« Sur le concept du visage du Fils de Dieu », de Romeo Castellucci, par le Père Bernard Galizia


M. L’abbé Bernard Galizia,
prêtre catho­lique diocésain

Dans cette très belle et très cou­ra­geuse ana­lyse de la pièce de théâtre blas­phé­ma­toire et anti-​chrétienne de Roméo Castellucci, le Père Bernard Galizia ose dire tout haut ce que de nom­breux prêtres dits « conci­liaires » pensent tout bas. Ce « prêtre catho­lique », comme il signe son article, ne craint pas d’in­ter­pel­ler les évêques qui ont mini­mi­sé l’of­fense faite à Notre Seigneur. La Porte Latine, site offi­ciel du District de France de la FSSPX, est heu­reuse d’of­frir cette contri­bu­tion catho­lique à ses lec­teurs qui a été publiée sur le blog de la paroisse de Montoire.

Toute per­sonne a le droit d’être infor­mée. Après, elle peut avoir son opi­nion per­son­nelle sous le regard de Dieu. J’écris cette note sous ma propre res­pon­sa­bi­li­té, elle n’engage pas l’Eglise. Mon rôle, mon devoir de prêtre, et je dirai même de simple bap­ti­sé, est de cher­cher à éclai­rer dans cet écrit les catho­liques de base. Ma posi­tion est une opi­nion par­mi d’autres, je ne pré­tends pas qu’elle soit la meilleure. Au lec­teur de juger.

En géné­ral, j’ai remar­qué que peu de catho­liques sont au cou­rant de l’affaire Castellucci, et très peu connaissent le sujet de sa pièce de théâtre contro­ver­sée. Ils ont appris, à tra­vers les médias, selon les termes affec­tion­nés par les jour­na­listes, que« des inté­gristes catho­liques, des roya­listes, des extrêmes droites catho­liques et des fon­da­men­ta­listes chré­tiens » ont per­tur­bé cette pièce qu’ils estiment être tri­viale, blas­phé­ma­toire envers le Christ et pro­vo­cante envers la foi catho­lique. Mais ils n’ont eu droit qu’à quelques mots dans les médias catho­liques, sur la pré­sence des catho­liques de base dans les mani­fes­ta­tions, les­quels ne se sentent affi­liés à aucune de ces déno­mi­na­tions, et qui sont venus prier en silence aux côtés de Civitas. Ce mou­ve­ment, qui veut réta­blir la royau­té du Christ sur le monde, a au moins le mérite de mani­fes­ter sa foi au grand jour, et de vou­loir répa­rer l’affront fait au Christ par une prière publique. Mais pas un mot à la télé­vi­sion, à la radio, et pas un article dans les jour­naux sur ce que pensent les catho­liques pra­ti­quants de nos paroisses, que l’on s’abstient réso­lu­ment d’interviewer.

Personnellement, comme prêtre dio­cé­sain atta­ché à l’obéissance au Saint Père, je trouve qu’il n’est pas mau­vais que les catho­liques montrent leur désap­pro­ba­tion en priant publi­que­ment et silen­cieu­se­ment devant les théâtres où le Christ est bafoué. N’imaginons pas un ins­tant que l’on puisse dia­lo­guer faci­le­ment avec l’art contem­po­rain anti­chré­tien. Quel mal y a‑t-​il à faire une répa­ra­tion publique ? On la fait sou­vent dans une église où les hos­ties ont été pro­fa­nées, avec sou­vent l’évêque en tête, même si cer­tains pensent qu’on peut aus­si bien res­ter chez soi et prier secrè­te­ment pour cette pro­fa­na­tion. Qui ne voit pas que les deux atti­tudes sont com­plé­men­taires ? On peut donc pareille­ment prier publi­que­ment autour d’un théâtre où le visage du Christ est pro­fa­né. Personne n’a bru­ta­li­sé un spec­ta­teur, ni bru­lé le théâtre, ce qui aurait eu lieu si on s’en était pris au Coran. Rappelons-​nous l’incendie récent des locaux de Charlie Hebdo après que ce der­nier ait titré « Charia Hebdo » au sujet de la Libye.

