Le subsistit in et la nouvelle conception de l’Église

La question de l’Église et de sa constitution, les nouvelles approches et perspectives qu’apporte le Concile Vatican II au sujet de l’Église sont au cœur d’un débat théologique qui fait nous interroger sur l’orthodoxie de plusieurs de ses textes. On ne peut faire l’économie de les étudier si l’on veut comprendre les enjeux d’un débat cinquantenaire qui ne doit pas s’égarer dans les fausses pistes d’une bonne ou mauvaise réception de textes, qui seraient en fait conformes à la doctrine de l’Église catholique, d’une bonne ou mauvaise interprétation ou herméneutique de ces mêmes textes, façonnées au gré d’intentions de rupture qui dépasseraient celle du magistère conciliaire. Le présupposé que les textes sont nécessairement exempts d’erreurs stériliserait tout examen théologique sérieux.

Ainsi, la nou­veau­té que consti­tue pour tous l’ex­pres­sion « sub­sis­tit in », laquelle met en lien l’Église du Christ sub­sis­tant dans l’Église catho­lique, peut être qua­li­fiée de stra­té­gique. Elle est stra­té­gique du point de vue du nou­vel œcu­mé­nisme mis en œuvre et pro­pa­gé par les papes du Concile et de l’après-concile.

Rappelons que l’œcuménisme moderne cherche dans toutes les reli­gions chré­tiennes le plus petit déno­mi­na­teur com­mun en vue de retrou­ver une uni­té per­due. Il a tou­jours été condam­né, jus­qu’en 1949 par Pie XII [1]. L’œcuménisme, au sens catho­lique, cherche quant à lui à faire quit­ter les com­mu­nau­tés chré­tiennes dis­si­dentes pour inté­grer l’u­nique Église du Christ qui est l’Église catho­lique, unique arche et source de salut. Quant au dia­logue inter-​religieux, né dans la mou­vance et le pro­lon­ge­ment de l’œcuménisme moderne, il cherche par une dis­cus­sion ouverte entre repré­sen­tants des reli­gions non chré­tiennes à pro­mou­voir la paix et échan­ger sur les valeurs éthiques, en excluant tout pro­sé­ly­tisme [2].

C’est le car­di­nal Ratzinger lui-​même qui l’a­vouait dans une confé­rence don­née en février 2000, sur la consti­tu­tion Lumen Gentium, où il cla­ri­fiait jus­te­ment le sens de l’expression « sub­sis­tit in » : « Dans la dif­fé­rence entre sub­sis­tit et est se cache tout le pro­blème œcu­mé­nique » [3].Quatre ans plus tard, le car­di­nal Kasper, Président du Conseil pon­ti­fi­cal pour la pro­mo­tion de l’u­ni­té des chré­tiens, insis­tait lui aus­si, lors d’une confé­rence don­née à l’oc­ca­sion des 40 ans du décret Unitatis redin­te­gra­tio, sur l’ap­port essen­tiel de l’ex­pres­sion : « Au cours du Concile, le « sub­sis­tit in » a rem­pla­cé le pré­cé­dent « est ». Il contient in nuce le pro­blème œcu­mé­nique tout entier » [4].

En effet, pour jus­ti­fier le nou­vel œcu­mé­nisme qui, à la suite de la dyna­mique pro­tes­tante née au 19e siècle, envi­sage de retrou­ver l’unité de l’Église du Christ pré­ten­du­ment per­due par les divi­sions suc­ces­sives qui ont ponc­tué son his­toire, sans pour autant appe­ler à un retour à l’Église catho­lique (comme le pré­co­ni­sait la doc­trine catho­lique bimil­lé­naire), il n’y avait guère d’autre solu­tion que cette dis­tinc­tion sub­tile qui offre une légi­ti­mi­té dans le domaine du salut aux dif­fé­rentes com­mu­nau­tés chré­tiennes, pour­tant sépa­rées de l’Église catho­lique. L’apparition d’une dis­tinc­tion entre Église du Christ et Église catho­lique, à laquelle s’ajoute l’emploi récur­rent d’ « élé­ments de salut » qui se trou­ve­raient dis­sé­mi­nés dans ces diverses confes­sions chré­tiennes, tout en étant inté­gra­le­ment pré­sents dans l’Église catho­lique, ont per­mis de rendre com­plé­men­taires et res­pec­tables l’ensemble des com­mu­nau­tés reli­gieuses se disant chré­tiennes et d’envisager entre elles une recon­nais­sance réci­proque, une conver­gence d’unité, qu’ils appel­le­ront « com­mu­nion » et qui peuvent dis­pen­ser tant de la conver­sion par abju­ra­tion des erreurs que de toute forme de prosélytisme.

Nous allons donc exa­mi­ner le sens de cette expres­sion choi­sie à des­sein et voir quelles ouver­tures ecclé­sio­lo­giques elle auto­rise. Dans le même temps, nous serons néces­sai­re­ment ame­nés à com­pa­rer cette théo­rie à la doc­trine catho­lique anté­rieure et à juger de la conti­nui­té ou non de l’ex­pres­sion nou­velle par rap­port à la théo­lo­gie tra­di­tion­nelle de l’Église.

Par ailleurs, si l’ex­pres­sion se com­prend à la lumière de l’œcuménisme, nous nous deman­de­rons aus­si, en scru­tant les textes du concile, si elle n’é­lar­git pas éga­le­ment les pers­pec­tives du salut quant aux reli­gions non chré­tiennes. En effet, la pré­oc­cu­pa­tion des rédac­teurs des textes du concile s’est por­tée aus­si sur les autres reli­gions (Déclaration Nostra Ætate) et les décen­nies qui ont sui­vi le concile ont mon­tré une forte mobi­li­sa­tion pour un dia­logue et des ren­contres inter-​religieuses qui s’ins­pi­raient du concile. On se sou­vient que le Pape Jean-​Paul II a pris soin de jus­ti­fier la pre­mière ren­contre inter-​religieuse d’Assise d’oc­tobre 1986, lors d’un dis­cours à la Curie, en date du 22 décembre 1986, en s’ap­puyant pré­ci­sé­ment sur l’ec­clé­sio­lo­gie et les textes du Concile [5].

Si la quête d’une uni­té du genre humain motive le renou­vel­le­ment ecclé­sio­lo­gique de Vatican II, il fau­dra aus­si se deman­der pour­quoi l’é­chec de cette théo­rie s’af­firme de jour en jour, mal­gré une sur­en­chère de renon­ce­ments, de la part de l’Église catho­lique, dans l’af­fir­ma­tion du carac­tère exclu­sif de la Révélation et de l’en­sei­gne­ment du Christ, de la reli­gion catho­lique, de l’Église et de ses moyens de salut.

La nouveauté du subsistit in

L’emploi de ce verbe « sub­sis­ter » dont le sens n’a rien d’é­vident dans son contexte peut sur­prendre dans un texte d’un concile qui se vou­lait pas­to­ral, c’est-​à-​dire ren­dant la théo­lo­gie plus acces­sible dans son expression.

  1. Le texte

La fameuse expres­sion est tirée de la consti­tu­tion dog­ma­tique Lumen gen­tium trai­tant de la consti­tu­tion de l’Église. Au para­graphe 8 on lit ceci :

« Cette Église comme socié­té consti­tuée et orga­ni­sée en ce monde, c’est dans l’Église catho­lique qu’elle sub­siste [sub­sis­tit in], gou­ver­née par le suc­ces­seur de Pierre et les évêques qui sont en com­mu­nion avec lui, bien que des élé­ments nom­breux de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té se trouvent hors de ses struc­tures, élé­ments qui, appar­te­nant pro­pre­ment par don de Dieu à l’Église du Christ, appellent par eux-​mêmes l’u­ni­té catholique ».

  • Son ori­gine

Avant d’ex­pli­quer le sens de ce para­graphe, pré­ci­sons l’o­ri­gine de cette expres­sion. Si le Pape Benoît XVI, à plu­sieurs reprises [6], a défen­du l’or­tho­doxie du pas­sage, c’est qu’il était bien pla­cé pour en connaître l’o­ri­gine. Le pas­teur Wilhelm Schmidt, obser­va­teur au concile, a recon­nu avoir trans­mis l’i­dée du « sub­sis­tit in » à celui qui était alors le conseiller théo­lo­gique du car­di­nal Frings : Joseph Ratzinger, qui l’a alors trans­mise au car­di­nal [7]. Il est mani­feste que le rédac­teur prin­ci­pal du texte, Gérard Philips, auteur ulté­rieu­re­ment d’un ouvrage de théo­lo­gie qui expli­cite les apports du Concile Vatican II en matière d’ec­clé­sio­lo­gie [8], a uti­li­sé le concept.

On peut légi­ti­me­ment s’é­ton­ner qu’une for­mule aus­si lourde de consé­quences ait été emprun­tée à des pen­seurs pro­tes­tants qui ne sont pas répu­tés pour défendre la théo­lo­gie de l’Église. Qu’elle soit l’œuvre du pas­teur Schmidt ou qu’il n’ait été qu’un mes­sa­ger, on com­prend mieux qu’un concile œcu­mé­nique obnu­bi­lé par l’œcuménisme intro­duise dans la doc­trine de l’Église des nou­veau­tés pour le moins douteuses.

  • Le contexte

Après avoir don­né une défi­ni­tion nou­velle de l’Église (l’Église est un sacre­ment, Lumen gen­tium §1), le texte de la consti­tu­tion sur l’Église décrit les ori­gines de l’Église vou­lue par Dieu, en par­lant de la Rédemption opé­rée par le Christ et l’ac­tion du Saint-​Esprit à l’œuvre dans la vie de l’Église, sans que la fon­da­tion de celle-​ci soit défi­nie clai­re­ment comme posée sur l’a­pôtre Pierre et comme socié­té dépo­si­taire de tous les moyens de salut à des­ti­na­tion des fidèles unis par le lien hié­rar­chique, la foi et les sacrements.

