Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du séminaire St-​Curé-​d’Ars n° 78


Le Couronnement de la Sainte Vierge Marie

Abbé Patrick Troadec,
Directeur du séminaire

Depuis 1997, après une lettre aux amis et bien­fai­teurs por­tant sur le rosaire, nous vous avons chaque année, au mois d’oc­tobre, pré­sen­té l’un des mys­tères du rosaire. Voici que le cycle des quinze mys­tères se clôt aujourd’­hui par la médi­ta­tion du der­nier mys­tère glorieux.

Saint Bernard disait : De Maria num­quam satis, « de la Sainte Vierge, on ne par­le­ra jamais assez ». On ne pour­ra jamais décrire la splen­deur, la majes­té, la beau­té de la Reine du Ciel. Elle est vrai­ment le chef-​d’oeuvre, le joyau de la créa­tion. Sa beau­té dépasse infi­ni­ment celle du plus grand saint, celle du plus éle­vé des anges. « Dieu aurait pu créer un monde plus grand et plus par­fait, mais il ne pou­vait rien réa­li­ser de plus digne que Marie », affir­mait saint Bonaventure. 

Contemplons l’ac­cueil que Marie reçut au Ciel, lors de son assomp­tion, ain­si que son cou­ron­ne­ment. Lorsque Notre-​Dame est arri­vée au Ciel, une fois ren­dus les pre­miers hom­mages, une fois mani­fes­tées les pre­mières marques d’a­mour et de véné­ra­tion, Notre-​Seigneur s’est cer­tai­ne­ment appro­ché d’elle pour la conduire jus­qu’à son trône, éta­bli au-​dessus de toutes les créatures. 

Malheureusement les mots manquent pour décrire ce spec­tacle. S’il est vrai, comme le dit saint Paul, que « l’oeil de l’homme n’a pas vu, l’o­reille de l’homme n’a pas enten­du, le coeur de l’homme n’a pas éprou­vé ce que Dieu a pré­pa­ré à ceux qu’il aime » (1 Co 11, 9), que pen­ser de l’ac­cueil réser­vé par Notre-​Seigneur à sa très sainte Mère ? Il fau­dra attendre le Ciel pour nous rendre compte de l’é­ten­due des hon­neurs ren­dus par Notre-​Seigneur à sa sainte Mère. 

La femme du livre de l’Apocalypse 

Lorsque l’on ne par­vient pas à décrire par­fai­te­ment des réa­li­tés qui nous dépassent, on recourt à des images, à des repré­sen­ta­tions sen­sibles. Ainsi, pour repré­sen­ter l’é­ten­due du triomphe de Notre-​Dame au Ciel, l’Église lui applique ces paroles du livre de l’Apocalypse : « Un grand signe parut dans le Ciel : une femme revê­tue du soleil, la lune sous les pieds et sur la tête une cou­ronne de douze étoiles. » (Ap 12, 1)

Cette « femme revê­tue du soleil », c’est la Sainte Vierge. Le soleil, c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ, lui qui est appe­lé le « Soleil de jus­tice » dans l’Ancien Testament. Saint Paul consi­dé­rant Notre-​Seigneur comme un vête­ment disait à ses fidèles : « Revêtez-​vous du Seigneur Jésus-​Christ. » (Rm 13, 14). C’est bien ce qu’a fait Notre-​Dame. Elle a été comme enve­lop­pée par la divi­ni­té, de par l’in­ti­mi­té qui l’u­nis­sait à son divin Fils. Elle était toute péné­trée des rayons divins. 

Cette femme du livre de l’Apocalypse a « la lune sous ses pieds ». La lune est à la fois le sym­bole de la cor­rup­tion et du chan­ge­ment, mais elle est aus­si le sym­bole de l’Église. 