La mau­vaise foi de ces médias est révé­lée par l’affaire de Rennes. D’un côté, ils recon­naissent que l’évêque de Vannes, Mgr Centène, est contre cette pièce, et qu’il appelle ses fidèles à mani­fes­ter leur désap­pro­ba­tion, de l’autre, les mêmes médias refusent de voir par­mi les mani­fes­tants un seul catho­lique pra­ti­quant non inté­griste ! Où sont pas­sés les cars des fidèles de Mgr Centène ? Ainsi, tout catho­lique oppo­sé à cette pièce devient inté­griste du seul fait qu’il met le pied dans une mani­fes­ta­tion de répa­ra­tion par la prière, à l’insulte de l’art contem­po­rain contre le visage du Christ. Cela arrange les médias, les artistes et les hommes poli­tiques. On veut nous faire croire que les catho­liques qui ne sont pas inté­gristes ne sont pas dans les mani­fes­ta­tions. Donc, com­pre­nez : « Les catho­liques, dans leur grande majo­ri­té, n’ont rien contre cette pièce ». Triste et hor­rible mensonge !

Dans toutes les familles catho­liques pra­ti­quantes où je suis invi­té, j’entends avec quelle conster­na­tion est res­sen­tie l’offense faite au Christ, et ces per­sonnes me disent que l’on n’en ferait jamais le dixième sur une repré­sen­ta­tion de Moïse ou de Mahomet !

L’insulte est tout autant faite au Christ qu’aux catho­liques, des per­sonnes, après tout, qui ont le droit de réagir vigou­reu­se­ment à l’in­sulte qui leur est faite, à tra­vers une image qu’ils vénèrent. Rappelons ici ce qu’a décla­ré le Cardinal Ratzinger, lors de la sor­tie du film ‘La der­nière ten­ta­tion du Christ’ :« Il me semble que le res­pect de la conscience des hommes, des hommes reli­gieux, et du sacré, est aus­si une des condi­tions de la liber­té. Je ne sais pas si on a vio­lé cette liber­té, mais il me semble que ce n’est pas une atteinte contre la liber­té de l’art, de par­ler du res­pect néces­saire du sacré aus­si dans l’art d’au­jourd’­hui ». (Interview par TSR).

Venons-​en au sujet de cette pièce de théâtre qui dure 50 minutes. Le scé­na­rio est simple, voire indi­gent ! Un homme âgé a per­du le contrôle de ses intes­tins. Au fond de la scène du théâtre d’un blanc imma­cu­lé, se trouve une immense repro­duc­tion du magni­fique visage du Christ peint par Antonello de Messine. Peu à peu, le sol se recouvre de la diar­rhée du vieil homme. Son fils qui a de la ten­dresse pour son père vient trois fois le « tor­cher », passez-​moi l’expression. Le père humi­lié se lamente. A la fin, le fils n’en pou­vant plus se dirige vers l’image du Christ pour l’embrasser sur les lèvres. Mais le vieux père voit les choses dif­fé­rem­ment. Puisque le Christ ne peut rien pour empê­cher sa déchéance, il va se révol­ter contre lui si on en juge par le geste qu’il va faire. Montant der­rière l’image du Christ grâce à un esca­lier, il répand ses matières fécales qui s’écoulent d’un œil déchi­ré, tan­dis que l’image ne cesse de se défor­mer avant d’être décou­pée par des hommes habillés en noir « qui repré­sentent, les forces du mal », ain­si que l’explique l’auteur à Famille Chrétienne (N° 1767, du 12 au 15 novembre, p. 10).

S’il n’y avait pas eu l’image du visage du Christ sur la scène et la contro­verse espé­rée par l’auteur, per­sonne n’aurait payé 30 euros une place de théâtre pour assis­ter à un scé­na­rio nul qui consiste à voir un vieillard défé­quer sur scène sans rete­nue, et à sen­tir de mau­vaises odeurs, spec­tacle impu­dique, indigne et sor­dide que la bien­séance n’avait pas per­mis de mon­trer jusqu’ici.

Aussi, les catho­liques de base ont-​ils été éton­nés que le pré­sident de la Conférence des évêques de France, Mgr Vingt-​Trois, après la pre­mière repré­sen­ta­tion de cette pièce, n’ait rien dit de la pro­vo­ca­tion dépla­cée de l’auteur, mais ait dénon­cé uni­que­ment ceux qui cher­chaient à défendre le visage de notre Sauveur, même si une mino­ri­té d’entre eux l’ont fait mal­adroi­te­ment. Deux poids et deux mesures, ont-​ils jugé. Certes, l’Archevêque de Paris a vou­lu désa­mor­cer l’affaire. Ils n’ont pas com­pris non plus qu’un prêtre bien connu à Versailles, l’abbé Pierre-​Hervé Grosjean, qui vient du milieu tra­di­tion­nel, ait trou­vé que les catho­liques pré­sents aux mani­fes­ta­tions s’étaient fait pié­ger par les inté­gristes : « on nous a men­ti, mani­pu­lé en criant au blas­phème ». Ils ont été encore plus sur­pris que Mgr d’Ornellas, arche­vêque de Rennes, ne voie « aucune chris­tia­no­pho­bie »dans cette pièce, y trouve même un sens spi­ri­tuel et déclare que les oppo­sants « se trompent de pers­pec­tive » ; et que cet évêque, pour conclure, leur ait deman­dé« de se replon­ger dans les décla­ra­tions de l’auteur ».

