deux jeunes poussent la porte de la rédac­tion. Nous devi­sons aima­ble­ment et la conver­sa­tion embraye sur le film de Gibson. L’un des deux me confie qu’il connaît très bien le prêtre qui a célé­bré, chaque jour, la messe sur le site du tour­nage du film. J’apprends ain­si qu’il s’a­git d’un prêtre fidèle à la messe tra­di­tion­nelle et que je connais fort bien, l’ab­bé Debourges.
Téléphonant au supé­rieur de ce prêtre pour quelques pré­ci­sions, j’en­tends de sa bouche que l’ab­bé Debourges n’é­tait pré­sent qu’au tour­nage en exté­rieur à Matera (pro­vince de la Basilicata), mais que Mel Gibson s’é­tait assu­ré le ser­vice spi­ri­tuel d’un second prêtre tra­di­tion­nel lors du tour­nage dans les stu­dios de Cinecittà à Rome. Et qui est cet autre reli­gieux ? Un ami de vingt ans, le père Jean-​Charles Roux.
Je me suis dit qu’une telle accu­mu­la­tion d’in­ter­signes, comme disait Léon Daudet, consti­tuait un véri­table « signe » de la Providence, et qu’il me fal­lait y répondre d’une manière ou d’une autre. C’est alors que je me suis mis au travail.

Fideliter : Depuis le début de l’é­té 2003. dans votre jour­nal Légitimiste, vous menez donc une véri­table enquête poli­cière inter­na­tio­nale. Qu’avez-​vous découvert ?

Daniel Hamiche : J’ai d’a­bord été sur­pris de la haine incroyable dont ce film était l’ob­jet. Qui haïs­sait et pour­quoi ? Je me suis alors aper­çu que la Conférence épis­co­pale des états-​Unis avait publié le 12 juin 2003 un com­mu­ni­qué d’ex­cuses auprès de Mel Gibson. Ce com­mu­ni­qué deman­dait à des uni­ver­si­taires qui avaient fait une ana­lyse féro­ce­ment cri­tique d’un script de La Passion (titre du film à l’é­poque) de rendre à lcon Productions, la mai­son de pro­duc­tion de MeI Gibson, ce script. Je ne com­pre­nais pas bien le sens de ce communiqué.
En appro­fon­dis­sant mon enquête, je décou­vris que ce script, un simple docu­ment de tra­vail rédi­gé cinq ou six semaines avant le début du tour­nage, avait été déro­bé dans les locaux d’l­con à Los Angeles, puis mys­té­rieu­se­ment ache­mi­né, dans la pre­mière quin­zaine d’a­vril, jus­qu’au paillas­son de la mai­son de Yehiel Poupko, un rab­bin de la côte Est, pour finir à la Conférence épis­co­pale à Washington, où il fut pho­to­co­pié et dis­tri­bué à quatre uni­ver­si­taires catho­liques judaï­sants (que cer­taines auto­ri­tés catho­liques amé­ri­caines soup­çonnent car­ré­ment d’hé­ré­sie) et à trois uni­ver­si­taires juifs sélec­tion­nés par l’AntiDefamation League (of B’nai B’rith) d’Abraham Foxman.
Au mieux, cette trouble affaire s’é­tait dérou­lée à l’in­su des res­pon­sables de la Conférence épis­co­pale (c’est ce qu’elle affir­me­ra en juin). Au pis, la Conférence aurait don­né un vague aval aux « scribes » char­gés de sacri­fier Met Gibson sur l’au­tel du « dia­logue avec le judaïsme ». Mais, devant le scan­dale public et les menaces de pour­suites judi­ciaires d’Icon, la Conférence s’est ravi­sée, effec­tuant un peu élé­gant demi-​tour. Ce ne serait pas la pre­mière fois de son histoire.

Fideliter : Mais pour­quoi la Conférence épis­co­pale s’intéressait-​elle tel­le­ment à ce film de Mel Gibson ? Ce n’est qu’un film, après tout, et nos chers évêques n’ont guère l’ha­bi­tude de se pas­sion­ner pour le cinéma.