La Sainte Vierge a la lune sous ses pieds pour mani­fes­ter sa constance, son éga­li­té d’hu­meur, sa fidé­li­té. Elle n’é­tait pas ver­sa­tile, elle est tou­jours res­tée au-​dessus de tout chan­ge­ment et de toute cor­rup­tion. Rappelez-​vous l’i­mage du buis­son ardent, qu’a vu Moïse et qui brû­lait sans se consu­mer. Ce buis­son était une figure de la Sainte Vierge, qui ne devait ni perdre sa vir­gi­ni­té par sa mater­ni­té, ni connaître la cor­rup­tion du tom­beau. Loin d’être luna­tique, la Sainte Vierge est donc res­tée tou­jours constante dans sa fidé­li­té à Dieu et à son divin Fils. 

La lune repré­sente aus­si l’Église. Sous ce rap­port, la Sainte Vierge, revê­tue du soleil, appa­raît comme média­trice entre Notre-​Seigneur, « Soleil de jus­tice », et l’Église, dont elle est la figure. C’est par la Sainte Vierge que nous avons reçu Notre-​Seigneur et c’est aus­si par elle que nous retour­ne­rons à Dieu. 

Les douze étoiles 

Que signi­fient les douze étoiles qui cou­ronnent la tête de Notre-​Dame ? Selon les auteurs mys­tiques, elles sym­bo­lisent les douze pré­ro­ga­tives de la Sainte Vierge. Saint Bernard dit que les quatre pre­mières sont des pré­ro­ga­tives célestes, les quatre sui­vantes des pré­ro­ga­tives cor­po­relles et enfin les quatre der­nières des pré­ro­ga­tives du coeur.

Les quatre pre­mières regardent son imma­cu­lée concep­tion, la salu­ta­tion de l’ange Gabriel, la venue de l’Esprit-​Saint et enfin la concep­tion de Notre-Seigneur. 

Les quatre sui­vantes concernent sa vir­gi­ni­té, sa mater­ni­té imma­cu­lée, son enfan­te­ment sans dou­leur et son assomption.

Enfin les quatre der­nières, que je vou­drais décrire, sont sa dis­cré­tion, son humi­li­té, sa foi et son mar­tyre du coeur. Pourquoi nous pen­cher plus par­ti­cu­liè­re­ment sur ces quatre notes dis­tinc­tives qui regardent le coeur de la Sainte Vierge ? Certes les pre­mières grâces sont tout à fait sublimes, mais elles res­tent le pri­vi­lège exclu­sif de Notre- Dame, tan­dis que nous pou­vons par­ti­ci­per à notre mesure à ces quatre der­nières vertus.

La discrétion

La Sainte Vierge était dis­crète. Elle ne se répan­dait pas au dehors en vains bavar­dages. Dans le texte entier des quatre Évangiles, il n’y a que quatre pas­sages qui nous rap­portent des paroles Notre-Dame. 

La pre­mière fois, elle s’a­dresse à l’ange, mais uni­que­ment après que lui­même lui a par­lé à deux reprises. 

Ensuite, chez sa cou­sine Élisabeth, elle parle à nou­veau lorsque, louée par sa cou­sine, elle s’empresse de rap­por­ter ces louanges au Bon Dieu à tra­vers son Magnificat.

La troi­sième fois, c’est lorsque Notre-​Seigneur, âgé de douze ans, les a lais­sés, elle et saint Joseph, dans l’an­goisse pen­dant trois jours lors­qu’il est res­té au Temple. Elle lui adresse alors un doux reproche, ne com­pre­nant pas son atti­tude à son égard. 

Enfin, la der­nière fois, c’est aux noces de Cana, et c’est là uni­que­ment par cha­ri­té pour les époux et les convives. 

Sinon, tout au long de la vie de Notre-​Seigneur, Notre-​Dame n’ap­pa­raît pas. Elle reste cachée. Elle en connaît bien plus long que les autres saintes Femmes et que les Apôtres sur Notre-​Seigneur et sur le Bon Dieu, mais au lieu de se répandre au dehors, « elle conserve toutes ces choses dans son coeur » (Lc 2, 19 et 51), comme le rap­porte l’é­van­gé­liste saint Luc.

