Monseigneur Emmanuel Milingo redevient un simple laïc – 17/​12/​09


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In Zenit du 17/​12/​09

Le Saint-​Siège espère son retour

ROME, Jeudi 17 décembre 2009 (ZENIT.org) – Emmanuel Milingo est désor­mais un simple bap­ti­sé : l’ar­che­vêque émé­rite de Lusaka (Zambie), qui a vou­lu épou­ser Marie Sung, Coréenne, membre de la secte Moon et méde­cin, et qui a ensuite pris la tête d’un mou­ve­ment contre le céli­bat des prêtres, ordon­nant illé­gi­ti­me­ment des évêques, est désor­mais un simple laïc, annonce le Vatican. 

Il reste frap­pé par une excom­mu­ni­ca­tion, ain­si que ceux qu’il a soi-​disant « ordon­nés » évêques ou prêtres.

Les fidèles ne peuvent plus par­ti­ci­per légi­ti­me­ment à des célé­bra­tions éven­tuelles « pro­mues » par l’an­cien évêque. 

Les faits sont graves, explique le Saint-​Siège, du fait qu’ils blessent pro­fon­dé­ment « l’u­ni­té de l’Eglise ».

Mais ce n’est pas le der­nier mot du Saint-​Siège qui dit « espé­rer » qu’Emanuel Milingo revienne de ses erreurs, ain­si que ceux qui l’ont sui­vi, prêtres ou laïcs. 

Tentatives de dialogue

« Depuis des années, explique le Saint-​Siège aujourd’­hui, l’Eglise suit avec une souf­france par­ti­cu­lière les déve­lop­pe­ments liés aux fâcheux com­por­te­ments de l’ar­che­vêque émé­rite de Lusaka, Emmanuel Milingo. Nombreuses ont été les ten­ta­tives faites pour rame­ner M. Emmanuel Milingo à la com­mu­nion avec l’Eglise catho­lique, en cher­chant même des formes adé­quates pour lui per­mettre d’exer­cer le minis­tère épis­co­pal, avec une inter­ven­tion directe des sou­ve­rains pon­tifes Jean-​Paul II et Benoît XVI, qui sui­vaient M. Milingo, per­son­nel­le­ment, et avec un esprit de sol­li­ci­tude paternelle ».

Le com­mu­ni­qué rap­pelle que « déjà en 2001, il s’é­tait retrou­vé dans une situa­tion irré­gu­lière après sa ten­ta­tive de mariage avec Mme Marie Sung, encou­rant la peine médi­ci­nale de sus­pen­sion (cf. Canons 1044 1, n. 3 et 1394 § 1, du Code de Droit canon) ».


« Mariage » de Mgr Milingo en 2001

Par la suite, conti­nue le docu­ment, « il s’é­tait mis à la tête de cer­tains cou­rants pour l’a­bo­li­tion du céli­bat sacer­do­tal et il ne man­quait pas de mul­ti­plier ses inter­ven­tions dans les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale, en rébel­lion ouverte avec les inter­ven­tions répé­tées du Saint-​Siège, créant un grave malaise et un scan­dale chez les fidèles ».

Et de citer l’or­di­na­tion de quatre évêques, faite à Washington, le 24 sep­tembre 2006, « sans man­dat pontifical ».

L’excommunication de 2006

Cette déso­béis­sance est frap­pée par la peine d’ex­com­mu­ni­ca­tion « latae sen­ten­tiae », c’est-​à-​dire ipso fac­to, sans qu’il y ait besoin qu’un tri­bu­nal émette de sen­tence, rap­pelle le Saint-​Siège qui ren­voie là aus­si au Code de droit canon (can. 1382 C.I.C.) : cette excom­mu­ni­ca­tion a été enté­ri­née par le Saint-​Siège le 26 sep­tembre 2006, et « reste en vigueur », pré­cise aujourd’­hui ce communiqué.

« Hélas, déplore le Saint-​Siège, M. Milingo n’a don­né aucune preuve du repen­tir espé­ré en vue du retour dans la pleine com­mu­nion avec le sou­ve­rain pon­tife et avec les membres du col­lège épis­co­pal, mais il a conti­nué à exer­cer de façon illé­gi­time des actes [rele­vant] de l’of­fice épis­co­pal, effec­tuant de nou­veaux délits contre l’u­ni­té de la sainte Eglise ». Et de citer de nou­velles ordi­na­tions épiscopales.

La démis­sion de l’é­tat clérical

Ces délits, « graves » et « véri­fiés », sont consi­dé­rés, explique le Saint-​Siège, comme un « signe pro­bant de la contu­mace per­sis­tante de M. Emmanuel Milingo », et ils ont « contraint le Siège apos­to­lique à ajou­ter une autre peine de la démis­sion de l’é­tat clérical ».

