Synode sur la famille : « Relatio post disceptationem » du Rapporteur Général, le Cardinal Péter Erdö

Note de la rédac­tion de La Porte Latine :
il est bien enten­du que les com­men­taires repris dans la presse exté­rieure à la FSSPX
ne sont en aucun cas une quel­conque adhé­sion à ce qui y est écrit par ailleurs.

Introduction

1. Lors de la veillée de prière célé­brée sur la Place Saint-​Pierre, same­di 4 octobre 2014, en pré­pa­ra­tion au Synode sur la famille, le Pape François a évo­qué de manière simple et concrète la cen­tra­li­té de l’ex­pé­rience fami­liale dans la vie de tous, en s’ex­pri­mant ain­si : « Le soir des­cend désor­mais sur notre assem­blée. C’est l’heure où l’on rentre volon­tiers chez soi pour se retrou­ver à la même table, entou­ré par la pré­sence des liens d’affection, du bien accom­pli et reçu, des ren­contres qui réchauffent le cœur et le font croître, comme un bon vin qui anti­cipe au cours de l’existence de l’homme la fête sans cré­pus­cule. C’est aus­si l’heure la plus dou­lou­reuse pour celui qui se retrouve en tête à tête avec sa propre soli­tude, dans le cré­pus­cule amer de rêves et de pro­jets bri­sés : com­bien de per­sonnes traînent-​elles leurs jour­nées sur la voie sans issue de la rési­gna­tion, de l’abandon, voire de la ran­cœur ; dans com­bien de mai­sons est venu à man­quer le vin de la joie et donc la saveur — la sagesse même — de la vie […] Ce soir, nous nous fai­sons la voix des uns et des autres à tra­vers notre prière, une prière pour tous ».

2. Lieu intime de joies et d’é­preuves, d’af­fec­tions pro­fondes et de rela­tions par­fois bles­sées, la famille est véri­ta­ble­ment « école d’hu­ma­ni­té » (« Familia scho­la quae­dam ube­rio­ris huma­ni­ta­tis est »: Concile Vatican II, Constitution sur l’Église dans le monde contem­po­rain Gaudium et Spes, n°52), dont le besoin est for­te­ment per­çu. Malgré les nom­breux signaux de crise de l’ins­ti­tu­tion fami­liale dans les dif­fé­rents contextes du « vil­lage glo­bal », le désir de famille demeure vif, en par­ti­cu­lier par­mi les jeunes et motive le besoin que l’Église annonce sans relâche et au tra­vers d’un par­tage pro­fond cet « Évangile de la famille » qui lui a été confié au tra­vers de la révé­la­tion de Dieu en Jésus Christ.

3. Sur la réa­li­té de la famille, déci­sive et pré­cieuse, l’Évêque de Rome a appe­lé à réflé­chir le Synode des Évêques en son Assemblée géné­rale extra­or­di­naire d’oc­tobre 2014, pour appro­fon­dir ensuite la réflexion lors de l’Assemblée géné­rale ordi­naire qui se tien­dra en octobre 2015, tout comme au cours de l’en­semble de l’an­née qui s’é­cou­le­ra entre les deux évé­ne­ments syno­daux. « Le fait de conve­nire in unum autour de l’Évêque de Rome est déjà un évé­ne­ment de grâce, dans lequel la col­lé­gia­li­té épis­co­pale se mani­feste sur un che­min de dis­cer­ne­ment spi­ri­tuel et pas­to­ral » : c’est ain­si que le Pape François a décrit l’ex­pé­rience syno­dale, en indi­quant les devoirs liés à la double écoute des signes de Dieu et de l’his­toire des hommes et à la fidé­li­té, double et unique, qui en découle.

4. À la lumière de ce même dis­cours, nous avons recueilli les résul­tats de nos réflexions et de nos dia­logues au sein des trois par­ties sui­vantes : L’écoute, pour regar­der la réa­li­té de la famille aujourd’­hui, dans la com­plexi­té de ses lumières et de ses ombres ; le regard fixé sur le Christ pour repen­ser, avec fraî­cheur renou­ve­lée et enthou­siasme ce que la révé­la­tion trans­mise dans la foi de l’Église, nous dit sur la beau­té et la digni­té de la famille ; la confron­ta­tion à la lumière du Seigneur Jésus pour dis­cer­ner les voies grâce aux­quelles renou­ve­ler l’Église et la socié­té dans leur enga­ge­ment en faveur de la famille.

Première Partie – L’écoute : le contexte et les défis concernant la famille

Le contexte socioculturel

5. Le chan­ge­ment anthro­po­lo­gique et cultu­rel influence aujourd’­hui tous les aspects de la vie et requiert une approche ana­ly­tique et diver­si­fiée, capable de per­ce­voir les formes posi­tives de la liber­té indi­vi­duelle. Il faut éga­le­ment prendre en compte le dan­ger crois­sant repré­sen­té par un indi­vi­dua­lisme exa­cer­bé qui déna­ture les liens fami­liaux et finit par consi­dé­rer chaque com­po­sant de la famille comme une île, fai­sant pré­va­loir, dans cer­tains cas, l’i­dée d’un sujet qui se construit selon ses propres dési­rs consi­dé­rés comme un absolu.

6. La plus grande épreuve pour les familles de notre temps est sou­vent la soli­tude, qui détruit et pro­voque une sen­sa­tion géné­rale d’im­puis­sance vis-​à-​vis de la réa­li­té socio-​économique qui, sou­vent, finit par les écra­ser. Il en est ain­si de la crois­sante pré­ca­ri­té du tra­vail, qui est par­fois vécue comme un véri­table cau­che­mar, ou d’une fis­ca­li­té trop lourde qui n’en­cou­rage cer­tai­ne­ment pas les jeunes à se marier.

