Quelques réponses du Supérieur du District à des fidèles désemparés

Dans le dos­sier dou­lou­reux qui oppose mon­sieur l’ab­bé Laguérie aux auto­ri­tés de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, nous vous pro­po­sons trois réponses à des cour­riers reçus par mon­sieur l’ab­bé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France. Les noms des des­ti­na­taires, par dis­cré­tion, ont été oblitérés.
Nous publions aus­si, par sou­ci d’é­qui­libre, le texte d’une fidèle qui résume assez jus­te­ment la posi­tion de la très grande majo­ri­té des pères et mères de famille de la Tradition. Ce texte est signé et a déjà paru dans de nom­breux sup­ports d’information.

1 – Les réponses de l’abbé de Cacqueray à des fidèles désemparés

Lettre n° 1 : Suresnes le 4 sep­tembre 2004

Monsieur,
La peine que vous expri­mez me paraît trop sin­cère pour que je n’essaye pas de vous ame­ner à une vue plus juste de la situa­tion créée à Bordeaux par la rébel­lion de Monsieur l’Abbé Laguérie.
J’écris « rébel­lion » car je ne vois pas d’autre mot pour carac­té­ri­ser l’attitude d’un prêtre qui refuse de s’incliner devant l’autorité de son supé­rieur, qui la brave publi­que­ment et qui exhorte les fidèles à suivre son exemple. C’est hélas actuel­le­ment le com­por­te­ment de Messieurs les abbés Héry et Laguérie et nul ne peut contes­ter ce fait.

Votre lettre semble mon­trer que vous n’avez pas une vue exacte du gou­ver­ne­ment d’une socié­té ecclé­sias­tique comme la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Ce gou­ver­ne­ment n’est nul­le­ment démo­cra­tique et les déci­sions et actes de Monseigneur Fellay, son chef, ne peuvent ni ne doivent être remis en cause par une façon de pen­ser dif­fé­rente de l’un ou l’autre de ses subor­don­nés. Bien plus, le désac­cord, publi­que­ment expri­mé, d’un prêtre sur un sujet impor­tant concer­nant le gou­ver­ne­ment de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X consti­tue une faute grave de la part de ce prêtre. Si l’on estime en effet devoir faire part de remarques ou d’objections, il faut en effet savoir s’incliner ensuite devant les déci­sions du Supérieur, même si ce Supérieur estime ne pas devoir prendre en compte ces remarques. Ceci est l’un des aspects de l’humilité chré­tienne qui amène à consi­dé­rer que per­sonne n’a nor­ma­le­ment les grâces néces­saires pour rem­plir une charge si ce n’est le déten­teur légi­time de cette charge. Le seul bon sens per­met d’ajouter que l’on n’ a pas non plus la connais­sance de tous les élé­ments qui fondent la déci­sion de ce Supérieur et qu’il faut accor­der à prio­ri, à celui-​ci une expé­rience, des connais­sances et d’autres facul­tés que nous n’avons pas au même niveau, au moins dans la sphère de son activité.

Je me per­mets d’insister sur ces points car ils sont fon­da­men­taux et igno­rés dans la pra­tique, même par ceux qui se veulent adhé­rer le plus pro­fon­dé­ment à la Tradition comme le montrent les faits atter­rants qui se sont dérou­lés et se déroulent actuel­le­ment à Bordeaux. Il m’est impos­sible de vous convaincre si vous n’admettez pas que les règles que je viens de rap­pe­ler sont entiè­re­ment fon­dées. Si c’était le cas, je crain­drais que vous n’ayez pas assi­mi­lé un élé­ment essen­tiel de l’enseignement de la reli­gion catho­lique concer­nant l’exercice de l’autorité. En revanche , si vous admet­tez ces règles, il me semble que nous ne pou­vons pas ne pas en arri­ver aux mêmes constatations :

