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28 février

12e apparition – Le portement de la croix

4e Mystère douloureux : le portement de la croix

Peu de temps après s’être age­nouillée, Bernadette cesse de prier et devient plus immo­bile. A la manière dont ses yeux sont fixés sur la niche, on devine que l’Apparition est là : Elle semble écou­ter avec une grande atten­tion. Après quoi, comme pour obéir à un ordre reçu, elle se lève, ôte son capu­let,. car aujourd’­hui doit se jouer à la Grotte le Mystère du Portement de Croix, et la tâche pour la faible enfant va être écra­sante. Puis se remet­tant immé­dia­te­ment à genoux, elle marche dans cette atti­tude vers le fond du rocher, bai­sant la terre à cha­que pas, ou du moins à des inter­valles très courts­. Du lieu où la voyante par­tit pour faire cet exer­cice jus­qu’au fond de la Grotte, la pente, disent les témoins était « assez raide ». C’est donc un mon­ticule qu’elle dut gra­vir, elle aus­si… Arrivée au point le plus haut de son Golgotha, elle redes­cen­dit tou­jours à genoux et bai­sant la terre. Puis elle remon­ta et redes­cen­dit encore.

Une troi­sième fois elle renou­ve­la l’exer­cice de pénitence.

Jésus, il est vrai, ne mon­ta qu’une fois le che­min du Calvaire, mais il fit trois chutes et se rele­va trois fois. Ces trois chutes par­tagent la voie dou­lou­reuse comme en trois lugubres tron­çons, et quand le chré­tien refait en médi­ta­tion le Chemin de Croix, il a soin de faire, de ces trois chutes, trois sta­tions de dou­lou­reuse com­pas­sion. Par ailleurs, en gra­vis­sant sur ses genoux le mon­ti­cule qui figu­ra­ti­ve­ment était celui où s’est opé­rée notre Rédemption, et en bai­sant la trace des pas de notre Rédempteur, elle nous indique dans quels sen­ti­ments nous devons médi­ter le qua­trième mys­tère douloureux.

D’ailleurs, deux nou­veaux détails pro­vi­den­tiels vont venir ren­for­cer cet ensei­gne­ment. Il est dit d’une tante de Bernadette qu’elle accom­pa­gnait l’en­fant durant ses « ascen­sions », et comme elle, bai­sait la terre. Discrète évo­ca­tion de ces femmes de Jérusalem qui sui­vaient Jésus en se frap­pant la poi­trine et en se lamen­tant sur lui.

L’Evangile nous rap­porte aus­si qu’au moment où le cor­tège sor­tait de la ville, les sol­dats rencontrè­rent un homme qui pas­sait par là, reve­nant des champs : Simon de Cyrène. Ils le réqui­si­tion­nèrent et le contrai­gnirent à por­ter la Croix der­rière Jésus.

Les Pères de l’Eglise semblent avoir consi­dé­ré cet inci­dent comme consti­tuant l’en­sei­gne­ment primor­dial du Portement de Croix. Leur médi­ta­tion s’est plus spé­cia­le­ment attar­dée sur ce mot : « Ils contrai­gnirent Simon ». Jésus, disent-​ils, a vou­lu que tous les hommes, en la per­sonne de Simon, l’ai­dassent à por­ter sa Croix. Il faut, de toute néces­si­té, que nous res­sem­blions à Jésus cru­ci­fié. Ce n’est pas un simple conseil. C’est la loi. Il n’a pas deman­dé son avis à Simon. C’est par ordre qu’il porte la Croix. Cet homme est donc l’ex­pres­sion vivante de la néces­si­té où nous sommes de par­ta­ger les souf­frances du Christ.

On va voir com­ment ces ensei­gne­ments vont trou­ver leur illus­tra­tion dans l’un des prin­ci­paux inci­dents de l’Apparition du 28 février.

