Lettre complète d’Henri Fertet à ses parents

Lors des céré­mo­nies de com­mé­mo­ra­tion du 75e anni­ver­saire du débar­que­ment, Monsieur le Président Emmanuel Macron a lu des extraits d’une lettre à ses parents d’un jeune résis­tant de 16 ans, condam­né à mort, Henri Fertet.

Certains pas­sages ont été omis, semble-​t-​il faute de temps et parce qu’ils étaient plus per­son­nels. On peut y voir que ce jeune homme a trou­vé dans sa foi catho­lique la source de son cou­rage, il est donc inté­res­sant de prendre connais­sance de l’in­té­gra­li­té de la lettre (en ita­lique, les pas­sages omis).

Cette lettre est dis­po­nible sur le site du Ministère des Armées, cheminsdememoire.gouv.fr

« Chers Parents,

Ma lettre va vous cau­ser une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de cou­rage que, je n’en doute pas, vous vou­drez encore le gar­der, ne serait-​ce que par amour pour moi.

Vous ne pou­vez savoir ce que mora­le­ment j’ai souf­fert dans ma cel­lule, ce que j’ai souf­fert de ne plus vous voir, de ne plus sen­tir peser sur moi votre tendre sol­li­ci­tude que de loin. Pendant ces 87 jours de cel­lule, votre amour m’a man­qué plus que vos colis, et sou­vent je vous ai deman­dé de me par­don­ner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pou­vez vous dou­ter de ce que je vous aime aujourd’­hui car, avant, je vous aimais plu­tôt par rou­tine, mais main­te­nant je com­prends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arri­vé à l’a­mour filial véri­table, au vrai amour filial. Peut-​être après la guerre, un cama­rade vous parlera-​t-​il de moi, de cet amour que je lui ai com­mu­ni­qué. J’espère qu’il ne failli­ra pas à cette mis­sion sacrée. 

Remerciez toutes les per­sonnes qui se sont inté­res­sées à moi, et par­ti­cu­liè­re­ment nos plus proches parents et amis. Dites-​leur ma confiance en la France éter­nelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes oncles, tantes et cou­sins, Henriette. Donnez une bonne poi­gnée de main chez M. Duvernet. Dites un petit mot à cha­cun. Dites à M. le Curé que je pense aus­si par­ti­cu­liè­re­ment à lui et aux siens. Je remer­cie Monseigneur du grand hon­neur qu’il m’a fait, hon­neur dont, je crois, je me suis mon­tré digne. Je salue aus­si en tom­bant, mes cama­rades de lycée. A ce pro­pos, Hennemann me doit un paquet de ciga­rettes, Jacquin mon livre sur les hommes pré­his­to­riques. Rendez « Le Comte de Monte-​Cristo » à Emourgeon, 3 che­min Français, der­rière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois. 

Je lègue ma petite biblio­thèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes col­lec­tions à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache pré­his­to­rique et du four­reau d’é­pée gaulois. 

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heu­reux. Non pas une France orgueilleuse, pre­mière nation du monde, mais une France tra­vailleuse, labo­rieuse et honnête.

Que les fran­çais soient heu­reux, voi­là l’es­sen­tiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de sou­cis. Je garde mon cou­rage et ma belle humeur jus­qu’au bout, et je chan­te­rai « Sambre et Meuse » parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son tra­vail et forcez-​le à tra­vailler. N’admettez pas de négli­gence. Il doit se mon­trer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir. 

Les sol­dats viennent me cher­cher. Je hâte le pas. Mon écri­ture est peut-​être trem­blée. Mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort. J’ai la conscience tel­le­ment tranquille.

Papa, je t’en sup­plie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus hono­rable pour moi que celle-​là ? Je meurs volon­tai­re­ment pour ma Patrie. Nous nous retrou­ve­rons tous les quatre, bien­tôt au Ciel. Qu’est-​ce que cent ans ? 

Maman, rappelle-​toi :

« Et ces ven­geurs auront de nou­veaux défen­seurs qui, après leur mort, auront des successeurs. »

Adieu, la mort m’ap­pelle. Je ne veux ni ban­deau, ni être atta­ché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille bai­sers. Vive la France.

Un condam­né à mort de 16 ans 

H. Fertet

Excusez les fautes d’or­tho­graphe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet Au Ciel, près de Dieu. »

Source : La Porte Latine du 7 juin 2019 /​cheminsdememoire.gouv.fr