- Monsieur l’Abbé Laguérie a com­mis une faute grave en écri­vant une lettre publique concer­nant le sémi­naire d’Ecône dont il n’a pas la charge. Il faut noter par ailleurs que ce docu­ment qui pré­tend ana­ly­ser la situa­tion du sémi­naire contient de nom­breuses et graves erreurs qui le rendent inuti­li­sable pour tout emploi ima­gi­nable … hor­mis bien sûr celui de semer la confu­sion la plus grande dans les esprits.
– Monsieur l’Abbé Laguérie, par son refus d’obéissance actuel contre une déci­sion du Supérieur géné­ral qui est entiè­re­ment dans le champ nor­mal et habi­tuel des res­pon­sa­bi­li­tés de celui-​ci, par son refus de recon­naître qu’il n’est plus prieur de Bordeaux, par sa pré­ten­tion à vou­loir se main­te­nir dans les murs du prieu­ré de Bordeaux et à l’église Saint-​Eloi est le seul res­pon­sable du mal cau­sé à la Tradition catho­lique. Par quelle aber­ra­tion s’acharne-t-il à détruire l’ouvrage dont il fut brillant maître d’oeuvre ? De tels aveu­gle­ments sont en défi­ni­tive moins rares qu’on ne peut le pen­ser et s’expliquent de la même façon depuis l’origine des temps.

Puisque vous me deman­dez ce que j’attendais de « nous » et je pense que par ce « nous » vous enten­diez l’assistance de dimanche der­nier à saint Eloi quand j’ai pris la parole, je vous réponds ceci :
J’attends des fidèles de Bordeaux qu’ils mani­festent leur fidé­li­té à la Tradition catho­lique et à Monseigneur Fellay qui en est le chef, leur obéis­sance au prieur nou­vel­le­ment dési­gné, Monsieur l’abbé Duverger. Qu’ils n’hésitent pas à expri­mer leur conster­na­tion et leur désa­veu aux prêtres qui pré­tendent se main­te­nir au mépris de tout prin­cipe d’autorité dans les murs du prieu­ré de Bordeaux.

A ce moment , il sera pos­sible d’espérer recons­truire ce qui a été si gra­ve­ment endom­ma­gé et conti­nuer le bel effort entre­pris. Ne croyez pas que je mini­mise la part prise, il y a peu encore par Monsieur l’abbé Laguérie qui fut l’instigateur et l’âme de ce renou­veau. Souvenez-​vous seule­ment que les hommes passent, que nul n’est indis­pen­sable et que la dérai­son com­mence sou­vent au moment où l’on estime que l’on est irremplaçable.
Or, comme le dit l’Evangile, il faut tous nous sou­ve­nir que nous sommes des « ser­vi­teurs inutiles ».

En espé­rant que cette lettre puisse vous ame­ner à recon­si­dé­rer votre opi­nion sur les dou­lou­reux évé­ne­ments actuels, je vous prie , Monsieur, de bien vou­loir croire à l’expression de mes salu­ta­tions sacer­do­tales et à l’assurance de mes prières.

Abbé Régis de CACQUERAY-VALMENIER †

Lettre n° 2 : Suresnes le 6 septembre 2004

Cher Monsieur,
Vous avez écrit à Monseigneur Fellay le 27 août der­nier, en évo­quant les der­niers évé­ne­ments qui ont attris­té la com­mu­nau­té des catho­liques de la Tradition à Bordeaux. Celui-​ci en rai­son d’un emploi du temps bien char­gé, ne peut répondre lui-​même à votre lettre mais je puis vous assu­rer que ma réponse cor­res­pond en tous points à sa pen­sée à ce sujet.

Vous avez souf­fert des nazis et vous avez connu la tris­tesse du régime com­mu­niste. Comme vous le savez donc et l’avez éprou­vé lon­gue­ment, ces dic­ta­tures s’instaurent et se main­tiennent par des actions vio­lentes, qui ont pour but d’intimider voire de sub­ju­guer les hon­nêtes gens. Les auteurs de ces actions n’hésitent donc pas à créer des situa­tions où leur audace et leur effron­te­rie laissent inter­dits ceux que leur com­por­te­ment indigne et tablent sur le confor­misme du plus grand nombre qu’ils ont par ailleurs grand soin de désinformer.