Le com­mu­ni­qué invoque le canon 292 du Code de droit canon, pour pré­ci­ser que cette peine s’a­joute à l’ex­com­mu­ni­ca­tion pré­cé­dente et a les consé­quences sui­vantes : « la perte des droits et des devoirs liés à l’é­tat clé­ri­cal, excep­té l’o­bli­ga­tion du céli­bat » ; « l’in­ter­dic­tion d’exer­cer le minis­tère », res­tant sauves les dis­po­si­tions du droit (can. 976) concer­nant « les cas de dan­ger de mort » ; « la pri­va­tion de tous les offices et charges et de tout pou­voir délé­gué, ain­si que l’in­ter­dic­tion d’u­ti­li­ser l’ha­bit ecclésiastique ».

« Par consé­quent, sou­ligne le com­mu­ni­qué, la par­ti­ci­pa­tion de fidèles à d’é­ven­tuelles nou­velles célé­bra­tions pro­mues par M. Emmanuel Milingo résulte illégitime ».

Mais le Saint-​Siège fait aus­si remar­quer que cette « démis­sion de l’é­tat clé­ri­cal d’un évêque » est un « fait tout à fait excep­tion­nel » et que le Saint-​Siège y a été « contraint par la gra­vi­té des consé­quences qui en découlent d’or­di­na­tions épis­co­pales sans man­dat pon­ti­fi­cal pour la com­mu­nion ecclésiale ».

L’espérance du retour

« L’Eglise conserve cepen­dant l’es­pé­rance qu’il recon­naisse ses torts », ajoute le communiqué. 

Pour ce qui est des « per­sonnes récem­ment ordon­nées par M. Milingo », la note rap­pelle la dis­ci­pline de l’Eglise qui pré­voit l’ex­com­mu­ni­ca­tion « latae sen­ten­tiae » pour ceux qui « reçoivent la consé­cra­tion épis­co­pale sans man­dat pon­ti­fi­cal » (can. 1382 C.I.C.).

Le Saint-​Siège dit aus­si « espé­rer dans leur conver­sion » et renou­velle ses décla­ra­tions du 26 sep­tembre 2006 : « l’Eglise ne recon­naît pas et n’en­tend pas recon­naître à l’a­ve­nir ni ces ordi­na­tions ni les ordi­na­tions qui en découlent » et par consé­quent « le sta­tut cano­nique des pré­su­més évêques reste celui dans lequel ils se trou­vaient avant l’or­di­na­tion confé­rée par M. Milingo ».

« En cette heure mar­quée par une pro­fonde dou­leur de la com­mu­nau­té ecclé­siale, pour les gestes graves accom­plis par M. Milingo, on confie à la force de la prière le repen­tir du cou­pable et celui de ceux – prêtres ou fidèles laïcs – qui ont d’une façon ou d’une autre col­la­bo­ré avec lui en posant des actes contre l’u­ni­té de l’Eglise du Christ », conclut le Saint-Siège.

L’influence s’une secte

Rappelons que le 27 mai 2001, celui qui était encore Mgr Milingo, sous l’in­fluence de la secte du Rév. Moon, avait contrac­té un « mariage » lors d’une céré­mo­nie col­lec­tive de la secte, à New York, avec Maria Sung, coréenne alors âgée de 48 ans, méde­cin, adepte de la secte.

Mais l’é­vêque Milingo était reve­nu dans la com­mu­nion de l’Eglise catho­lique, et il avait mani­fes­té son atta­che­ment à Jean-​Paul II. La média­tion avait été menée par Mgr Tarcisio Bertone, main­te­nant car­di­nal secré­taire d’Etat et alors numé­ro deux de la Congrégation pour la doc­trine de la foi, et donc bras droit du car­di­nal Ratzinger. Maria Sung était venue le ren­con­trer à Rome, dans une ultime ten­ta­tive de le faire reve­nir vers elle, en vain. Mais elle avait pro­mis de ne pas en res­ter là.

La fuite et la désobéissance

Emmanuel Milingo, connu pour ses prières de gué­ri­son, son acti­vi­té d’exor­ciste et de chan­teur, avait alors pris une année sab­ba­tique dans une com­mu­nau­té en Argentine, puis était reve­nu en Italie, près de Rome, à Zagarolo. En novembre 2002, il avait été auto­ri­sé à reprendre son acti­vi­té d’exorciste.

Mais en juillet 2006, il avait quit­té Zagarolo pour réap­pa­raître à Washington, où il avait tenu une confé­rence de presse avec des tenants du mariage des prêtres. Il avait annon­cé avoir renoué avec Maria Sung, après avoir repris contact avec le Rév. Moon. Deux mois plus tard, il ordon­nait illé­gi­ti­me­ment des évêques.

D’aucuns estiment que la secte Moon cher­chait ain­si une porte d’en­trée pour recru­ter chez les catholiques.

Anita S. Bourdin, In Zenit du 17/​12/​2009