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7 avril

18e apparition – Le couronnement de la Vierge Marie au Ciel

5e Mystère glorieux : le couronnement de la Vierge Marie au Ciel

La poé­sie a sou­vent ten­té de décrire la scène du Couronnement de la Vierge Marie dans le Ciel. Elle nous fait entre­voir dans une immense apo­théose le Fils de Dieu se levant de son trône pour pla­cer lui-​même sur le front de sa Mère la cou­ronne de la royau­té, tan­dis que les hié­rar­chies célestes ran­gées en une autre cou­ronne, celle-​là vivante et fan­tas­tique, acclament le triomphe de la Vierge déipare.

Certains élé­ments de ce tableau vivant vont se retrou­ver le 7 avril, à Massabielle, mais rem­plis d’en­sei­gne­ments infi­ni­ment plus riches et émouvants.

Saint Jean, dans l’Apocalypse, a vu « la Femme » cou­ron­née d’un dia­dème de douze étoiles, ces douze étoiles sym­bo­li­sant de l’a­vis qua­si una­nime des exé­gètes, les douze Tribus.

Ce ne sont pas douze Tribus qui cou­ronnent Notre-​Dame, le 7 avril à Lourdes, mais au dire du com­mis­saire de police qui prit la peine de cal­cu­ler, douze cents témoins, chiffre énorme si l’on songe que ce mer­cre­di n’é­tait ni jour de mar­ché ni jour de fête, et que rien ne fai­sait pré­voir une Appa­rition. Et ces douze mys­tiques cen­tu­ries, grou­pées autour de la voyante, flé­chissent les genoux avec elle et par­tagent son recueille­ment et sa fer­veur. « L’ordre le plus par­fait n’a ces­sé de régner », dé­clare le maire de Lourdes. C’était comme un rac­courci du spec­tacle de la Jérusalem céleste, que l’on appelle si jus­te­ment « La cité de l’Ordre ».

Tous les témoins déclarent que l’ex­tase de Bernadette dénon­ça ce jour-​là une extra­or­di­naire ab­sorption des facul­tés, que jamais cette extase n’a­vait paru aus­si intense. Comme le 4 mars, elle ré­cite trois cha­pe­lets, donc son Rosaire en entier. N’est-​ce pas ain­si que nous nous repré­sen­tons l’humble Vierge Marie dans sa gloire ? Elle contemple son Dieu face à face en une vue claire et immé­diate qu’au­cun voile n’in­ter­cepte, qu’au­cune autre pen­sée ne dis­trait ou n’in­ter­rompt. Et ce qu’elle contemple plus spé­cia­le­ment dans l’Etre divin, ce sont les quinze grands épi­sodes du Mystère Rédempteur aux­quels elle a été si indis­so­lu­ble­ment et si inti­me­ment liée, et qui résument toute la puis­sance, toute la sagesse, toute la misé­ri­corde du Créateur. Les mêmes mys­tères que nous médi­tons ac­tuellement sur les grains de notre rosaire, la Vierge les pénètre au Ciel de son regard pour qui rien n’est mys­tère, et elle les revit jus­qu’à en épui­ser l’a­bîme insondable.

Pendant l’ex­tase de la voyante, une « espiègle », qui devint plus tard Fille de Saint Vincent de Paul, lui enfon­ça dans l’é­paule, sans que Bernadette ne res­sen­tît rien, « une grosse épingle à tête noire », tan­dis que la flamme de son cierge léchait sa main sans pro­duire la moindre brû­lure. – Voyons dans ces deux faits le rap­pel que Marie est mon­tée aux cieux avec son corps, qui, comme tous les corps glo­rieux, jouit de l’im­pas­si­bi­li­té. Mais « le miracle du cierge » étu­dié de plus près nous four­nit des ensei­gne­ments plus pré­cis sur ce qui consti­tue exacte­ment le Couronnement de Marie.

Voici en quelles cir­cons­tances il se pro­dui­sit. Au moment où Bernadette, au cours de sa vision, com­mençait de faire une ascen­sion vers le fond de la Grotte, il sur­vint un temps d’ar­rêt dans sa marche ; et sa main droite, qui tenait le cha­pe­let, se pla­ça sur la flamme du cierge qu’elle tenait de l’autre main. Ses doigts étaient assez écar­tés les uns des autres, de sorte que la flamme, acti­vée en ce moment par un cou­rant d’air assez fort, pas­sait entre eux, sans paraître pro­duire sur la chair la moindre alté­ra­tion. Les témoins disaient : « Voyez comme la flamme lui sort entre les doigts ».

Passant à l’in­ter­pré­ta­tion de ces faits, rappelons­-​nous d’a­bord le sym­bo­lisme mys­tique que la Liturgie nous demande de voir dans le cierge. « La cire des cierges, dit saint Anselme, signi­fie la chair vir­gi­nale du divin Enfant, la mèche figure son âme, la flamme sa divinité ».

Nous voyons dès lors trans­pa­raître une immense vision der­rière le geste modeste en appa­rence de la voyante mon­tant vers la Grotte, son cierge allu­mé à la main. En réa­li­té, elle repré­sente Marie dans le Ciel, offrant le Christ son enfant à Dieu le Père, comme le seul hom­mage digne de sa gran­deur. Eternellement Marie, au pied du trône éter­nel, accom­plit son geste d’of­frande. Eternellement Dieu le Père contemple son Fils pré­sen­té par les mains de Marie.

Le geste que fai­sait Bernadette en pla­çant sa main sur la flamme, était un geste de pro­tec­tion contre les rafales du vent. Et c’est bien ce que nous enseigne la théo­lo­gie sur le rôle actuel de Marie. Elle pro­tège sur terre les membres du Corps mys­tique du Christ, qu’elle défend contre les souf­fles du mal, les rafales de l’Enfer, le vent des héré­sies, afin que la Lumière conti­nue d’é­clai­rer les hommes. Satan le sait bien, que les mains de Marie sont un bou­clier invin­cible. Aussi, sont-​elles sa han­tise au sein de ses éter­nels châtiments.

Pourtant, les mains de Marie ne sont une bar­rière infran­chis­sable que pour Satan. « Voyez, disaient les spec­ta­teurs, comme la flamme lui sort entre les doigts ! » C’est bien ce que pro­clame l’Assemblée des élus : « Voyez, disent-​ils, comme les mains de Marie sont tel­le­ment débor­dantes des mérites de son enfant, qu’elle ne peut les rete­nir et qu’ils se répandent sur le monde en un flot inépui­sable. Voyez comme la grâce divine lui sort entre les doigts, com­ment les effluves de la divi­ni­té au lieu de consu­mer ses mains semblent être leur natu­rel joyau, leur orne­ment approprié ».

Et c’est ce que bien­tôt sans doute l’Eglise impo­se­ra à notre croyance, à savoir que Marie est l’é­ter­nelle tré­so­rière et la dis­pen­sa­trice uni­ver­selle de la grâce divine, qu’elle en pos­sède comme le maniement.

Et cette vision nous dit com­ment s’est conclu pour notre salut l’i­nef­fable mys­tère du Christ Rédempteur.

Dix-​neuvième apparition