7. Il existe des contextes cultu­rels et reli­gieux qui lancent des défis par­ti­cu­liers. Dans les socié­tés afri­caines, existe encore la pra­tique de la poly­ga­mie et, dans cer­tains contextes tra­di­tion­nels, la cou­tume du « mariage par étapes ». Dans d’autres contextes, se main­tient la pra­tique des mariages com­bi­nés. Dans les pays où la reli­gion catho­lique est mino­ri­taire, nom­breux sont les mariages mixtes, avec toutes les dif­fi­cul­tés qu’ils com­portent en ce qui concerne la confi­gu­ra­tion juri­dique, l’é­du­ca­tion des enfants et le res­pect réci­proque du point de vue de la liber­té reli­gieuse mais aus­si avec les grandes poten­tia­li­tés de ren­contre dans la diver­si­té de la foi que ces his­toires de vie fami­liale pré­sentent. Dans de nom­breux contextes, et pas seule­ment occi­den­taux, se dif­fuse actuel­le­ment lar­ge­ment la pra­tique de la coha­bi­ta­tion qui pré­cède le mariage ou encore de coha­bi­ta­tions non orien­tées à prendre la forme d’un lien institutionnel.

8. Nombreux sont les enfants qui naissent en dehors du mariage, en par­ti­cu­lier dans cer­tains pays et nom­breux sont ceux qui gran­dissent ensuite avec un seul de leurs parents ou dans un contexte fami­lial élar­gi ou recons­ti­tué. Le nombre des divorces est crois­sant et le cas de choix déter­mi­nés seule­ment par des fac­teurs d’ordre éco­no­mique n’est pas rare. La condi­tion de la femme a encore besoin d’être défen­due et pro­mue parce que de nom­breuses situa­tions de vio­lence s’en­re­gistrent à l’in­té­rieur des familles. Les enfants font sou­vent l’ob­jet de luttes entre leurs parents et ils consti­tuent les véri­tables vic­times des lacé­ra­tions fami­liales. Les socié­tés tra­ver­sées par la vio­lence à cause de la guerre, du ter­ro­risme ou de la pré­sence de la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée connaissent éga­le­ment des situa­tions fami­liales dété­rio­rées. Les migra­tions repré­sentent en outre un autre signe des temps qu’il faut affron­ter et com­prendre avec toute sa charge de consé­quences sur la vie familiale.

L’importance de la vie affective

9. Face à ce cadre social, on ren­contre chez les indi­vi­dus un plus grand besoin de prendre soin de leur propre per­sonne, de se connaître inté­rieu­re­ment, de vivre mieux en syn­to­nie avec leurs émo­tions et leurs sen­ti­ments, de cher­cher une rela­tion de qua­li­té dans la vie affec­tive. De même, on peut ren­con­trer un désir dif­fus de famille, qui s’ac­com­pagne de la recherche de soi-​même. Mais com­ment culti­ver et sou­te­nir cette ten­sion au soin de soi-​même et ce désir de famille ? Il y a là un grand défi éga­le­ment pour l’Église. Le dan­ger de l’in­di­vi­dua­lisme et le risque de vivre de manière égoïste sont importants.

10. Le monde actuel semble valo­ri­ser une affec­ti­vi­té sans limite, dont tous les ver­sants doivent être explo­rés, même les plus com­plexes. De fait, la ques­tion de la fra­gi­li­té affec­tive est de grande actua­li­té : une affec­ti­vi­té nar­cis­sique, instable et chan­geante qui n’aide pas tou­jours les sujets à atteindre une plus grande matu­ri­té. Dans ce contexte, les couples sont par­fois incer­tains, hési­tants et ont du mal à trou­ver des manières pour gran­dir. Nombreux sont ceux qui tendent à demeu­rer aux pre­miers stades de la vie émo­tion­nelle et sexuelle. La crise du couple désta­bi­lise la famille et peut arri­ver, au tra­vers des sépa­ra­tions et des divorces, à pro­duire des consé­quences sérieuses sur les adultes, les enfants et la socié­té, affai­blis­sant l’in­di­vi­du et les liens sociaux. Le déclin de la popu­la­tion ne déter­mine pas seule­ment une situa­tion dans laquelle le rem­pla­ce­ment des géné­ra­tions n’est plus assu­ré mais risque de conduire, avec le temps, à un appau­vris­se­ment éco­no­mique et à une perte d’es­pé­rance dans l’avenir.

Les défis pastoraux

11. Dans ce contexte, l’Église per­çoit le besoin de dire une parole d’es­pé­rance et de sens. Il faut par­tir de la convic­tion que l’homme vient de Dieu et que, donc, une réflexion capable de pro­po­ser à nou­veau les grandes ques­tions sur la signi­fi­ca­tion d’être hommes peut trou­ver un ter­rain fer­tile dans les attente les plus pro­fondes e l’hu­ma­ni­té. Les grandes valeurs du mariage et de la famille chré­tienne cor­res­pondent à la recherche qui tra­verse l’exis­tence humaine, y com­pris à une époque mar­quée par l’in­di­vi­dua­lisme et par l’hé­do­nisme. Il faut accueillir les per­sonnes avec leur exis­tence concrète, savoir sou­te­nir leur recherche, encou­ra­ger le désir de Dieu et la volon­té de se sen­tir plei­ne­ment par­tie inté­grante de l’Église même de ceux qui ont fait l’ex­pé­rience de l’é­chec ou se trouvent dans les situa­tions les plus dis­pa­rates. Ceci exige que la doc­trine de la foi, que l’on doit faire connaître tou­jours davan­tage dans ses conte­nus fon­da­men­taux, soit pro­po­sée avec la miséricorde.

