L’évêque de Toulouse interdit à ses séminaristes de porter la soutane

Mgr Guy de Kerimel

Décidément, il semble que Léon Gambetta soit deve­nu le maître à pen­ser d’une par­tie de la hié­rar­chie catho­lique, et d’une bonne par­tie du cler­gé fran­çais, car la lettre adres­sée par Mgr Guy de Kerimel, arche­vêque de Toulouse, aux sémi­na­ristes du dio­cèse pour­rait por­ter comme titre : « Le clé­ri­ca­lisme, voi­là l’ennemi ! »

Cette apos­trophe lan­cée aux dépu­tés de la droite monar­chiste, visait l’Eglise catho­lique. L’archevêque de Toulouse ne démen­ti­rait pas cette devise, du moins, c’est ce que sa lettre laisse pen­ser et transparaître.

Il y explique aux sémi­na­ristes qu’il se ques­tionne « face à quelques-​uns d’entre vous en sou­tane et sur­plis » [durant une céré­mo­nie de confir­ma­tion], et, ajoute-​t-​il, « je ne sou­haite pas que les sémi­na­ristes s’affichent de manière trop cléricale ».

Car, « ces futurs clercs ins­tal­lés dans des stalles, loin des fidèles (sans être en ser­vice), don­naient une image très clé­ri­cale et pas ajus­tée à votre situa­tion de sémi­na­ristes qui res­tent des fidèles laïcs ». Techniquement, ou cano­ni­que­ment, selon le nou­veau Code de droit cano­nique, c’est vrai, puisque la clé­ri­ca­ture n’est aujourd’hui acquise qu’avec le diaconat.

Mais his­to­ri­que­ment, spi­ri­tuel­le­ment et selon la tra­di­tion de l’Eglise, les sémi­na­ristes sont consi­dé­rés comme devant se dévouer tota­le­ment au ser­vice de Dieu dès les pre­miers moments de leur for­ma­tion de sémi­na­riste. La clé­ri­ca­ture était d’ailleurs don­née par l’Eglise au cours de la céré­mo­nie de la ton­sure, qui se pra­tique encore avec l’autorisation de Rome.

Ce dévoue­ment et la sépa­ra­tion du monde qu’il implique, est spé­cia­le­ment mar­quée par l’habit clé­ri­cal, qui est la sou­tane depuis plu­sieurs siècles. Elle marque éga­le­ment le déta­che­ment de toutes choses et la consé­cra­tion à Dieu, tout comme l’habit reli­gieux et la ton­sure monacale.

Mais tout cela est dépas­sé et bon à jeter aux orties. Le futur prêtre doit sur­tout bien com­prendre que l’autorité liée au sacer­doce est du clé­ri­ca­lisme, c’est-à-dire un abus, et doit cher­cher à s’en pré­ser­ver comme d’une peste.

Vient ensuite l’injonction : « le port de la sou­tane n’est pas per­mis au sémi­naire ; c’est la loi en vigueur. Je demande donc que cette loi s’applique hors du sémi­naire dans le dio­cèse de Toulouse, y com­pris pour les diacres. »

Car pour Mgr de Kerimel, le port de sou­tane revient à « cher­cher à entrer dans un per­son­nage » ou bien encore à « affi­cher une iden­ti­té très mar­quée ». Certes, comme il le pré­cise ensuite : « le futur prêtre doit être iden­ti­fié et recon­nu par sa sain­te­té, son esprit de ser­vice et la qua­li­té de sa rela­tion pas­to­rale, avant tout ». Mais pour­quoi donc iden­ti­fier sou­tane et personnage ?

La sou­tane en effet, marque l’identité sacer­do­tale : c’est un habit qui exprime le renon­ce­ment et l’humilité, et qui per­met à celui qui le porte de se pré­ser­ver de la mon­da­ni­té et de la fami­lia­ri­té. En faire une sorte de paran­gon du clé­ri­ca­lisme, c’est insul­ter à tous les saints per­son­nages qui ont van­té cet habit, et qui l’ont por­té. Mais de cela, l’évêque de Toulouse n’a cure.

L’habit ne fait pas le moine, ni le clerc, ni le sémi­na­riste, mais il marque l’attachement et la consé­cra­tion à une voca­tion, et il rap­pelle constam­ment, au sémi­na­riste ou au prêtre, comme aux fidèles, la mis­sion d’édification et de sanc­ti­fi­ca­tion dont il est investi.

Citons M. Tronson dans le Traité des saint Ordres : « Le clerc revê­tu de la sou­tane noire exprime la dis­po­si­tion de son esprit, et le désir qu’il a de vivre humi­lié [= dans l’humilité] toute sa vie, et mor­ti­fié en tout lui-​même depuis les pieds jusqu’à la tête. » Cela, c’est l’esprit de l’Eglise, sou­vent rap­pe­lé par les papes, et rap­pe­lé dans le droit canon.

Le nou­veau le fait éga­le­ment – comme le sou­ligne Mgr de Kerimel – mais puisque la clé­ri­ca­ture ne com­mence qu’au dia­co­nat – il ne doit être por­té qu’après la récep­tion de cet ordre. Ce qui sou­ligne la désa­cra­li­sa­tion du sacer­doce – et par consé­quent de la socié­té – véhi­cu­lée par le nou­vel esprit post­con­ci­liaire. Que per­sonne ne s’étonne ensuite des conséquences.

Source : FSSPX.News