Le Bref examen critique du nouvel Ordo Missae

Le 3 sep­tembre 1969, deux car­di­naux de pre­mier plan, Alfredo Ottaviani et Antonio Bacci, adres­saient au pape Paul VI ce bref exa­men cri­tique au sujet des graves dévia­tions du nou­veau rite de la messe pro­mul­gué par la Consitution Missale Romanum le 3 avril 1969, aus­si appe­lée « Messe de Paul VI ». Ce nou­veau rite, alertent-​t-​ils en termes forts, « s’é­loigne de façon impres­sion­nante, dans l’en­semble comme dans le détail, de la théo­lo­gie catho­lique de la Sainte Messe ».

Préface : Lettre à Paul VI des cardinaux Ottaviani et Bacci

Très Saint Père,

Après avoir exa­mi­né et fait exa­mi­ner le Nouvel Ordo Missæ pré­pa­ré par les experts du « Comité pour l’ap­pli­ca­tion de la Constitution sur la litur­gie », après avoir lon­gue­ment réflé­chi et prié, nous sen­tons le devoir, devant Dieu et devant Votre Sainteté, d’ex­pri­mer les consi­dé­ra­tions suivantes :

1. Comme le prouve suf­fi­sam­ment l’exa­men cri­tique ci-​joint, si bref soit-​il, oeuvre d’un groupe choi­si de théo­lo­giens, de litur­gistes et de pas­teurs d’âmes, le Nouvel Ordo Missæ si l’on consi­dère les élé­ments nou­veaux, sus­cep­tibles d’ap­pré­cia­tions fort diverses, qui y paraissent sous-​entendus ou impli­qués, s’é­loigne de façon impres­sion­nante, dans l’en­semble comme dans le détail, de la théo­lo­gie catho­lique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été for­mu­lée à la XXIIe ses­sion du Concile de Trente, lequel, en fixant défi­ni­ti­ve­ment les « canons » du rite, éle­va une bar­rière infran­chis­sable contre toute héré­sie qui pour­rait por­ter atteinte à l’in­té­gri­té du Mystère.

2. Les rai­sons pas­to­rales avan­cées pour jus­ti­fier une si grave rup­ture, même si elles avaient le droit de sub­sis­ter en face de rai­sons doc­tri­nales, ne semblent pas suf­fi­santes. Tant de nou­veau­tés appa­raissent dans le Nouvel Ordo Missæ, et en revanche tant de choses éter­nelles s’y trouvent relé­guées à une place mineure ou à une autre place, – si même elles y trouvent encore une place, – que pour­rait se trou­ver ren­for­cé et chan­gé en cer­ti­tude le doute, qui mal­heu­reu­se­ment s’in­si­nue dans de nom­breux milieux, selon lequel des véri­tés tou­jours crues par le peuple chré­tien pour­raient chan­ger ou être pas­sées sous silence sans qu’il y ait infi­dé­li­té au dépôt sacré de la doc­trine auquel la foi catho­lique est liée pour l’é­ter­ni­té. Les récentes réformes ont suf­fi­sam­ment démon­tré que de nou­veaux chan­ge­ments dans la litur­gie ne pour­ront pas se faire sans conduire au désar­roi le plus total des fidèles qui déjà mani­festent qu’ils leur sont insup­por­tables et dimi­nuent incon­tes­ta­ble­ment leur foi. Dans la meilleure part du cler­gé cela se marque par une crise de conscience tor­tu­rante dont nous avons des témoi­gnages innom­brables et quotidiens.

3. Nous sommes assu­rés que ces consi­dé­ra­tions, direc­te­ment ins­pi­rées de ce que nous enten­dons par la voix vibrante des pas­teurs et du trou­peau, devront trou­ver un écho dans le cœur pater­nel de Votre Sainteté, tou­jours si pro­fon­dé­ment sou­cieux des besoins spi­ri­tuels des fils de l’Eglise. Toujours les sujets, pour le bien des­quels est faite la loi, ont eu le droit et plus que le droit, le devoir, si la loi se révèle tout au contraire nocive, de deman­der au légis­la­teur, avec une confiance filiale, son abrogation.

