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21 février

6e apparition – La naissance de Notre Seigneur

3e joyeux : la naissance de Notre Seigneur

D’émouvants paral­lèles ont été sou­vent éta­blis entre Lourdes et Bethléem, ces deux capi­tales du monde chré­tien.
Leur site, leur his­toire, leur des­tinée ont de frap­pantes ana­lo­gies. Des pro­phé­ties les ont de tout temps dési­gnées à l’es­pé­rance des peuples. « Non, Bethléem, avait dit le pro­phète Michée, tu n’es pas l’une des moindres par­mi les cités de Juda, car de toi sor­ti­ra le chef qui doit régir mon peuple ».

Et pareille­ment, l’on annon­çait de temps immé­mo­rial, à Lourdes, que des pro­diges s’ac­compliraient à la rive Massabielle.

A Lourdes comme à Bethléem, les pro­diges pro­phé­ti­sés eurent pour cadre deux grottes d’as­pect iden­tique, jus­qu’alors fré­quen­tées par les ani­maux[1].

Comment ne pas évo­quer ces res­sem­blances tan­dis que nous voyons Bernadette se rendre le 21 février à la Grotte de Massabielle, pour y revivre le troi­sième mys­tère joyeux ?

Ce jour-​là, Notre-​Dame vou­lut que son peuple fût pré­sent, de même que le Christ avait invi­té en pre­mier lieu les humbles à venir l’a­do­rer dans sa crèche.

Un groupe d’ou­vriers, pro­fi­tant des loi­sirs du dimanche, se trou­vait là.

Bernadette arri­va, enve­lop­pée dans son capu­let blanc. Elle tra­ver­sa sim­ple­ment la foule, qui s’é­car­ta avec res­pect devant elle, com­men­ça la réci­ta­tion du cha­pe­let et entra sou­dain en extase.

Voici com­ment va se réper­cu­ter en tout son être le mys­tère qu’elle contemple.

Le cierge allu­mé qu’elle tient à la main droite, et qui, selon l’in­ter­pré­ta­tion offi­cielle de la litur­gie, signi­fie la chair imma­cu­lée du Verbe incar­né, fruit divin du sein de Marie, ne ces­sa, au début de l’Apparition, d’être souf­fle­té par le cou­rant d’air qui régnait ce matin-​là dans les bas-​fonds téné­breux des bords du Gave. La voyante le livrait chaque fois à la per­sonne la plus proche pour qu’il fût ral­lu­mé. Peut-​on rêver image plus sai­sis­sante des refus que le Christ ren­con­tra à Bethléem quand il deman­da une place pour naître (In pro­pria venit et sui eum non rece­pe­runt), ou encore des humilia­tions de la crèche, qui viennent comme nar­guer sa divi­ni­té (Vous trou­ve­rez un enfant emmaillo­té et cou­ché dans une crèche), ou, plus pré­ci­sé­ment en­core, de la lutte achar­née des ténèbres contre la Lumière qu’est le Verbe de Dieu (Et lux in tene­bris lucet et tene­brae eum non com­pre­hen­de­runt).

Le cierge que Bernadette confie suc­ces­si­ve­ment aux per­sonnes qui l’en­tourent pour qu’elles le ral­lument, n’est-​ce pas l’i­mage du rôle que Marie a inau­gu­ré à Bethléem, et qu’elle conti­nue­ra jus­qu’à la fin des temps : don­ner Jésus au monde et deman­der à cha­cun de nous de recon­naître et d’ado­rer sa divinité ?

Ces per­sonnes enfin qui reçoivent le cierge des mains de la voyante (quot­quot autem rece­pe­runt eum), et qui, en le ral­lu­mant, confessent que le Christ est Dieu, et réparent ain­si l’oeuvre des ténèbres, repré­sentent ceux à qui « pou­voir a été don­né de deve­nir enfants de Dieu », ou, comme saint Paul les appelle, les « fils de lumière ».

Bientôt, d’ailleurs, Bernadette, tou­jours en extase, se lève et se dirige vers la Grotte, où elle entre.

Il est remar­quable que c’est la pre­mière fois qu’elle y pénètre depuis le début de la quin­zaine des Apparitions, et c’est pré­ci­sé­ment le jour où se joue le mys­tère de la Grotte de Bethléem.

Et, tout aus­si­tôt, le mys­tère de la nuit de Noël enva­hit son âme, au point que son visage, nous disent les témoins, res­sem­blait à celui « d’un enfant dans son berceau ».

Puis, pour nous évo­quer les pleurs du nouveau-​né, des larmes roulent sur ses joues, et elle s’at­triste comme dut s’af­fli­ger la Vierge sainte, en voyant son Jésus pleurer.

C’est à cause de la malice de nos péchés, ô Vierge des dou­leurs, que votre enfant doit souf­frir ain­si, dès son ber­ceau. Il ne faut pas que ces douleurs­-​là soient per­dues. Et c’est pour cela que vous avez dit à votre confi­dente, le 21 février, afin qu’elle nous le répète : « Priez pour les pécheurs ».

Nous répon­drons à votre implo­ra­tion et nous redi­rons sans fin sur les grains de notre Rosaire : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs… »

L’Apparition ter­mi­née, les mêmes évé­ne­ments qui sui­virent la nais­sance du Christ mar­quèrent à Lourdes la jour­née du 21 février.