Daniel Hamiche : Le 7 mars 2003 était paru dans le Wall Street Journal un papier de Raymond Arroyo, direc­teur de l’in­for­ma­tion d’EWTN (Eternal World Television Network), une entre­prise audio­vi­suelle catho­lique dont les pro­grammes touchent 75 mil­lions de foyers dans le monde. Ce jour­na­liste était allé à Rome en mars 2003 et avait été reçu par Mel Gibson dans le stu­dio numé­ro 5 de Cinnecittà, pour un entre­tien exclu­sif. La paru­tion de cet esti­mable papier ne sou­le­va tou­te­fois aucune réac­tion par­ti­cu­lière dans les autres organes de presse.
L’affaire, en réa­li­té, a écla­té deux jours plus tard, le 9 mars, dans le sup­plé­ment domi­ni­cal du New York Times, lorsque parut un article du pigiste Christopher Noxon consa­cré au pro­jet de film. Ce papier était rédi­gé d’une façon extrê­me­ment vicieuse, cher­chant à mon­ter en épingle de façon sour­noise la foi catho­lique » inté­grale » de Mel et de son père Hutton Gibson.
En fait, dès le 14 jan­vier 2003, dans un talk show sur Fox News, inter­ro­gé par William O’Realy, Mel Gibson avait révé­lé que » des gens cherchent à déter­rer des sale­tés (sur moi), sur le film et sur (ma) famille « . Christopher Noxon était venu à Rome sur le tour­nage, mais le réa­li­sa­teur ne lui avait accor­dé aucun entre­tien, pas plus d’ailleurs que l’ac­teur principal.

Fideliter : Comment Noxon, pré­ci­sé­ment, s’y prend-​il pour nuire à Mel Gibson ?

Daniel Hamiche : Il uti­lise sur­tout le père de Mel, Hutton. Ce der­nier est, comme son fils, un catho­lique fervent, mais lui est de ten­dance net­te­ment sédé­va­can­tiste. Noxon se rend donc chez Hutton, au Texas, les 17 et 18 jan­vier 2003, et le har­cèle de ques­tions pen­dant ces deux jours. Au cours de ces entre­tiens, Hutton révèle ses propres idées sur la reli­gion, expose aus­si ses vues sur le monde, sur l’at­ten­tat du 11 sep­tembre 2001 à New York, sur le rôle du judaïsme rab­bi­nique contem­po­rain et de la franc-​maçonnerie dans le der­nier concile, et sur ses doutes sur le nombre de vic­times juives des camps d’ex­ter­mi­na­tion. Sujets sen­sibles… L’article, qui paraît le 9 mars dans sa ver­sion papier, pou­vait être trou­vé dès la veille sur inter­net, et était annon­cé dès le 6 dans le New York Post. C’est donc le 8 mars que le rab­bin Marvin Hier, du Simon Wiesenthal Center de Los Angeles, lance la pre­mière attaque d’en­ver­gure contre le film et son réa­li­sa­teur, relayée dès le 24 mars, sur la côte Est, par l’Anti Defamation League (of B’nai B’rith).

Fideliter : Pourquoi faire retom­ber sur Mel les » fautes » (sup­po­sées) de son père Hutton ?