C’est pour­quoi nous sup­plions ins­tam­ment Votre Sainteté de ne pas vou­loir que – dans un moment où la pure­té de la foi et l’u­ni­té de l’Eglise souffrent de si cruelles lacé­ra­tions et des périls tou­jours plus grands, qui trouvent chaque jour un écho affli­gé dans les paroles du Père com­mun – nous soit enle­vée la pos­si­bi­li­té de conti­nuer à recou­rir à l’in­tègre et fécond Missel romain de saint Pie V, si hau­te­ment loué par Votre Sainteté et si pro­fon­dé­ment véné­ré et aimé du monde catho­lique tout entier.

Cardinal Ottaviani

Cardinal Bacci

Bref examen critique

Le Synode épis­co­pal convo­qué à Rome au mois d’oc­tobre 1967 eut à pro­non­cer un juge­ment sur la célé­bra­tion expé­ri­men­tale d’une messe dite « messe nor­ma­tive ». Cette messe avait été éla­bo­rée par le Consilium ad exe­quen­dam Constitutionem de Sacra Liturgia (Comité pour l’ap­pli­ca­tion de la Constitution conci­liaire sur la liturgie).

Une telle messe pro­vo­qua la plus grave per­plexi­té par­mi les membres du Synode : une vive oppo­si­tion (43 non pla­cet), de nom­breuses et sub­stan­tielles réserves (62 jux­ta modum) et 4 abs­ten­tions, sur un total de 187 votants.

La presse inter­na­tio­nale d’in­for­ma­tion par­la d’un « refus » du Synode. La presse de ten­dance nova­trice pas­sa l’é­vé­ne­ment sous silence. Un pério­dique connu, des­ti­né aux évêques et expri­mant leur ensei­gne­ment, résu­ma le nou­veau rite en ces termes :

« On veut faire table rase de toute la théo­lo­gie de la Messe. En sub­stance, on se rap­proche de la théo­lo­gie pro­tes­tante qui a détruit le sacri­fice de la Messe »

Dans le Nouvel Ordo Missæ pro­mul­gué par la Constitution apos­to­lique Missale roma­num du 3 avril 1969, en retrouve iden­tique dans sa sub­stance, la « messe nor­ma­tive ». Il ne semble pas que, dans l’in­ter­valle, les Conférences épis­co­pales en tant que telles aient été consul­tées à ce sujet.

La Constitution apos­to­lique Missale roma­num affirme que l’an­cien Missel pro­mul­gué par saint Pie V (Bulle Quo Primum, 19 juillet 1570), – mais qui remonte en grande par­tie à Grégoire le Grand et même à une anti­qui­té encore plus haute – fut pen­dant quatre siècles la norme de la célé­bra­tion du Sacrifice pour les prêtres de rite latin. La Constitution apos­to­lique Missale roma­num ajoute que dans ce Missel, répan­du par toute la terre, « d’in­nom­brables saints trou­vèrent la nour­ri­ture sur­abon­dante de leur pié­té envers Dieu ».

Et pour­tant la réforme qui veut mettre ce Missel défi­ni­ti­ve­ment hors d’u­sage aurait été ren­due néces­saire, selon la même Constitution, « à par­tir du moment où com­men­ça à se répandre davan­tage dans le peuple chré­tien et à s’af­fer­mir le goût d’une culture litur­gique dont il conve­nait de sou­te­nir la ferveur ».

Cette der­nière affir­ma­tion ren­ferme, de toute évi­dence, une grave équivoque.

Si en effet le peuple chré­tien expri­ma son désir, ce fut quand – prin­ci­pa­le­ment sous l’im­pul­sion de saint Pie X il se mit à décou­vrir les tré­sors authen­tiques et immor­tels de sa litur­gie. Jamais, abso­lu­ment jamais, le peuple chré­tien n’a deman­dé que, pour la faire mieux com­prendre, on change ou on mutile la litur­gie. Ce qu’il demande à mieux com­prendre, c’est l’u­nique, c’est l’im­muable litur­gie, que jamais il n’au­rait vou­lu voir changer.