Je vous laisse juge main­te­nant de ce que tout le monde peut consta­ter à Bordeaux où Monsieur l’Abbé Laguérie se main­tient dans les murs du prieu­ré de Bordeaux, au mépris de tout droit. Avec l’aide de jeunes qu’il entraîne dans sa rébel­lion, il en inter­dit l’accés sui­vant son bon plai­sir tan­dis qu’ il fait dis­tri­buer des tracts qui pré­sentent une image de la réa­li­té com­plè­te­ment défor­mée. Monsieur l’Abbé Héry, dans le même esprit adresse par télé­co­pie à mes confrères des lettres qu’il adapte sui­vant ses cor­res­pon­dants et qui marquent la même volon­té de dés­in­for­ma­tion que ces tracts.

Je dois ensuite m’efforcer de répondre à votre reproche concer­nant le gou­ver­ne­ment de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X par Monseigneur Fellay. Il me faut pour cela évo­quer rapi­de­ment les prin­cipes qui fondent l’exercice de son auto­ri­té. Ce gou­ver­ne­ment n’est nul­le­ment démo­cra­tique, cela est vrai, mais n’est pas plus dic­ta­to­rial que les prin­cipes selon les­quels s’effectue par exemple la conduite de la grande majo­ri­té de nos entre­prises modernes.

Serait-​il conce­vable qu’un cadre de ces entre­prises conteste publi­que­ment les déci­sions du président-​directeur-​général ? Qu’il dis­tri­bue des tracts à ses col­lègues où il dénon­ce­rait les déci­sions prises par ce même président-​directeur-​général ? Qu’il pré­tende se main­te­nir dans l’un des éta­blis­se­ments de la firme alors qu’il a été nom­mé ailleurs ? Je gage­rais volon­tiers que les forces de l’ordre, appe­lées par le Directeur de cette firme le met­traient rapi­de­ment à la rai­son et qu’il serait remer­cié sans délai. Une excep­tion cepen­dant et de taille : si ce cadre est en même temps res­pon­sable d’un syn­di­cat influent dans son entre­prise, s’il a à sa dis­po­si­tion « un ser­vice d’ordre mus­clé » et s’il réus­sit à créer un mou­ve­ment de foule, alors il sera très rapi­de­ment trai­té par ce même direc­teur géné­ral avec la plus res­pec­tueuse consi­dé­ra­tion. Il s’agit à ce moment d’ une situa­tion pré-​révolutionnaire d’affrontement avec l’autorité légi­time qui est recher­chée par tous les agitateurs.

C’est la situa­tion créée actuel­le­ment à Bordeaux par Monsieur l’Abbé Laguérie dont le com­por­te­ment actuel est typi­que­ment révo­lu­tion­naire. Il nous est donc impos­sible à Monseigneur Fellay et à nous autres , prêtres catho­liques d’accepter ce comportement.

Dans la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, en tant que socié­té reli­gieuse, donc évi­dem­ment hié­rar­chi­sée, les déci­sions et actes du Supérieur géné­ral ne peuvent ni ne doivent être remis en cause par une façon de pen­ser dif­fé­rente de l’un ou l’autre de ses subor­don­nés. Bien plus, le désac­cord publi­que­ment expri­mé d’un prêtre sur un sujet impor­tant concer­nant la direc­tion de notre asso­cia­tion, consti­tue une faute grave de la part de ce prêtre. Si l’on estime en effet devoir faire part de remarques ou d’objections, il faut en effet savoir s’incliner ensuite devant les déci­sions du Supérieur, même si ce Supérieur estime ne pas devoir prendre en compte ces remarques. Ceci est l’un des aspects de la pra­tique de l’humilité chré­tienne qui amène à consi­dé­rer que per­sonne n’a en prin­cipe toutes les grâces néces­saires pour rem­plir une charge si ce n’est le déten­teur légi­time de cette charge. Le seul bon sens per­met d’ajouter que l’on n’a pas non plus la connais­sance de tous les élé­ments qui fondent la déci­sion . Il faut donc dans la pra­tique accor­der à prio­ri à notre Supérieur, une expé­rience et des connais­sances que nous n’avons pas au même niveau, ce qui lui per­met à par­tir d’une com­pré­hen­sion meilleure que la nôtre de déter­mi­ner la conduite opti­male à tenir.

