Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du séminaire St-​Curé-​d’Ars n° 82 – Éloge de la charité par Mgr Lefebvre

Éloge de la charité par Mgr Lefebvre

Abbé Patrick Troadec,
Directeur du séminaire

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Éloge de la charité par Mgr Lefebvre

Mgr Lefebvre avait choi­si comme devise épis­co­pale : Credidimus cari­ta­ti, nous avons cru à la cha­ri­té. Voilà pour­quoi il n’y a pas de ver­tu qu’il a cher­ché à trans­mettre davan­tage que la cha­ri­té. Cette Lettre aux Amis en pré­sente une syn­thèse à par­tir de textes et d’al­lo­cu­tions datant de 1945 à 1990.

La cha­ri­té en Dieu 

On peut, dans une cer­taine mesure, com­prendre ou avoir une petite idée de ce qu’est la Trinité par la cha­ri­té. Saint Thomas défi­nit la cha­ri­té dif­fu­si­va sui, c’est-​à-​dire que la cha­ri­té se donne. Le Père se donne entiè­re­ment au Fils au point que son Fils est égal à lui-​même. Il n’y a rien que le Père ait qu’il se réserve à lui-​même avec un cer­tain égoïsme. De toute éter­ni­té, le Père se trans­met entiè­re­ment. Tout son être infi­ni, toutes ses ver­tus infi­nies, sa toute-​puissance, il les trans­met au Fils de telle manière que le Fils lui est égal.

Par consé­quent, ima­gi­nez ce que peut être la cha­ri­té du Père pour son Fils. Il ne s’est rien réser­vé pour lui-​même bien qu’il eût pu dire : « Oui, je veux bien engen­drer mon Fils, mais il y a quand même quelque chose que je veux me réser­ver comme Père. » Il ne s’est rien réser­vé puisque le Fils lui est égal.

Et le Fils et le Père, se don­nant l’un à l’autre, pro­duisent la per­sonne du Saint-​Esprit, qui elle aus­si est égale au Père et au Fils. C’est le don d’eux­mêmes qui consti­tue la troi­sième per­sonne, qui est le Saint-Esprit.

Cette cir­cu­min­ses­sion (1) de toute la sub­stance du Père qui passe au Fils et du Fils au Saint-​Esprit consti­tue cette cha­ri­té immense qui est le modèle de toutes les créatures.

La cha­ri­té, qui jette quelques lumières sur la Sainte Trinité, en jette aus­si sur le Christ. La cha­ri­té, c’est toute la mis­sion du Christ sur la terre.

Pourquoi Dieu le Père a‑t-​il envoyé son Fils sur la terre ? Pourquoi a‑t-​il deman­dé au Verbe de s’in­car­ner ? C’est pour nous rache­ter, bien sûr, c’est le pre­mier motif, mais c’est aus­si pour se faire connaître à nous d’une manière plus directe, plus sen­sible, plus adap­tée à nous. (…) La cha­ri­té de Dieu s’est mani­fes­tée par­mi nous en ceci : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4, 8–9) (2)

La cha­ri­té dans les créatures

La cha­ri­té est à la fois la clé du mys­tère de Dieu, si on peut trou­ver une clé de ce mys­tère, et aus­si celle du mys­tère de notre vie. Parce que nous sommes faits à l’i­mage de Dieu, nous ne pou­vons pas avoir d’autre ten­dance, d’autre désir que celui d’ai­mer. Nous sommes nés avec ce désir d’ai­mer Dieu et notre prochain.

Si Dieu est cha­ri­té, que peut-​il faire d’autre que de dif­fu­ser la cha­ri­té qui est en lui ? Non seule­ment à l’in­té­rieur même de la Trinité, dans les opé­ra­tions ad intra, mais aus­si dans les opé­ra­tions ad extra, que sont la créa­tion, l’Incarnation, la Rédemption. Cela ne peut être que l’ex­pres­sion de la charité.

Toutes les créa­tures peuvent se défi­nir par la cha­ri­té. Vous me direz : Mais pas les créa­tures qui ne sont pas spi­ri­tuelles. Je dirai : Si ! Elles ne peuvent pas se défi­nir par la cha­ri­té en tant que telle, mais par une image de la charité.