Le Missel romain de saint Pie V était très cher au cœur des catho­liques qui, prêtres et laïcs le véné­raient reli­gieu­se­ment. On ne voit pas en quoi l’u­sage de ce Missel, accom­pa­gné d’une ini­tia­tion appro­priée, pour­rait faire obs­tacle à une plus grande par­ti­ci­pa­tion et à une meilleure connais­sance de la litur­gie sacrée ; on ne voit pas pour­quoi, tout en lui recon­nais­sant de si grands mérites, comme fait la Constitution Missale roma­num, on ne l’a plus esti­mé capable de conti­nuer à nour­rir la pié­té litur­gique du peuple chrétien.

Ainsi donc, le Synode épis­co­pal avait refu­sé cette « messe nor­ma­tive » qui est aujourd’­hui reprise en sub­stance et impo­sée par le Nouvel Ordo Missæ. Celui-​ci n’a jamais été sou­mis au juge­ment col­lé­gial des Conférences épis­co­pales. Jamais le peuple chré­tien (et sur­tout pas dans les mis­sions) n’a vou­lu une quel­conque réforme de la Sainte Messe. On ne par­vient donc pas à dis­cer­ner les motifs de la nou­velle légis­la­tion qui ruine une tra­di­tion dont la Constitution Missale roma­num elle-​même recon­naît qu’elle est inchan­gée depuis le IVe ou le Ve siècle.

Par consé­quent, les motifs d’une telle réforme n’exis­tant pas, la réforme elle-​même appa­raît dépour­vue du fon­de­ment rai­son­nable qui, en la jus­ti­fiant, la ren­drait accep­table au peuple catholique.

Le Concile avait bien expri­mé, au numé­ro 50 de sa Constitution sur la litur­gie, le désir que les dif­fé­rentes par­ties de la Messe fussent réor­don­nées « de telle sorte que la rai­son propre de cha­cune de ses par­ties ain­si que leurs connexions mutuelles appa­raissent plus clai­re­ment. » Nous allons voir com­ment le Nouvel Ordo Missæ répond à ces vœux, dont nous pou­vons dire qu’il ne reste, en fait, aucun souvenir.

L’examen détaillé du Nouvel Ordo Missæ révèle des chan­ge­ments d’une telle por­tée qu’ils jus­ti­fient sur lui le même juge­ment que sur la « messe normative ».

Le Nouvel Ordo Missæ comme la « messe nor­ma­tive », est fait pour conten­ter sur bien des points les plus moder­nistes des protestants.

II – Définition de la messe

Commençons par la défi­ni­tion de la messe

Elle est don­née au numé­ro 7 du second cha­pitre de l’Institutio gene­ra­lis.

Ce cha­pitre est inti­tu­lé : « La struc­ture de la Messe ».

Voici cette définition :

« La Cène domi­ni­cale est la synaxe sacrée ou le ras­sem­ble­ment du peuple de Dieu se réunis­sant sous la pré­si­dence du prêtre pour célé­brer le mémo­rial du Seigneur. C’est pour­quoi vaut émi­nem­ment pour l’as­sem­blée locale de la sainte Eglise la pro­messe du Christ : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mat., XVIII, 20). »

La défi­ni­tion de la Messe est donc réduite à celle d’une « cène » : et cela réap­pa­raît conti­nuel­le­ment (aux numé­ros 8, 48, 55, 56 de l’Institutio gene­ra­lis).

Cette « cène » est en outre carac­té­ri­sée comme étant celle de l’as­sem­blée pré­si­dée par le prêtre ; celle de l’assemblée réunie afin de réa­li­ser « le mémo­rial du Seigneur », qui rap­pelle ce qu’il fit le Jeudi-saint.

Tout cela n’im­plique ni la Présence réelle, ni la réa­li­té du Sacrifice, ni le carac­tère sacra­men­tel du prêtre qui consacre, ni la valeur intrin­sèque du Sacrifice eucha­ris­tique indé­pen­dam­ment de la pré­sence de l’assemblée.

