Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du séminaire St-​Curé-​d’Ars n° 80 – Entretien avec M. l’abbé Patrick Troadec

Entretien avec M. l’abbé Patrick Troadec

Abbé Patrick Troadec,
Directeur du séminaire

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Entretien avec M. l’abbé Patrick Troadec

Qui dis­pense la for­ma­tion aux sémi­na­ristes et aux frères ?

Abbé Troadec – A Flavigny, nous sommes quatre prêtres. Monsieur l’ab­bé LAURENÇON donne les cours d’Écriture Sainte, Monsieur l’ab­bé GODARD enseigne la litur­gie et Monsieur l’ab­bé BERTHE la patro­lo­gie. Quant à moi, je donne les cours de spi­ri­tua­li­té et des actes du magis­tère. Pour le latin, les sémi­na­ristes sont répar­tis en trois niveaux, avec pour ensei­gnants Monsieur l’ab­bé LAURENÇON, Monsieur l’ab­bé BERTHE et le Frère Cyrille-​Marie. Les cours de chant gré­go­rien sont don­nés par Frère Benoît.

Chaque année, vous rece­vez une nou­velle pro­mo­tion. Sont-​elles toutes semblables ? 

Les pro­mo­tions se res­semblent dans le sens où l’on retrouve chaque année la même fraî­cheur, la même géné­ro­si­té, le même enthou­siasme, fruits du don pre­mier que le sémi­na­riste a fait de sa vie à Dieu. La pre­mière année est un petit peu comme la période des fian­çailles avec le bon Dieu. Cependant, il y a chaque année une note domi­nante. Par exemple, cette année, c’est le nombre d’é­tran­gers en pro­por­tion du nombre de Français. Au début de l’an­née, nous avions 8 étran­gers sur les 19 nou­veaux sémi­na­ristes et frères. L’année pré­cé­dente, c’é­tait le nombre de conver­tis qui était rela­ti­ve­ment important.

Avez-​vous consta­té des dif­fé­rences entre les jeunes gens qui entrent au sémi­naire aujourd’­hui et ceux que vous avez connus en arri­vant à Flavigny il y a 17 ans ? 

Les sémi­na­ristes d’au­jourd’­hui sont aus­si pieux, géné­reux et récep­tifs que ceux que j’ai connus à mes débuts. Cependant, cer­taines carac­té­ris­tiques de la jeu­nesse, propres à leur époque, marquent une par­tie d’entre eux. Ainsi, il y a quinze ans, je par­lais de sémi­na­ristes à la men­ta­li­té « fast-​food », c’est-​à-​dire recher­chant dans le domaine intel­lec­tuel une nour­ri­ture pré­di­gé­rée. Ils avaient plus de mal à abor­der des sujets spé­cu­la­tifs que la géné­ra­tion pré­cé­dente. Cinq ans plus tard, des sémi­na­ristes ont mani­fes­té une ten­dance au « zap­ping », due à des dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion. Par exemple, il est plus dif­fi­cile aujourd’­hui de choi­sir en lec­ture de table un livre de 400 pages qu’il y a dix ans, ou encore de don­ner une longue série de confé­rences sur un même thème.

Il y a deux ans, cer­tains sémi­na­ristes ont mani­fes­té une tour­nure d’es­prit liée à mon avis à l’u­sage assi­du d’Internet. Vivant à l’ère de « clic », ils ont appris à cher­cher des réponses à leurs ques­tions sur Google. Résultat : des sémi­na­ristes, dès leur entrée au sémi­naire, sou­hai­te­raient des réponses toutes faites à des ques­tions d’ordre phi­lo­so­phique, théo­lo­gique ou tou­chant la crise de l’Église, alors qu’ils n’ont pas encore le bagage intel­lec­tuel suf­fi­sant pour les com­prendre. De plus, ils n’ont pas tou­jours le sens des nuances. L’ordinateur est binaire, mais la réa­li­té est plus com­plexe. Dès que l’on parle de Dieu et des mys­tères de la reli­gion, on uti­lise des termes ana­lo­giques et non des termes univoques.

Ainsi, l’u­sage abu­sif d’Internet rend plus dif­fi­cile pour cer­tains sémi­na­ristes l’ac­qui­si­tion de la science phi­lo­so­phique et théo­lo­gique. À cela s’a­joute la crise d’au­to­ri­té qui touche aujourd’­hui non seule­ment la socié­té civile mais l’Église elle-​même. La perte du sens de l’au­to­ri­té peut éga­le­ment être pré­ju­di­ciable pour la for­ma­tion de cer­tains séminaristes.

Heureusement, ces fai­blesses sont loin de tou­cher l’en­semble des sémi­na­ristes, et elles peuvent s’es­tom­per, voire dis­pa­raître avec le temps par la for­ma­tion dis­pen­sée au sémi­naire, et sur­tout par le contact intime que le sémi­na­riste entre­tient avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Préférez-​vous que les jeunes gens entrent tout de suite au sémi­naire après le bac ou qu’ils fassent des études supérieures ?

