1969–2019 : le Bref Examen Critique

Cela fera tout juste cin­quante ans – le pre­mier dimanche de l’Avent exac­te­ment – que le novus ordo mis­sae com­men­çait à être impo­sé à tous les catho­liques du monde entier. Dès que les textes offi­ciels de cette nou­velle messe sont pré­sen­tés en salle de presse le 2 mai 1969, l’opposition se mobi­lise et pré­pare une réac­tion. Vittoria Guerrini, ins­pi­ra­trice de l’association Una voce Roma, accom­pa­gnée d’une amie qui a, comme elle, ses entrées chez le car­di­nal Ottaviani, vient trou­ver Mgr Lefebvre. Ensemble ils conviennent de pré­pa­rer un docu­ment, qui serait pré­sen­té au car­di­nal, secré­taire du Saint-​Office de 1959 à 1968, lequel en révi­se­rait le texte et le remet­trait au pape. Sous l’autorité morale de Mgr Lefebvre, plu­sieurs ecclé­sias­tiques se retrouvent régu­liè­re­ment autour du père Guérard des Lauriers, domi­ni­cain ensei­gnant à l’université romaine du Latran pour tra­vailler au docu­ment. Le 13 sep­tembre, le car­di­nal Ottaviani finit par l’approuver et signa une lettre de requête, adres­sée au pape Paul VI. Il est rejoint le 28 sep­tembre par le car­di­nal Bacci. En vain on cher­cha d’autres signa­tures. Le temps pres­sant, la lettre, accom­pa­gnée du bref exa­men cri­tique, fut remise au pape le 21 octobre 1969.

L’intérêt de ce texte est mul­tiple : d’abord, il date de 1969 et se trouve donc anté­rieur à la fon­da­tion de la FSSPX, qui date du 1er novembre 1970. Ensuite, il étu­die le nou­veau mis­sel romain dans le texte ori­gi­nal en latin, les tra­duc­tions en langue ver­na­cu­laire n’ayant pas encore été publiées. De plus il est écrit et publié avant même que la nou­velle messe de 1969 ne soit mise en appli­ca­tion. Enfin, il est signé par deux car­di­naux. En par­ti­cu­lier l’autorité d’Ottaviani en matière doc­tri­nale est lar­ge­ment recon­nue. Tout cela donne à l’argumentation du bref exa­men cri­tique une force cer­taine et une por­tée consi­dé­rable : anté­rieur à la fon­da­tion de la Fraternité, on ne peut lui repro­cher d’être une ana­lyse par­ti­sane, liée à son his­toire ; étu­diant le seul texte latin, il laisse de côté les pro­blèmes liés aux tra­duc­tions erro­nées de cer­taines confé­rences épis­co­pales ; consi­dé­rant le rite, tel qu’il est pres­crit par les livres litur­giques, il ne tient pas compte non plus des abus objec­ti­ve­ment avé­rés, dont le novus ordo mis­sae ne cesse d’être l’objet. L’analyse va donc au fond des choses : elle résiste à tous ceux, qui ne voient le pro­blème de la messe actuelle, que dans les ministres qui la célèbrent ou chez les fidèles, qui y par­ti­cipent ; elle laisse sans voix ceux qui pro­meuvent une célé­bra­tion du rite de Paul VI en latin dans la plus grande fidé­li­té aux rubriques de ce nou­veau missel.

L’analyse est donc pro­fonde, et pour cause : elle est essen­tiel­le­ment théo­lo­gique. La thèse du docu­ment est ain­si résu­mée par le car­di­nal Ottaviani, dans la sup­plique qui l’accompagne : le nou­vel ordo­missæ, « s’éloigne de façon impres­sionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théo­lo­gie catho­lique de la sainte messe, telle qu’elle a été for­mu­lée à la XXe ses­sion du concile de Trente ». Toute cette étude s’attache en effet à mon­trer que les dif­fé­rents rites intro­duits – prières et gestes – n’expriment pas de manière adé­quate ce que l’Eglise croit et enseigne sur la sainte messe. Le lan­gage sobre et pré­cis, voire tech­nique, qui rend la lec­ture de ce texte par­fois dif­fi­cile est cela même qui fait la soli­di­té de son argu­men­ta­tion. Il n’y a sans doute pas eu, en cin­quante ans, de meilleure ana­lyse que celle-ci.

Le Bref exa­men cri­tique n’est pas res­té sans réponse : le pape demande au car­di­nal Seper, suc­ces­seur du car­di­nal Ottaviani au Saint-​Office, « un sévère exa­men des cri­tiques sou­le­vées ». Ce der­nier demande même le 25 octobre de sus­pendre la publi­ca­tion défi­ni­tive de la nou­velle messe « avant que la Sacrée Congrégation pour la doc­trine de la foi juge si les cri­tiques en ques­tion exigent une révi­sion de ces textes litur­giques impor­tants ». Mais avant même que ladite congré­ga­tion ne rende son ver­dict le 12 novembre, la secré­tai­re­rie d’Etat ordonne que soit publiée l’instruction annon­çant une ins­tau­ra­tion pro­gres­sive de la nou­velle messe. Le juge­ment du 12 novembre, selon lequel « l’opuscule Bref exa­men contient beau­coup d’affirmations super­fi­cielles, exa­gé­rées, inexactes, pas­sion­nées et fausses » appa­raît comme la jus­ti­fi­ca­tion a pos­te­rio­ri d’un coup de force…

Les articles qui suivent ont pour objec­tif de mettre à la por­tée de tous cette ana­lyse, qui mérite aujourd’hui encore d’être connue, puisqu’elle expose la rai­son pro­fonde, qui jus­ti­fie notre refus de la messe de Paul VI. Les trois par­ties de la messe – offer­toire, canon, com­mu­nion – sont suc­ces­si­ve­ment étudiées.

Abbé Louis-​Marie Berthe

Source : Apostol