Si nous nous atta­chons main­te­nant à la séquence d’événements qui ont ame­né ce qu’il faut bien appe­ler un désordre révo­lu­tion­naire, nous y trou­vons au début les attaques de Monsieur l’abbé Laguérie contre les direc­teurs des sémi­naires de la Fraternité dif­fu­sées publi­que­ment au moyen d’une lettre adres­sée à au moins trente confrères. Dans cette lettre, il pré­ten­dait faire l’analyse de la situa­tion du sémi­naire d’Ecône à par­tir des sta­tis­tiques com­pa­rées d’entrées au sémi­naire et d’ordinations. Cet acte consti­tuait évi­dem­ment un man­que­ment grave à la dis­ci­pline ecclé­sias­tique et ne pou­vait pas ne pas être sanc­tion­né. Il faut noter par ailleurs que de nom­breuses et graves erreurs ren­daient cette « ana­lyse » inuti­li­sable pour toute uti­li­sa­tion ima­gi­nable … hor­mis bien sûr pour polé­mi­quer à par­tir de don­nées orien­tées et fausses.

Depuis, ce même prêtre s’est insur­gé contre une déci­sion de Monseigneur Fellay le concer­nant, déci­sion qui était cepen­dant dans le champ nor­mal et habi­tuel des res­pon­sa­bi­li­tés du Supérieur géné­ral puisqu’il s’agissait d’une muta­tion ayant par ailleurs valeur de sanc­tion. Ne vou­lant pas recon­naître qu’il n’était plus prieur de Bordeaux, Monsieur l’Abbé Laguérie a alors créé la situa­tion inad­mis­sible que je vous ai décrite au début de ma lettre.

Monsieur l’abbé Laguérie a donc com­mis des fautes graves et répé­tées contre l’obéissance et est res­pon­sable avec Monsieur l’Abbé Héry du mal cau­sé à la Tradition catho­lique à Bordeaux. Ces faits sont suf­fi­sam­ment connus de tous pour que je n’ai pas à insis­ter. Ils me paraissent par­ler d’eux-mêmes. Dans leur enchaî­ne­ment, ils marquent une volon­té bien arrê­tée d’ignorer l’autorité légi­time. Dés lors, com­ment envi­sa­ger une récon­ci­lia­tion ? Cette démarche néces­site la volon­té de l’offensé mais aus­si celle de l’offenseur…Or, je ne vois nulle trace d’une telle volon­té ni d’une quel­conque repen­tance chez Monsieur l’Abbé Laguérie non plus que chez Monsieur l’Abbé Héry, bien au contraire, hélas.
Cependant, Monsieur l’Abbé Laguérie, sou­cieux sans doute de ména­ger son image d’ecclésiastique res­pec­tant ce même prin­cipe d’autorité qu’il bafoue jour­nel­le­ment a annon­cé son inten­tion d’en appe­ler de son cas à un tri­bu­nal ecclésiastique…

Je fais appel ici à votre sens des réa­li­tés et à la connais­sance que vous avez, me semble-​t-​il, du com­por­te­ment des auto­ri­tés conci­liaires. Vous m’écrivez en effet que vous ima­gi­nez sans peine la joie de l’archevêque de Bordeaux à la vue de nos dif­fi­cul­tés actuelles : il ne faut pas attendre une autre façon de réagir de la part de toute autre auto­ri­té conci­liaire … croyez vous que ces auto­ri­tés lais­se­ront pas­ser une telle occa­sion d’en finir avec la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X ? Croyez- vous qu’un tri­bu­nal consti­tué prin­ci­pa­le­ment de ces auto­ri­tés sau­ra « dire le droit » ?