Il n’y a pas ici, à mon avis, de réponse toute faite. La voca­tion peut être com­pa­rée à un fruit. Elle mûrit pro­gres­si­ve­ment. Il y a donc deux écueils à évi­ter : celui de le cueillir trop tôt et celui de le cueillir trop tard.

Lorsqu’un jeune homme est issu d’une bonne famille et a été for­mé dans une école fon­ciè­re­ment catho­lique, il n’est pas rare qu’il ait dès la sor­tie des études secon­daires la matu­ri­té suf­fi­sante pour entrer au sémi­naire, mal­gré son jeune âge. Cependant ce n’est pas le cas de tous. Dans cer­tains cas, la voca­tion n’est pas suf­fi­sam­ment assu­rée ; d’autres fois, c’est la ver­tu qui n’est pas encore enra­ci­née, ou le bagage intel­lec­tuel qui est insuf­fi­sant ; ou encore le jeune homme a un esprit col­lé­gien… Bref, de nom­breux motifs peuvent me conduire à faire attendre un candidat.

Il arrive aus­si que mal­gré cer­tains manques, j’in­vite le can­di­dat à entrer au sémi­naire dès la fin de ses études secon­daires lorsque je vois que le monde pour­ra mettre en péril sa voca­tion ou encore lors­qu’un défaut sera plus faci­le­ment cor­ri­gé au sémi­naire que dans le monde.

J’ajoute que les sémi­na­ristes fran­çais issus du milieu de la Fraternité qui entrent au sémi­naire dès la fin de leur sco­la­ri­té y béné­fi­cient de la pré­sence de jeunes gens plus âgés, de conver­tis et d’é­tran­gers, ce qui est pour eux source d’enrichissement.

N’est-​ce pas fas­ti­dieux de redon­ner l’es­prit sacer­do­tal à chaque pro­mo­tion, puisque les sémi­na­ristes de Flavigny n’ont pas sous les yeux l’exemple de leurs aînés ?

En 1996, d’au­cuns pen­saient que c’é­tait une gageure de réduire le nombre d’an­nées de sémi­naire à Flavigny de trois à une. En réa­li­té, les pre­mières années ont été plus labo­rieuses que les sui­vantes en rai­son de mon inex­pé­rience et du petit nombre de per­sonnes enca­drant les sémi­na­ristes : nous n’é­tions que trois prêtres et un seul frère pro­fès. Mais depuis quelques années, l’ac­qui­si­tion du savoir est gran­de­ment faci­li­tée par l’aug­men­ta­tion du nombre de frères. Ces der­niers assurent la direc­tion de la cho­rale, le rôle d’or­ga­niste, l’en­ca­dre­ment de la sacris­tie et ils per­mettent la trans­mis­sion de l’es­prit et des cou­tumes de la mai­son en vivant constam­ment près des sémi­na­ristes. Les frères sont un bel exemple pour les sémi­na­ristes par leur fidé­li­té au règle­ment du sémi­naire, par leurs com­pé­tences dans l’exer­cice de leurs charges et par leur bon esprit. Au-​delà de leurs tâches maté­rielles, ils com­mu­niquent aux sémi­na­ristes l’es­prit reli­gieux, ce qui est très impor­tant pour les sémi­na­ristes de pre­mière année, celle-​ci étant une sorte de novi­ciat. Mgr LEFEBVRE, qui était reli­gieux, a vou­lu don­ner aux membres de la Fraternité un esprit religieux.

Comment expliquez-​vous que vous ayez tou­jours autant de voca­tions mal­gré la fon­da­tion depuis 25 ans d’autres com­mu­nau­tés tra­di­tion­nelles qui célèbrent la messe selon le rite de saint Pie V ? 

Nous accueillons à Flavigny des jeunes gens qui pour la plu­part viennent de nos bonnes familles et ont reçu une excel­lente édu­ca­tion dans des écoles fon­ciè­re­ment catho­liques. C’est le vivier prin­ci­pal du Séminaire.