La hié­rar­chie men­tion­née inci­dem­ment et mise au même rang que les cha­rismes est le fruit d’un don du Saint-​Esprit et ne semble pas l’œuvre du Christ dans son huma­ni­té, confiant son auto­ri­té de gou­ver­ne­ment au pre­mier Pape : « Cette Église que [le Saint-​Esprit] intro­duit dans la véri­té tout entière, il l’u­nit dans la com­mu­nion et le ser­vice, il la munit de dons divers, hié­rar­chiques et cha­ris­ma­tiques, par les­quels il la dirige et l’orne de ses fruits » (Lumen gen­tium §4). Cette idée se retrou­ve­ra dans la suite (Lumen gen­tium cha­pitre 2) lors­qu’il sera ques­tion de défi­nir l’Église comme Peuple de Dieu duquel naî­tra la hié­rar­chie de l’Église (Lumen gen­tium cha­pitre 3). L’Église n’est pas vue d’a­bord comme socié­té fon­dée sur l’ordre hié­rar­chique consti­tué pour faire atteindre le bien com­mun surnaturel.

Les para­graphes 2, 3 et 4 de Lumen Gentium peuvent se résu­mer ainsi :

« L’Église est l’œuvre com­mune des trois Personnes divines. Le Père a pré­des­ti­né tous les hommes dans et par l’Église. Par l’exemple de son obéis­sance et la révé­la­tion de son mys­tère, le Christ a sus­ci­té un royaume, c’est-​à-​dire une com­mu­nion mys­tique. Le Saint-​Esprit conti­nue de la sus­ci­ter et lui ajoute le don de la hié­rar­chie visible, qui est là pour signi­fier le mys­tère de cette com­mu­nion » [9].

Après avoir évo­qué les images de l’Église que l’on trouve dans la Sainte Écriture et l’ap­pel­la­tion de Corps mys­tique du Christ, avec une nou­velle insis­tance pour faire fusion­ner la réa­li­té sur­na­tu­relle et la dimen­sion sociale et visible de l’Église, le texte aborde au para­graphe 8 la dis­tinc­tion entre Église socié­té visible et corps mys­tique tout en insis­tant sur le tout com­plexe que les deux consti­tuent. En s’ap­puyant sur l’a­na­lo­gie du mys­tère du Verbe incar­né dont la nature humaine est au ser­vice du Verbe, comme la struc­ture sociale de l’Église est au ser­vice de l’Esprit du Christ, on trouve l’af­fir­ma­tion, par cette dis­tinc­tion entre l’ins­tru­ment et celui qui en use, que la struc­ture hié­rar­chique est l’ins­tru­ment de la com­mu­nau­té. On com­prend donc que la com­mu­nau­té mys­tique pré­cède la struc­ture hiérarchique.

  • Le sens de l’expression

C’est alors que l’on trouve le pas­sage conte­nant l’ex­pres­sion du « sub­sis­tit in » :

« Cette Église comme socié­té consti­tuée et orga­ni­sée en ce monde, c’est dans l’Église catho­lique qu’elle sub­siste (sub­sis­tit in), gou­ver­née par le suc­ces­seur de Pierre et les évêques qui sont en com­mu­nion avec lui, bien que des élé­ments nom­breux de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té se trouvent hors de ses struc­tures, élé­ments qui, appar­te­nant pro­pre­ment par don de Dieu à l’Église du Christ, appellent par eux-​mêmes l’u­ni­té catholique ».

Le sens de ce pas­sage est éclai­ré par tout ce qui pré­cède. L’expression affirme la dis­tinc­tion entre d’une part la com­mu­nau­té mys­tique à laquelle appar­tiennent tous ceux qui vivent sous l’in­fluence de la grâce et d’autre part la struc­ture sociale et visible de l’Église catho­lique dont les membres sont unis sous le triple lien d’u­ni­té de foi, de culte et de gou­ver­ne­ment. Et même si on nous dit que les deux ne sont jamais sépa­rées dans la réa­li­té, que l’Église catho­lique demeure bien l’Église du Christ, l’une n’est pas tota­le­ment iden­tique à l’autre. Il y a un ordre entre les deux. La com­mu­nau­té d’ordre mys­tique pré­cède la struc­ture sociale. Par ailleurs, il est bien dit que la com­mu­nau­té mys­tique vit aus­si en dehors de la struc­ture sociale par « de nom­breux élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té ». On observe une dif­fé­rence d’ordre quan­ti­ta­tif, dans la mesure où l’Église du Christ se trouve, sub­siste, à l’é­tat par­fait et maxi­mal dans l’Église catho­lique, tan­dis qu’elle se trouve à l’é­tat d’élé­ments dans les autres communautés.

Les défen­seurs auto­ri­sés du texte ont don­né une inter­pré­ta­tion pré­cise de l’ex­pres­sion. Le car­di­nal Ratzinger, repre­nant cet extrait de Lumen gen­tium, affir­mait dans la décla­ra­tion Dominus Jesus (2000) :

« Il existe donc une unique Église du Christ, qui sub­siste dans l’Église catho­lique, gou­ver­née par le suc­ces­seur de Pierre et les Évêques en com­mu­nion avec lui [10]. Les Églises qui, quoique sans com­mu­nion par­faite avec l’Église catho­lique, lui res­tent cepen­dant unies par des liens très étroits comme la suc­ces­sion apos­to­lique et l’Eucharistie valide, sont de véri­tables Églises par­ti­cu­lières [11]. Par consé­quent, l’Église du Christ est pré­sente et agis­sante dans ces Églises, mal­gré l’ab­sence de la pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique, pro­vo­quée par leur non-​acceptation de la doc­trine catho­lique du Primat, que l’Évêque de Rome, d’une façon objec­tive, pos­sède et exerce sur toute l’Église confor­mé­ment à la volon­té divine » [12].

Il y a donc pré­sence et action de l’Église du Christ là où il n’y a pas néces­sai­re­ment la struc­ture hié­rar­chique visible fon­dée par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ. Plus récem­ment, la Réponse de la sacrée congré­ga­tion pour la doc­trine de la foi du 29 juin 2007 appor­tait des pré­ci­sions et éclair­cis­se­ments sur le sens de l’ex­pres­sion, dans sa deuxième réponse :

« Dans le numé­ro 8 de la Constitution Dogmatique Lumen gen­tium, ‘sub­sis­ter’ signi­fie la per­pé­tuelle conti­nui­té his­to­rique et la per­ma­nence de tous les élé­ments ins­ti­tués par le Christ dans l’Église catho­lique [13], dans laquelle on trouve concrè­te­ment l’Église du Christ sur cette terre. Selon la doc­trine catho­lique, s’il est cor­rect d’affirmer que l’Église du Christ est pré­sente et agis­sante dans les Églises et les Communautés ecclé­siales qui ne sont pas encore en pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique, grâce aux élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té qu’on y trouve [14], le verbe ‘sub­sis­ter’ ne peut être exclu­si­ve­ment attri­bué qu’à la seule Église catho­lique, étant don­né qu’il se réfère à la note d’unité pro­fes­sée dans les sym­boles de la foi (‘Je crois en l’Église, une’) ; et cette Église une ‘sub­siste’ dans l’Église catho­lique [15]».

Subsister insiste, selon l’ex­pli­ca­tion qui en est faite par le car­di­nal Ratzinger ou par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 2007, sur le carac­tère durable de l’exis­tence de l’Église, mal­gré les vicis­si­tudes des siècles, et affirme la plé­ni­tude des moyens de salut que l’on trouve dans l’Église catholique.

Le Cardinal Kasper, dans la confé­rence déjà citée, explique :

« Le Concile a pu accom­plir un pas impor­tant en avant grâce au « sub­sis­tit in ». On a vou­lu rendre jus­tice au fait que, en dehors de l’Eglise catho­lique, il n’y a pas seule­ment des indi­vi­dus chré­tiens, mais éga­le­ment des « élé­ments d’Eglise » (10), et éga­le­ment des Eglises et des Communautés ecclé­siales qui, bien que n’é­tant pas en pleine com­mu­nion, appar­tiennent de plein droit à l’u­nique Eglise et consti­tuent pour leurs membres des moyens de salut ».

Sa note de bas de page n°10 dit ceci :

« Ce concept remonte au fond à Jean Calvin ; mais, alors que pour Calvin, le terme se réfé­rait à de tristes restes de la véri­table Eglise, dans le débat œcu­mé­nique il est enten­du dans un sens posi­tif, dyna­mique et orien­té vers l’a­ve­nir. Il appa­raît pour la pre­mière fois avec Yves Congar, comme affir­ma­tion de la posi­tion anti­do­na­tiste de saint Augustin (cf. A. Nichols, Yves Congar, Londres 1986, p. 101–106). Avec la décla­ra­tion de Toronto, il est éga­le­ment entré dans le lan­gage du Conseil œcu­mé­nique des Eglises ».

Autrement dit, il existe bien entre l’Église du Christ et l’Église catho­lique une dis­tinc­tion réelle, telle qu’on peut en trou­ver entre une réa­li­té et sa manière concrète et sin­gu­lière d’exis­ter dans le temps. De fait, nous dit-​on, l’Église du Christ se mani­feste en plé­ni­tude dans l’Église catho­lique (c’est cela qui s’ap­pelle « sub­sis­ter ») et sous des modes d’être moins riches, dans les autres com­mu­nau­tés reli­gieuses chré­tiennes (c’est alors un mode d’être par pré­sence et par action). Ce qui consti­tue une nouveauté.