Or les catho­liques, dans leur ensemble, ne connaissent même pas le sujet de la pièce, sinon qu’il y a des matières fécales un peu par­tout, même sur l’image du visage du Christ, et ils ignorent davan­tage encore les décla­ra­tions de l’auteur de cette pièce !

Voilà où nous en sommes ! Certains disent : « Il fal­lait se taire ». Mais ce serait reve­nir au « tout lais­ser faire » qui a pré­va­lu jusqu’ici, le célèbre « enfouis­se­ment » qui n’est plus de mise aujourd’hui depuis que les papes Jean-​Paul II et Benoît XVI nous ont deman­dé d’afficher notre foi, de ne pas la lais­ser dans le domaine pri­vé, et d’entrer en poli­tique pour remettre le véri­table bien com­mun de l’homme à l’honneur. D’autres vou­draient en découdre, ce n’est pas la solu­tion, ce ne serait pas évan­gé­lique. Il ne s’agit pas de faire comme Pierre et de sor­tir l’épée, il n’en est pas ques­tion. Mais Jésus a tout de même dit à Pierre, avant d’être arrê­té dans la même nuit, à Gethsémani : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de prier une heure avec moi ! » (Mt. 26, 40). Or per­sonne ne pour­ra dire que les catho­liques enga­gés, pré­sents autour du théâtre, n’ont pas eu la force de prier avec le Christ durant la nuit, à Paris et à Rennes. Certains de ces catho­liques enga­gés sont certes Lefesvristes, et même s’ils ne sont plus excom­mu­niés, il ne faut pas se cacher qu’ils ne sont pas dans la pleine com­mu­nion avec le Magistère de l’Eglise. Mais c’est bien à eux, dans les évé­ne­ments qui nous occupent, que l’on peut, à juste titre, appli­quer les paroles du Christ : « Qui n’est pas contre nous est pour nous » (Mc 9, 40). D’autres enfin, et c’est la majo­ri­té, ont prié dans le calme devant le théâtre en signe de répa­ra­tion, et ont aus­si dénon­cé l’offense faite au Christ à tra­vers des tracts, par leur pré­sence dans les médias, spé­cia­le­ment sur Internet.

Face à la mobi­li­sa­tion des catho­liques enga­gés, com­men­cée bien avant la pre­mière du spec­tacle à Paris, Romeo Castelluci a fait volte face : dans un com­mu­ni­qué du 24 octobre, il récuse l’idée d’avoir vou­lu que le vieillard fasse cou­ler ses selles sur le visage du Christ : « C’est faux et je trouve cette idée hor­rible ». Mais voi­là : une jour­na­liste de MetroFrance, peu sus­pecte de com­plai­sance à l’égard des mani­fes­tants chré­tiens, qui a assis­té à la repré­sen­ta­tion au Théâtre 104, atteste que c’est à ce moment-​là, quand dégou­line de l’œil déchi­ré du Christ un liquide bru­nâtre ver­sé par le vieux qui a pré­cé­dem­ment répan­du ses excré­ments sur la scène imma­cu­lée, qu’une odeur nau­séa­bonde enva­hit la salle.

L’auteur est un mani­pu­la­teur. Il s’en tire en pré­ten­dant qu’à la fin du spec­tacle, l’image du visage du Christ se recouvre uni­que­ment « d’un voile d’encre noire des­cen­dant tel un suaire noc­turne ». Un sym­bole de deuil, en quelque sorte.

En fait, c’est bien le vieillard lui-​même qui, dans le scé­na­rio, est cen­sé répandre ses matières fécales sur le visage du Christ, puisque dans la pièce ori­gi­nale jouée à Avignon, on l’entendait rire d’une manière sar­do­nique pen­dant qu’il mon­tait l’escalier der­rière l’image du Christ, et que se déver­sait ce liquide repré­sen­tant ses selles liquides ! Ce rire dia­bo­lique a été sup­pri­mé pour les repré­sen­ta­tions de la pièce à Paris et à Rennes ! Pourquoi ? Sinon parce que le démen­ti de Castelluci sur la cou­lée de matières fécales sur le visage du Christ ne serait plus rece­vable, s’il n’avait pas pris la pré­cau­tion de reti­rer du sce­na­rio ce rire qui prouve le contraire.