Deuxième partie – Le regard sur le Christ : l’Évangile de la famille

Le regard sur Jésus et la gra­dua­li­té dans l’his­toire du salut

12. Afin de « contrô­ler notre allure sur le ter­rain des défis contem­po­rains, la condi­tion déci­sive est de gar­der le regard fixé sur Jésus Christ, de s’arrêter dans la contem­pla­tion et dans l’adoration de sa face […]. En effet, chaque fois que nous reve­nons à la source de l’expérience chré­tienne, de nou­velles routes et des pos­si­bi­li­tés impen­sables s’ouvrent. (Pape François, Discours du 4 octobre 2014). Jésus a regar­dé les femmes et les hommes qu’Il a ren­con­tré avec amour et ten­dresse, accom­pa­gnant leurs pas avec patience et misé­ri­corde dans l’an­nonce des exi­gences du Royaume de Dieu.

13. Du moment que l’ordre de la Création est déter­mi­né par l’o­rien­ta­tion au Christ, il faut dis­tin­guer sans les sépa­rer les dif­fé­rents degrés au tra­vers des­quels Dieu com­mu­nique à l’humanité la grâce de l’al­liance. En rai­son de la loi de la gra­dua­li­té (cf. Familiaris Consortio, 34), propre à la péda­go­gie divine, il s’a­git de lire en termes de conti­nui­té et de nou­veau­té l’al­liance nup­tiale, dans l’ordre de la Création et dans celui de la Rédemption.

14. Jésus Lui-​même, en se réfé­rant au des­sein pre­mier sur le couple humain, réaf­firme l’u­nion indis­so­luble entre l’homme et la femme, tout en com­pre­nant que « en rai­son de votre dure­té de cœur (que) Moise vous a per­mis de répu­dier vos femmes ;mais dès l’o­ri­gine, il n’en fut pas ain­si » (Mt 19,8). De cette manière, Il montre com­bien la condes­cen­dance divine accom­pagne tou­jours le che­min de l’homme, l’o­rien­tant vers son prin­cipe, non sans pas­ser par la croix.

La famille dans le des­sein sal­vi­fique de Dieu

15. Puisque, par l’en­ga­ge­ment de l’ac­cueil réci­proque et par la grâce du Christ, les fian­cés se pro­mettent fidé­li­té et ouver­ture à la vie, ils recon­naissent comme élé­ments consti­tu­tifs du mariage les dons que Dieu leur offre, pre­nant sérieu­se­ment leur mutuel enga­ge­ment en son nom et face à l’Église. Or, dans la foi, il est pos­sible de prendre les biens du mariage comme des enga­ge­ments plus sou­te­nables au tra­vers de l’aide de la grâce du sacre­ment. Dieu consacre l’a­mour des époux et en confirme l’in­dis­so­lu­bi­li­té, en leur offrant l’aide pour vivre la fidé­li­té et pour s’ou­vrir à la vie. Le regard de l’Église ne se tourne donc pas seule­ment vers le couple mais vers la famille.

16.Nous pou­vons dis­tin­guer trois étapes fon­da­men­tales dans le des­sein divin concer­nant la famille : la famille des ori­gines, lorsque Dieu créa­teur ins­ti­tua le mariage pri­mor­dial entre Adam et Éve, comme fon­de­ment solide de la famille : homme et femme Il les créa (cf. Gn 1, 24–31 ; 2, 4b) ; la famille his­to­rique bles­sée par le péché (cf. Gn 3) et la famille rache­tée par le Christ (cf. Ep 5, 21–32), à l’i­mage de la Sainte Trinité, mys­tère dont découle tout amour véri­table. L’alliance conju­gale, inau­gu­rée avec la Création et révé­lée dans l’his­toire entre Dieu et Israël, arrive à sa plé­ni­tude avec le Christ dans l’Église.

Le dis­cer­ne­ment des valeurs pré­sentes dans les familles bles­sées et dans les situa­tions irrégulières

17. Vu le prin­cipe de gra­dua­li­té du plan sal­vi­fique divin, on se demande quelles pos­si­bi­li­tés sont don­nées aux époux qui vivent l’é­chec de leur mariage ou com­ment il est pos­sible de leur offrir l’aide du Christ au tra­vers du minis­tère de l’Église. À ce pro­pos, une clef her­mé­neu­tique signi­fi­ca­tive pro­vient de l’en­sei­gne­ment du Concile Vatican II, qui, s’il affirme que « l’u­nique Église du Christ sub­siste dans l’Église catho­lique », recon­naît éga­le­ment que « bien (que) des élé­ments nom­breux de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té se trouvent hors de sa sphère, élé­ments qui, appar­te­nant pro­pre­ment par le don de Dieu à l’Église du Christ, portent par eux-​mêmes à l’unité catho­lique » (Lumen Gentium, 8).

18. Dans cette pers­pec­tive, doivent tout d’a­bord être réaf­fir­mées la valeur et la consis­tance propre du mariage natu­rel. Certains se demandent s’il est pos­sible que la plé­ni­tude sacra­men­telle du mariage n’ex­clut pas la pos­si­bi­li­té de recon­naître des élé­ments posi­tifs éga­le­ment dans les formes impar­faites qui se trouvent en dehors de cette réa­li­té nup­tiale mais dans tous les cas ordon­nées à celle-​ci. La doc­trine des degrés de com­mu­nion, for­mu­lée par le Concile Vatican II, confirme la vision d’une manière arti­cu­lée de par­ti­ci­per au Mysterium Ecclesiae de la part des baptisés.