En un mot, cette nou­velle défi­ni­tion ne contient aucune des don­nées dog­ma­tiques qui sont essen­tielles à la Messe et qui en consti­tuent la véri­table défi­ni­tion. L’omission, en un tel endroit, de ces don­nées dog­ma­tiques, ne peut être que volontaire.

Une telle omis­sion volon­taire signi­fie leur « dépas­se­ment » et au moins en pra­tique, leur négation.

Dans la seconde par­tie de la nou­velle défi­ni­tion, on aggrave encore l’é­qui­voque. On y affirme en effet que l’as­sem­blée en laquelle consiste la Messe réa­lise « émi­nem­ment » la pro­messe du Christ : « Là où deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

Or cette pro­messe concerne for­mel­le­ment la pré­sence spi­ri­tuelle du Christ en ver­tu de la grâce.

En sorte que l’en­chaî­ne­ment et la suite des idées, dans le numé­ro 7 de l’Institutio gene­ra­lis, induit à pen­ser que cette pré­sence spi­ri­tuelle du Christ, à l’in­ten­si­té près, est qua­li­ta­ti­ve­ment homo­gène à la pré­sence sub­stan­tielle propre au sacre­ment de l’Eucharistie.

La nou­velle défi­ni­tion du numé­ro 7 est immé­dia­te­ment sui­vie, au numé­ro 8, par la divi­sion de la Messe en deux parties :

  • litur­gie de la parole
  • litur­gie eucharistique.

Cette divi­sion est accom­pa­gnée par l’af­fir­ma­tion que la Messe com­porte la préparation :

  • de la « table de la parole de Dieu »,
  • de la « table du Corps du Christ », afin que les fidèles soient « ensei­gnés et restaurés ».

Il y a là une assi­mi­la­tion des deux par­ties de la litur­gie, comme s’il s’a­gis­sait de deux signes d’é­gale valeur sym­bo­lique. Assimilation qui est abso­lu­ment illé­gi­time. Nous y revien­drons plus loin.

L’Institutio gene­ra­lis, qui consti­tue l’in­tro­duc­tion du Nouvel Ordo Missæ, emploie pour dési­gner la Messe des expres­sions nom­breuses qui seraient toutes accep­tables rela­ti­ve­ment. Elles sont toutes à reje­ter si on les emploie comme elles le sont – sépa­ré­ment et dans l’ab­so­lu cha­cune acquer­rant une por­tée abso­lue du fait qu’elle est employée séparément.

En voi­ci quelques-unes :

  • « action du Christ et du peuple de Dieu »
  • « Cène du Seigneur »
  • « repas pascal »
  • « par­ti­ci­pa­tion com­mune à la table du Seigneur »
  • « prière eucharistique »
  • « litur­gie de la parole et litur­gie eucha­ris­tique », etc…

Il est mani­feste que les auteurs du Nouvel Ordo Missæ, ont mis l’ac­cent, de façon obses­sion­nelle, sur la cène et sur la mémoire qui en est faite, et non pas sur le renou­vel­le­ment (non san­glant) du sacri­fice de la Croix.

On doit même obser­ver que la for­mule : « Mémorial de la Passion et de la Résurrection du Seigneur » n’est pas exacte. La Messe se réfère for­mel­le­ment au seul Sacrifice, qui est, en soi, rédemp­teur ; la Résurrection en est le fruit. – Nous ver­rons plus loin avec quelle cohé­rence sys­té­ma­tique, dans la for­mule consé­cra­toire elle-​même et en géné­ral dans tout le Nouvel Ordo, les mêmes équi­voques sont renou­ve­lées et répé­tées avec insistance.

III – Finalités de la messe

Venons-​en main­te­nant aux fina­li­tés de la messe : à savoir sa fina­li­té ultime, sa fina­li­té pro­chaine et sa fina­li­té immanente.

1. Finalité ultime

La fin ultime de la Messe consiste en ce quel sacri­fice de louange à la Très Sainte Trinité, confor­mé­ment à l’in­ten­tion pri­mor­diale de l’Incarnation décla­rée par le Christ Lui-​même : « Entrant dans le monde il dit : Tu n’as vou­lu ni vic­time ni obla­tion, mais tu m’as for­mé un, corps » (Ps. 40, 7–9 ; Heb., X, 5).