Et le pas­sage en force de la nou­velle expres­sion « sub­sis­tit in » vise expres­sé­ment la recon­nais­sance d’une com­mu­nion œcu­mé­nique entre toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes. Le car­di­nal Kasper le recon­naît, mani­fes­tant le chan­ge­ment opé­ré par l’ex­pres­sion des « élé­ments d’Église » qui reprennent ana­lo­gi­que­ment les « élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té » déjà men­tion­nés dans Lumen gen­tium §8, avec la même confu­sion opé­rée par le pas­sage à une for­ma­li­té d’ordre quan­ti­ta­tif et donc à une vision maté­rielle de l’u­ni­té de l’Église, et non plus morale :

« L’idée fon­da­men­tale du Concile Vatican II, et en par­ti­cu­lier du Décret sur l’œcuménisme, se résume en un mot : com­mu­nio. Le terme est impor­tant pour com­prendre cor­rec­te­ment la ques­tion des « ele­men­ta eccle­siæ ». Cette expres­sion sug­gère une dimen­sion quan­ti­ta­tive, presque maté­ria­liste, comme si l’on pou­vait quan­ti­fier, comp­ter ces élé­ments, en véri­fiant si leur nombre est com­plet » [16].

Cette expli­ca­tion qui découle du texte et de ses com­men­ta­teurs auto­ri­sés rend dif­fi­cile la ten­ta­tive de jus­ti­fi­ca­tion qu’o­père ailleurs la Réponse de la sacrée congré­ga­tion pour la doc­trine de la foi du 29 juin 2007 et qui consiste à prou­ver que « subis­tit in » signi­fie la même chose que « est ». La logique du texte est de fait dif­fi­cile à suivre puis­qu’elle conduit à affir­mer sur­tout que l’ex­pres­sion a pour rai­son d’être d’in­tro­duire l’i­dée qu’on trouve des élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion en dehors des struc­tures de l’Église catholique :

« Troisième ques­tion. Pourquoi utilise-​t-​on l’expression ‘sub­siste dans’, et non pas tout sim­ple­ment le verbe ‘est’ ?

Réponse. L’usage de cette expres­sion, qui indique la pleine iden­ti­té de l’Église du Christ avec l’Église catho­lique, ne change en rien la doc­trine sur l’Église, mais a pour rai­son d’être de signi­fier plus clai­re­ment qu’en dehors de ses struc­tures, on trouve « de nom­breux élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion et de véri­té », « qui, appar­te­nant pro­pre­ment par don de Dieu à l’Église du Christ, appellent par eux-​mêmes l’unité catho­lique [17] ».

« En consé­quence, ces Églises et Communautés sépa­rées, bien que nous les croyions vic­times de défi­ciences, ne sont nul­le­ment dépour­vues de signi­fi­ca­tion et de valeur dans le mys­tère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se ser­vir d’elles comme de moyens de salut dont la force dérive de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té qui a été confiée à l’Église catho­lique [18] » ».

Enfin, que l’on se ras­sure, nous retrou­vons un aveu de la dif­fi­cul­té que l’on a à com­prendre cette dis­tinc­tion chez Benoît XVI lui-​même, lors d’un col­loque sur Lumen gen­tium, en février 2000 :

« La dif­fé­rence entre sub­sis­tit in et est ren­ferme le drame de la divi­sion ecclé­siale. Bien que l’Eglise soit une et sub­siste en un unique sujet, des réa­li­tés ecclé­siales existent en dehors de ce sujet : des véri­tables églises locales et com­mu­nau­tés ecclé­siales. Puisque le péché est une contra­dic­tion, on ne peut pas, en der­nière ana­lyse, plei­ne­ment résoudre d’un point de vue logique cette dif­fé­rence entre sub­sis­tit et est » [19].

  • Conséquences doc­tri­nales

Malgré les affir­ma­tions répé­tées que la nou­velle for­mule n’a ni vou­lu chan­ger ni, de fait, chan­gé la doc­trine sur l’Église, on assiste au pas­sage en force, quelle que soit l’exé­gèse savante du sens de « sub­sis­tit », de la recon­nais­sance d’élé­ments objec­tifs et actifs de salut dans les com­mu­nau­tés dis­si­dentes de l’Église catholique.

Et cette nou­veau­té sert effec­ti­ve­ment de point de départ à l’œcuménisme. C’est pour­quoi le para­graphe 8 de Lumen gen­tium se trouve éclai­ré et confir­mé dans le texte conci­liaire consa­cré à l’œ­cu­mé­nisme, Unitatis redin­te­gra­tio, en son para­graphe 3, déjà cité :

« En consé­quence, ces Églises et Communautés sépa­rées, bien que nous les croyions vic­times de défi­ciences, ne sont nul­le­ment dépour­vues de signi­fi­ca­tion et de valeur dans le mys­tère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se ser­vir d’elles comme de moyens de salut dont la force dérive de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té qui a été confiée à l’Église catholique ».

Ce lieu paral­lèle de l’ex­pres­sion de la même doc­trine ajoute en plus que ce sont les com­mu­nau­tés reli­gieuses sépa­rées de l’Église catho­lique en tant que struc­tures sociales qui servent au Saint-​Esprit de moyens de salut. Le car­di­nal Kasper est explicite :

« En consé­quence, la ques­tion du salut des non-​catholiques n’est plus réso­lue au niveau indi­vi­duel, à par­tir du désir sub­jec­tif d’un indi­vi­du, comme cela est indi­qué par Mystici cor­po­ris, mais au niveau ins­ti­tu­tion­nel et de façon ecclé­sio­lo­gique objec­tive » [20].

Même si cela n’est jamais avoué expli­ci­te­ment, la logique pro­fonde de ces textes veut qu’il ne soit plus néces­saire d’ap­par­te­nir à l’Église catho­lique pour être sau­vé, mais sim­ple­ment à l’Église du Christ, com­mu­nion et corps mys­tique, qui pré­cède l’ins­ti­tu­tion sociale et hié­rar­chique qu’est l’Église catho­lique. On main­tient l’af­fir­ma­tion que l’Église du Christ se mani­feste de façon par­faite et unique dans l’Église catho­lique mais on a intro­duit l’i­dée que l’Église du Christ en tant que com­mu­nion et source de salut agit dans un péri­mètre plus vaste que l’Église catho­lique et que les com­mu­nau­tés dis­si­dentes sont de véri­tables ins­tru­ments de salut dont se sert le Saint-​Esprit. Ainsi, l’Église du Christ sub­siste dans l’Église catho­lique mais est dite aus­si pré­sente et agis­sante dans les com­mu­nau­tés séparées.

Pris indé­pen­dam­ment de son contexte, le pas­sage de Lumen gen­tium pou­vait paraître sim­ple­ment ambi­gu. Mais le flou s’é­clair­cit dans le sens d’une erreur grave lors­qu’on lit les inter­pré­ta­tions offi­cielles et les lieux paral­lèles. Il en découle que de soi la non-​appartenance à l’Église catho­lique visible ne consti­tue pas un obs­tacle ni à la récep­tion de la grâce sacra­men­telle ni à la pré­di­ca­tion de la véri­té, mais qu’au contraire le Saint-​Esprit agit et opère le salut du Christ éga­le­ment dans ce cas.

Nous avons donc là l’ex­pres­sion d’une nou­veau­té et d’une rup­ture. Celle qui existe en la nature du rap­port qu’en­tre­tiennent les confes­sions non catho­liques et l’Église catho­lique. Comme l’é­crit l’ab­bé Gleize qui refor­mule l’i­dée expri­mée par cette nou­velle théo­rie, « ce n’est pas le rap­port entre le rien et le tout, mais c’est le rap­port entre par­tia­li­té (avec des manques et des défi­ciences de dif­fé­rents niveaux) et plé­ni­tude (ou inté­gra­li­té) » [21].

Or, il s’a­git là d’une nou­velle défi­ni­tion de l’Église qui n’est pas conforme à la doc­trine tra­di­tion­nelle catholique.

  • La doc­trine catholique

Au sujet du mys­tère de l’Église, la doc­trine catho­lique a tou­jours affir­mé la dis­tinc­tion que l’on retrouve expri­mée dans le même article de foi du Credo, entre l’Église et la com­mu­nion des saints qui sont les deux aspects dif­fé­rents d’un même mys­tère. C’est par l’Église catho­lique – qui, en tant que socié­té est pro­vi­soire, jus­qu’à la fin du monde – que ses membres accé­de­ront à la com­mu­nion des saints – qui elle est la fina­li­té où se réa­lise défi­ni­ti­ve­ment et éter­nel­le­ment le salut.

« Or, les membres de l’Église sont en tant que tels ceux qui pro­fessent exté­rieu­re­ment la foi et le culte dans la dépen­dance de l’au­to­ri­té divi­ne­ment ins­ti­tuée, et le prin­cipe for­mel de l’u­ni­té de l’Église est pré­ci­sé­ment l’ordre social qui découle de ce triple lien. Sans ce triple lien, l’Église ne sub­siste plus, elle n’est plus » [22].

Avec l’ex­pres­sion tra­di­tion­nelle du « est », l’Église était défi­nie comme un ordre, c’est-​à-​dire comme une rela­tion réelle entre ce qui dépend d’un prin­cipe et ce prin­cipe même. Avec l’ex­pres­sion nou­velle du « sub­sis­tit in », l’Église se défi­nit comme une plé­ni­tude, c’est-​à-​dire comme une somme com­plète d’élé­ments, comme un puzzle qui est com­po­sé de la somme de toutes ses pièces. La plé­ni­tude est une notion quan­ti­ta­tive : elle est une tota­li­té maté­rielle d’élé­ments dis­tincts. Alors que l’ordre est qua­li­ta­tif : il est une tota­li­té for­melle, qui défi­nit comme telle la socié­té, laquelle est une mul­ti­tude ordon­née dans la recherche com­mune d’un même bien (le prin­cipe a rai­son de cause finale, de but recher­ché), sous la direc­tion d’une même auto­ri­té (le prin­cipe a rai­son de cause motrice) [23]. Si l’on n’est pas membre de la socié­té, on n’est pas ordon­né, on ne peut pas tendre vers le bien com­mun, car on n’est pas sous la motion finale et motrice de l’au­to­ri­té qui, seule, la consti­tue. Appliqué à l’Église, ce prin­cipe implique bien que c’est l’ap­par­te­nance à l’Église catho­lique en tant que socié­té qui assure l’u­ni­té de foi et du vrai culte ren­du à Dieu par le gou­ver­ne­ment unique du chef choi­si par Jésus-​Christ pour assu­rer visi­ble­ment son auto­ri­té qui est un prin­cipe d’ordre, par lequel tout membre se trouve ren­du capable d’at­teindre le bien com­mun recher­ché, à savoir le bon­heur éternel.

