Les intégristes du Concile- Abbé Ludovic Girod – Sainte-​Ampoule n° 172

Les intégristes du Concile
Abbé Ludovic Girod

Une grande nou­velle est venue nous réjouir en ce début d’an­née : les excom­mu­ni­ca­tions de nos quatre évêques, que nous avions tou­jours tenues pour nulles et sans effet, sont levées sans condi­tion par un décret de la Congrégation pour les évêques. Le deuxième préa­lable à des dis­cus­sions doc­tri­nales est désor­mais acquis, quelques dix huit mois après la décla­ra­tion selon laquelle la messe de saint Pie V n’a­vait jamais été abro­gée. Vous trou­ve­rez dans ce numé­ro de la Sainte Ampoule une série de com­mu­ni­qués offi­ciels concer­nant cet évé­ne­ment historique.

Je vou­drais reve­nir sur les réac­tions des évêques en poste dans les dio­cèses, spé­cia­le­ment en France. Nos têtes mitrées ne peuvent évi­dem­ment s’op­po­ser fron­ta­le­ment à une déci­sion du Saint Siège. Ils sou­lignent avec insis­tance dans leurs décla­ra­tions que les prêtres de la Fraternité res­tent frap­pés de la peine de la sus­pens a divi­nis (inter­dic­tion de don­ner les sacre­ments) et que la Fraternité n’a aucun sta­tut cano­nique. Rappelons que la Fraternité a depuis sa fon­da­tion un sta­tut par­fai­te­ment régu­lier et qu’elle a été sup­pri­mée après un simu­lacre de juge­ment et une condam­na­tion illé­gale. Mais sur­tout, ils défendent le concile Vatican II bec et ongles, avec ce qui res­semble à l’éner­gie du déses­poir. Leur pro­fes­sion de foi se résume à : « le concile, tout le concile, rien que le concile ». Le Conseil per­ma­nent des évêques de France déclare ain­si le 28 jan­vier : « En aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négo­ciable ». Mgr Stenger, évêque de Troyes, ren­ché­rit dans l’Est Eclair du 6 février : « Mais je rap­pelle encore une fois que pour être au sein de l’Eglise catho­lique, il existe une condi­tion abso­lue : recon­naître le concile Vatican II ». Le car­di­nal Decourtray par­lait déjà en 1988 d’une accep­ta­tion du concile « dans sa tota­li­té ». En bref, vous pou­vez être catho­lique et tout bra­der, tout nier : divi­ni­té du Christ, vir­gi­ni­té de Marie, pré­sence réelle de Notre- Seigneur dans l’Eucharistie, mais il reste une chose sur laquelle ces évêques, gar­diens de la foi, ne tran­si­ge­ront jamais : le concile Vatican II. C’est un inté­res­sant phé­no­mène d’ultra-​conservatisme des acquis du concile, d’in­té­gra­lisme farouche que nous n’hé­si­tons pas à qua­li­fier d’intégrisme.

Quand ces évêques parlent du concile, il faut noter tout d’a­bord qu’ils n’en retiennent que ce qui les inté­resse, soit pré­ci­sé­ment ce qui s’op­pose à l’en­sei­gne­ment constant du Magistère de l’Eglise, à vingt siècles de pré­di­ca­tions et de conciles. M’est avis que cer­tains para­graphes comme « L’usage de la langue latine, sauf droit par­ti­cu­lier, sera conser­vé dans les rites latins » (Sacrosanctum Concilium, n°36), ou encore « Les évêques [.] reçoivent du Seigneur, à qui tout pou­voir a été don­né au ciel et sur la terre, la mis­sion d’en­sei­gner à toutes les nations et de prê­cher l’Evangile à toute créa­ture , afin que par la foi, le bap­tême et l’ob­ser­vance des com­man­de­ments, tous les hommes par­viennent au salut » (Lumen Gentium, n°24) re retiennent pas prin­ci­pa­le­ment leur attention.

Remarquons ensuite que les évêques sont sur la défen­sive. Ils ont déjà dû ava­ler le Motu Proprio sur la messe, même si leurs manoeuvres limitent au maxi­mum le nombre des messes tra­di­tion­nelles. Ils leur faut main­te­nant ingur­gi­ter la levée des excom­mu­ni­ca­tions. Le pro­blème qui demeure n’est donc plus essen­tiel­le­ment litur­gique, ni cano­nique, mais bien dog­ma­tique. Nous arri­vons au coeur même du pro­blème qui empoi­sonne l’Eglise : le concile Vatican II et ses erreurs. Si le Concile reste en place sans que le Magistère ne cor­rige ses erreurs (et lui seul peut le faire), aucune res­tau­ra­tion véri­table de la foi ne sera pos­sible. Peut être les effets sem­ble­ront moins effrayants, avec un peu plus de latin et de dorures, mais les prin­cipes empoi­son­nés, qui hélas se sont intro­duits dans l’Eglise, conti­nue­ront à déve­lop­per leurs consé­quences létales. Le faux oecu­mé­nisme n’en fini­ra pas de sté­ri­li­ser l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise, la liber­té reli­gieuse ne fera qu’é­ta­blir plus soli­de­ment dans nos pays l’a­théisme d’é­tat qui en arrive main­te­nant au mépris affi­ché de la loi natu­relle elle-​même, et la fausse col­lé­gia­li­té empê­che­ra tout gou­ver­ne­ment effi­cace de l’Eglise. C’est donc là qu’il faut por­ter le fer car aucune inter­pré­ta­tion cor­recte de ces textes ne se peut conce­voir. Une her­mé­neu­tique de la conti­nui­té se heurte ici au prin­cipe de non contra­dic­tion. On pour­ra tordre les textes dans tous les sens, mais la liber­té reli­gieuse reste une nou­veau­té inouïe, contre­dite par toute la Tradition et l’Ecriture.

Monseigneur Fellay nous indique très clai­re­ment, dans sa lettre au pape du 15 décembre, la seule posi­tion cohé­rente sur ce problème :

« Nous sommes prêts à écrire avec notre sang le Credo, à signer le ser­ment anti­mo­der­niste, la pro­fes­sion de foi de Pie IV, nous accep­tons et fai­sons nôtres tous les conciles jus­qu’à Vatican I. Mans nous ne pou­vons qu’é­mettre des réserves au sujet du Concile Vatican II, qui s’est vou­lu un concile « dif­fé­rent des autres » (cf. dis­cours des Papes Jean XXIII et Paul VI). Il s’est vou­lu pas­to­ral et n’a rien vou­lu défi­nir, mais être beau­coup plus modeste. Alors pour­quoi le mettre sur le même niveau que les autres ? Nous ne refu­sons pas le concile en bloc. Ce qui est repris du Magistère constant de l’Eglise nous l’ac­cep­tons, mais nous refu­sons les nou­veau­tés – et sur­tout un cer­tain esprit – qui sont contraires au Magistère de l’Eglise ».

Continuons sans nous las­ser ce bon com­bat de la foi qu’a mené l’a­pôtre saint Paul jus­qu’à l’ex­trême limite de ses forces et prions pour le pape Benoît XVI qui aura encore besoin de beau­coup de cou­rage et de lumières d’en haut.

Abbé Ludovic Girod in La Sainte Ampoule n° 172