logos-lpl-separator-blc

26 février

10e apparition – La flagellation de Jésus

2e mystère douloureux : la flagellation de Jésus

Arrivée devant la Grotte, Bernadette se met à genoux. Quand Notre-​Dame lui appa­raît, elle récite la deuxième dizaine – la Flagellation est le deuxiè­me épi­sode du Mystère dou­lou­reux… – Et aus­si­tôt le drame dou­lou­reux qu’elle contemple va nous être évo­qué par un jeu scénique.

Elle com­mence par saluer la Dame invi­sible à trois reprises. Elle s’in­cline d’a­bord légè­re­ment, puis davan­tage, et enfin se courbe jus­qu’à terre. En même temps, elle parais­sait ravie de joie et témoi­gnait sa jubi­la­tion par de petits éclats de rire enfantins.

Que signi­fient, à l’au­rore d’un mys­tère de dou­leurs aus­si effrayantes, ces trois incli­na­tions faites avec pareille jubi­la­tion ? Elles ne sont que la repro­duction des céré­mo­nies litur­giques qui se déroulent dans les églises, le Vendredi-​Saint, au moment même où le Sauveur endure le sup­plice de la Flagellation. Jésus vient de faire entendre son reproche d’a­mour : « O mon peuple, que t’ai-​je fait, dis-​moi, pour que tu me flagelles ?

Qu’ils sont dou­lou­reux à entendre, ces reproches ! Et néan­moins « son peuple » répond par trois antiennes qui sont à la fois un cri d’ado­ration et un chant d’al­lé­gresse : « Seigneur, nous ado­rons votre Croix, nous rap­pe­lons votre glo­rieuse pas­sion… C’est par votre Croix que la joie s’est répan­due dans le monde… par votre Croix que nous avons reçu le sacre­ment du salut ». Et tan­dis que le chœur chante ces antiennes, le pré­lat offi­ciant s’a­vance vers la Croix en accom­plis­sant les mêmes age­nouille­ments et les mêmes incli­na­tions que Ber­nadette. – La der­nière incli­na­tion est un pros­ter­ne­ment au pied du Crucifix.

Ainsi donc la plus effroyable dou­leur pro­duit la joie la plus par­faite, parce que par elle le salut a été don­né au monde. C’est cette joie que David avait annon­cée en pla­çant sur les lèvres du Christ ces paroles pro­phé­tiques : « Vous avez déchi­ré ce corps qui m’en­ve­loppe, et en même temps vous avez répan­du la joie autour de moi ».

Cette joie pour­tant que la voyante mani­feste à la vue du corps du Sauveur sup­pli­cié, va être de courte durée. Et c’est par une dou­lou­reuse com­pas­sion que la fla­gel­la­tion va désor­mais se réper­cu­ter en son âme. Des larmes ne tardent pas à cou­ler le long de ses joues. Et elle fait entendre des gémis­se­ments. Le Christ lui aus­si, sans doute, gémis­sait sous les coups de fouet. Et ne devons-​nous pas nous lamen­ter à notre tour de voir ain­si mal­trai­ter notre Roi ?

C’est encore aujourd’­hui que l’en­fant entend la pres­sante recom­man­da­tion : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Vous bai­se­rez la terre pour les pécheurs ! »

Et l’on voit Bernadette mon­ter vers la Grotte à genoux, en bai­sant la terre à plu­sieurs re­prises. « Arrivée sur le rocher, elle s’ar­rê­ta, et de­bout, se tour­nant vers la foule, elle mit un doigt sur ses lèvres, puis son cha­pe­let en mains, éten­dant le bras, d’un geste très éner­gique, elle fit signe à tous de se cour­ber. On com­pre­nait bien qu’elle vou­lait dire de bai­ser la terre. Mais la plu­part demeu­raient immo­biles. Alors, elle renou­ve­la son geste d’un air presque irri­té. C’était très beau à voir : on eût dit une ins­pi­ra­tion divine… Elle avait de la boue aux genoux… Elle était cou­verte de boue. Ceux qui étaient près d’elle se mirent à crier en fai­sant un geste de la main, comme pour qu’on s’a­genouillât. Aussitôt tous les fronts se cour­bèrent et les lèvres s’hu­mi­lièrent dans la boue.

Tous ces détails cadrent trop bien avec l’es­prit du mys­tère joué ce jour-​là pour qu’il soit néces­saire de les com­men­ter lon­gue­ment. L’on sait que « la mor­ti­fi­ca­tion cor­po­relle » est le « fruit » et l’en­sei­gne­ment du mys­tère de la fla­gel­la­tion du Christ. Le dis­ciple ne peut dif­fé­rer du Maître. Nous ne pour­rons tirer pro­fit des souf­frances du Christ que si nous accep­tons d’en­trer dans la voie qu’il nous trace.

Un témoin de l’Apparition du 26 février disait, en voyant Bernadette ordon­ner impérieuse­ment à la foule de bai­ser la terre : « Il faut qu’elle soit bien bou­chée pour se figu­rer qu’elle peut com­mander ain­si, toute cou­verte de boue ». C’était mal juger. C’est au contraire parce que la misé­reuse petite fille des Soubirous don­nait l’exemple qu’elle ac­quérait le droit d’être enten­due. Et c’est pareille­ment parce que son corps est labou­ré par les coups de fouet, que le Christ a le droit de nous dic­ter son com­man­de­ment : Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !

« Quand je consi­dère, écrit le Père Mon­sabré, les plaies ouvertes par la fla­gel­la­tion sur la chair sacrée du Sauveur, il me semble voir comme autant de lèvres san­glantes qui me disent : « Mortifie tes sens ». Notre-​Dame prend la peine de nous indi­quer un exer­cice de mor­ti­fi­ca­tion plus spécia­lement en rap­port avec le deuxième mys­tère dou­lou­reux. Judas venait de livrer son Maître par un bai­ser… La sol­da­tesque s’é­tait ser­vie de ses lèvres pour cra­cher à la face du Roi des rois… La fla­gel­la­tion de la Chair sacrée expiait les bai­sers des lèvres impu­diques… Le corps du Sauveur était sillon­né de « lèvres san­glantes »… Ce sont les bai­sers des lèvres qui doivent, durant ce mys­tère, « com­plé­ter ce qui manque à la Passion du Christ : « Vous bai­se­rez la terre pour les pécheurs ».

Il est assez remar­quable que la vision du 26 fé­vrier se ter­mine ana­lo­gi­que­ment comme la scène de la Flagellation, telle que nous la décrit Catherine Emmerich.

« Ce qui mit fin, dit-​elle, à l’a­bo­mi­nable tor­ture de Jésus, ce fut le cri d’un témoin qui, outré d’une telle bar­ba­rie, dit tout haut aux sol­dats : « Voulez­-​vous donc le tuer ? Vous voyez bien qu’il n’en peut plus et va mourir ».

« Ma sœur Lucile, raconte Bernarde Casterot, était là. De voir Bernadette ain­si faire, mon­ter à genoux en bai­sant la terre, cela don­na peine à ma sœur, et elle pous­sa un grand cri. Bernadette, tirée de l’ex­tase par ce cri, se tour­na vers sa tante, et quand elle regar­da de nou­veau la niche, elle n’y vit plus l’Apparition ».

Et de même encore que Catherine Emmerich a vu les saintes femmes qui avaient assis­té au sup­plice venir rele­ver Jésus au pied de la colonne, et avec des linges essuyer le sang sacré, de même à Lourdes après l’Apparition, l’on vit des femmes qui vinrent « rele­ver la voyante, et un mou­choir pas­sa sur son visage ».

11ème appa­ri­tion