Et la foi de l’Église a tou­jours por­té sur cette der­nière défi­ni­tion de l’Église parce que l’ins­ti­tu­tion de l’Église par Jésus-​Christ est de foi révélée.

Autrement dit, affir­mer, comme notam­ment Pie IX, le Concile Vatican I, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI ou Pie XII que l’Église du Christ est l’Église catho­lique et affir­mer que l’Église est ici-​bas une socié­té, c’est-​à-​dire l’u­nique ordre hié­rar­chique vou­lu par le Christ comme moyen d’at­teindre le salut, c’est rap­pe­ler que Jésus-​Christ n’a fon­dé qu’une seule Église à laquelle il a confié tous ses pou­voirs (auto­ri­té, ensei­gne­ment, moyens de salut) et qu’en dehors de cette Église on ne peut trou­ver le salut.

Mais dire, comme Lumen gen­tium, que l’Église du Christ se dis­tingue de l’Église catho­lique et qu’en dehors de la struc­ture sociale de l’Église catho­lique existent des com­mu­nau­tés qui pos­sèdent, en tant que com­mu­nau­tés, des élé­ments de véri­té et de salut dont se sert l’Esprit du Christ, c’est affir­mer une concep­tion lati­tu­di­na­riste de l’Église, telle qu’on la trouve condam­née notam­ment par Pie IX (Syllabus), Léon XIII (où ?), Pie XI dans Mortalium ani­mos, Pie XII dans Mystici Corporis (sur l’Église) ou Humani gene­ris (sur les erreurs modernistes).

Jésus-​Christ a vou­lu que les fruits de son salut soient don­nés aux fidèles sou­mis à l’au­to­ri­té hié­rar­chique fon­dée par lui. Lumen gen­tium ouvre, dans l’in­ten­tion œcu­mé­nique qui est la sienne, une Église à plu­sieurs étages ou plu­tôt consti­tuée de cercles concen­triques, où l’on pos­sède une plus ou moins grande quan­ti­té d’élé­ments de salut, selon la com­mu­nau­té reli­gieuse à laquelle on appartient.

  • Nature pro­fonde des erreurs énoncées

  1. Erreur sur l’unité

C’est oublier que l’u­ni­té de l’Église que l’on pré­tend viser ne peut résul­ter d’une plé­ni­tude quan­ti­ta­tive des élé­ments qui la consti­tue­raient. L’Eglise est une socié­té et donc un tout moral dont la forme est un ordre. Et cet ordre implique un prin­cipe. Or ce prin­cipe est sur­na­tu­rel et divi­ne­ment ins­ti­tué. Principe au sens d’une cause finale qui per­met d’at­teindre le bien de la pro­fes­sion exté­rieure de la vraie foi et du vrai culte, et prin­cipe au sens d’une cause motrice, par le gou­ver­ne­ment hié­rar­chique du pape, chef suprême et des évêques qui sont les chefs subor­don­nés. Mais les com­mu­nau­tés chré­tiennes dis­si­dentes sont jus­te­ment pri­vées de cet ordre, et donc de cette fina­li­té et de cette motion de la hié­rar­chie et sont donc exclues radi­ca­le­ment de l’unité, même si, maté­riel­le­ment, elles peuvent emprun­ter et conser­ver des élé­ments qui appar­tiennent de soi à l’Église catho­lique. Refusant le pri­mat de l’é­vêque de Rome, elles sont sans vie, sans forme, sans orien­ta­tion bonne et ces élé­ments maté­riels ne peuvent don­ner à eux seuls la vie sur­na­tu­relle ni le salut, de même qu’un corps sans âme n’est qu’un cadavre et ne peut pré­tendre garan­tir la vie d’un homme et encore moins lui faire atteindre sa perfection.

  • Erreur sur les moyens de salut et les élé­ments de vérité

Ainsi, les sacre­ments, même célé­brés vali­de­ment, sont pré­su­més infruc­tueux dans les com­mu­nau­tés sépa­rées [24] du fait de l’empêchement ou pri­va­tion que consti­tue l’ab­sence de lien à l’ordre social vou­lu par Dieu. Cet empê­che­ment entraîne un péché contre la foi pour les héré­tiques, un péché contre l’u­ni­té et la cha­ri­té chez les schismatiques.

De même pour les véri­tés de foi, on ne peut pas dire que la conser­va­tion de véri­tés par­tielles appar­te­nant à l’ob­jet de foi catho­lique puisse appor­ter des fruits de salut. L’objet de la foi et la pro­fes­sion de la foi ne sont pas à géo­mé­trie variable. Saint Thomas d’Aquin, mani­fes­tant l’enseignement constant de l’Eglise catho­lique, pré­cise admi­ra­ble­ment cette véri­té en sou­li­gnant l’absence de l’habitus de foi sur­na­tu­relle chez ceux qui nient même une seule véri­té de foi ensei­gnée par l’Eglise [25]:

« Objection n°2 : Il y a dans la foi de mul­tiples articles comme il y a dans une science, la géo­mé­trie par exemple, de mul­tiples conclu­sions. Mais quelqu’un peut avoir la science de la géo­mé­trie en ce qui concerne cer­taines conclu­sions géo­mé­triques tout en igno­rant les autres. Donc quelqu’un peut avoir la foi par rap­port à quelques articles de foi, tout en ne croyant pas aux autres.

Conclusion : L’hérétique qui refuse de croire à un seul article de foi ne garde pas l’habitus de foi, ni de foi for­mée, ni de foi informe. Cela vient de ce que, dans un habi­tus quel qu’il soit, l’espèce dépend de ce qu’il y a de for­mel dans l’objet ; cela enle­vé, l’habitus ne peut demeu­rer dans son espèce. Or, ce qu’il y a de for­mel en l’objet de foi, c’est la véri­té pre­mière telle qu’elle est révé­lée dans les Saintes Écritures et dans l’enseignement de l’Église, qui pro­cède de la Vérité pre­mière. Par suite, celui qui n’adhère pas, comme à une règle infaillible et divine, à l’enseignement de l’Église qui pro­cède de la Vérité pre­mière révé­lée dans les Saintes Écritures, celui-​là n’a pas l’habitus de la foi. S’il admet des véri­tés de foi, c’est autre­ment que par la foi. Comme si quelqu’un garde en son esprit une conclu­sion sans connaître le moyen qui sert à la démon­trer, il est clair qu’il n’en a pas la science, mais seule­ment une opinion.

En revanche, il est clair aus­si que celui qui adhère à l’enseignement de l’Église comme à une règle infaillible, donne son assen­ti­ment à tout ce que l’Église enseigne. Autrement, s’il admet ce qu’il veut de ce que l’Église enseigne, et n’admet pas ce qu’il ne veut pas admettre, à par­tir de ce moment-​là il n’adhère plus à l’enseignement de l’Église comme à une règle infaillible, mais à sa propre volon­té. Ainsi est-​il évident que l’hérétique qui refuse opi­niâ­tre­ment de croire à un seul article n’est pas prêt à suivre en tout l’enseignement de l’Église ; car s’il n’a pas cette opi­niâ­tre­té, il n’est pas déjà héré­tique, il est seule­ment dans l’erreur.

Par là il est clair que celui qui est un héré­tique opi­niâtre à pro­pos d’un seul article, n’a pas la foi à pro­pos des autres articles, mais une cer­taine opi­nion dépen­dant de sa volon­té propre.

Réponse à l’objection n°2.

Dans les diverses conclu­sions d’une même science, il y a divers moyens pour éta­blir les preuves, et l’un peut être connu sans l’autre. C’est pour­quoi on peut savoir cer­taines conclu­sions d’une science tout en igno­rant les autres. Mais la foi adhère à tous les articles de foi en rai­son d’un seul moyen, c’est-à-dire de la Vérité pre­mière telle qu’elle nous est pro­po­sée dans les Écritures sai­ne­ment com­prises selon l’enseignement de l’Église. C’est pour­quoi celui qui se détache de ce moyen est tota­le­ment pri­vé de la foi. »

On trouve cette doc­trine clai­re­ment expo­sée par Léon XIII dans Satis cogni­tum mais aus­si par Pie XI, dans son ency­clique Mortalium ani­mos, lors­qu’il condamne ceux qui parlent d’une dis­tinc­tion entre dogmes fon­da­men­taux et dogmes secondaires :

« De plus, quant aux véri­tés à croire, il est abso­lu­ment illi­cite d’u­ser de la dis­tinc­tion qu’il leur plaît d’in­tro­duire dans les dogmes de foi, entre ceux qui seraient fon­da­men­taux et ceux qui seraient non fon­da­men­taux, comme si les pre­miers devaient être reçus par tous tan­dis que les seconds pour­raient être lais­sés comme matières libres à l’as­sen­ti­ment des fidèles : la ver­tu sur­na­tu­relle de foi a en effet, pour objet for­mel l’au­to­ri­té de Dieu révé­lant, auto­ri­té qui ne souffre aucune dis­tinc­tion de ce genre. C’est pour­quoi tous les vrais dis­ciples du Christ accordent au dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu la même foi que, par exemple, au mys­tère de l’Auguste Trinité, et de même ils ne croient pas à l’Incarnation de Notre Seigneur autre­ment qu’au magis­tère infaillible du Pontife Romain dans le sens, bien enten­du, qu’il a été défi­ni par le Concile œcu­mé­nique du Vatican. Car, de la diver­si­té et même du carac­tère récent des époques où, par un décret solen­nel, l’Église a sanc­tion­né et défi­ni ces véri­tés, il ne s’en­suit pas qu’elles n’ont pas la même cer­ti­tude, qu’elles ne sont pas avec la même force impo­sées à notre foi : n’est-​ce pas Dieu qui les a toutes révé­lées ? [26]»

Ni des véri­tés par­tielles, ni des sacre­ments conser­vés ne peuvent assu­rer le lien à la média­tion sociale de l’Église qui per­met l’ob­ten­tion du salut, par le simple fait qu’ils ne sont pas dans l’ordre social et hié­rar­chique de l’u­ni­té de foi et de culte sous l’au­to­ri­té du gou­ver­ne­ment divi­ne­ment ins­ti­tué. Des sar­ments cou­pés du cep ne sont en rien source de vie pour les feuilles qui y sont attachées.