Personnellement, je suis bien éloi­gné de le pen­ser et j’estime qu’il s’agit là d’une de ces manoeuvres média­tiques dans les­quelles Monsieur l’Abbé Laguérie excelle. Si une telle manoeuvre réus­sis­sait, il est à craindre que l’issue de ce pro­cés dépende étroi­te­ment de l’orchestration qui ne sau­rait man­quer d’en être faite par ces médias aux­quels les hommes de l’église conci­liaire n’ont rien à refu­ser, la plu­part du temps . Craignons alors que soient pro­non­cés des juge­ments, dik­tats de la pen­sée unique qui vous rap­pel­le­raient sûre­ment l’époque ou Monseigneur Mindzensty com­pa­rais­sait devant les tri­bu­naux du peuple hon­grois. En un mot, c’est la dic­ta­ture de l’opinion publique pré­fa­bri­quée que nous devons redou­ter en cette affaire à l’exclusion de toute autre.

Pourquoi faut-​il que la pug­na­ci­té de celui qui fut un vigou­reux cham­pion de la Tradition se tourne main­te­nant contre son propre camp ? Ce triste exemple nous montre en tout cas que nous res­tons tous bien fra­giles, même ceux qui ont su mon­trer une grande vaillance avant d’errer de façon aus­si misé­rable. L’un des grands maux de notre époque est sans doute ce réflexe de cri­tique que s’arroge tout un cha­cun vis à vis des déci­sions de l’autorité. Il fau­drait qu’au moins dans les rangs de la Tradition, nous soyons capables de cette humi­li­té qui consiste à nous per­sua­der que les déci­sions prises à un éche­lon supé­rieur sont ins­pi­rées par le plus grand désir du bien de tous et sont géné­ra­le­ment les plus judi­cieuses dans un contexte dont nous sommes bien loin de maî­tri­ser toutes les données.

En espé­rant que j’aurais pu vous faire par­ta­ger cette convic­tion et en vous assu­rant en tout cas de mes prières, je vous prie, cher Monsieur, de bien vou­loir croire à l’expression de mes salu­ta­tions sacerdotales.

Abbé Régis de CACQUERAY-VALMENIER †

Lettre n° 3 : Suresnes le 13 septembre 2004

Docteur,
Vous avez écrit à Monseigneur Fellay le 24 août der­nier, en évo­quant les der­niers évé­ne­ments qui ont attris­té la com­mu­nau­té des catho­liques de la Tradition à Bordeaux. Votre lettre plaide pour le main­tien de Monsieur l’Abbé Laguérie au prieu­ré de Bordeaux et exprime vos craintes concer­nant la poli­tique qui, selon vous, serait menée au sémi­naire d’Ecône.

Notre Supérieur géné­ral, en rai­son d’un emploi du temps bien char­gé, ne peut répondre lui-​même à cette lettre mais, puisque vous avez bien vou­lu m’en tenir copie et comme j’ai pu consta­ter par ailleurs que j’adhère pro­fon­dé­ment à sa pen­sée, notam­ment sur ces sujets, j’espère pou­voir m’en faire le fidèle inter­prète auprès de vous.

Les aspects posi­tifs de l’action pas­sée de Monsieur l’abbé Laguérie à Bordeaux me paraissent indé­niables. Malheureusement, l’ indis­ci­pline qu’il a mani­fes­tée par des actions publiques aux­quelles il paraît s’être effor­cé de don­ner tout le reten­tis­se­ment pos­sible nous contraint à consta­ter une sépa­ra­tion volon­taire de sa part, d’avec la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Cette sépa­ra­tion, je crois avoir tout ten­té pour l’éviter, en mul­ti­pliant en par­ti­cu­lier les ten­ta­tives d’apaisement : rien, hélas, n’y a fait et les forces qui oeuvrent depuis le début de cette affaire pour l’envenimer ont eu aus­si rai­son de l’obstination qui a mar­qué , je puis vous l’assurer, notre volon­té de récon­ci­lia­tion à Monseigneur Fellay et à moi-même.
Je veux faire jus­tice, à ce sujet, d’une allé­ga­tion gra­ve­ment men­son­gère conte­nue dans la décla­ra­tion de Monsieur l’Abbé Héry, lue en ma pré­sence à l’église Saint Eloi, le 22 août. Ce n’est d’ailleurs pas la seule car cette décla­ra­tion est un modèle de désinformation.