Revenons à notre homme défé­quant sur la scène. A tra­vers le geste de ce vieil homme déses­pé­ré, c’est d’abord le cri de révolte de Satan contre Dieu : « Christ, je t’emmerde ». Et même si la res­ti­tu­tion de la beau­té de l’image appa­raît à la fin, signe qui peut être inter­pré­té comme l’espérance en la Résurrection, ce geste du vieillard est un pur déses­poir, un pur blas­phème contre l’amour du Père, un pur déni de sa toute Puissance dans le monde !

Pourquoi tout le monde s’insurge-t-il quand un signe reli­gieux est bafoué chez les autres, comme les cari­ca­tures de Mahomet, et pour­quoi per­sonne ne devrait s’insurger quand est souillée la figure emblé­ma­tique du chris­tia­nisme, qu’est le Christ, au nom de la liber­té d’expression ?

Comment peut-​on se lais­ser influen­cer par les allé­ga­tions de l’auteur dont les autres pièces de théâtre montrent son esprit déca­dent, et dont les pro­pos tenus lors d’interviews témoignent d’une per­cep­tion occulte du monde ?

En effet, Castelluci a comme maître à pen­ser Antonin Artaud qui fut lui-​même influen­cé par les doc­trines gnos­tiques et kab­ba­lis­tiques. Ainsi, la cri­tique éclai­rante de Jonathan Marshall, dans Realtime Arts de déc.-janv. 2002, au sujet de la pièce Geneside Castellucci, jouée pour la pre­mière fois, le 5 juin 1999, au fes­ti­val d’Amsterdam, puis en France au fes­ti­val d’Avignon, le 8 juillet 2000, et enfin au théâtre de l’Odéon, le 19 octobre 2000, et que per­sonne, en haut lieu, ne peut donc ignorer :

« L’histoire de Dieu créant amou­reu­se­ment l’Univers, après quoi l’Homme a com­mis le péché ori­gi­nel et fut expul­sé du Jardin de l’Eden, est bien connue. Moins fami­lière est pour­tant la ver­sion mys­tique, judéo-​chrétienne que l’on trouve dans le Gnosticisme, la Kabbale et les Rose-​croix. C’est cette ver­sion que Castellucci repré­sen­te­par le moyen de sons, per­for­mances phy­siques et effets mas­sifs, spec­ta­cu­laires. Castellucci puise dans les mêmes tra­di­tions qui ont ser­vi d’ins­pi­ra­tion à des artistes tels que Baudelaire, Antonin Artaud, Peter Brook […]. Dans cette ver­sion plus sombre de la Genèse, l’acte de créa­tion n’est pas celui de l’a­mour, mais une ter­rible erreur ».

Et Castellucci, inter­viewé ensuite par Jonathan Marschall, au sujet de Genesi, déclare que « Dieu doit se trans­for­mer lui-​même dans quelque chose de la chair afin de pou­voir mani­fes­ter des pos­si­bi­li­tés qui, autre­ment, demeu­re­raient irréa­li­sées dans un monde incon­sis­tant ». Pour Castellucci, l’Incarnation n’est donc pas une union du Verbe divin avec la nature humaine mais une trans­for­ma­tion de Dieu dans quelque chose de la chair ! Quel ésotérisme !

Quant à sa vision de l’art, il déclare dans la même inter­view que « l’Ange de l’art, c’est Lucifer », que « L’art devient néces­saire quand on n’est plus dans le para­dis », et encore : « Mon spec­tacle Genesi n’est pas uni­que­ment la Genèse biblique, mais c’est celle qui met au monde (en scène) ma pré­ten­tion rhé­to­rique de refaire le monde : elle met en scène les aspects les plus vul­gaires de mon être : l’artiste, celui qui veut voler à Dieu le der­nier et le plus impor­tant des sepiroth ».

Or les sepi­roth, au nombre de 10, sont les dix élé­ments de base de la numé­ro­lo­gie kab­ba­lis­tique hébraïque, et cen­sés être la tota­li­té des fais­ceaux de l’intelligence divine ! Peut-​on encore voir en Castellucci un chré­tien en recherche, comme cer­tains vou­draient nous le faire croire ? Et, sur­tout, com­ment voir dans sa pièce, le concept de la Rédemption, puisque pour Castelluci, le Christ n’est pas Dieu fait homme, comme l’entend la foi catho­lique ? Si le Christ n’est pas à la fois tota­le­ment Dieu et tota­le­ment homme, il ne peut être notre rédemp­teur. Avec cela, Castellucci déclare à Famille chré­tienne qu’il est « pro­fon­dé­ment chré­tien » (N° 1765, p. 10).