19. Dans cette même pers­pec­tive, que nous pour­rons qua­li­fier d’in­clu­sive, le Concile ouvre éga­le­ment l’ho­ri­zon dans lequel s’ap­pré­cient les élé­ments posi­tifs pré­sents dans les autres reli­gions (cf. Nostra Aetate, 2) et cultures, mal­gré leurs limites et leurs insuf­fi­sances (cf. Redemptoris Missio, 55). Du regard tour­né vers la sagesse humaine pré­sente en eux, en effet, l’Église apprend com­ment la famille est consi­dé­rée uni­ver­sel­le­ment comme forme néces­saire et féconde de coexis­tence humaine. Dans ce sens, l’ordre de la Création, dans lequel la vision chré­tienne de la famille est enra­ci­née, se déploie au niveau his­to­rique dans les dif­fé­rentes expres­sions cultu­relles et géographiques.

20. Un dis­cer­ne­ment spi­ri­tuel étant donc néces­saire en ce qui concerne les coha­bi­ta­tions et les mariages civils ain­si que pour ce qui est des divor­cés « rema­riés », il appar­tient à l’Église de recon­naître ces semi­na Verbi répan­dus hors des fron­tières visibles et sacra­men­telles. En sui­vant le vaste regard du Christ, dont la lumière éclaire tout homme (cf. Jn 1, 9 ; cf. Gaudium et Spes, 22), l’Église se tourne avec res­pect vers ceux qui par­ti­cipent à sa vie de manière incom­plète et impar­faite, appré­ciant plus les valeurs posi­tives qu’ils conservent que leurs limites et leurs manquements.

Vérité et beau­té de la famille et miséricorde

21. L’Évangile de la famille, alors qu’il res­plen­dit grâce au témoi­gnage de nom­breuses familles qui vivent avec cohé­rence la fidé­li­té au sacre­ment, pro­dui­sant les fruits murs de la sain­te­té quo­ti­dienne authen­tique, nour­rit éga­le­ment ces semi­na Verbi qui attendent encore de mûrir et doit soi­gner les arbres qui sont deve­nus secs et demandent à ne pas être négligés.

22. Dans ce sens, une nou­velle dimen­sion de la pas­to­rale fami­liale actuelle, consiste dans la prise en compte de la réa­li­té des mariages civils et éga­le­ment, en fai­sant les dif­fé­rences néces­saires, des coha­bi­ta­tions. En effet, lorsque l’u­nion atteint une sta­bi­li­té notable au tra­vers d’un lien public, est mar­quée par une affec­tion pro­fonde, par la res­pon­sa­bi­li­té vis-​à-​vis des enfants, par une capa­ci­té à résis­ter dans les épreuves, elle peut être consi­dé­rée comme un bour­geon à accom­pa­gner dans son déve­lop­pe­ment vers le sacre­ment du mariage. Très sou­vent, en revanche, la coha­bi­ta­tion ne s’é­ta­blit pas en vue d’un futur mariage pos­sible mais sans aucune inten­tion d’é­ta­blir un rap­port institutionnel.

23. Conforme au regard misé­ri­cor­dieux de Jésus, l’Église doit accom­pa­gner avec atten­tion et sol­li­ci­tude ses enfants les plus fra­giles, mar­qués par un amour bles­sé et per­du, redon­nant confiance et espé­rance, comme la lumière du phare d’un port ou d’une torche pla­cée au milieu d’un groupe de per­sonnes peut illu­mi­ner ceux qui ont per­du la route ou se trouvent au milieu de la tempête.

Troisième partie – La discussion : les perspectives pastorales

Annoncer l’Évangile de la famille aujourd’hui, dans les dif­fé­rents contextes

24. Le dia­logue syno­dal a per­mis de s’accorder sur les ins­tances pas­to­rales les plus urgentes à confier à la concré­ti­sa­tion des Églises locales, dans la com­mu­nion cum Petro et sub Petro.

25. L’annonce de l’Évangile de la famille consti­tue une urgence pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion. L’Église doit la réa­li­ser avec la ten­dresse d’une mère et la clar­té d’une maî­tresse (cf. Ep 4,15), dans la fidé­li­té à la kénose misé­ri­cor­dieuse du Christ. La véri­té s’incarne dans la fra­gi­li­té humaine non pas pour la condam­ner, mais pour la guérir.

26. Évangéliser est une res­pon­sa­bi­li­té par­ta­gée par le peuple de Dieu tout entier, cha­cun selon son propre minis­tère et cha­risme. Sans le témoi­gnage joyeux des époux et des familles, l’annonce, même si elle est cor­recte, risque de ne pas être com­prise et de se noyer dans le flot de paroles qui carac­té­rise notre socié­té (cf. Novo mil­len­nio ineunte, 50). Les Pères syno­daux ont à plu­sieurs reprises sou­li­gné que les familles catho­liques sont appe­lées à être elles-​mêmes les sujets actifs de toute la pas­to­rale familiale.

27. Il est fon­da­men­tal de mettre en exergue le pri­mat de la grâce, et par consé­quent, les pos­si­bi­li­tés que l’Esprit offre par le sacre­ment. Il s’agit de faire com­prendre par l’expérience que l’Évangile de la famille est une joie qui « rem­plit le cœur et toute la vie », parce que dans le Christ nous sommes « libé­rés du péché, de la tris­tesse, du vide inté­rieur, de l’isolement » (Evangelii gau­dium, 1). À la lumière de la para­bole du semeur (cf. Mt 13, 3), notre tâche consiste à coopé­rer aux semailles : le reste est l’œuvre de Dieu. Il ne faut pas oublier que l’Église qui prêche sur la famille est un signe de contradiction.