Selon Monsieur l’Abbé Héry, en effet, le Supérieur géné­ral n’aurait pas enten­du l’Abbé Laguérie avant de pro­cé­der à sa muta­tion au Mexique. En réa­li­té, c’est l’Abbé Laguérie qui ne s’est pas pré­sen­té à l’invitation de son Supérieur. Il a ensuite refu­sé l’offre d’un rendez-​vous dont Monseigneur Fellay lui lais­sait libre de choi­sir le moment , pro­po­sant que le Supérieur se déplace lui-​même ! Ces faits – il y en a beau­coup d’autres- me paraissent révé­la­teurs du cli­mat de mépris inso­lent de l’autorité et de dés­in­for­ma­tion cynique qui sévissent dans l’entourage de Messieurs les abbés Héry et Laguérie.

Ces prêtres ont depuis, mar­qué eux-​mêmes leur volon­té de se sépa­rer de nous par leur atti­tude, en mul­ti­pliant notam­ment les fautes graves et répé­tées contre l’obéissance et en y inci­tant les fidèles. Il n’est plus pos­sible de les consi­dé­rer comme appar­te­nant désor­mais à la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X et j’engage donc tous nos fidèles à se regrou­per autour de Monsieur l’Abbé Duverger, nou­veau prieur de Bordeaux. Puissent, ceux qui suivent encore des prêtres en rébel­lion, se rendre compte rapi­de­ment de la situa­tion sans issue où ils vont se trou­ver et nous rejoindre, eux aus­si. A cette condi­tion, nous pou­vons espé­rer que les bles­sures dont la com­mu­nau­té des catho­liques de la Tradition a été vic­time à Bordeaux, puissent enfin se cicatriser.

Parmi les coups qui nous ont été por­tés, l’un des plus graves sans doute, l’un de ceux qui nous a en tout cas le plus pro­fon­dé­ment bles­sés, a visé à détruire le sen­ti­ment de confiance indis­pen­sable qui nous lie, nous qui avons charge d’âmes, à ceux que la Providence nous a confiés. Grande est à ce point de vue , la res­pon­sa­bi­li­té de Monsieur l’Abbé Laguérie. En atta­quant les direc­teurs des sémi­naires de la Fraternité au moyen d’une lettre dif­fu­sée à au moins trente confrères, il a jeté la sus­pi­cion la plus injuste sur ces direc­teurs mais aus­si sur Monseigneur Fellay lui-même.

Ce docu­ment qui pré­ten­dait faire l’analyse de la situa­tion du sémi­naire d’Ecône à par­tir des sta­tis­tiques com­pa­rées d’entrées au sémi­naire et d’ordinations, contient en effet de nom­breuses et graves erreurs qui rendent cette « ana­lyse » inuti­li­sable pour toute uti­li­sa­tion ima­gi­nable … hor­mis bien sûr pour une polé­mique issue de don­nées orien­tées et fausses. Il m’est impos­sible de rele­ver ici toutes ces erreurs car ce serait trop long dans le cadre de cette lettre. A titre d’exemple cepen­dant, les « sta­tis­tiques » que contient ce docu­ment confondent le nombre des ren­vois vrais et celui des départs volon­taires. Le reste est à l’avenant. Je laisse à un esprit scien­ti­fique comme l’est la plu­part du temps celui d’un méde­cin, le soin d’apprécier la fia­bi­li­té des don­nées ain­si recueillies et bien sûr, des conclu­sions obte­nues à par­tir de ces données.

Il est trop peu d’affirmer que cette dif­fu­sion, faite évi­dem­ment à l’insu du Supérieur géné­ral, consti­tue un man­que­ment grave à la dis­ci­pline ecclé­sias­tique. Monsieur l’Abbé Laguérie, en assu­mant la res­pon­sa­bi­li­té de ce qui n’est qu’un pam­phlet gra­ve­ment dif­fa­ma­toire, a fait oeuvre majeure de dés­in­for­ma­tion. Il est à l’origine par exemple, des rumeurs qui cir­culent actuel­le­ment à Bordeaux selon les­quelles l’avenir même de la Fraternité Saint-​Pie X serait compromis.
Ces rumeurs contri­buent à créer puis ampli­fier des inquié­tudes à pro­pos de faits dont il devient impos­sible ensuite d’évaluer l’importance véri­table. Les esprits les plus aver­tis n’échappent pas eux-​mêmes à cette sub­ver­sion de la réa­li­té et permettez-​moi de vous l’écrire , j’en veux pour preuve plu­sieurs pas­sages de votre lettre.