Revenons à la pièce de Castellucci qui nous occupe. Il y a sur­tout, dans la façon du vieillard de répandre ses excré­ments sur le visage du Christ, l’accusation grave et révol­tante qu’il porte au silence de Dieu et à son impuis­sance appa­rente à le gué­rir. Si demain quelqu’un jette ses selles à la tête d’un prêtre (ou d’un évêque), parce celui-​ci l’aura déçu, qui s’en offus­que­ra ? On s’en moque­ra même ! Aussi le Christ nous a pré­ve­nus : « S’ils m’ont per­sé­cu­té, vous aus­si ils vous per­sé­cu­te­ront » (Jn 15, 20).

Il ne m’apparaît pas évident, d’autre part, que l’Eglise, à tra­vers ses décla­ra­tions com­plai­santes, conforte les artistes à conti­nuer et à encou­ra­ger cette per­ver­sion de l’art qui consiste à inver­ser la notion du bien et du mal, et à oser l’inimaginable dans la trans­gres­sion et la dérision.

Car même les Romains n’ont pas ver­sé de déjec­tions sur la tête du Christ ! Le Père du ciel ne l’a pas per­mis. Je ne sais même pas si on a osé faire cette hor­reur sur une repré­sen­ta­tion du visage du Christ sous la Révolution fran­çaise ? Il a fal­lu que ce soit fait à notre époque trou­blée, enfon­cée dans la culture de mort, et qu’on trouve des per­sonnes catho­liques pour approu­ver cette pièce en y repé­rant le sens reli­gieux qu’y trouve l’auteur pour se justifier.

En novembre 2004, lors de repré­sen­ta­tion de la pièce « The Crying Body » du Flamand Jan Fabre, dans ce même théâtre de la Ville, à Paris, la hié­rar­chie catho­lique s’était tue. Pourtant le Christ y appa­rais­sait entiè­re­ment nu, avec un com­por­te­ment indé­cent, tan­dis qu’un évêque, après avoir écou­té la confes­sion éro­tique d’une « péni­tente », avait éga­le­ment une conduite scan­da­leuse et se désha­billait entiè­re­ment. Certains spec­ta­teurs quit­taient la salle en criant au scan­dale, et n’étaient pas inter­pel­lés par la police, comme c’est le cas aujourd’hui pour les chré­tiens qui font la même chose pour le spec­tacle de Castelluci.

C’est à cause du silence de la hié­rar­chie de l’époque que les tra­di­tio­na­listes se sont orga­ni­sés et mobi­li­sés cette fois, non pas pour obte­nir une répa­ra­tion, mais pour répa­rer par la prière l’offense faite au Christ. Résultat des courses : c’est uni­que­ment sur la façon de faire de cer­tains que l’on a trou­vé à redire. Au début, pas un mot du pré­sident de la Conférence épis­co­pale contre ce spec­tacle ! Or c’est pour­tant là que les catho­liques de base l’attendaient. En plus, ces catho­liques, pra­ti­quants ou non, qui ont sui­vi la mani­fes­ta­tion de Civitas – preuve qu’ils y étaient bien pré­sents – se sont vus taxés « d’idiots sym­pa­thiques », en réfé­rence à Lénine ! Ce ne fut pas d’un grand récon­fort pour eux devant leur souffrance !

Cela leur a sur­tout paru deux poids et deux mesures dif­fi­ciles à com­prendre. Beaucoup espé­raient au moins de la part des auto­ri­tés catho­liques de France une condam­na­tion de la tri­via­li­té de cet art déca­dent qui s’attaque à ce qu’il y a de plus sacré chez les catho­liques : le Christ ; mais qui évite de souiller le visage de Mahomet, d’Abraham ou de Moïse.