28.C’est pour­quoi une conver­sion mis­sion­naire est requise : il ne faut pas se limi­ter à une annonce pure­ment théo­rique et déta­chée des pro­blèmes réels des per­sonnes. Il ne faut jamais oublier que la crise de la foi a com­por­té une crise du mariage et de la famille et, par consé­quent, la trans­mis­sion de la foi des parents aux enfants a été sou­vent inter­rom­pue. L’imposition de cer­taines pers­pec­tives cultu­relles qui affai­blissent la famille et le mariage n’ont pas d’incidence sur une foi solide.

29. La conver­sion doit être avant tout une conver­sion du lan­gage pour qu’il soit effec­ti­ve­ment signi­fi­ca­tif. L’annonce doit faire connaître par l’expérience que l’Évangile de la famille est la réponse aux attentes les plus pro­fondes de la per­sonne humaine : à sa digni­té et à la pleine réa­li­sa­tion dans la réci­pro­ci­té et dans la com­mu­nion. Il ne s’agit pas seule­ment de pré­sen­ter des règles, mais aus­si de pro­po­ser des valeurs, en répon­dant ain­si à un besoin que l’on constate aujourd’hui dans les pays les plus sécularisés.

30. L’approfondissement biblico-​théologique indis­pen­sable doit être accom­pa­gné par le dia­logue, à tous les niveaux. Beaucoup ont insis­té sur une approche plus posi­tive des richesses conte­nues dans les dif­fé­rentes expé­riences reli­gieuses, sans pas­ser sous silence les dif­fi­cul­tés. Dans les dif­fé­rents contextes cultu­rels, il faut tout d’abord sai­sir les pos­si­bi­li­tés, puis, à la lumière de celles-​ci, repous­ser les limites et les radicalisations.

31. Le mariage chré­tien ne peut pas être consi­dé­ré uni­que­ment comme une tra­di­tion cultu­relle ou une exi­gence sociale, il faut que ce soit une déci­sion voca­tion­nelle assu­mée après une pré­pa­ra­tion adé­quate et un dis­cer­ne­ment mûr, dans un par­cour de foi. Il ne s’agit pas de poser des dif­fi­cul­tés ou de com­pli­quer les cycles de for­ma­tion, mais d’aller en pro­fon­deur et ne pas se conten­ter de ren­contres théo­riques ou d’orientations générales.

32. D’un com­mun accord, il a été rap­pe­lé que, dans la pers­pec­tive fami­liale, une conver­sion de la pra­tique pas­to­rale dans son ensemble est néces­saire pour dépas­ser les optiques indi­vi­dua­listes qui la carac­té­risent encore. C’est pour­quoi on a insis­té à plu­sieurs reprises sur le renou­vel­le­ment de la for­ma­tion des prêtres et des autres agents pas­to­raux, avec une impli­ca­tion plus grande des familles.

33. De même, a été sou­li­gné le besoin d’une évan­gé­li­sa­tion qui dénonce avec fran­chise les fac­teurs cultu­rels, sociaux et éco­no­miques, par exemple la place exces­sive don­née à la logique du mar­ché, qui empêchent une vie fami­liale authen­tique, entraî­nant la dis­cri­mi­na­tion, la pau­vre­té, l’exclusion, la vio­lence. C’est pour­quoi il faut déve­lop­per un dia­logue et une coopé­ra­tion avec les struc­tures sociales, et encou­ra­ger et sou­te­nir les laïcs qui s’engagent dans les domaines cultu­rel et sociopolitique.

Guider les futurs époux sur le che­min de la pré­pa­ra­tion au mariage

34. La réa­li­té sociale com­plexe et les défis que la famille est appe­lée à affron­ter aujourd’hui demandent un enga­ge­ment plus grand de la com­mu­nau­té chré­tienne pour la pré­pa­ra­tion des futurs époux au mariage. En ce qui concerne ce besoin, les Pères syno­daux ont insis­té d’un com­mun accord sur l’exigence d’une impli­ca­tion plus grande de la com­mu­nau­té tout entière, en pri­vi­lé­giant le témoi­gnage des familles, ain­si que l’enracinement de la pré­pa­ra­tion au mariage dans le che­min d’initiation chré­tienne, en sou­li­gnant le lien du mariage avec les autres sacre­ments. On a éga­le­ment mis en évi­dence le besoin de pro­grammes spé­ci­fiques de pré­pa­ra­tion proche au mariage qui soient une véri­table expé­rience de par­ti­ci­pa­tion à la vie ecclé­siale et qui appro­fon­dissent les dif­fé­rents aspects de la vie familiale.

Accompagner les pre­mières années de la vie conjugale

35. Les pre­mières années de mariage repré­sentent une période vitale et déli­cate au cours de laquelle le couple devient plus conscient des défis et du sens du mariage. D’où l’exigence d’un accom­pa­gne­ment pas­to­ral qui dépasse la célé­bra­tion du sacre­ment. Dans cette pas­to­rale, la pré­sence de couples ayant de l’expérience s’avère de la plus haute impor­tance. La paroisse est consi­dé­rée comme le lieu idéal où les couples experts peuvent être à la dis­po­si­tion de ceux plus jeunes. Les couples doivent être encou­ra­gés à assu­mer une atti­tude fon­da­men­tale d’accueil du grand don que repré­sentent les enfants. Il faut sou­li­gner l’importance de la spi­ri­tua­li­té fami­liale et de la prière, en encou­ra­geant les couples à se réunir régu­liè­re­ment pour pro­mou­voir la crois­sance de la vie spi­ri­tuelle et la soli­da­ri­té dans les exi­gences concrètes de la vie. Les litur­gies signi­fi­ca­tives, les pra­tiques dévo­tion­nelles et les Eucharisties célé­brées pour les familles ont été men­tion­nées comme étant vitales pour favo­ri­ser l’évangélisation à tra­vers la famille.