Les ani­maux en sui­vant leur ins­tinct se donnent. Voyez les oiseaux qui vont cher­cher la nour­ri­ture pour leurs petits, et qui se repro­duisent… Voyez la sève qui se trans­met dans les feuilles, les feuilles qui donnent les fleurs, les fleurs qui donnent les fruits, les fruits qui retombent à terre… C’est aus­si une image de la cha­ri­té. Prenez même les lois des êtres pure­ment maté­riels, comme la loi de l’at­trac­tion par exemple, eh bien, l’at­trac­tion est comme un appel, qui est encore une cer­taine image de la cha­ri­té. Ainsi toute créa­ture a une fin, toute créa­ture a des lois qui sont comme une expres­sion de la loi d’a­mour, de la loi de la cha­ri­té. Il y a un élan de cha­ri­té qui est don­né dans la nature entière.

Évidemment il n’y a aucune com­pa­rai­son entre cette image de la cha­ri­té et la cha­ri­té spi­ri­tuelle qui, elle, est un élan conscient, vou­lu, d’a­mour et d’u­nion avec le bon Dieu et avec les autres. On peut donc retrou­ver vrai­ment la trace de la défi­ni­tion de Dieu dans abso­lu­ment toutes les créatures.

Il est donc impos­sible que les créa­tures spi­ri­tuelles, qui sont créées à son image, n’aient pas été créées dans l’in­ten­tion qu’elles deviennent elles aus­si charité.

Donc si nous vou­lons vrai­ment res­sem­bler à la très Sainte Trinité, si nous vou­lons être le plus proches de la Sainte Trinité, nous y par­vien­drons dans la mesure où nous serons cha­ri­tables, dans la mesure où nous serons nous aus­si cha­ri­té. C’est évident, c’est simple, et c’est tout un pro­gramme ! C’est pour­quoi notre loi fon­da­men­tale, essen­tielle, est une loi de cha­ri­té. C’est la loi que le bon Dieu a ins­crite dans notre nature. C’est bien ce qu’a dit Notre- Seigneur : « Tous les com­man­de­ments se résument en deux : aimer Dieu, aimer son pro­chain. » (D’après Mt 22, 38–40) C’est cela, la cha­ri­té. Dans la mesure où nous accom­plis­sons cette loi de cha­ri­té qui est en nous, nous res­sem­blons à la Sainte Trinité, qui est charité.

Dieu ne nous a pas dit : Faites ce que vous vou­lez. Il nous a dit : Votre loi, c’est d’ai­mer Dieu et le pro­chain. Voilà votre loi, qui résume tous les pré­ceptes. Je vous ai créés pour que vous sui­viez cette loi de cha­ri­té qui est en vous… Le bon Dieu nous demande de mettre en appli­ca­tion cette loi pour que nous y trou­vions notre bon­heur, comme les ani­maux trouvent leur bon­heur dans l’ap­pli­ca­tion de leur loi et de leur instinct.

Ne nous ima­gi­nons pas que la spi­ri­tua­li­té chré­tienne est faite d’im­pé­ra­tifs caté­go­riques qui n’ont de rai­son d’être qu’une loi posi­tive vou­lue par l’Église, sans autre expli­ca­tion qu’un com­man­de­ment. Dieu n’a­git pas par humeur ou caprice. De toute éter­ni­té, tout est pré­vu et tout pro­vient de lui avec une iné­luc­table cha­ri­té, libre, certes, mais immuable. Une fois bien éta­blie la nature de notre volon­té et de la cha­ri­té qui réside en la volon­té, telle que le bon Dieu l’a vou­lue, toute la spi­ri­tua­li­té s’é­pa­nouit logi­que­ment et il devient facile de com­prendre qu’il y a, à vrai dire, une seule façon d’être, une seule atti­tude de l’âme vis-​à-​vis de Dieu, c’est la cha­ri­té (3).

La ver­tu par excellence

Si vous recher­chez en quoi consiste la per­fec­tion, pre­nez les livres, en par­ti­cu­lier, du Père Garrigou-​Lagrange (4). Le Père Garrigou-​Lagrange vous dira que la per­fec­tion consiste dans la charité.

La cha­ri­té est vrai­ment ce qu’il y a de plus divin ! Mais encore faut-​il bien la com­prendre. Il ne faut pas que ce soit une espèce de sen­ti­men­ta­lisme. Dieu sait si on parle de l’a­mour aujourd’­hui, n’est-​ce pas ? Mais on dégrade cet amour.

La cha­ri­té dépasse ce que peut par sa seule nature notre puis­sance volon­taire. Saint Thomas dit qu” « il faut que la volon­té soit mue par le Saint- Esprit de telle sorte qu’elle pro­duise cet acte d’a­mour qu’est la cha­ri­té (5) ».