Cette fina­li­té ultime et essen­tielle, le Nouvel Ordo Missæ la fait disparaître :

  • pre­miè­re­ment, de l’Offertoire, où ne figure plus la prière Suscipe Sancta Trinitas (ou Suscipe Pater) ;
  • deuxiè­me­ment, de la conclu­sion de la Messe ne com­porte plus le Placeat tibi Sancta Trinitas
  • troi­siè­me­ment, de la Préface : puisque la de la Sainte Trinité ne sera plus pro­non­cé qu’une fois l’an.

2. Finalité prochaine

La fin pro­chaine de la Messe consiste en ce qu’elle est un sacri­fice pro­pi­tia­toire.

Cette fina­li­té est com­pro­mise elle aus­si : alors que la Messe opère la rémis­sion des péchés, tant pour les vivants que pour les morts, le Nouvel Ordo met l’ac­cent sur la nour­ri­ture et la sanc­ti­fi­ca­tion des membres pré­sents de l’assemblée.

Le Christ ins­ti­tua le Sacrement pen­dant la der­nière Cène et se mit alors en état de vic­time pour nous unir à son état de vic­time ; c’est pour­quoi cette immo­la­tion pré­cède la man­du­ca­tion et ren­ferme plé­niè­re­ment la valeur rédemp­trice qui pro­vient du Sacrifice san­glant. La preuve en est que l’on peut assis­ter à la Messe sans com­mu­nier sacramentellement.

3. Finalité immanente

La fin imma­nente de la Messe consiste en ce qu’elle est pri­mor­dia­le­ment un Sacrifice.

Or il est essen­tiel au Sacrifice, quelle qu’en soit la nature, d’être agréé de Dieu, c’est-​à-​dire d’être accep­té comme sacrifice.

Dans l’é­tat de péché ori­gi­nel, aucun sacri­fice ne serait, en droit, accep­table par Dieu. Le seul sacri­fice qui puisse et doive en droit être accep­té est celui du Christ. Aussi était-​ce émi­nente conve­nance que l’Offertoire réfé­rât d’emblée le Sacrifice de la Messe au Sacrifice du Christ.

Mais le Nouvel Ordo Missæ déna­ture l’of­frande en la dégra­dant. Il la fait consis­ter en une sorte d’é­change entre Dieu et l’homme : l’homme apporte le pain et Dieu le change en pain de vie ; l’homme apporte le vin, et Dieu en fait une bois­son spi­ri­tuelle : « Tu es béni, Seigneur Dieu de l’u­ni­vers, parce que de ta libé­ra­li­té nous avons reçu le pain (ou : le vin) que nous t’of­frons, fruit de la terre (ou : de la vigne) et du tra­vail de l’homme, d’où pro­vient pour nous le pain de vie (ou : la bois­son spirituelle) ».

Est-​il besoin de faire remar­quer que les expres­sions « pain de vie » (pan­is vitae ) et « bois­son spi­ri­tuelle » (potus spi­ri­tua­lis) sont abso­lu­ment indé­ter­mi­nées : elles peuvent signi­fier n’im­porte quoi. Nous retrou­vons ici la même équi­voque capi­tale que dans la défi­ni­tion de la Messe : dans la défi­ni­tion, réfé­rence à la pré­sence spi­ri­tuelle du Christ par­mi les siens ; ici, le pain et le vin sont chan­gés spi­ri­tuel­le­ment : on ne pré­cise plus qu’ils le sont sub­stan­tiel­le­ment. Dans la pré­pa­ra­tion des oblats, un sem­blable jeu d’é­qui­voques est réa­li­sé par la sup­pres­sion des deux admi­rables prières .

Deus qui huma­nae substantiae.