Les aspects posi­tifs dans les unions civiles et les concubinages

36. Une nou­velle sen­si­bi­li­té de la pas­to­rale d’aujourd’hui consiste à com­prendre la réa­li­té posi­tive des mariages civils et, compte tenu des dif­fé­rences, des concu­bi­nages. Il faut que dans la pro­po­si­tion ecclé­siale, tout en pré­sen­tant clai­re­ment l’idéal, nous indi­quions aus­si les élé­ments construc­tifs de ces situa­tions qui ne cor­res­pondent plus ou pas encore à cet idéal.

37. On relève éga­le­ment, dans de nom­breux pays, un « nombre crois­sant de couples qui vivent ensemble ad expe­ri­men­tum, sans aucun mariage, ni cano­nique ni civil » (Instrumentum Laboris, 81). En Afrique, cela se pro­duit sur­tout dans le mariage tra­di­tion­nel, contrac­té entre familles et sou­vent célé­bré par étapes. Face à ces situa­tions, l’Église est appe­lée à être « tou­jours la mai­son ouverte du Père […] où il y a de la place pour cha­cun avec sa vie dif­fi­cile » (Evangelii gau­dium, 47) et à aller en aide à celui qui éprouve le besoin de reprendre son che­min de foi, même s’il n’est pas pos­sible de célé­brer un mariage canonique.

38. En Occident, le nombre de ceux qui, après avoir long­temps vécu ensemble, demandent de célé­brer le mariage à l’église est aus­si en crois­sance constante. Le simple concu­bi­nage est sou­vent choi­si à cause de la men­ta­li­té géné­rale, s’opposant aux ins­ti­tu­tions et aux enga­ge­ments défi­ni­tifs, mais aus­si dans l’attente d’une sécu­ri­té exis­ten­tielle (un emploi et un salaire fixes). Dans d’autres pays, les unions de fait sont très nom­breuses, non pas par rejet des valeurs chré­tiennes rela­tives à la famille et au mariage, mais sur­tout du fait que se marier est un luxe ; ain­si la misère maté­rielle pousse à vivre dans une union de fait. Dans ces unions aus­si, on peut voir des valeurs fami­liales authen­tiques, ou du moins le désir de celles-​ci. Il faut que l’accompagnement pas­to­ral com­mence tou­jours par ces aspects positifs.

39. Toutes ces situa­tions doivent être affron­tées de manière construc­tive, en essayant de les trans­for­mer en oppor­tu­ni­té de che­mi­ner vers la plé­ni­tude du mariage et de la famille, à la lumière de l’Évangile. Il s’agit de les accueillir et de les accom­pa­gner avec patience et déli­ca­tesse. À cet effet, le témoi­gnage attrayant de familles chré­tiennes authen­tiques, comme sujets de l’évangélisation de la famille, est important.

Soigner les familles bles­sées (sépa­rés, divor­cés non rema­riés, divor­cés remariés)

40. Au cours du Synode, le besoin de choix pas­to­raux cou­ra­geux a été clai­re­ment res­sen­ti. Confirmant avec force la fidé­li­té à l’Évangile, les Pères syno­daux ont per­çu l’urgence de che­mins pas­to­raux nou­veaux, qui partent de la réa­li­té effec­tive des fra­gi­li­tés fami­liales, en recon­nais­sant que, le plus sou­vent, celles-​ci sont « subies » plus que choi­sies en toute liber­té. Il s’agit de situa­tions dif­fé­rentes dues à des fac­teurs per­son­nels comme cultu­rels et socioé­co­no­miques. Envisager des solu­tions uniques ou s’inspirant de la logique du « tout ou rien » n’est pas signe de sagesse. Le dia­logue et la confron­ta­tion vécus au Synode devront se pour­suivre dans les Églises locales, avec la par­ti­ci­pa­tion des dif­fé­rentes com­po­santes, de manière à ce que les pers­pec­tives qui se pro­filent puissent être menées à leur plein mûris­se­ment par le tra­vail de la pro­chaine Assemblée Générale Ordinaire. L’Esprit qui nous guide, et qui est constam­ment invo­qué, per­met­tra au peuple de Dieu de vivre la fidé­li­té à l’Évangile de la famille comme une prise en charge misé­ri­cor­dieuse de toutes les situa­tions de fragilité.

41. Toute famille bles­sée doit tout d’abord être écou­tée avec res­pect et amour, en deve­nant son com­pa­gnon de route, comme le Christ avec les dis­ciples sur le che­min d’Emmaüs. Pour ces situa­tions, les paroles du Pape François sont par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nentes : « L’Église devra ini­tier ses membres – prêtres, per­sonnes consa­crées et laïcs – à cet « art de l’accompagnement », pour que tous apprennent tou­jours à ôter leurs san­dales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3,5). Nous devons don­ner à notre che­min le rythme salu­taire de la proxi­mi­té, avec un regard res­pec­tueux et plein de com­pas­sion mais qui en même temps gué­rit, libère et encou­rage à mûrir dans la vie chré­tienne » (Evangelii gau­dium, 169).

42. Un tel dis­cer­ne­ment est indis­pen­sable pour les per­sonnes sépa­rées ou divor­cées. Il faut notam­ment res­pec­ter la souf­france de ceux qui ont subi injus­te­ment la sépa­ra­tion ou le divorce. Pardonner l’injustice subie n’est pas facile, mais c’est un che­min que la grâce rend pos­sible. De même, il faut tou­jours sou­li­gner qu’il est indis­pen­sable de prendre en charge, de manière loyale et construc­tive, les consé­quences de la sépa­ra­tion ou du divorce sur les enfants : ils ne peuvent pas deve­nir un « objet » de dis­pute, et il faut cher­cher les meilleurs moyens pour qu’ils puissent sur­mon­ter le trau­ma­tisme de la scis­sion fami­liale et gran­dir le plus pos­sible dans la sérénité.