Enfin, que le salut puisse s’ac­com­plir en dehors des limites visibles de l’Église catho­lique, celle-​ci l’a tou­jours affir­mé mais cela peut avoir lieu de manière stric­te­ment indi­vi­duelle lorsque Dieu fait don de sa grâce à un indi­vi­du dont l’ap­par­te­nance à une secte ou une fausse reli­gion l’empêche de soi d’ac­cé­der faci­le­ment à la connais­sance de la vraie foi.

Dans son ency­clique Mystici Corporis, Pie XII men­tionne le désir qui peut ani­mer ceux qui n’appartiennent pas à l’Eglise catho­lique. Après les avoir invi­tés expli­ci­te­ment à « céder libre­ment et de bon cœur aux impul­sions intimes de la grâce divine et à s’efforcer de sor­tir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éter­nel », le Pape admet la pos­si­bi­li­té d’un cer­tain désir d’appartenance à l’Eglise qui ordonne les non-​catholiques au Corps mys­tique mais qui est insuf­fi­sant pour les faire béné­fi­cier de tous les biens sur­na­tu­rels que seule l’Eglise catho­lique peut accor­der : « Car, même si par un cer­tain désir et sou­hait incons­cient ils se trouvent ordon­nés au Corps mys­tique du Rédempteur, ils sont pri­vés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Eglise catho­lique. [27] » Or, on trouve une expres­sion plus pré­cise de la pen­sée du Pape à ce sujet, dans la lettre de la Sacrée congré­ga­tion du Saint-​Office, du 8 août 1949, adres­sée à l’ar­che­vêque de Boston, où il détaille l’in­ter­pré­ta­tion du dogme « Hors de l’Eglise, point de salut » et pré­cise le sens du désir d’ap­par­te­nance qui peut ani­mer des hommes n’ap­par­te­nant pas encore à l’Eglise.

« Cependant il ne fau­drait pas croire que n’im­porte quelle sorte de désir d’en­trer dans l’Eglise suf­fise pour le salut. Le désir par lequel quel­qu’un adhère à l’Eglise doit être ani­mé de cha­ri­té par­faite. Un désir impli­cite ne peut pas non plus pro­duire son effet si l’on ne pos­sède pas la foi sur­na­tu­relle » [28].

Et ce n’est pas par la média­tion des com­mu­nau­tés chré­tiennes non catho­liques que se réa­lise cette ordi­na­tion par désir impli­cite sur­na­tu­rel à l’Eglise. Or, c’est ce qu’af­firment les textes de Vatican II (Lumen gen­tium §8 ; Unitatis redin­te­gra­tio §3) et les com­men­taires offi­ciels qui les expliquent, comme la décla­ra­tion Dominus Jesus ou les réponses de la Congrégation pour la doc­trine de la foi de juin 2007.

On peut donc conclure, en sou­li­gnant le para­doxe issu de l’en­semble des erreurs conte­nues dans la nou­veau­té de la théo­rie du « sub­sis­tit in »,que pour avoir envi­sa­gé de consti­tuer une uni­té en dehors du pri­mat romain, la théo­rie ne peut évi­ter l’é­cueil du lati­tu­di­na­risme condam­né par les Papes, ce qui la condamne à un échec radi­cal dans la réa­li­sa­tion de cette unité.

Ainsi Pie IX dans le Syllabus condamne-​t-​il les pro­po­si­tions suivantes :

« § III. Indifférentisme, Latitudinarisme.

XV. Il est libre à chaque homme d’embrasser et de pro­fes­ser la reli­gion qu’il aura répu­tée vraie d’a­près la lumière de la raison.

XVI. Les hommes peuvent trou­ver le che­min du salut éter­nel et obte­nir ce salut éter­nel dans le culte de n’im­porte quelle religion.

XVII. Tout au moins doit-​on avoir bonne confiance dans le salut éter­nel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véri­table Église du Christ.

XVIII. Le pro­tes­tan­tisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie reli­gion chré­tienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aus­si bien que dans l’Église catholique ».

Mais aus­si Pie XI, dans son ency­clique Mortalium ani­mos, qui condamne l’œ­cu­mé­nisme moderne (1928) :

« Comment, dès lors, conce­voir la légi­ti­mi­té d’une sorte de pacte chré­tien, dont les adhé­rents, même dans les ques­tions de foi, gar­de­raient cha­cun leur manière par­ti­cu­lière de pen­ser et de juger, alors même qu’elle serait en contra­dic­tion avec celles des autres ? Et par quelle for­mule, Nous le deman­dons, pourraient-​ils consti­tuer une seule et même socié­té de fidèles, des hommes qui divergent en opi­nions contradictoires ? (…)

En véri­té, nous ne savons pas com­ment, à tra­vers une si grande diver­gence d’o­pi­nions, la voie vers l’u­ni­té de l’Église pour­rait être ouverte, quand cette uni­té ne peut naître que d’un magis­tère unique, d’une règle unique de foi et d’une même croyance des chré­tiens. En revanche, nous savons très bien que, par là, une étape est faci­le­ment fran­chie vers la négli­gence de la reli­gion ou indif­fé­ren­tisme et vers ce qu’on nomme le moder­nisme, dont les mal­heu­reuses vic­times sou­tiennent que la véri­té des dogmes n’est pas abso­lue, mais rela­tive, c’est-​à-​dire qu’elle s’a­dapte aux besoins chan­geants des époques et des lieux et aux diverses ten­dances des esprits, puis­qu’elle n’est pas conte­nue dans une révé­la­tion immuable, mais qu’elle est de nature à s’ac­com­mo­der à la vie des hommes ».

Comme on le voit, la recherche de l’u­ni­té sur des bases qui sont fausses nour­rit le nou­vel œcu­mé­nisme et le voue à l’é­chec. Mais la dis­tinc­tion intro­duite par l’ex­pres­sion du « sub­sis­tit in » va plus loin. Elle ouvre la voie à une recon­nais­sance d’un droit à la liber­té reli­gieuse qui sera expri­mée dans la décla­ra­tion Dignitatis humanæ.

  • Conséquences doc­tri­nales

Malgré les affir­ma­tions répé­tées que la nou­velle for­mule n’a ni vou­lu chan­ger ni, de fait, chan­gé la doc­trine sur l’Église, on assiste au pas­sage en force, quelle que soit l’exé­gèse savante du sens de « sub­sis­tit », de la recon­nais­sance d’élé­ments objec­tifs et actifs de salut dans les com­mu­nau­tés dis­si­dentes de l’Église catholique.

Et cette nou­veau­té sert effec­ti­ve­ment de point de départ à l’œcuménisme. C’est pour­quoi le para­graphe 8 de Lumen gen­tium se trouve éclai­ré et confir­mé dans le texte conci­liaire consa­cré à l’œ­cu­mé­nisme, Unitatis redin­te­gra­tio, en son para­graphe 3, déjà cité :

« En consé­quence, ces Églises et Communautés sépa­rées, bien que nous les croyions vic­times de défi­ciences, ne sont nul­le­ment dépour­vues de signi­fi­ca­tion et de valeur dans le mys­tère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se ser­vir d’elles comme de moyens de salut dont la force dérive de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té qui a été confiée à l’Église catholique ».

Ce lieu paral­lèle de l’ex­pres­sion de la même doc­trine ajoute en plus que ce sont les com­mu­nau­tés reli­gieuses sépa­rées de l’Église catho­lique en tant que struc­tures sociales qui servent au Saint-​Esprit de moyens de salut. Le car­di­nal Kasper est explicite :

« En consé­quence, la ques­tion du salut des non-​catholiques n’est plus réso­lue au niveau indi­vi­duel, à par­tir du désir sub­jec­tif d’un indi­vi­du, comme cela est indi­qué par Mystici cor­po­ris, mais au niveau ins­ti­tu­tion­nel et de façon ecclé­sio­lo­gique objec­tive » [20].

Même si cela n’est jamais avoué expli­ci­te­ment, la logique pro­fonde de ces textes veut qu’il ne soit plus néces­saire d’ap­par­te­nir à l’Église catho­lique pour être sau­vé, mais sim­ple­ment à l’Église du Christ, com­mu­nion et corps mys­tique, qui pré­cède l’ins­ti­tu­tion sociale et hié­rar­chique qu’est l’Église catho­lique. On main­tient l’af­fir­ma­tion que l’Église du Christ se mani­feste de façon par­faite et unique dans l’Église catho­lique mais on a intro­duit l’i­dée que l’Église du Christ en tant que com­mu­nion et source de salut agit dans un péri­mètre plus vaste que l’Église catho­lique et que les com­mu­nau­tés dis­si­dentes sont de véri­tables ins­tru­ments de salut dont se sert le Saint-​Esprit. Ainsi, l’Église du Christ sub­siste dans l’Église catho­lique mais est dite aus­si pré­sente et agis­sante dans les com­mu­nau­tés séparées.