Dans les Actes des Apôtres, il est fait men­tion de la retraite au Cénacle qui sui­vit l’as­cen­sion de Notre-​Seigneur, mais dans la dési­gna­tion des gens qui sont pré­sents, la Sainte Vierge, qui aurait dû être nom­mée la pre­mière, est nom­mée la der­nière. C’est dire com­ment elle a su tout au long de sa vie se mettre à la der­nière place ! La Sainte Vierge était donc dis­crète, effa­cée, intérieure. 

L’humilité

A sa dis­cré­tion, la Sainte Vierge a joint la plus grande humi­li­té. Cette humi­li­té se remarque non seule­ment dans sa pro­pen­sion au silence, mais éga­le­ment à tra­vers ses paroles. 

Lorsque l’ange la nomme comme la Mère de Dieu, elle lui répond sim­ple­ment qu’elle en est la servante. 

Quand sa cou­sine fait son éloge, elle ren­voie toute la louange au Bon Dieu : « Mon âme magni­fie le Seigneur [qui] a bais­sé les yeux vers son humble ser­vante ». (Lc 1, 47–48)

Son humi­li­té n’est pas pour autant étroi­tesse d’es­prit ou peti­tesse d’âme. Elle est au contraire source de la plus grande géné­ro­si­té et lui per­met­tra de faire de grandes choses. 

La fausse humi­li­té prend pré­texte de sa fai­blesse pour capi­tu­ler devant l’ef­fort, pour démis­sion­ner à la moindre dif­fi­cul­té, tan­dis que la véri­table humi­li­té connaît ses limites, mais sait s’ap­puyer sur Dieu pour vaincre les obs­tacles qu’elle ren­contre sur son chemin. 

La foi

Discrétion, humi­li­té, foi extra­or­di­naire… Ève s’é­tait lais­sé ten­ter en écou­tant la voix du Démon, et Notre-​Dame a su répa­rer sa faute en croyant à la parole de l’ange qui lui dit qu’elle devien­drait Mère de Dieu sans perdre sa vir­gi­ni­té. Et c’est bien en rai­son de sa foi que sa cou­sine Élisabeth peut faire son éloge : « Bienheureuse vous qui avez cru que ce qui vous a été annon­cé de la part de Dieu s’ac­com­pli­rait ! » (Lc 1, 45) 

Cette foi inébran­lable, Notre-​Dame la conser­ve­ra jus­qu’au moment de la Passion, où tout humai­ne­ment semble ter­mi­né. C’est cette foi qui lui per­met­tra de res­ter debout au pied de la croix. Et c’est pour­quoi on attri­bue à la Sainte Vierge le mérite d’a­voir vain­cu, par sa foi sans faille, toutes les héré­sies du monde entier. 

Le martyre du coeur 

Enfin, à sa foi, Marie a joint le mar­tyre du coeur. C’est là au dire de saint Bernard la dou­zième étoile de son dia­dème. La Sainte Vierge a endu­ré dans son coeur tout ce que Notre-​Seigneur a souf­fert dans son corps.

Toute mère digne de ce nom ne peut res­ter indif­fé­rente face à la souf­france de son enfant, de la chair de sa chair. 

Que pen­ser alors de la dou­leur de Notre-​Dame voyant son Fils unique broyé par la souf­france ? Et il ne fau­drait pas croire que cette souf­france fut pas­sa­gère. Dès son enfance, elle connais­sait les pro­phé­ties et elle souf­frait déjà à la pen­sée de l’in­gra­ti­tude des hommes vis-​à-​vis de l’Homme-​Dieu. Mais cette souf­france s’ac­crut lors­qu’elle en est deve­nue la Mère. Lorsque le pro­phète Siméon lui dit qu’un glaive de dou­leur trans­per­ce­rait son âme, elle com­prit la cause et l’é­ten­due de la souf­france qui l’at­ten­dait. Ensuite, plus elle consi­dé­rait la bon­té de son Fils pour les hommes, plus elle souf­frait de pen­ser à la gra­vi­té des souf­frances que lui feraient subir ses créa­tures. C’est pour­quoi, au moment de la Passion, on lui applique les paroles du pro­phète Jérémie : « Ô vous qui pas­sez par le che­min, voyez s’il existe une dou­leur sem­blable à la mienne. » (Lm 1, 12) 

Il ne tient donc qu’à nous de suivre la Sainte Vierge sur la voie de la dis­cré­tion, de l’hu­mi­li­té, de la foi et de la croix. 