Daniel Hamiche : On ne peut, effec­ti­ve­ment, s’empêcher de noter la dif­fé­rence de trai­te­ment entre Mel Gibson et Arnold Schwarzenegger. Ce der­nier, dont le père fut pour­tant un national-​socialiste avé­ré et un membre des S.A. autri­chiens, est au mieux avec le Simon Wiesenthal Center. Il faut dire qu’il a tou­jours eu la pru­dence de faire des dons aus­si sub­stan­tiels que régu­liers à cet orga­nisme, lequel, évi­dem­ment, ne man­qua pas de le sou­te­nir lors de la der­nière cam­pagne pour l’é­lec­tion au poste de gou­ver­neur de Californie.
Mel Gibson, quant à lui, réserve ses libé­ra­li­tés à de nom­breuses ouvres catho­liques : cha­ri­té bien ordon­née com­mence par soi-​même. Je ne crois pas qu’il ait jamais ver­sé un cent au Simon Wiesenthal Center. Ainsi, pour les orga­nismes juifs amé­ri­cains pré­ci­tés, Hutton Gibson étant » néga­tion­niste » (ce qui est d’ores et déjà dis­cu­table), son fils, Mel, ne peut qu’être anti­sé­mite. La faute (sup­po­sée) du père doit néces­sai­re­ment retom­ber sur le fils. On connaît la thèse, qui ne semble être appli­cable qu’à cer­tains, puisque ces mêmes orga­nismes vont mener une impla­cable cam­pagne pour que soit sup­pri­mée du film la fameuse phrase des évan­giles : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !

« Père et fils »

Fideliter : Dans cet article de Noxon, tout tourne donc en fait autour de Hutton Gibson ?

Daniel Hamiche : Pas exclu­si­ve­ment. Au cours de sa visite à Hutton, Noxon a éga­le­ment ren­con­tré Giuffré, le fon­da­teur de la St Jude Chapel, où est célé­brée la messe tra­di­tion­nelle et que fré­quente Hutton. Or Giuffré, d’a­près Noxon, lui aurait lais­sé entendre que le film de Mel, en rai­son de son conte­nu, pour­rait être mal per­çu par cer­tains Juifs. On voit tout le pro­fit qu’un mal­fai­sant comme Noxon peut tirer d’une telle décla­ra­tion (si tou­te­fois celle-​ci est réelle, car la presse amé­ri­caine vient d’être secouée par plu­sieurs affaires de » bidonnage »).
En réa­li­té, Giuffré n’a pas vu le film. Comme on dit fami­liè­re­ment, il est seule­ment l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… Et c’est avec un maté­riau aus­si pauvre, mais éga­le­ment aus­si explo­sif dans le contexte actuel, que démarre une cam­pagne achar­née contre Mel Gibson, dans le but essen­tiel de l’o­bli­ger à faire « contrô­ler » son film par une com­mis­sion « auto­ri­sée », ce que le réa­li­sa­teur, à juste titre, a refusé.

Fideliter : Y a‑t-​il, d’un autre côté, des réac­tions de sou­tien à Mel Gibson ?

Daniel Hamiche : Heureusement ! La bataille fait rage de part et d’autre, et les défen­seurs de Mel Gibson se sont organisés.
La Conférence épis­co­pale amé­ri­caine, échau­dée, pré­fère certes s’en tenir à un pru­dent mutisme, atten­dant de voir le film en salle pour por­ter un juge­ment « offi­ciel ». En revanche, de nom­breux ecclé­sias­tiques amé­ri­cains (dont un nombre non négli­geable a vu un pré­mon­tage) sou­tiennent acti­ve­ment le réa­li­sa­teur. C’est le cas, notam­ment, de l’ar­che­vêque de Denver, Chartes Chaput, des car­di­naux George, Bevilacqua, et de bien d’autres. Les tra­di­tio­na­listes amé­ri­cains (toutes ten­dances confon­dues) militent acti­ve­ment pour le film. Le sou­tien est encore plus expli­cite de la part des Evangélistes (un peu plus de 40 mil­lions de fidèles), des Baptistes du Sud (près de 35 mil­lions) et d’autres « déno­mi­na­tions » protestantes.

Fideliter : Et du côté des Juifs ?