Pris indé­pen­dam­ment de son contexte, le pas­sage de Lumen gen­tium pou­vait paraître sim­ple­ment ambi­gu. Mais le flou s’é­clair­cit dans le sens d’une erreur grave lors­qu’on lit les inter­pré­ta­tions offi­cielles et les lieux paral­lèles. Il en découle que de soi la non-​appartenance à l’Église catho­lique visible ne consti­tue pas un obs­tacle ni à la récep­tion de la grâce sacra­men­telle ni à la pré­di­ca­tion de la véri­té, mais qu’au contraire le Saint-​Esprit agit et opère le salut du Christ éga­le­ment dans ce cas.

Nous avons donc là l’ex­pres­sion d’une nou­veau­té et d’une rup­ture. Celle qui existe en la nature du rap­port qu’en­tre­tiennent les confes­sions non catho­liques et l’Église catho­lique. Comme l’é­crit l’ab­bé Gleize qui refor­mule l’i­dée expri­mée par cette nou­velle théo­rie, « ce n’est pas le rap­port entre le rien et le tout, mais c’est le rap­port entre par­tia­li­té (avec des manques et des défi­ciences de dif­fé­rents niveaux) et plé­ni­tude (ou inté­gra­li­té) » [21].

Or, il s’a­git là d’une nou­velle défi­ni­tion de l’Église qui n’est pas conforme à la doc­trine tra­di­tion­nelle catholique.

  • La doc­trine catholique

Au sujet du mys­tère de l’Église, la doc­trine catho­lique a tou­jours affir­mé la dis­tinc­tion que l’on retrouve expri­mée dans le même article de foi du Credo, entre l’Église et la com­mu­nion des saints qui sont les deux aspects dif­fé­rents d’un même mys­tère. C’est par l’Église catho­lique – qui, en tant que socié­té est pro­vi­soire, jus­qu’à la fin du monde – que ses membres accé­de­ront à la com­mu­nion des saints – qui elle est la fina­li­té où se réa­lise défi­ni­ti­ve­ment et éter­nel­le­ment le salut.

« Or, les membres de l’Église sont en tant que tels ceux qui pro­fessent exté­rieu­re­ment la foi et le culte dans la dépen­dance de l’au­to­ri­té divi­ne­ment ins­ti­tuée, et le prin­cipe for­mel de l’u­ni­té de l’Église est pré­ci­sé­ment l’ordre social qui découle de ce triple lien. Sans ce triple lien, l’Église ne sub­siste plus, elle n’est plus » [22].

Avec l’ex­pres­sion tra­di­tion­nelle du « est », l’Église était défi­nie comme un ordre, c’est-​à-​dire comme une rela­tion réelle entre ce qui dépend d’un prin­cipe et ce prin­cipe même. Avec l’ex­pres­sion nou­velle du « sub­sis­tit in », l’Église se défi­nit comme une plé­ni­tude, c’est-​à-​dire comme une somme com­plète d’élé­ments, comme un puzzle qui est com­po­sé de la somme de toutes ses pièces. La plé­ni­tude est une notion quan­ti­ta­tive : elle est une tota­li­té maté­rielle d’élé­ments dis­tincts. Alors que l’ordre est qua­li­ta­tif : il est une tota­li­té for­melle, qui défi­nit comme telle la socié­té, laquelle est une mul­ti­tude ordon­née dans la recherche com­mune d’un même bien (le prin­cipe a rai­son de cause finale, de but recher­ché), sous la direc­tion d’une même auto­ri­té (le prin­cipe a rai­son de cause motrice) [23]. Si l’on n’est pas membre de la socié­té, on n’est pas ordon­né, on ne peut pas tendre vers le bien com­mun, car on n’est pas sous la motion finale et motrice de l’au­to­ri­té qui, seule, la consti­tue. Appliqué à l’Église, ce prin­cipe implique bien que c’est l’ap­par­te­nance à l’Église catho­lique en tant que socié­té qui assure l’u­ni­té de foi et du vrai culte ren­du à Dieu par le gou­ver­ne­ment unique du chef choi­si par Jésus-​Christ pour assu­rer visi­ble­ment son auto­ri­té qui est un prin­cipe d’ordre, par lequel tout membre se trouve ren­du capable d’at­teindre le bien com­mun recher­ché, à savoir le bon­heur éternel.

Et la foi de l’Église a tou­jours por­té sur cette der­nière défi­ni­tion de l’Église parce que l’ins­ti­tu­tion de l’Église par Jésus-​Christ est de foi révélée.

Autrement dit, affir­mer, comme notam­ment Pie IX, le Concile Vatican I, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI ou Pie XII que l’Église du Christ est l’Église catho­lique et affir­mer que l’Église est ici-​bas une socié­té, c’est-​à-​dire l’u­nique ordre hié­rar­chique vou­lu par le Christ comme moyen d’at­teindre le salut, c’est rap­pe­ler que Jésus-​Christ n’a fon­dé qu’une seule Église à laquelle il a confié tous ses pou­voirs (auto­ri­té, ensei­gne­ment, moyens de salut) et qu’en dehors de cette Église on ne peut trou­ver le salut.

Mais dire, comme Lumen gen­tium, que l’Église du Christ se dis­tingue de l’Église catho­lique et qu’en dehors de la struc­ture sociale de l’Église catho­lique existent des com­mu­nau­tés qui pos­sèdent, en tant que com­mu­nau­tés, des élé­ments de véri­té et de salut dont se sert l’Esprit du Christ, c’est affir­mer une concep­tion lati­tu­di­na­riste de l’Église, telle qu’on la trouve condam­née notam­ment par Pie IX (Syllabus), Léon XIII (où ?), Pie XI dans Mortalium ani­mos, Pie XII dans Mystici Corporis (sur l’Église) ou Humani gene­ris (sur les erreurs modernistes).

Jésus-​Christ a vou­lu que les fruits de son salut soient don­nés aux fidèles sou­mis à l’au­to­ri­té hié­rar­chique fon­dée par lui. Lumen gen­tium ouvre, dans l’in­ten­tion œcu­mé­nique qui est la sienne, une Église à plu­sieurs étages ou plu­tôt consti­tuée de cercles concen­triques, où l’on pos­sède une plus ou moins grande quan­ti­té d’élé­ments de salut, selon la com­mu­nau­té reli­gieuse à laquelle on appartient.

  • Nature pro­fonde des erreurs énoncées

  1. Erreur sur l’unité

C’est oublier que l’u­ni­té de l’Église que l’on pré­tend viser ne peut résul­ter d’une plé­ni­tude quan­ti­ta­tive des élé­ments qui la consti­tue­raient. L’Eglise est une socié­té et donc un tout moral dont la forme est un ordre. Et cet ordre implique un prin­cipe. Or ce prin­cipe est sur­na­tu­rel et divi­ne­ment ins­ti­tué. Principe au sens d’une cause finale qui per­met d’at­teindre le bien de la pro­fes­sion exté­rieure de la vraie foi et du vrai culte, et prin­cipe au sens d’une cause motrice, par le gou­ver­ne­ment hié­rar­chique du pape, chef suprême et des évêques qui sont les chefs subor­don­nés. Mais les com­mu­nau­tés chré­tiennes dis­si­dentes sont jus­te­ment pri­vées de cet ordre, et donc de cette fina­li­té et de cette motion de la hié­rar­chie et sont donc exclues radi­ca­le­ment de l’unité, même si, maté­riel­le­ment, elles peuvent emprun­ter et conser­ver des élé­ments qui appar­tiennent de soi à l’Église catho­lique. Refusant le pri­mat de l’é­vêque de Rome, elles sont sans vie, sans forme, sans orien­ta­tion bonne et ces élé­ments maté­riels ne peuvent don­ner à eux seuls la vie sur­na­tu­relle ni le salut, de même qu’un corps sans âme n’est qu’un cadavre et ne peut pré­tendre garan­tir la vie d’un homme et encore moins lui faire atteindre sa perfection.

  • Erreur sur les moyens de salut et les élé­ments de vérité

Ainsi, les sacre­ments, même célé­brés vali­de­ment, sont pré­su­més infruc­tueux dans les com­mu­nau­tés sépa­rées [24] du fait de l’empêchement ou pri­va­tion que consti­tue l’ab­sence de lien à l’ordre social vou­lu par Dieu. Cet empê­che­ment entraîne un péché contre la foi pour les héré­tiques, un péché contre l’u­ni­té et la cha­ri­té chez les schismatiques.

De même pour les véri­tés de foi, on ne peut pas dire que la conser­va­tion de véri­tés par­tielles appar­te­nant à l’ob­jet de foi catho­lique puisse appor­ter des fruits de salut. L’objet de la foi et la pro­fes­sion de la foi ne sont pas à géo­mé­trie variable. Saint Thomas d’Aquin, mani­fes­tant l’enseignement constant de l’Eglise catho­lique, pré­cise admi­ra­ble­ment cette véri­té en sou­li­gnant l’absence de l’habitus de foi sur­na­tu­relle chez ceux qui nient même une seule véri­té de foi ensei­gnée par l’Eglise [25]:

« Objection n°2 : Il y a dans la foi de mul­tiples articles comme il y a dans une science, la géo­mé­trie par exemple, de mul­tiples conclu­sions. Mais quelqu’un peut avoir la science de la géo­mé­trie en ce qui concerne cer­taines conclu­sions géo­mé­triques tout en igno­rant les autres. Donc quelqu’un peut avoir la foi par rap­port à quelques articles de foi, tout en ne croyant pas aux autres.