Les témoins reviennent de la Grotte « en publiant leur admi­ra­tion », et « leurs audi­teurs applau­dis­saient à leur récit comme à l’an­nonce d’un évé­ne­ment patrioti­que ». On croi­rait lire saint Luc, qui clôt ain­si l’Evangile de la Nativité : « Après avoir vu, les ber­gers racon­tèrent ce qui leur avait été dit au su­jet de l’en­fant. Tous ceux qui les enten­dirent fu­rent dans l’admiration… »

On sait que les sen­ti­ments du roi Hérode furent tout autres. Peut-​être les paroles des ber­gers étaient-​­elles par­ve­nues jus­qu’à lui ; en tous cas , il n’a­vait pu les prendre que pour des racon­tars, sur­tout quand on lui eût affir­mé que l’Enfant mys­té­rieux n’é­tait que le fils d’un pauvre char­pen­tier. Mais la visite qu’il reçut des rois mages l’im­pres­sion­na au point de le trou­bler. Dès ce moment, la haine pour « le fils du Charpentier » s’en­ra­ci­na dans son coeur, et des plans de per­sé­cu­tion ger­mèrent en son esprit. Il ras­sem­bla les princes des prêtres et les scribes du peuple, et on connaît la double poli­tique qu’il adop­ta. Il fei­gnit d’a­bord d’en­trer dans les vues des Mages, afin de gagner leur confiance. Mais quand il vit que les Mages s’é­taient joués de lui, il entra en fureur et ordon­na le mas­sacre, dans Bethléem, des enfants ayant deux ans et au-dessous.

Les évé­ne­ments de Lourdes vont suivre pas à pas le récit évangélique.

« Les auto­ri­tés char­gées de veiller à la tran­quilli­té locale, nous dit Estrade, étaient demeu­rées à l’é­cart, pen­sant que le bon sens public ferait jus­tice des racon­tages qui cir­cu­laient, mais, en pré­sence de l’a­ni­ma­tion bruyante qui mar­qua la mati­née du 21 février, quand elles apprirent. qu’une des per­sonnes les plus consi­dé­rables de Lourdes, le doc­teur Dozous[2], avait assis­té à l’Apparition du matin, et que son juge­ment avait conclu à « une inter­ven­tion sur­na­tu­relle de Dieu », « elles se prirent d’in­quié­tude », (le roi Hérode se trou­bla) ; le maire, le pro­cu­reur impé­rial, le com­mis­saire de police se réunirent à l’hô­tel de la mai­rie (il assem­bla tous les princes des prêtres et les scribes du peuple). Ils étaient plu­tôt mal dis­po­sés en faveur de la voyante, dont ils ne connais­saient que le nom. Un témoin écrit lui-​même : « Le pro­cu­reur impé­rial aurait eu quelque rai­son de dire « De la mai­son Soubirous, que peut-​il sor­tir de bon ? »

Un inci­dent récent avait jeté le dis­cré­dit sur le père de Bernadette. A tort ou à rai­son, quelques mois aupa­ra­vant, le père Soubirous avait été accu­sé d’a­voir déro­bé une poutre et, pour ce motif, avait été empri­son­né. De même qu’on allé­guait, pour nier le carac­tère mes­sia­nique de Jésus, qu’il était le fils de Joseph le char­pen­tier, de même on objec­tait, au carac­tère sur­na­tu­rel des visions de Bernadette, le bois de char­pente de son père.

M. Jacomet, le com­mis­saire de police, celui pré­cisément que plu­sieurs his­to­riens appellent « le nou­vel Hérode », fit appe­ler secrè­te­ment Berna­dette dans son cabi­net (Hérode fit alors appe­ler se­crètement les Mages). Il lui posa des ques­tions sans nombre et parut s’in­té­res­ser pro­di­gieu­se­ment aux Apparitions dont l’en­fant était témoin (il s’en­quit d’eux avec soin du temps où l’é­toile leur était « ap­parue »…) Mais, s’a­per­ce­vant bien­tôt que ce pro­cé­dé n’a­bou­tis­sait qu’à le confondre lui-​même, il chan­gea brus­que­ment d’at­ti­tude (Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Mages, entra dans une grande colère). Il « se dres­sa debout » et alla jus­qu’à mena­cer l’en­fant de la main, et l’on ne sait com­ment la scène se serait ter­mi­née si le père Sou­birous ne fût sou­dain entré. Il récla­ma sa fille et l’emmena, la sous­trayant ain­si à la fureur du « nou­vel Hérode ».

Ainsi fit Joseph, quand l’Ange du Seigneur lui appa­rut et lui dit : « Lève-​toi, prends l’Enfant et sa mère et fuis en Egypte, car Hérode cherche l’Enfant pour le faire mourir ».

Septième appa­ri­tion

Notes de bas de page

  1. Le Porcatier de l’é­poque, dit Samson, a décla­ré : « Les ani­maux que je menais à la rive Massabielle demeu­raient le long de la rive ou près de la Grotte, et dans l’in­té­rieur même de la cavi­té ». Il ajoute même que les porcs, à force de se frot­ter contre la grotte, en avaient poli les parois.[]
  2. Ce sont pré­ci­sé­ment les Mages que l’Abbé Archelet a vus dans la per­sonne du Docteur Dozous. « C’était, écrit-​il, le pre­mier suf­frage de la science en faveur des Apparitions. Tels autre­fois les Mages, savants de l’Orient, étaient venus aux clar­tés d’une étoile, à la suite des ber­gers, ado­rer l’en­fant Dieu. Ainsi pro­cède le Ciel en ses épi­pha­nies ».[]