Daniel Hamiche : Même si, comme je l’ai dit, cer­taines ins­ti­tu­tions juives sont der­rière la cam­pagne anti-​Gibson, un nombre non négli­geable de Juifs amé­ri­cains sou­tiennent publi­que­ment le film, y com­pris des jour­na­listes (Medved, Horowitz) et des rab­bins. Le débat est extrê­me­ment vigou­reux au sein de la com­mu­nau­té juive amé­ri­caine, et les cri­tiques sont cin­glantes contre la stra­té­gie de l’Anti Defamation League, y com­pris à l’in­té­rieur même de cet orga­nisme. C’est ain­si qu’en novembre der­nier Foxman, patron de l’ADL, a « viré « le rab­bin Eugene Korn, direc­teur des rela­tions inter-​religieuses, en rai­son d’un désac­cord quant à l’at­ti­tude à obser­ver vis-​à-​vis de Mel Gibson et de son film.

Fideliter : Mais quelle est la réac­tion du public, le grand oublié de toute cette polémique ?

Daniel Hamiche : L’attente de ce film, dans le public amé­ri­cain, est consi­dé­rable. Une simple anec­dote en dit long. Quand Icon Productions, dans son opé­ra­tion de contre-​offensive, déci­da de confier, le 14 juillet der­nier, un trai­ler (une sorte de bande-​annonce qui avait été réa­li­sée en interne) au site inter­net AintltCool, spé­cia­li­sé dans les bandes-​annonces de films à paraître, il y eut, dans cette seule jour­née, 350 000 ten­ta­tives de télé­char­ge­ment. La bande pas­sante n’y résis­ta pas, et le res­pon­sable du site se débar­ras­sa le soir même du trai­ler au pro­fit d’un autre site com­pa­rable, TheMovieBox, qui, à son tour, devant le nombre exces­sif de connexions, dut, dans la jour­née, le 21/​11/​03 repas­ser à un troi­sième site. Du jamais vu sur internet !

Fideliter : Finalement, quand pourrons-​nous voir ce film ?

Daniel Hamiche : La dif­fi­cul­té majeure, jus­qu’i­ci, était que les grandes com­pa­gnies de dis­tri­bu­tion s’é­taient récu­sées le film ris­quait tout sim­ple­ment de ne pas être dis­tri­bué en salles. Le pro­blème est réso­lu à pré­sent, puisque Icon Productions a trou­vé son dis­tri­bu­teur amé­ri­cain, Newmarket. On est donc assu­ré de voir le film sur les écrans des états-​Unis le 25 février pro­chain, mer­cre­di des Cendres et, vrai­sem­bla­ble­ment à la même date, sur ceux du Royaume-​Uni, d’Australie et de Nouvelle-​Zélande, puisque Icon pos­sède des filiales de dis­tri­bu­tion dans ces pays. Pour ce qui est de le voir en France, c’est une tout autre his­toire. Actuellement, aucune dis­tri­bu­tion n’est annon­cée pour l’Europe conti­nen­tale. Les trac­ta­tions doivent se pour­suivre. C’est pour­quoi nous devons nous mobi­li­ser, afin d’en­cou­ra­ger les dis­tri­bu­teurs et les gérants de ciné­ma à pro­po­ser dans toute la France ce film excep­tion­nel. Cette mobi­li­sa­tion, je l’ai lan­cée et je la pour­suis avec l’as­so­cia­tion « Pro « Passio »(***). Et j’es­père bien pou­voir faire paraître, dans les pro­chaines semaines, un livre sur cette aven­ture extra­or­di­naire La Passion de Mel Gibson de A à Z.

(***):Daniel Hamiche vient de créer l’as­so­cia­tion « Pro Passio », dont l’ob­jet prin­ci­pal est de ras­sem­bler toutes les per­sonnes qui veulent sou­te­nir, défendre et pro­mou­voir le film « The Passion of the Christ ». Cette asso­cia­tion publie un bul­le­tin men­suel du même nom. Adhésion annuelle à l’as­so­cia­tion 20 euros (elle com­prend le ser­vice du bulletin).