Pour trou­ver un sens chré­tien dans le spec­tacle du concept du visage du Fils de Dieu, il y fau­drait alors la pré­sence d’une sainte Véronique qui, elle, a essuyé le visage du Christ sali par nos péchés. C’est elle qui, avec la Vierge Marie, se mon­tra com­pa­tis­sante envers l’Homme des dou­leurs. On attend vai­ne­ment sur la scène quelqu’un se pré­ci­pi­tant pour laver le visage bafoué du Christ. Ce serait la véri­table com­pas­sion, alors que les cri­tiques favo­rables à cette pièce ne voient que la com­pas­sion du fils envers son vieux père. L’esprit d’amour et de répa­ra­tion envers notre Sauveur est inexis­tant dans cette pièce à laquelle on ne peut donc qu’abusivement trou­ver un sens chré­tien. Heureusement, à l’extérieur du théâtre régnait la prière répa­ra­trice et silen­cieuse de la majo­ri­té des catho­liques pré­sents. Certains étaient entrai­nés injus­te­ment aux postes de police et étaient pla­cés 48h en garde à vue, comme des voleurs, pour avoir sif­flé la pièce à l’intérieur du théâtre.

Par ailleurs, il est inutile d’opposer ceux qui se déplacent sur le lieu où la pièce est jouée, et ceux qui se contentent de prier dans une église voi­sine. Les deux com­por­te­ments sont néces­saires, et ceux qui prient sur place sont heu­reux d’être sou­te­nus par ceux qui prient devant le saint Sacrement expo­sé. Pourquoi les oppo­ser ? N’est-ce pas grâce à la mani­fes­ta­tion des catho­liques, dès avant l’ouverture du spec­tacle à Paris, plu­tôt que pour des rai­sons éco­no­miques, comme on le pré­tend, que l’auteur a sup­pri­mé au Théâtre de la Ville la scène qui se jouait à Avignon où des enfants envoyaient des gre­nades fac­tices contre le visage du Christ, pen­dant qu’on enten­dait les explo­sions, en bruit de fond ? Mais le fait que cette scène soit dans le sce­na­rio, qu’elle est été pro­gram­mée en juillet au fes­ti­val d’Avignon, et remise à Rennes, en dit long sur la deshu­ma­ni­sa­tion qui s’installe aujourd’hui dans cer­taines pièces de théâtre.

C’est, en effet, une vio­lence gra­tuite sur l’Innocent par excel­lence, à une époque où ceux qui défendent la pièce sont, par ailleurs, les pre­miers à par­ler de paix, de concorde, de tolé­rance envers toutes les reli­gions, et du « vivre ensemble » ! Mais quelle paix, quelle com­pas­sion à venir si on accepte que des enfants envoient des gre­nades sur le Prince de la paix ? On n’aurait pas accep­té ce geste sur un por­trait de Gandhi, et il y a là plus que Gandhi ! Je crois voir dans le fait que Castelluci ait repla­cé à Rennes cette scène qu’il avait reti­rée, l’assurance que lui apporte la der­nière décla­ra­tion de l’archevêque de Rennes à ce sujet (site Internet de l’évêché, 3 nov. 2011) : « La pièce cherche à nous emme­ner encore plus loin. Le visage de Jésus peint par Messine est mis devant la pire souf­france : des enfants qui lui jettent des gre­nades appa­rentes. Cela rap­pelle la Passion. Castelluci le sait et il pré­cise : « Il n’est pas dans mon inten­tion de désa­cra­li­ser le visage de Jésus, bien au contraire : pour moi, il s’agit d’une forme de prière qui se fait à tra­vers l’innocence d’un geste d’enfant. »

Je trouve scan­da­leux que Castellucci voit dans cet envoi de gre­nades (engins de guerre – on a par­lé à tort de cailloux), l’innocence d’un geste d’enfant et une forme de prière. Quant on sait com­bien l’enfant inno­cent qui entend par­ler de Jésus est natu­rel­le­ment atti­ré par lui ! On ne voit pas de petits enfants lever la main contre une image de Jésus ou un cru­ci­fix. Mais si on dévoie la petite enfance, on aura en effet des jeunes enfants qui feront ce geste. Mais c’est un geste dévoyé que je ne peux com­prendre contre le visage du Christ inno­cent qui a dit : « Si vous ne rede­ve­nez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt. 18, 3). De toute évi­dence, il ne s’agit pas de ces enfants que Castellucci arment de gre­nades, les­quels repré­sentent plus la cri­mi­na­li­té en herbe, la révolte contre l’amour, que l’innocence ! On ne peut même pas leur trou­ver l’excuse d’agir dans l’inconscience de leur âge. Ils savent très bien contre qui ils lancent des gre­nades puisqu’apparaît ensuite, au milieu de la phrase « You are my she­pherd » : (Tu es mon ber­ger), bien visible et bien lisible sur l’écran, la pré­sence plus sombre et cli­gno­tante de la néga­tion « not » qui annule tout : « You are not my she­pherd » (Tu n’es pas mon ber­ger). C’est un refus de se lais­ser conduire par le Christ. L’archevêque conti­nue : « Au pre­mier abord, ce geste est très (trop ?) pro­vo­cant. Il exige un sur­croît de réflexion pour que soit déchif­fré ce qu’a vou­lu dire l’auteur. Castelluci en parle dans son texte joint. Ce geste m’a fait pen­ser aux ques­tions vives des cher­cheurs de Dieu qui, inno­cents dans leur absence de foi, souffrent de ne pas trou­ver la Vérité et crient vers ce visage comme s’ils lui disaient : vas-​tu nous dire enfin quelque chose, une parole d’espérance ? Un peu comme Job qui a crié son angoisse à son Dieu qui s’était tu, ou comme le psal­miste : « pour­quoi me cacher ton visage ? »(Ps 88, 15)