43. Plusieurs Pères ont sou­li­gné le besoin de rendre les pro­cé­dures de recon­nais­sance des cas de nul­li­té du mariage plus acces­sibles et allé­gées. Il a été notam­ment pro­po­sé de pou­voir se pas­ser de l’obligation de la double sen­tence conforme ; ouvrir une voie admi­nis­tra­tive sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain ; enta­mer un pro­cès som­maire dans les cas de nul­li­té notoire. Selon des pro­po­si­tions émi­nentes, il fau­drait envi­sa­ger la pos­si­bi­li­té de consi­dé­rer l’importance de la foi des futurs époux pour la vali­di­té du sacre­ment du mariage. Dans tous ces cas, il faut bien sou­li­gner qu’il s’agit d’établir la véri­té sur la vali­di­té du lien.

44. Quant aux pro­cès matri­mo­niaux, outre la pré­pa­ra­tion d’un nombre suf­fi­sant d’agents, clercs et laïcs, qui s’y consacrent prio­ri­tai­re­ment, la sim­pli­fi­ca­tion de la pro­cé­dure, deman­dée par un grand nombre, exige que l’on aug­mente la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain, qui pour­rait, dans son dio­cèse, char­ger un prêtre, pré­pa­ré en bonne et due forme, de conseiller gra­tui­te­ment les par­ties sur la vali­di­té de leur mariage.

45. Les per­sonnes divor­cées non rema­riées doivent être invi­tées à trou­ver dans l’Eucharistie la nour­ri­ture qui les sou­tient dans leur état. La com­mu­nau­té locale et les pas­teurs doivent accom­pa­gner ces per­sonnes avec sol­li­ci­tude, sur­tout si elles ont des enfants ou vivent dans une situa­tion de pau­vre­té grave.

46. Les situa­tions des per­sonnes divor­cées rema­riées exigent aus­si un dis­cer­ne­ment atten­tif et un accom­pa­gne­ment empreint de res­pect, évi­tant tout lan­gage ou atti­tude qui les feraient sen­tir dis­cri­mi­nées. Prendre soin de ces per­sonnes ne repré­sente pas pour la com­mu­nau­té chré­tienne un affai­blis­se­ment de sa foi et de son témoi­gnage de l’indissolubilité du mariage, au contraire, c’est par ces soins qu’elle exprime sa charité.

47. Quant à la pos­si­bi­li­té d’accéder aux sacre­ments de la Pénitence et de l’Eucharistie, cer­tains ont argu­men­té en faveur de la dis­ci­pline actuelle en ver­tu de son fon­de­ment théo­lo­gique, d’autres se sont expri­més en faveur d’une plus grande ouver­ture à des condi­tions bien pré­cises, quand il s’agit de situa­tions qui ne peuvent pas être dis­soutes sans entraî­ner de nou­velles injus­tices et souf­frances. Pour cer­tains, il fau­drait que l’éventuel accès aux sacre­ments soit pré­cé­dé d’un che­min péni­ten­tiel – sous la res­pon­sa­bi­li­té de l’évêque dio­cé­sain –, et avec un enga­ge­ment évident en faveur des enfants. Il s’agirait d’une situa­tion non géné­ra­li­sée, fruit d’un dis­cer­ne­ment réa­li­sé au cas pas cas, sui­vant une règle de gra­dua­li­té, qui tienne compte de la dis­tinc­tion entre état de péché, état de grâce et cir­cons­tances atténuantes.

48. Suggérer de se limi­ter uni­que­ment à la « com­mu­nion spi­ri­tuelle » pour un nombre non négli­geable de Pères syno­daux pose des ques­tions : si la com­mu­nion spi­ri­tuelle est pos­sible, pour­quoi ne pas pou­voir accé­der à celle sacra­men­telle ? Un appro­fon­dis­se­ment théo­lo­gique a été donc sol­li­ci­té à par­tir des liens entre sacre­ment du mariage et Eucharistie par rap­port à l’Église-sacrement. Il faut éga­le­ment appro­fon­dir la dimen­sion morale de cette pro­blé­ma­tique, en écou­tant et en éclai­rant la conscience des époux.

49. Les ques­tions rela­tives aux mariages mixtes ont été sou­vent citées dans les inter­ven­tions des Pères syno­daux. La diver­si­té de la dis­ci­pline rela­tive au mariage dans les Églises ortho­doxes pose, dans cer­tains contextes, des pro­blèmes graves aux­quels il faut don­ner des réponses adé­quates en com­mu­nion avec le Pape, ce qui est valable aus­si pour les mariages interreligieux

Accueillir les per­sonnes homosexuelles

50. Les per­sonnes homo­sexuelles ont des dons et des qua­li­tés à offrir à la com­mu­nau­té chré­tienne : sommes-​nous en mesure d’accueillir ces per­sonnes en leur garan­tis­sant un espace de fra­ter­ni­té dans nos com­mu­nau­tés ? Souvent elles sou­haitent ren­con­trer une Église qui soit une mai­son accueillante. Nos com­mu­nau­tés peuvent-​elles l’être en accep­tant et en éva­luant leur orien­ta­tion sexuelle, sans com­pro­mettre la doc­trine catho­lique sur la famille et le mariage ?