Vous écri­vez notam­ment que « plu­sieurs …purs pro­duits de nos familles tra­dis… » de Bordeaux ont quit­té Ecône.
Cette asser­tion me paraît être le prin­ci­pal voire le seul fait que vous avan­cez à l’appui de votre conclu­sion selon laquelle le sémi­naire d’Ecône serait « pro­gres­si­ve­ment vidé de sa sub­stance » par l’effet d’une « poli­tique suicidaire ».
Qui dans la Tradition n’a pu noter à un moment ou à un autre un cer­tain nombre de ces retours ? Ils ont exis­té depuis la fon­da­tion de ce sémi­naire et qui pour­rait s’en étonner ?

Cependant, au-​delà du seul champ d’observation de Bordeaux , vous affir­mez qu’il s’agit d’« une hémor­ra­gie » avec tout le carac­tère de gra­vi­té que peut prendre ce terme sous la plume d’un méde­cin. Permettez-​moi de vous le deman­der ici : sur quelles don­nées géné­rales cette fois, vous appuyez- vous pour l’affirmer ? Serait-​ce celles du docu­ment émis sous la res­pon­sa­bi­li­té de Monsieur l’Abbé Laguérie ? Vous savez main­te­nant quel cré­dit il convient d’apporter à cette « ana­lyse ». Admettez-​vous que, de toute façon, vous ne pou­vez avoir tous les élé­ments qui vous per­mettent des conclu­sions aus­si péremp­toires que celles qui ter­minent votre lettre ?

Il me faut mal­heu­reu­se­ment arrê­ter trop rapi­de­ment cette cor­res­pon­dance et me bor­ner à ces remarques qui me paraissent d’ailleurs fon­da­men­tales car le temps m’est comp­té comme vous pou­vez l’imaginer sur­tout en de pareilles cir­cons­tances. C’est fina­le­ment au sens de l’humilité et de la dépen­dance accep­tée envers l’autorité la plus haute de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X que je fais appel chez chaque fidèle de la Tradition qui me fait part, comme vous, d’inquiétudes bien expli­cables dans le cli­mat de dés­in­for­ma­tion qui sévit actuellement.
Permettez-​moi de plus, d’ajouter ici une remarque « ad homi­nem ». Si un méde­cin m’avait sau­vé la vie à plu­sieurs reprises, il n’est aucune « sta­tis­tique » le concer­nant qui pour­rait m’amener à ne plus recher­cher ses soins ! Je conti­nue­rais à res­ter irré­mé­dia­ble­ment confiant en lui.

Or, au-​travers de bien des vicis­si­tudes dont vous connais­sez sans doute cer­taines, Monseigneur Fellay a fait paître le petit trou­peau dont il avait la charge. Il a été jusqu’ici l’instrument dont, de nos jours, Dieu s’est ser­vi pour conti­nuer ce « miracle per­ma­nent » qu’est la sur­vie de la Tradition catho­lique. Comment ne pas conti­nuer à faire confiance pour défendre l’avenir de cette même Tradition à celui que la Providence me paraît avoir évi­dem­ment choi­si ? Cette voca­tion m’apparaît en effet comme mani­feste depuis le jour où, peu de temps avant sa mort, Monseigneur Lefebvre confé­ra l’épiscopat à l’abbé Fellay que son jeune âge devait nor­ma­le­ment écar­ter à ce moment de cette dignité.

En espé­rant que ma lettre puisse vous ame­ner à recon­si­dé­rer votre opi­nion sur les dou­lou­reux évé­ne­ments actuels et en vous assu­rant en tout cas de mes prières, je vous prie, Docteur, de bien vou­loir agréer … l’expression de mes res­pec­tueuses salu­ta­tions sacerdotales.

Abbé Régis de CACQUERAY-VALMENIER †

2 – Le texte d’une fidèle de la Tradition à « crisefraternite.com ».