Le dyna­misme de la cha­ri­té dis­po­sé en nous n’est autre que le souffle de l’Esprit-​Saint, lorsque ce dyna­misme est bien orien­té vers la vraie fin. Alors toutes les facul­tés cor­po­relles et spi­ri­tuelles s’é­pa­nouissent sous l’in­fluence divine de la loi et de la grâce. Les diverses facul­tés acquièrent des habi­tus qu’on appelle des ver­tus. Les hommes deviennent ver­tueux à l’i­mage de Notre-​Seigneur et de la Vierge Marie. Les hommes se sanc­ti­fient et imprègnent toutes leurs pen­sées et leurs actions de l’es­prit de foi et de cha­ri­té (6).

Les exi­gences de la charité 

Si nous vou­lons être cha­ri­té, il ne faut rien rete­nir pour nous-​mêmes. La cha­ri­té n’a pas de mesure, de même que la foi et l’es­pé­rance n’ont pas de mesure. Dès qu’on parle de mesure pour la cha­ri­té, par le fait même on retient quelque chose, c’est comme un flot qu’on veut rete­nir, qu’on veut limi­ter alors qu’il est fait pour se don­ner tout entier. Tout égoïste qui retient quelque chose limite la charité.

La cha­ri­té est exi­geante ! Quand saint Augustin dit : « aime et fais ce que tu veux (7) », le terme aime sous-​entend qu’on ne fait que la volon­té de celui que l’on aime.

Alors, efforçons-​nous de médi­ter sur la pro­gres­sion de notre cha­ri­té. Où en sommes-​nous ? Sommes-​nous tou­jours des débu­tants ? Sommes-​nous des pro­gres­sants ? Sommes-​nous des par­faits ? À nous de nous deman­der quels sont les efforts que nous avons à faire pour nous unir tou­jours davan­tage à Dieu.

[Faisons nôtre cette prière de] saint Thomas d’Aquin : « Bonté suprême, ô Jésus, je vous demande un coeur épris de vous, qu’au­cun spec­tacle, aucun bruit ne puisse dis­traire, un coeur fidèle et fier qui ne chan­celle, qui ne des­cende jamais, un coeur indomp­table, tou­jours prêt à lut­ter après chaque tem­pête, un coeur libre, jamais séduit, jamais esclave, un coeur droit, qu’on ne retrouve jamais dans les voies tor­tueuses. » (8)

Voilà, chers fidèles, des pen­sées bien encou­ra­geantes pour avan­cer dans la vertu.

Abbé Patrick Troadec, Directeur,

Le 31 jan­vier 2014, en la fête de saint Jean Bosco

Notes

1 – La cir­cu­min­ses­sion décrit l’at­trac­tion mys­té­rieuse par laquelle les trois per­sonnes divines sont por­tées l’une vers l’autre, vont l’une à l’autre.
2 – Retraites, 18 sep­tembre 78 et 26 sep­tembre 84 ; confé­rences spi­ri­tuelles, 1945, 6 juin 74 et 3 novembre 80.
3 – Conférences spi­ri­tuelles, 1945, 6 juin 74, 13 février 78 et 3 novembre 80.
4 – Perfection chré­tienne et contem­pla­tion, Éditions de La Vie Spirituelle, Tome I, art. II, p. 151.
5 – Somme théo­lo­gique, II-​II, q. 23, a. 2.
6 – Conférences spi­ri­tuelles, 1945, 6 juin 74 et 3 novembre 80 ; Itinéraire spi­ri­tuel, Écône, 1990, p. 38–39.
7 – 1ère Épître de saint Jean, Tr. 7, n° 8 ; P.L., XXXV, col. 2033.
8 – Conférences spi­ri­tuelles, 1945, 6 juin 74 et 6 avril 81.

Bon de com­mande du livret Le Carême au jour le jour

166 pages, au prix de 10 € (port com­pris), valable jus­qu’au 15 mars, à envoyer au : Séminaire Saint-​Curé d’Ars – 21 150 Flavigny–sur-Ozerain.

Dédicace au nom de : .….….….….….….….….….….….….….….…. à adres­ser à :
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Chèque à l’ordre du Séminaire Saint-​Curé d’Ars.

Chronique du séminaire Saint-​Curé-​d’Ars de Flavigny de d’octobre à décembre 2013

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