Simon de Cyrène, qui revient des champs, va être figu­ré par le garde-​champêtre Vergès. C’est lui qui, ce jour-​là, nous intime l’ordre de nous asso­cier aux pra­tiques de péni­tence de la voyante. Soudain, comme pos­sé­dé par une ins­pi­ra­tion sur­na­tu­relle, il se tour­na vers la foule, et d’une voix très forte « Baisez la terre, tous ! » cria-​t-​il. Et la foule, doci­le­ment, lui obéit. Il y avait tant de monde, et les spec­ta­teurs étaient si pres­sés que tous ne purent bai­ser la terre ; mais tous du moins s’ef­for­cèrent d’o­béir. « Le garde-​champêtre don­nait l’exemple et, à genoux, il bai­sa la terre plu­sieurs fois ».

Voici com­ment on nous décrit l’as­pect de la voyante, au cours de l’Apparition. « Elle parais­sait absor­bée et demeu­rait comme seule au milieu de la foule, sans qu’au­cun bruit l’empêchât de paraître absor­bée, ou dans la contem­pla­tion de la Dame, ou dans l’exé­cu­tion de ses ordres ». L’on nous dit encore qu’elle accom­plis­sait ses exer­cices de péni­tence « avec un si grand cou­rage, qu’on ne pou­vait, en la voyant, s’empêcher de pleu­rer. Le temps était plu­vieux. Bernadette, en bai­sant la terre, salis­sait ses lèvres et ses mains, mais elle ne se rebu­tait pas ».

C’est bien ain­si que les peintres nous représen­tent le Christ durant l’Ascension dou­lou­reuse. Ployé sous le poids rédemp­teur, tan­dis qu’au­tour de lui les femmes se lamentent, il marche sur le che­min rocailleux. Parfois il tombe, et en tom­bant, « il se salit les lèvres et les mains ». Mais il se re­lève pour don­ner aux hommes un éter­nel exemple de cou­rage, puis il reprend sa marche, étran­ger à tout ce qui l’en­toure, n’en­ten­dant rien, ne voyant rien, uni­que­ment absor­bé par la pen­sée de son Père, dont il accom­plit l’a­do­rable volonté…

On se sou­vient que le jour même où s’é­tait joué à la Grotte le Mystère de la nais­sance de Jésus, Bernadette avait com­men­cé d’être « per­sé­cu­tée », comme l’a­vait été l’Enfant-​Dieu. Il fal­lait, afin que jus­qu’au bout fût repro­duite la tra­gé­die de l’Homme­-​Dieu, qu’a­vant l’Apparition sym­bo­lique du Crucifiement, les per­sé­cu­tions reprissent de la part des auto­ri­tés offi­cielles de Lourdes, et que Bernadette fût tra­duite devant les juges.

C’est après la grand’­messe que, « par ordre du Commissaire », l’on met la main sur elle, et qu’on l’en­traîne chez le juge d’ins­truc­tion, de même que le Christ avait été arrê­té après la pre­mière Messe solen­nelle qui fut célé­brée sur terre… On lui rap­pelle que son père a dû subir la pri­son pour vol qua­li­fié, « afin que se trouve accom­plie la pro­phé­tie : Il a été mis au rang des mal­fai­teurs ». On lui reproche d’a­meu­ter la popu­la­tion. On la menace de la mettre en pri­son, de la faire mou­rir. Mais l’en­fant répond fiè­re­ment : « Je suis prête. Mettez­-​moi en pri­son, et qu’elle soit solide et bien fer­mée. Les ver­rous ne tien­dront pas long­temps, je m’en échap­pe­rai ». La pierre qui obs­truait le tom­beau du Christ, si bien scel­lée qu’elle fût, ne put tenir long­temps, elle non plus. Trois jours après, le Christ s’en échap­pait, comme il l’a­vait prédit.

Finalement, le juge dit au com­mis­saire : « Que voulez-​vous y faire ? Nous n’a­vons rien à mordre avec elle ! » C’est à peu près la parole de Pilate : « Voici que je vous l’a­mène, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation ».

13ème appa­ri­tion