Au-​delà de l’imaginable

Ce qui s’est pas­sé juste avant l’ouverture du synode pour l’Amazonie dans les jar­dins du Vatican dépasse de très loin ce qu’on aurait pu ima­gi­ner il y a seule­ment 10 ans. Le 4 octobre, sous les yeux du pape François et de car­di­naux, des indiens ont pro­cé­dé à un rituel qui serait, d’après l’agence Catholic news agen­cy, le Pago a la tier­ra (ce qu’on paye à la terre), c’est-à-dire une offrande tra­di­tion­nelle à la déesse Pachamama, la déesse-​Terre [1], pour obte­nir qu’elle soit féconde. Les indi­gènes, accom­pa­gnés d’un frère fran­cis­cain, ont chan­té et dan­sé autour d’une toile sur laquelle étaient posés divers objets et notam­ment deux sta­tues de femmes nues et enceintes, qui sym­bo­lisent la déesse-​Terre, puis se sont pros­ter­nés devant elles. Le 7 octobre, une sta­tue de la déesse-​Terre fai­sait solen­nel­le­ment son entrée en pro­ces­sion dans la Basilique Saint Pierre de Rome, por­tée par des évêques et des indiens.

Comment a‑t-​on pu en arriver là ?

Il faut prendre la peine de lire l’Instrumentum labo­ris, ce docu­ment qui est ni plus ni moins la feuille de route du synode. On y pro­fesse à mots à peine cou­verts la doc­trine pan­théiste (du grec pan : toute chose, et théos : Dieu). Qu’est-ce que le pan­théisme ? Une doc­trine mul­ti­forme et très ancienne, pré­sente dans de nom­breuses reli­gions païennes, selon laquelle Dieu et l’univers ne font qu’un. Il n’y a donc plus de dis­tinc­tion entre Dieu et sa Création : tout est par­celle de divin, éma­na­tion divine. Or plu­sieurs pas­sages de la feuille de route font une allu­sion très nette à cette doc­trine, effec­ti­ve­ment pré­sente dans le paga­nisme ama­zo­nien depuis fort long­temps [2]. On apprend par exemple qu’ « il s’agit de vivre en « har­mo­nie avec soi-​même, avec la nature, avec les êtres humains et avec l’être suprême, car il existe une inter­re­la­tion entre tous les élé­ments du cos­mos… » (n°12) ; que, aux dires des autoch­tones de Guaviare, « nous sommes-​faisons par­tie de la nature car nous sommes eau, air, terre et vie de l’environnement créé par Dieu. » (n°17) ; mais aus­si qu’ « Il faut com­prendre ce que l’Esprit du Seigneur a ensei­gné à ces peuples tout au long des siècles : la foi en Dieu Père-​Mère Créateur, le sens de la com­mu­nion et de l’harmonie avec la terre (…) » (n°121). « Cette vision du monde se retrouve dans le “ man­tra ” de François : « Tout est lié » (n°25). Et la liste n’est pas exhaustive…

Il fau­drait donc accep­ter hum­ble­ment que l’Esprit Saint a ins­pi­ré tout au long des siècles aux indiens d’Amazonie la doc­trine pan­théiste, et emboî­ter désor­mais le pas à leurs cou­tumes et à leur culte pour réa­li­ser la conver­sion éco­lo­gique. D’ailleurs qui sait, peut-​être verra-​t-​on bien­tôt le rite de Paul VI se muer en rite de Pachamama, pour louer la Terre-​Mère ? Au train où vont les choses…
Il est sur­tout frap­pant de voir à quel point ces cita­tions du Synode sont en har­mo­nie avec la doc­trine du Nouvel-​Âge. Le Guide du Nouvel Âge par exemple (édi­tions de l’Âge du Verseau, Paris, 1990)déclare ceci : « La pla­nète a besoin d’une pro­fonde prise de conscience indi­vi­duelle. Le mou­ve­ment Nouvel Âge qui pense la terre – Gaïa – comme un orga­nisme vivant, peut faire beau­coup pour la conscience éco­lo­gique. » (p. 37) De fait le paral­lèle avec le mou­ve­ment du Nouvel-​Âge est évident. Il y a donc fort à parier que l’Instrumentum labo­ris et le synode lui-​même ne soient qu’un che­val de Troie des­ti­né à faire pro­gres­ser les idées du Nouvel-​Âge dans les esprits catholiques.

La voix de la Tradition

Malheureusement pour les rédac­teurs de l’Instrumentum labo­ris, Pie IX a condam­né depuis long­temps dans le Syllabus la doc­trine pan­théiste. Voici la pro­po­si­tion condam­née n°1 :

« Il n’existe aucun Être divin, suprême, par­fait dans sa sagesse et sa pro­vi­dence, qui soit dis­tinct de l’univers, et Dieu est iden­tique à la nature des choses, et par consé­quent assu­jet­ti aux chan­ge­ments ; Dieu, par cela même, se fait dans l’homme et dans le monde, et tous les êtres sont Dieu et ont la propre sub­stance de Dieu. (…) » 

Que cela plaise au monde ou pas, la véri­té est que le pan­théisme est une erreur gra­vis­sime. Que les auto­ri­tés de l’Eglise com­mencent à la pro­pa­ger est tout sim­ple­ment insoutenable.

Jamais peut-​être ces paroles de Mgr Lefebvre n’ont réson­né avec plus d’actualité : « Il nous faut tenir, abso­lu­ment tenir, tenir envers et contre tout. (…) : Rome a per­du la foi, mes chers amis. Rome est dans l’a­po­sta­sie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. C’est la véri­té. » [3].

Abbé G. Scarcella

Source : La Porte Latine du 16 octobre 2019

Notes de bas de page

  1. Un compte-​rendu com­plet de cette « céré­mo­nie » et une longue vidéo se trouve sur le site offi­ciel du vati­can : https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2019–10/fete-de-saint-francois.html
    Par ailleurs l’article « Pachamama » de Wikipédia donne des ren­sei­gne­ments utiles sur cette idole et son culte.[]
  2. Les cita­tions sont tirées de la tra­duc­tion offi­cielle du site http://www.sinodoamazonico.va[]
  3. Conférence aux prêtres du 4 sep­tembre 1987. http://laportelatine.org/vatican/sanctions_indults_discussions/premieres_discussions_jeanPaulII/04_09_1987_conference_lefebvre_pretres_fsspx.php[]