Le 14 sep­tembre 2004

A la lec­ture de vos dif­fé­rents docu­ments lus sur votre site « cri­se­fra­ter­ni­té », il nous semble, à nous humbles fidèles, que cette crise au sein de la Fraternité est due avant tout à l’orgueil. Nous souf­frons tous, cha­cun à son poste, selon sa place dans la socié­té reli­gieuse ou civile, selon éga­le­ment son devoir d’état, dans sa famille, d’injustices, de bri­mades, de sanc­tions. Tant que celles-​ci ne touchent pas le dogme et le res­pect dû au Bon Dieu et à la morale, nous avons appris au caté­chisme, dans nos prieu­rés, qu’il faut les accep­ter sur­na­tu­rel­le­ment quand elles per­mettent d’éviter un plus grand mal. Il est cer­tain qu’une telle atti­tude demande beau­coup d’abnégation, de renon­ce­ments à soi-​même, d’humilité, et sur­tout un grand recours à la prière et à l’oraison, d’autant plus si l’on se consi­dère injus­te­ment accu­sé. Et ce sont avant tout les prêtres qui doivent nous don­ner cet exemple.

Nous ne sou­hai­tons aucu­ne­ment savoir qui a rai­son ou tort : nous ne pou­vons que juger du manque d’esprit sur­na­tu­rel et d’esprit de sacri­fices de cer­tains pro­ta­go­nistes de cette crise. Mon époux bri­tan­nique, moi-​même qui suis franco-​italienne, ne ces­sons de répé­ter à nos amis fran­çais, com­bien la France est bénie de Dieu car elle a beau­coup de bons prêtres de la Fraternité, d’écoles éga­le­ment, alors que les autres pays en sont cruel­le­ment dépour­vus. Au Mexique aus­si il y a des âmes à conqué­rir pour Dieu, des âmes qui sont aus­si impor­tantes qu’en France, des fidèles qui sont aus­si atta­chants. L’apostolat, l’esprit de mis­sion ne doit pas exis­ter qu’en France : l’Italie, l’Ecosse, le Mexique ont aus­si besoin de bons prêtres, prêts à l’effort, prêts à recons­truire, res­tau­rer des églises, à avoir des calles aux doigts ! Que l’exemple de Mgr Lefebvre muté-​sanctionné à Tulle donne de la force et du cou­rage à l’abbé Laguérie.

Comme nous fidèles ayant des enfants nous devons nous pré­pa­rer à quit­ter un jour nos enfants, peut-​être même à les voir dis­pa­raître bru­ta­le­ment, les prêtres aus­si doivent nous don­ner cet exemple de déta­che­ment des biens de cette terre pour n’être atta­ché qu’au seul bien dési­rable : le cœur de Jésus.

Nous avons assez de confiance en Dieu pour ne pas être trou­blés par cette crise bien que nous en soyons attris­tés : la Fraternité Saint-​Pie X tra­verse une crise comme nos familles par­fois. Mais nous sommes cer­tains que la Fraternité est une œuvre vou­lue par Dieu, que son fon­da­teur est un saint évêque qui la sou­tient de là-​haut et que donc elle ne dis­pa­raî­tra pas. Les fidèles sont nom­breux à prier au sein de cette belle œuvre des Foyers ado­ra­teurs pour que tous les prêtres soient de Saints Prêtres prêts à tous les héroïsme et même le mar­tyre. Et qu’il y ait dans nos sémi­naires non pas beau­coup de futurs prêtres mais de beau­coup de saints prêtres car ce n’est pas le nombre qui prime mais la qualité.

Dans notre prieu­ré, les mamans se sont regrou­pées pour offrir leur messe du pre­mier dimanche pour les voca­tions dans nos familles et la messe est dite à cette intention.

Que de telles œuvres se pro­pagent un peu par­tout en France et à l’étranger et les voca­tions vont fleu­rir. Pourquoi n’utiliseriez-vous pas votre site inter­net pour répandre ces œuvres auprès des per­sonnes qui vous lisent puisque c’est main­te­nant que la Fraternité en a le plus besoin ?

En union de prières,
Carla de Condé – McKenna
03140 Charroux
France

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.