Soyons des âmes inté­rieures, pra­ti­quons la ver­tu d’hu­mi­li­té en recon­nais­sant nos fai­blesses, gran­dis­sons dans la foi, spé­cia­le­ment dans ce siècle où tant d’hommes et de femmes vivent loin de Dieu, et enfin sachons accep­ter le mys­tère de la croix dans notre propre vie. 

Nous pour­rons ain­si hono­rer véri­ta­ble­ment la Sainte Vierge sur la terre et méri­ter d’ac­cé­der un jour au bon­heur éter­nel du Ciel.

Soutenons tous ces jeunes gens appe­lés par Dieu à oeu­vrer à la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes. Cette année, nous aurons à nou­veau une tren­taine de frères et de sémi­na­ristes dans nos murs ain­si que quatre prêtres, Monsieur l’ab­bé Vincent Callier ayant été rem­pla­cé par Monsieur l’ab­bé Pierre-​Marie Berthe. Les sémi­na­ristes sont atten­dus same­di pro­chain, le 6 octobre. 

Puisse Notre-​Dame bénir du haut du Ciel les sémi­na­ristes et frères de la nou­velle pro­mo­tion. Nous les confions à vos prières, chers amis et bienfaiteurs. 

Nous vous remer­cions éga­le­ment pour votre sou­tien finan­cier. En effet, la pen­sion deman­dée aux sémi­na­ristes est loin de cou­vrir les dépenses cou­rantes du Séminaire et plu­sieurs par­mi eux n’ont pas les moyens de la payer. Soyez assu­rés de nos prières fer­ventes et de notre gratitude.

Abbé Patrick Troadec, Directeur,

Le 2 octobre 2012, en la fête des Saints Anges Gardiens

Chronique du séminaire Saint-​Curé-​d’Ars de Flavigny de juin à septembre 2012

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Renseignements pratiques

Messes à Flavigny : 

- semaine : 7 H 15 (ou 6 H 50)
– dimanche : 7 H 20 – 10 H 15 (messe chan­tée), 17 H 00 (vêpres et salut). 

Pension d’un séminariste 

Nous vous remer­cions du sou­tien que vous pro­cu­rez aux sémi­na­ristes
et de l’aide appor­tée à l’Œuvre du Séminaire

- 18 € par jour, soit envi­ron 4 302 € par an 

Pour aider le Séminaire : 

– Les chèques sont à libel­ler à l’ordre de : Séminaire Saint-Curé‑d’Ars

- Pour aider régu­liè­re­ment le Séminaire, vous pou­vez uti­li­ser le vire­ment auto­ma­tique en faveur de notre compte au Crédit Mutuel de Venarey-​les-​Laumes (21) : 10278 02511 n° 00051861345 24. 

Nous vous en remer­cions. Un reçu fis­cal vous sera adres­sé sauf men­tion contraire. 

Adresse :

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Saint-Curé‑d’Ars
Maison Lacordaire
F 21150 FLAVIGNY-SUR-OZERAIN 

03 80 96 20 74
03 80 96 25 32

Entretiens avec monsieur l’abbé Troadec, Directeur du séminaire 

Entretien de jan­vier 2011 : Les fins der­nières dans les Psaumes
Entretien de jan­vier 2011 : pré­sen­ta­tion des 17 sémi­na­ristes qui vont prendre la sou­tane
Entretien d’oc­tobre 2003