Conclusion : L’hérétique qui refuse de croire à un seul article de foi ne garde pas l’habitus de foi, ni de foi for­mée, ni de foi informe. Cela vient de ce que, dans un habi­tus quel qu’il soit, l’espèce dépend de ce qu’il y a de for­mel dans l’objet ; cela enle­vé, l’habitus ne peut demeu­rer dans son espèce. Or, ce qu’il y a de for­mel en l’objet de foi, c’est la véri­té pre­mière telle qu’elle est révé­lée dans les Saintes Écritures et dans l’enseignement de l’Église, qui pro­cède de la Vérité pre­mière. Par suite, celui qui n’adhère pas, comme à une règle infaillible et divine, à l’enseignement de l’Église qui pro­cède de la Vérité pre­mière révé­lée dans les Saintes Écritures, celui-​là n’a pas l’habitus de la foi. S’il admet des véri­tés de foi, c’est autre­ment que par la foi. Comme si quelqu’un garde en son esprit une conclu­sion sans connaître le moyen qui sert à la démon­trer, il est clair qu’il n’en a pas la science, mais seule­ment une opinion.

En revanche, il est clair aus­si que celui qui adhère à l’enseignement de l’Église comme à une règle infaillible, donne son assen­ti­ment à tout ce que l’Église enseigne. Autrement, s’il admet ce qu’il veut de ce que l’Église enseigne, et n’admet pas ce qu’il ne veut pas admettre, à par­tir de ce moment-​là il n’adhère plus à l’enseignement de l’Église comme à une règle infaillible, mais à sa propre volon­té. Ainsi est-​il évident que l’hérétique qui refuse opi­niâ­tre­ment de croire à un seul article n’est pas prêt à suivre en tout l’enseignement de l’Église ; car s’il n’a pas cette opi­niâ­tre­té, il n’est pas déjà héré­tique, il est seule­ment dans l’erreur.

Par là il est clair que celui qui est un héré­tique opi­niâtre à pro­pos d’un seul article, n’a pas la foi à pro­pos des autres articles, mais une cer­taine opi­nion dépen­dant de sa volon­té propre.

Réponse à l’objection n°2.

Dans les diverses conclu­sions d’une même science, il y a divers moyens pour éta­blir les preuves, et l’un peut être connu sans l’autre. C’est pour­quoi on peut savoir cer­taines conclu­sions d’une science tout en igno­rant les autres. Mais la foi adhère à tous les articles de foi en rai­son d’un seul moyen, c’est-à-dire de la Vérité pre­mière telle qu’elle nous est pro­po­sée dans les Écritures sai­ne­ment com­prises selon l’enseignement de l’Église. C’est pour­quoi celui qui se détache de ce moyen est tota­le­ment pri­vé de la foi. »

On trouve cette doc­trine clai­re­ment expo­sée par Léon XIII dans Satis cogni­tum mais aus­si par Pie XI, dans son ency­clique Mortalium ani­mos, lors­qu’il condamne ceux qui parlent d’une dis­tinc­tion entre dogmes fon­da­men­taux et dogmes secondaires :

« De plus, quant aux véri­tés à croire, il est abso­lu­ment illi­cite d’u­ser de la dis­tinc­tion qu’il leur plaît d’in­tro­duire dans les dogmes de foi, entre ceux qui seraient fon­da­men­taux et ceux qui seraient non fon­da­men­taux, comme si les pre­miers devaient être reçus par tous tan­dis que les seconds pour­raient être lais­sés comme matières libres à l’as­sen­ti­ment des fidèles : la ver­tu sur­na­tu­relle de foi a en effet, pour objet for­mel l’au­to­ri­té de Dieu révé­lant, auto­ri­té qui ne souffre aucune dis­tinc­tion de ce genre. C’est pour­quoi tous les vrais dis­ciples du Christ accordent au dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu la même foi que, par exemple, au mys­tère de l’Auguste Trinité, et de même ils ne croient pas à l’Incarnation de Notre Seigneur autre­ment qu’au magis­tère infaillible du Pontife Romain dans le sens, bien enten­du, qu’il a été défi­ni par le Concile œcu­mé­nique du Vatican. Car, de la diver­si­té et même du carac­tère récent des époques où, par un décret solen­nel, l’Église a sanc­tion­né et défi­ni ces véri­tés, il ne s’en­suit pas qu’elles n’ont pas la même cer­ti­tude, qu’elles ne sont pas avec la même force impo­sées à notre foi : n’est-​ce pas Dieu qui les a toutes révé­lées ? [26]»

Ni des véri­tés par­tielles, ni des sacre­ments conser­vés ne peuvent assu­rer le lien à la média­tion sociale de l’Église qui per­met l’ob­ten­tion du salut, par le simple fait qu’ils ne sont pas dans l’ordre social et hié­rar­chique de l’u­ni­té de foi et de culte sous l’au­to­ri­té du gou­ver­ne­ment divi­ne­ment ins­ti­tué. Des sar­ments cou­pés du cep ne sont en rien source de vie pour les feuilles qui y sont attachées.

Enfin, que le salut puisse s’ac­com­plir en dehors des limites visibles de l’Église catho­lique, celle-​ci l’a tou­jours affir­mé mais cela peut avoir lieu de manière stric­te­ment indi­vi­duelle lorsque Dieu fait don de sa grâce à un indi­vi­du dont l’ap­par­te­nance à une secte ou une fausse reli­gion l’empêche de soi d’ac­cé­der faci­le­ment à la connais­sance de la vraie foi.

Dans son ency­clique Mystici Corporis, Pie XII men­tionne le désir qui peut ani­mer ceux qui n’appartiennent pas à l’Eglise catho­lique. Après les avoir invi­tés expli­ci­te­ment à « céder libre­ment et de bon cœur aux impul­sions intimes de la grâce divine et à s’efforcer de sor­tir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éter­nel », le Pape admet la pos­si­bi­li­té d’un cer­tain désir d’appartenance à l’Eglise qui ordonne les non-​catholiques au Corps mys­tique mais qui est insuf­fi­sant pour les faire béné­fi­cier de tous les biens sur­na­tu­rels que seule l’Eglise catho­lique peut accor­der : « Car, même si par un cer­tain désir et sou­hait incons­cient ils se trouvent ordon­nés au Corps mys­tique du Rédempteur, ils sont pri­vés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Eglise catho­lique. [27] » Or, on trouve une expres­sion plus pré­cise de la pen­sée du Pape à ce sujet, dans la lettre de la Sacrée congré­ga­tion du Saint-​Office, du 8 août 1949, adres­sée à l’ar­che­vêque de Boston, où il détaille l’in­ter­pré­ta­tion du dogme « Hors de l’Eglise, point de salut » et pré­cise le sens du désir d’ap­par­te­nance qui peut ani­mer des hommes n’ap­par­te­nant pas encore à l’Eglise.

« Cependant il ne fau­drait pas croire que n’im­porte quelle sorte de désir d’en­trer dans l’Eglise suf­fise pour le salut. Le désir par lequel quel­qu’un adhère à l’Eglise doit être ani­mé de cha­ri­té par­faite. Un désir impli­cite ne peut pas non plus pro­duire son effet si l’on ne pos­sède pas la foi sur­na­tu­relle » [28].

Et ce n’est pas par la média­tion des com­mu­nau­tés chré­tiennes non catho­liques que se réa­lise cette ordi­na­tion par désir impli­cite sur­na­tu­rel à l’Eglise. Or, c’est ce qu’af­firment les textes de Vatican II (Lumen gen­tium §8 ; Unitatis redin­te­gra­tio §3) et les com­men­taires offi­ciels qui les expliquent, comme la décla­ra­tion Dominus Jesus ou les réponses de la Congrégation pour la doc­trine de la foi de juin 2007.

On peut donc conclure, en sou­li­gnant le para­doxe issu de l’en­semble des erreurs conte­nues dans la nou­veau­té de la théo­rie du « sub­sis­tit in »,que pour avoir envi­sa­gé de consti­tuer une uni­té en dehors du pri­mat romain, la théo­rie ne peut évi­ter l’é­cueil du lati­tu­di­na­risme condam­né par les Papes, ce qui la condamne à un échec radi­cal dans la réa­li­sa­tion de cette unité.

Ainsi Pie IX dans le Syllabus condamne-​t-​il les pro­po­si­tions suivantes :

« § III. Indifférentisme, Latitudinarisme.

XV. Il est libre à chaque homme d’embrasser et de pro­fes­ser la reli­gion qu’il aura répu­tée vraie d’a­près la lumière de la raison.

XVI. Les hommes peuvent trou­ver le che­min du salut éter­nel et obte­nir ce salut éter­nel dans le culte de n’im­porte quelle religion.

XVII. Tout au moins doit-​on avoir bonne confiance dans le salut éter­nel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véri­table Église du Christ.

XVIII. Le pro­tes­tan­tisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie reli­gion chré­tienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aus­si bien que dans l’Église catholique ».

Mais aus­si Pie XI, dans son ency­clique Mortalium ani­mos, qui condamne l’œ­cu­mé­nisme moderne (1928) :

« Comment, dès lors, conce­voir la légi­ti­mi­té d’une sorte de pacte chré­tien, dont les adhé­rents, même dans les ques­tions de foi, gar­de­raient cha­cun leur manière par­ti­cu­lière de pen­ser et de juger, alors même qu’elle serait en contra­dic­tion avec celles des autres ? Et par quelle for­mule, Nous le deman­dons, pourraient-​ils consti­tuer une seule et même socié­té de fidèles, des hommes qui divergent en opi­nions contradictoires ? (…)

En véri­té, nous ne savons pas com­ment, à tra­vers une si grande diver­gence d’o­pi­nions, la voie vers l’u­ni­té de l’Église pour­rait être ouverte, quand cette uni­té ne peut naître que d’un magis­tère unique, d’une règle unique de foi et d’une même croyance des chré­tiens. En revanche, nous savons très bien que, par là, une étape est faci­le­ment fran­chie vers la négli­gence de la reli­gion ou indif­fé­ren­tisme et vers ce qu’on nomme le moder­nisme, dont les mal­heu­reuses vic­times sou­tiennent que la véri­té des dogmes n’est pas abso­lue, mais rela­tive, c’est-​à-​dire qu’elle s’a­dapte aux besoins chan­geants des époques et des lieux et aux diverses ten­dances des esprits, puis­qu’elle n’est pas conte­nue dans une révé­la­tion immuable, mais qu’elle est de nature à s’ac­com­mo­der à la vie des hommes ».