« Pro Passio »
22 rue Didot
75014 Paris

01 45 41 29 39
propassio@free.fr

Par Jean-​Baptiste Chaumeil

Une éducation catholique

Mel Gibson est un acteur de ciné­ma ame­ri­cain, l’une des plus grandes stars actuelles (un récent son­dage Sofres l’a clas­sé par­mi les quinze plus grands acteurs étran­gers du XXº siècle ; en 2000–2001, il a fait quatre mil­lions et demi d’en­trées en France pour trois films ; ses reve­nus en 2002 se sont éle­vés à qua­rante mil­lions de dol­lars). Par ailleurs, Mel Gibson est un catho­lique tra­di­tio­na­liste pra­ti­quant, marié et père de sept enfants, dont le der­nier est né en 1999.
Evidemment, Mel Gibson n’a pas tou­jours été une star. Il n’a pas non plus tou­jours été un aus­si bon catho­lique qu’il l’est aujourd’­hui. Voyons cela de plus près.

Mel Columcille Gérard Gibson est né le 3janvier 1956 à Peekskill, dans l’é­tat de New York, le sixième enfant d’une famille qui en com­porte onze. Le père de Mel, Hutton Gibson, est employé aux che­mins de fer de New York. Estimant qu’il ne lui est pas pos­sible d’é­le­ver cor­rec­te­ment ses enfants en ville, Hutton décide de s’ins­tal­ler à Croton on Hudson, au Nord, puis à Verplank Port. En 1961, la famille Gibson s’ins­talle car­ré­ment dans une ferme au Mont Vision. Conservant son tra­vail en ville, Hutton s’oc­cupe de la ferme le week-​end, son épouse Arme et ses enfants pre­nant le relais pen­dant la semaine.
En 1964, Hutton a un acci­dent du tra­vail et perd son emploi. La baisse de reve­nus qui en résulte oblige les Gibson à démé­na­ger et les plus grands des enfants à tra­vailler. Hutton engage un pro­cès contre la com­pa­gnie de che­mins de fer, pro­cès qui dure trois ans et dont Hutton sort vic­to­rieux avec 145 000 $ d’in­dem­ni­tés, qui s’a­joutent aux 21.000$ qu’il avait gagnés dans un jeu télévisé.

Hutton décide alors d’é­mi­grer en Australie, le pays de la famille de son épouse. Le voyage se déroule en pas­sant par l’Irlande, l’é­cosse, l’Angleterre et Rome.
La famille arrive en Australie en novembre 1968 et s’ins­talle au nord de Sydney. Hutton est un catho­lique pro­fon­dé­ment atta­ché à la Tradition, et il réagit face à la crise doc­tri­nale et litur­gique qui déferle à peu près au moment de son ins­tal­la­tion en Australie. Il sera ain­si le fon­da­teur de l’ac­tuelle cha­pelle de la Fraternité Saint-​Pie X à Sidney mais, au fil des années, évo­lue­ra de plus en plus net­te­ment vers le sédé­va­can­tisme, ce qui l’a­mè­ne­ra à rompre avec la Fraternité.
Pour sa part, Mel est édu­qué dans cette atmo­sphère pro­fon­dé­ment catho­lique et envoyé au col­lège Saint-​Léon tenu par les Christian Brothers, où on se moque de lui à cause de son accent. Au cours de sa sco­la­ri­té, le jeune Mel connaît une crise d’a­do­les­cence : rebelle aux règle­ments, il fume, se bagarre, n’est pas le der­nier à sor­tir avec les filles et devient peu à peu un Australien typique.
Bien qu’ayant envi­sa­gé le sacer­doce, puis le jour­na­lisme, il devient après ses études sim­ple­ment employé dans une usine de jus d’o­range à Sydney. Sa soeur Sheyla, qui avait par­ti­cu­liè­re­ment appré­cié ses farces et imi­ta­tions, rem­plit à son insu un for­mu­laire de can­di­da­ture à “Université de New South Wales pour l’ins­ti­tut d’Art dra­ma­tique. A sa grande sur­prise, Mel est admis dans cet Institut.