51. La ques­tion homo­sexuelle nous appelle à une réflexion sérieuse sur com­ment éla­bo­rer des che­mins réa­listes de crois­sance affec­tive et de matu­ri­té humaine et évan­gé­lique en inté­grant la dimen­sion sexuelle : elle se pré­sente donc comme un défi édu­ca­tif impor­tant. L’Église affirme, par ailleurs, que les unions entre des per­sonnes du même sexe ne peuvent pas être assi­mi­lées au mariage entre un homme et une femme. Il n’est même pas accep­table que l’on veuille exer­cer des pres­sions sur l’attitude des pas­teurs, ou que des orga­nismes inter­na­tio­naux sou­mettent les aides finan­cières à la condi­tion d’introduire des lois s’inspirant de l’idéologie du gen­der.

52. Sans nier les pro­blé­ma­tiques morales liées aux unions homo­sexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le sou­tien réci­proque jusqu’au sacri­fice consti­tue une aide pré­cieuse pour la vie des par­te­naires. De plus, l’Église prête une atten­tion spé­ciales aux enfants qui vivent avec des couples du même sexe, en insis­tant que les exi­gences et les droits des petits doivent tou­jours être au pre­mier rang.

La trans­mis­sion de la vie et le défi de la dénatalité

53. Il n’est pas dif­fi­cile de consta­ter la dif­fu­sion d’une men­ta­li­té qui réduit l’engendrement de la vie à une variable des pro­jets indi­vi­duels ou de couple. Les fac­teurs d’ordre éco­no­mique exercent un poids par­fois déter­mi­nant contri­buant à la baisse impor­tante de la nata­li­té qui affai­blit le tis­su social, com­pro­met les rela­tions entre les géné­ra­tions et rend plus incer­tain le regard vers l’avenir. L’ouverture à la vie est une exi­gence intrin­sèque de l’amour conjugal.

54. Sans doute faut-​il, dans ce domaine aus­si, un lan­gage réa­liste, qui se base sur l’écoute des per­sonnes et qui sache expli­quer que la beau­té et la véri­té d’une ouver­ture sans réserve à la vie est ce dont l’amour humain a besoin pour être vécu en plé­ni­tude. C’est sur cette base que peut repo­ser un ensei­gne­ment sur les méthodes natu­relles, per­met­tant aux époux de vivre leur com­mu­ni­ca­tion de manière har­mo­nieuse et consciente, dans toutes ses dimen­sions, avec la res­pon­sa­bi­li­té d’engendrer. Dans cette optique, il faut redé­cou­vrir le mes­sage de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, qui sou­ligne le besoin de res­pec­ter la digni­té de la per­sonne dans l’évaluation morale des méthodes de contrôle des naissances.

55. Aussi faut-​il aider à vivre l’af­fec­ti­vi­té, même dans le lien conju­gal, comme un che­min de matu­ra­tion, dans un accueil de plus en plus pro­fond de l’autre et en se don­nant de manière de plus en plus pleine. En ce sens, il faut insis­ter sur le besoin d’offrir des che­mins de for­ma­tion qui ali­mentent la vie conju­gale, et sur l’importance d’un laï­cat qui offre un accom­pa­gne­ment fait de témoi­gnage vivant. L’exemple d’un amour fidèle et pro­fond, fait de ten­dresse, de res­pect, capable de croître dans le temps et qui vit, par son ouver­ture concrète à l’engendrement de la vie, l’expérience d’un mys­tère qui nous trans­cende, est sans aucun doute une grande aide.

Le défi de l’éducation et le rôle de la famille dans l’évangélisation

56. Le défi fon­da­men­tal face auquel se trouvent les familles aujourd’hui est cer­tai­ne­ment le défi édu­ca­tif, ren­du plus dif­fi­cile et com­plexe par la réa­li­té cultu­relle d’aujourd’hui. Il faut bien tenir compte des exi­gences et des attentes de familles capables d’offrir un témoi­gnage dans la vie quo­ti­dienne, lieux de crois­sance, de trans­mis­sion concrète et essen­tielle des ver­tus qui forgent l’existence.

57. L’Église peut jouer ce rôle pré­cieux de sou­tien aux familles, à par­tir de l’initiation chré­tienne, à tra­vers des com­mu­nau­tés accueillantes. Aujourd’hui encore plus qu’hier, dans des situa­tions com­plexes comme dans les situa­tions ordi­naires, il lui est deman­dé de sou­te­nir les parents dans leur tâche édu­ca­tive, en accom­pa­gnant les enfants, les ado­les­cents et les jeunes dans leur crois­sance, par des par­cours per­son­na­li­sés, pou­vant les intro­duire au sens plein de la vie, et sus­ci­ter des choix et des res­pon­sa­bi­li­tés, vécus à la lumière de l’Évangile.

Conclusion

58. Les réflexions pro­po­sées, fruit du dia­logue syno­dal qui s’est dérou­lé en toute liber­té et dans un mode d’écoute réci­proque, entendent poser des ques­tions et indi­quer des pers­pec­tives que les Églises locales devront faire mûrir et pré­ci­ser, par leur réflexion, durant l’année qui nous sépare de l’Assemblée Générale Ordinaire du Synode des évêques, pré­vue en octobre 2015. Il ne s’agit pas de déci­sions prises, ni de pers­pec­tives faciles. Cependant, le che­min col­lé­gial des évêques et la par­ti­ci­pa­tion du peuple de Dieu tout entier, sous l’action du Saint-​Esprit, pour­ront nous gui­der vers des voies de véri­té et de misé­ri­corde pour tous. Tel est le sou­hait que le Pape François a expri­mé dès le début de nos tra­vaux, en nous invi­tant au cou­rage de la foi et à l’accueil humble et hon­nête de la véri­té dans la charité.

Sources : Vatican, le 13 octobre 2014