Comme on le voit, la recherche de l’u­ni­té sur des bases qui sont fausses nour­rit le nou­vel œcu­mé­nisme et le voue à l’é­chec. Mais la dis­tinc­tion intro­duite par l’ex­pres­sion du « sub­sis­tit in » va plus loin. Elle ouvre la voie à une recon­nais­sance d’un droit à la liber­té reli­gieuse qui sera expri­mée dans la décla­ra­tion Dignitatis humanæ.

Source : Vu de Haut n°20, « Vatican II, les points de rup­ture : actes du col­loque des 10 et 11 novembre 2012 ». Vu de haut est la revue de l’Institut Universitaire Saint-​Pie X.

N‑B : L’ensemble de cette étude doit beau­coup aux tra­vaux de l’abbé Jean-​Michel Gleize, pro­fes­seur d’ecclésiologie au Séminaire d’Écône et membre des dis­cus­sions doc­tri­nales qui ont eu lieu entre le Saint-​Siège et la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X.

Tout spé­cia­le­ment :

Abbé Jean-​Michel Gleize, Vatican II en débat, Courrier de Rome, 2012.

Abbé Jean-​Michel Gleize, La nou­velle ecclé­sio­lo­gie au fon­de­ment de l’œcuménisme, Courrier de Rome, n°339 (529), décembre 2010.

Cardinal Kasper, Conférence don­née à l’oc­ca­sion du 40e anni­ver­saire de la pro­mul­ga­tion du décret conci­liaire Unitatis redin­te­gra­tio, 11 novembre 2004.


[1] Instruction « De Motione Oecumenica » de la S. Congrégation du S. Office sur le « Mouvement œcu­mé­nique » (20.12.1949).

[2] Les récentes ren­contres inter­re­li­gieuses d’Astana, au Kazakhstan, en juillet 2009 et sep­tembre 2013, qui ont eu lieu au Congrès mon­dial des reli­gions de la ville et aux­quelles par­ti­ci­pait le Cardinal Tauran, celles orga­ni­sées à Assise à quatre reprises de 1986 à 2011, ou dans d’autres villes du monde en sont quelques exemples.

[3] Cardinal Joseph Ratzinger, « Conférence lors du congrès du 25 au 27 février 2000 sur l’ec­clé­sio­lo­gie de la consti­tu­tion conci­liaire Lumen gen­tium », dans Documentation Catholique n°2223 du 2 avril 2000, p. 310.

[4] Cardinal Kasper, confé­rence à l’oc­ca­sion du 40e anni­ver­saire de la pro­mul­ga­tion du décret conci­liaire Unitatis redin­te­gra­tio (Rocca di Papa, 11–13 novembre 2004).

[5] « L’événement d’Assise peut ain­si être consi­dé­ré comme une illus­tra­tion visible, une leçon de choses, une caté­chèse intel­li­gible à tous de ce que pré­sup­pose et signi­fie l’engagement œcu­mé­nique et pour le dia­logue inter­re­li­gieux recom­man­dé et pro­mu par le Concile Vatican II. » Jean Paul II, Discours aux Cardinaux et à la Curie romaine, du 22 décembre 1986, §7.

[6] « Notification de la Congrégation pour la doc­trine de la foi du 11 mars 1985 à pro­pos du livre Église : cha­risme et pou­voir du Père Leonardo Boff » dans Documentation Catholique n°1895 du 5 mai 1985, pp. 484–486 ; « Conférence lors du congrès du 25 au 27 février 2000 sur l’ec­clé­sio­lo­gie de la consti­tu­tion conci­liaire Lumen gen­tium », in Documentation Catholique n°2223 du 2 avril 2000, p. 310 ; décla­ra­tion Dominus Jesus, sur l’u­ni­ci­té et l’u­ni­ver­sa­li­té sal­vi­fique de Jésus-​Christ et de l’Église, 6 août 2000. A ces textes on peut ajou­ter sous le pon­ti­fi­cat de Benoît XVI la « Réponse de la Sacrée congré­ga­tion pour la doc­trine de la foi, du 11 juillet 2007 », in Documentation Catholique, n°2385, du 5–19 août 2007, p. 717.

[7] Pasteur Wilhelm Schmidt, lettre écrite en alle­mand du 3 août 2000, adres­sée à l’ab­bé Matthias Gaudron, citée en extrait dans le numé­ro 49 de la revue Le Sel de la terre, été 2004, p. 40.

[8] Mgr Gérard Philips, L’Église et son mys­tère au deuxième Concile du Vatican, Desclée, 1967.

[9] Abbé Jean-​Michel Gleize, Session d’ec­clé­sio­lo­gie, docu­ment dac­ty­lo­gra­phié, 2010, p. 18.

[10] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Mysterium Ecclesiæ, n. 1, dans AAS 65 (1973) 396–408.

[11] Cf. Concile œcu­mé­nique Vatican II, décret Unitatis redin­te­gra­tio, nn. 14 et 15 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lettre Communionis notio, n. 17, dans AAS 85 (1993) 838–850.

[12] Cf. Concile œcu­mé­nique Vatican I, Constitution dog­ma­tique Pastor aeter­nus, dans Heinrich Denzinger, Symboles et défi­ni­tions de la foi catho­lique, Cerf, Paris, 2001, n° 3053–3064 ; Concile œcu­mé­nique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen gen­tium, n. 22.

[13] Cf. Congrégation pour la doc­trine de la foi, Déclaration Mysterium Ecclesiae, n. 1.1, dans AAS 65 [1973] 397 ; Déclaration Dominus Iesus, n. 16.3 dans AAS 92 [2000-​II] 757–758 ; À pro­pos du livre ‘Église : cha­risme et pou­voir’ du P. Leonardo Boff, dans AAS 77 [1985] 758–759.

[14] Cf. Jean-​Paul II, Encyclique Ut unum sint, n. 11.3, dans AAS 87 [1995-​II] 928.

[15] Cf. Concile œcu­mé­nique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen gen­tium, n. 8.2.

[16] Cardinal Kasper, ibi­dem.

[17] Concile œcu­mé­nique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen Gentium, n. 8.2.

[18] Concile œcu­mé­nique Vatican II, Décret Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.4.

[19] Benoît XVI, col­loque romain (25–27 février 2000).

[20] Cardinal Kasper, ibi­dem.

[21] Abbé Jean-​Michel Gleize, Vatican II en débat, Courrier de Rome, 2012, p. 145.

[22] Abbé Jean-​Michel Gleize, La nou­velle ecclé­sio­lo­gie au fon­de­ment de l’œcuménisme, Courrier de Rome, n°339 (529), décembre 2010, p. 2.

[23] D’après l’ab­bé Gleize, ibi­dem.

[24] « Elle croit fer­me­ment, pro­fesse et prêche qu” » aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Eglise catho­lique, non seule­ment païens mais encore juifs ou héré­tiques et schis­ma­tiques ne peuvent deve­nir par­ti­ci­pants à la vie éter­nelle, mais iront » dans le feu éter­nel qui est pré­pa­ré par le diable et ses anges » Mt 25,41 à moins qu’a­vant la fin de leur vie ils ne lui aient été agré­gés ; elle pro­fesse aus­si que l’u­ni­té du corps de l’Eglise a un tel pou­voir que les sacre­ments de l’Eglise n’ont d’u­ti­li­té en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la pié­té et exer­cices de la milice chré­tienne enfantent les récom­penses éter­nelles, et que » per­sonne ne peut être sau­vé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeu­ré dans le sein et dans l’u­ni­té de l’Eglise catho­lique. » » Bulle sur l’u­nion avec les coptes et les Ethiopiens, Cantate Domino, 4 février 1442 (1441 selon le com­put de Florence) Décret pour les jaco­bites. DS 1351. Voir aus­si la Réponse du Saint-​Office à divers Ordinaires des lieux, 17 mai 1916 sur les der­niers sacre­ments pour les schis­ma­tiques, DS 3635 et 3636 .

[25] St Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique, IIa IIae, q.5, art. 3, Des héré­tiques dans l’erreur sur un seul article de foi ont-​ils la foi sur les autres articles ?

[26] Pie XI, Mortalium ani­mos, 6 jan­vier 1928.

[27] Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943, dans L’Eglise, volume II, col­lec­tion « Les ensei­gne­ments pon­ti­fi­caux » par les moines de Solesmes, Desclée, n°1104.

[28] Lettre de la Sacrée congré­ga­tion du Saint-​Office, du 8 août 1949, adres­sée à l’ar­che­vêque de Boston, dans L’Eglise, volume II, col­lec­tion « Les ensei­gne­ments pon­ti­fi­caux » par les moines de Solesmes, Desclée, n°1261. Voir aus­si Pie XII, Heinrich DENZINGER, Symboles et défi­ni­tions de la foi catho­lique, Cerf, Paris, 2001, n° 3821.

[29] On retrouve cette idée expri­mée plus loin dans Lumen gen­tium § 9, dans le cha­pitre 2 sur l’Église Peuple de Dieu : « Aussi ce peuple mes­sia­nique, bien qu’il ne com­prenne pas en fait tous les hommes, et que plus d’une fois il appa­raisse comme un petit trou­peau, est cepen­dant pour tout le genre humain un germe très puis­sant d’u­ni­té, d’es­pé­rance et de salut ».

[30] Cf. le dis­cours du Pape Jean-​Paul II aux Cardinaux et à la Curie romaine du 22 décembre 1986.

[31] « Réponse de la Sacrée congré­ga­tion pour la doc­trine de la foi » du 29 juin 2007, dans Documentation catho­lique n° 2385 (5–19 août 2007), p. 719.

[32] Abbé Jean-​Michel Gleize, Vatican II en débat, Courrier de Rome, 2012, p. 119.