Rare : une star catholique « tradi » !

Il tourne son pre­mier film, Summer City, en 1977, film qui obtient un cer­tain suc­cès. Il joue aus­si pour la TV dans The Sullivans, mais sup­porte mal les contraintes de ce type de tra­vail. Membre de la South Australian Theatre Compagnie, il joue En atten­dant Godot de Beckett.
Nouvellement ins­tal­lé à Adélaïde où il loue une chambre dans une rési­dence pour étu­diants, Mel fait la connais­sance de Robyn Moore, une jeune fille qui tra­vaille comme assis­tante den­taire. Ils se marient en juin 1980.
L’agent artis­tique de Mel, à cette époque, arrive à lui obte­nir une audi­tion devant Georges Miller, qui pré­pare un film d’an­ti­ci­pa­tion. Mais notre jeune acteur est encore un joyeux luron.
La nuit pré­cé­dant cette audi­tion, ayant bu avec excès lors d’une par­ty, il se trouve impli­qué dans une vio­lente bagarre avec trois autres hommes. Mel se pré­sente donc à l’au­di­tion avec des pan­se­ments, des bleus sur tout le visage et, pour cou­ron­ner le tout, la mâchoire déboîtée.
Contrairement à ses craintes, cette appa­ri­tion enthou­siasme Georges Miller qui l’en­gage sur-​le-​champ pour être Max Rocktansky dans Mad Max (1979), l’un des films les plus vio­lents de l’his­toire du ciné­ma, mais éga­le­ment l’un des plus ren­tables en rai­son d’un suc­cès monstre quoique inespéré.

Met pour­suit sa for­ma­tion théâ­trale en jouant dans Odipe Roi ou Henri IV, mais aus­si au ciné­ma dans Tim (écrit par Colleen Mac Cullough, l’au­teur de Les oiseaux se cachent pour mou­rir). Il obtient l’Award aus­tra­lien du meilleur acteur.
Mel joue ensuite dans Gallipoli et gagne pour ce rôle son deuxième » Best ActorAward « . Mais c’est après Mad Max 2, sor­ti en 1981 et qui est un énorme suc­cès dans le monde, que Mel Gibson devient une star aux états-​Unis. Il enchaîne alors les tour­nages, The year of Living Dangerously (1982), Attack Force Z (1982), The River (1984), The Bounty (1984).
Il joue­ra ensuite avec les meilleurs réa­li­sa­teurs et les plus grandes vedettes du ciné­ma mon­dial, Jodie Foster, Milla Jovovitch, lina Turner, Jet Li, Burt Reynold, Sylvester Stallone, Clint Eastwood, Kurt Russel, Michelle Pfeiffer, Julia Roberts, etc.
Après son rôle dans Mad Max 3 (1985) et Lethal Weapon (L’arme fatale, 1987), Mel Gibson s’a­chète un ranch dans Kiewa Valley in Nothern Victoria et une mai­son à Malibu.

Mel Gibson devient réa­li­sa­teur en 1993 pour le film The man without a face. Il crée alors sa propre mai­son de pro­duc­tion, lcon Productions (un nom bien carac­té­ris­tique de ses convic­tions reli­gieuses retrou­vées, ou du moins réno­vées) et signe avec la com­pa­gnie Warner un contrat pour quatre films.
Mais c’est Braveheart, réa­li­sé par lui en 1995 sur William Wallace, héros écos­sais de la guerre contre le roi Henri 1er, qui le fait entrer dans la cour des grands réalisateurs.
Parmi ses der­niers tra­vaux, le film Patriot, la comé­die Ce que veulent les femmes et les des­sins ani­més Pocahontas et Chicken Run, dont il est une des voix.
Star inter­na­tio­nale depuis vingt ans, Mr Gibson ne prend pas sa célé­bri­té trop au tra­gique et se consacre à sa nom­breuse famille, dans le cadre d’une vie chre­tienne fer­vente : chose bien peu fré­quente à Hollywood.