Une fois encore Mgr d’Ornellas s’en remet entiè­re­ment aux expli­ca­tions de Castellucci et les reprend à son compte. Mais« Crier vers ce visage, un peu comme Job qui a crié son angoisse à son Dieu qui s’était tu », n’est pas tuer ce visage ! Car que font des gre­nades si elles ne tuent pas ? Ensuite, le visage du Christ est ici à décou­vert, il n’est pas caché à ces enfants. Au contraire, il leur sou­rit. Il n’y a pas plus bien­veillant que ce por­trait d’Antonello de Messine. C’est comme un appel à le rejoindre. J’ai dû mal à com­prendre les argu­ments de Castelluci repris par l’archevêque de Rennes.

A Rennes, sont venus des catho­liques en grand nombre, beau­coup d’entre eux n’ont rien à faire de la que­relle faite aux tra­di­tio­na­listes. Ils aiment le Christ, c’est tout ! Et, pour eux, la tra­di­tion de l’Eglise est avant tout de ser­vir le Christ, de l’honorer et de ne pas rou­gir de lui quand il est bafoué.

En revanche, la majo­ri­té des contre-​manifestants à Rennes, au nombre de 150, étaient sous la hou­lette de la « Gauche uni­taire », par­ti créé en mars 2009 par 4 anciens diri­geants de la ligue com­mu­niste révo­lu­tion­naire, dont le plus connu est, sans conteste, Christian Piquet, de son vrai nom Christian Lamothe. C’est un ancien membre de la jeu­nesse com­mu­niste, puis de la ligue com­mu­niste et enfin du LCR, jusqu’à sa dis­so­lu­tion. Ces mani­fes­tants sont, pour la plu­part, athées et res­pec­tables comme chaque être humain. Mais on ne com­prend pas bien leur com­bat. Leur slo­gan : « Ce n’est pas aux catho­liques de nous dire ce qu’on peut voir et ce qu’on ne peut pas voir ». Mais là n’est pas la vraie ques­tion. La véri­té nous oblige à dire que les catho­liques parlent autre­ment. Ils rap­pellent aux artistes ce que l’on peut dire et mon­trer et ce qu’il n’est pas digne ou conve­nable de dire et de mon­trer pour res­ter dans la morale élé­men­taire. Aurait-​on idée de mon­trer sur scène aujourd’hui des gla­dia­teurs se bat­tant jusqu’à ce que mort s’en suive, comme dans l’antiquité païenne ? C’est donc en amont que la morale judéo-​chrétienne rap­pelle la vraie liber­té de l’homme et condamne les repré­sen­ta­tions cruelles, licen­cieuses ou pro­vo­cantes. D’ailleurs, sur ce point, ces per­sonnes athées sont capables de nous suivre. En effet, si on pro­dui­sait une pièce de théâtre où un acteur uri­nait sur un chan­de­lier à 7 branches, les mêmes hur­le­raient à l’antisémitisme – ce qui ne serait pas faux car déni­grer la reli­gion juive, c’est déni­grer le peuple Juif. Nos liber­taires seraient tous devant le théâtre avec leur dra­peaux rouges et voci­fé­re­raient leur répro­ba­tion ! Pourquoi agissent-​ils autre­ment aujourd’hui quand ce sont les catho­liques qui sont atta­qués dans leur foi ?

Je m’inquiète pour ces catho­liques enga­gés quand sor­ti­ra la pièce « Golgota pic­nic » à Paris, dans le même théâtre de la Ville, pièce blas­phé­ma­toire de Rodrigo Garcia qui déclare lui-​même son spec­tacle « abso­lu­ment impu­dique », et sur­nomme le Christ « Le putain de diable ».