Cependant, nous avons un nombre non négli­geable de jeunes gens qui frappent à notre porte et pro­viennent d’ho­ri­zons très divers. Internet est à ce pro­pos un moyen aujourd’­hui très cou­rant pour se faire connaître de per­sonnes pro­ve­nant de milieux étran­gers à la Tradition. Quand on leur demande pour­quoi ils ont choi­si la Fraternité Saint-​Pie X, ces jeunes gens nous répondent qu’ils ont consta­té que si la Tradition est encore aujourd’­hui vivante dans l’Église, c’est grâce à Mgr LEFEBVRE. Aussi ils se tournent spon­ta­né­ment vers la Fraternité qu’il a fon­dée. Un autre argu­ment avan­cé sou­vent par eux pour jus­ti­fier leur choix, c’est la cohé­rence qu’ils voient dans la Fraternité entre le dis­cours et la pra­tique. Ils voient que la Fraternité non seule­ment béné­fi­cie de la litur­gie tra­di­tion­nelle, mais enseigne inté­gra­le­ment la doc­trine catho­lique et com­bat les erreurs modernes pré­sentes aujourd’­hui jusque dans l’Église. Par ailleurs, ils com­prennent que l’o­béis­sance aux auto­ri­tés légi­times est subor­don­née à l’en­sei­gne­ment inté­gral de la foi catho­lique. Voilà pour­quoi ils ne se laissent pas impres­sion­ner par les cen­sures qui ont tou­ché les membres de la Fraternité à par­tir de 1976. De plus, la liber­té accor­dée en 2007 par le Motu pro­prio du pape Benoît XVI de célé­brer la messe tri­den­tine, qui avait été inter­dite dans les faits pen­dant près de 40 ans, la levée du décret d’ex­com­mu­ni­ca­tion des quatre évêques sacrés par Mgr LEFEBVRE en 2009, tout cela contri­bue à ras­su­rer les plus timo­rés. Ils se disent que l’heure vien­dra où Rome recon­naî­tra la Fraternité pour ce qu’elle est, à savoir une oeuvre d’Église qui n’a d’autre ambi­tion que de com­mu­ni­quer aux âmes la foi trans­mise de façon inchan­gée pen­dant vingt siècles et de pro­té­ger les fidèles des erreurs modernes qui se sont infil­trées à l’in­té­rieur même de l’Église depuis le concile Vatican II.

Quels conseils donneriez-​vous aux parents pour favo­ri­ser l’é­clo­sion d’une voca­tion dans leur foyer ? 

Le prêtre est essen­tiel­le­ment le ministre de la messe. Or la messe est à la fois la prière par excel­lence et le sacri­fice de Notre-​Seigneur renou­ve­lé sur nos autels : la pié­té et le dévoue­ment jus­qu’au sacri­fice sont donc les deux prin­ci­pales dis­po­si­tions à déve­lop­per chez les enfants.

À cela, j’a­joute une vigi­lance par­ti­cu­lière des parents dans l’ac­qui­si­tion de la pure­té chez leurs enfants. Vu les sol­li­ci­ta­tions mul­tiples au péché, que ce soit dans la rue par l’in­dé­cence des modes, que ce soit au ciné­ma ou au théâtre par les mau­vais spec­tacles, que ce soit chez soi par le biais de la télé­vi­sion, des DVD ou d’Internet, il est aujourd’­hui plus que néces­saire de for­ti­fier et de pro­té­ger la ver­tu de nos jeunes. L’impureté, en même temps qu’elle fait perdre l’in­no­cence, assène à la voca­tion un coup qui peut être mortel.

Enfin, je rap­pel­le­rai que si la grâce per­fec­tionne la nature, elle la pré­sup­pose. Aussi, que les parents tra­vaillent à acqué­rir dans leur foyer un bel équi­libre tant au plan natu­rel que sur­na­tu­rel. C’est ce qui assu­re­ra chez leurs enfants cette même har­mo­nie, gage des plus belles voca­tions et source de beaux foyers catholiques.

Voilà en quelques mots, bien chers amis et bien­fai­teurs, une pré­sen­ta­tion rapide du Séminaire Saint-​Curé-​d’Ars. Mes confrères prêtres, les sémi­na­ristes et les frères se joignent à moi pour vous dire notre recon­nais­sance pour votre aide spi­ri­tuelle et matérielle.

Abbé Patrick Troadec, Directeur,

Le 31 mai 2013, en la fête de Marie Reine

Bon de com­mande du livret Le Carême au jour le jour

166 pages, au prix de 10 € (port com­pris), valable jus­qu’au 15 mars, à envoyer au : Séminaire Saint-​Curé d’Ars – 21 150 Flavigny–sur-Ozerain.

Dédicace au nom de : .….….….….….….….….….….….….….….…. à adres­ser à :
Nom : .….….….….….….….….….….….….… Prénom : .….….….….….….….….….……
Adresse : .….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….….…
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Chèque à l’ordre du Séminaire Saint-​Curé d’Ars.

Chronique du séminaire Saint-​Curé-​d’Ars de Flavigny de janvier à mai 2013

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Renseignements pratiques

Messes à Flavigny :

- semaine : 7 H 15 (ou 6 H 50)
– dimanche : 7 H 20 – 10 H 15 (messe chan­tée), 17 H 00 (vêpres et salut).

Pension d’un séminariste

Nous vous remer­cions du sou­tien que vous pro­cu­rez aux séminaristes
et de l’aide appor­tée à l’Œuvre du Séminaire

- 18 € par jour, soit envi­ron 4 302 € par an

Pour aider le Séminaire :

- Les chèques sont à libel­ler à l’ordre de : Séminaire Saint-Curé‑d’Ars

- Pour aider régu­liè­re­ment le Séminaire, vous pou­vez uti­li­ser le vire­ment auto­ma­tique en faveur de notre compte au Crédit Mutuel de Venarey-​les-​Laumes (21) : 10278 02511 n° 00051861345 24.

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Adresse :

Séminaire International
Saint-Curé‑d’Ars
Maison Lacordaire
F 21150 FLAVIGNY-SUR-OZERAIN

03 80 96 20 74
03 80 96 25 32

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