Qui va voir ce genre de spec­tacle ? Tout le monde bran­ché de l’art contem­po­rain qui va de M. Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture, à M. Pierre Berger, pré­sident de ce fes­ti­val d’automne qui pré­sente cette pièce de théâtre ; ce monde déjan­té et anti­chré­tien qui trouve beau tout ce qui est pro­vo­ca­tion gra­tuite, comme Piss-​Christ à Avignon. Faut-​il, en cau­tion­nant cette pièce, leur don­ner rai­son de faire per­du­rer et triom­pher cet art théâ­tral déca­dent sub­ven­tion­né par nos impôts ? L’ennemi est ici la culture contem­po­raine qui véhi­cule le mal, et non Castelluci qui est dans l’obscurité et pour lequel on doit prier parce qu’il est enfant de Dieu et pri­son­nier de cette fausse culture. Ne peut-​on pen­ser que les mani­fes­tants, en prière à genoux, prient d’abord pour la conver­sion de cet auteur adepte des sciences occultes, comme on l’a mon­tré plus haut ?

A force d’avoir peur de mêler nos voix aux inté­gristes, on est prêt à toutes les com­pro­mis­sions. Les décla­ra­tions de cer­tains pré­lats et d’autres prêtres influents, ne vont cer­tai­ne­ment pas inci­ter les Lefesvristes à entrer dans le giron de l’Eglise. Mais le veut-​on vrai­ment ? Il semble qu’on ait tout fait dans cette affaire pour leur faire pré­fé­rer la dis­si­dence. En tout cas, on ne leur a pas ten­du la main, c’est le moins qu’on puisse dire.

Pour ma part, je pense avec tris­tesse que la réac­tion com­plai­sante de cer­tains pré­lats et prêtres au sujet de la pièce de Castelluci va se retour­ner contre eux-​mêmes, et fina­le­ment contre nous, catho­liques bles­sés en nos âmes, car cela va leur enle­ver beau­coup de cré­di­bi­li­té et de force pour s’opposer ensuite à la pièce « Golgota Picnic » qui sera jouée à par­tir du 8 décembre (fête de l’Immaculée Conception, date si impor­tante pour les catho­liques et peut-​être pas choi­sie par hasard). Cette pièce est pire encore ! Après les décla­ra­tions com­plai­santes de cer­taines auto­ri­tés ecclé­sias­tiques sur l’œuvre de Castellucci, mal­heu­reu­se­ment si dif­fé­rentes de celles d’un Mgr Centène et d’autres évêques fran­çais, cer­tains y trou­ve­ront bien encore un sens chré­tien en fouillant dans la psychanalyse.

En revanche, les évêques et les prêtres qui ont pris cou­ra­geu­se­ment une posi­tion inverse, peuvent dès main­te­nant mettre en garde leurs fidèles contre Golgota pic­nic, et pour­ront cri­ti­quer sévè­re­ment ensuite son odieux anti­ca­tho­li­cisme. Les débor­de­ments atten­dus pour cette pro­chaine pièce, et tout ce qu’il va fal­loir encore entendre contre ceux qui seront fina­le­ment les seuls à se mouiller pour défendre l’honneur du Christ, même s’il y a à craindre chez cer­tains quelques déra­pages regret­tables et condam­nables, me font pré­sa­ger un Noël 2011 bien triste pour beau­coup de catho­liques fran­çais, sur­tout par­mi les gens simples qui sentent intui­ti­ve­ment où est la véri­té. Il faut rap­pe­ler ici le scan­dale inouï que Golgota pic­nic a sus­ci­té en Espagne.

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une dimen­sion escha­to­lo­gique, où les forces du mal sont déchaî­nées contre les com­man­de­ments les plus élé­men­taires du Créateur, contre la vie même (avor­te­ment, eutha­na­sie), contre la véri­té sur l’homme et son rôle sur terre (mariage homo­sexuel, attaques contre la famille et contre les consa­crés). C’est le refus de faire retour­ner vers Dieu l’amour gra­tuit reçu de lui. C’est une cas­sure effrayante qui est en cha­cun de nous, mais qui est entrée mas­si­ve­ment dans l’art contem­po­rain, non pour dénon­cer le mal mais pour s’y com­plaire. Cet art là, il ne faut pas avoir peur de l’appeler antichrétien.

Père Bernard Gallizia, prêtre catholique. 

Pour plus de renseignements

Institut Civitas
17, rue des Chasseurs
95100 Argenteuil
01.34.11.16.94
www.civitas-institut.com