Offerimus tibi, Domine…

La pre­mière de ces deux prières déclare « Ô Dieu qui avez créé la nature humaine d’une manière admi­rable et qui d’une manière plus admi­rable encore l’a­vez réta­blie dans sa pre­mière digni­té. » C’est un rap­pel de l’an­tique condi­tion d’in­no­cence de l’homme et de sa condi­tion actuelle de rache­té par le sang du Christ ; c’est une réca­pi­tu­la­tion dis­crète et rapide de toute l’é­co­no­mie du sacri­fice depuis Adam jus­qu’au temps présent.

La seconde de ces deux prières, qui est la finale de l’Offertoire, s’ex­prime sur le mode pro­pi­tia­toire ; elle demande que le calice s’é­lève cum odore sua­vi­ta­tis en pré­sence de la Majesté divine dont on implore la clé­mence elle sou­ligne mer­veilleu­se­ment cette même éco­no­mie du sacrifice.

Ces deux prières sont sup­pri­mées dans le Nouvel Ordo Missæ.

Supprimer ain­si la réfé­rence per­ma­nente à Dieu qu’ex­pli­ci­tait la prière eucha­ris­tique, c’est sup­pri­mer toute dis­tinc­tion entre le sacri­fice qui pro­cède de Dieu et celui qui vient de l’homme.

Si l’on détruit ain­si la clef de voûte, on est bien for­cé de fabri­quer des écha­fau­dages de rem­pla­ce­ment : si l’on sup­prime les fina­li­tés véri­tables de la Messe, on est bien for­cé d’en inven­ter de fic­tives. Voici donc des gestes nou­veaux pour sou­li­gner l’u­nion entre le prêtre et les fidèles, et celle des fidèles entre eux ; voi­ci la super­po­si­tion, des­ti­née à s’ef­fon­drer dans le gro­tesque, des offrandes faites pour les pauvres et pour l’é­glise à l’of­frande de l’Hostie des­ti­né au Sacrifice.

Par cette confu­sion, la sin­gu­la­ri­té pri­mor­diale de l’Hostie des­ti­née au Sacrifice est effa­cée ; en sorte que la par­ti­ci­pa­tion à l’im­mo­la­tion de la Victime devien­dra une réunion de phi­lan­thropes ou un ban­quet de bienfaisance.

IV – L’essence du sacrifice

Considérons main­te­nant l’es­sence du sacri­fice dans le Nouvel Ordo Missæ.

Le mys­tère de la Croix n’est plus expri­mé de manière expli­cite. Il est dis­si­mu­lé à l’en­semble des fidèles. Cela résulte de mul­tiples dis­po­si­tifs dont voi­ci les principaux.

1. Le sens donné à la « prière eucharistique ».

Le numé­ro 54 (in fine) de l’Institutio déclare :

« Le sens de la prière eucha­ris­tique consiste en ce que toute l’as­sem­blée des fidèles s’u­nisse au Christ pour confes­ser les gran­deurs de Dieu et offrir le sacrifice. »

De quel sacri­fice s’agit-il ?

Qui est celui qui offre le sacrifice ?

Aucune réponse à ces questions.

Le même numé­ro 54 donne en com­men­çant une défi­ni­tion de la « prière eucharistique » :

« Voici que com­mence main­te­nant ce qui consti­tue le centre et le som­met de toute la célé­bra­tion, la Prière eucha­ris­tique, ou prière d’ac­tion de grâces et de sanctification ».

On le voit : les effets sont ain­si sub­sti­tués à la cause

De la cause, on ne dit pas un seul mot. La men­tion expli­cite de la fina­li­té ultime de la Messe, qui se trouve dans le Suspice que l’on a sup­pri­mé, n’est rem­pla­cée par­rien. Le chan­ge­ment de for­mule révèle le chan­ge­ment de doctrine.

2. L’oblitération du rôle joué par la présence réelle dans l’économie du sacrifice.

La rai­son pour laquelle le Sacrifice n’est plus men­tion­né expli­ci­te­ment est que l’on a sup­pri­mé le rôle cen­tral de la Présence réelle.

Ce rôle cen­tral est mis en une écla­tante lumière dans toute la litur­gie eucha­ris­tique du Missel romain de saint Pie V. Dans l’Institutio gene­ra­lis au contraire, la Présence réelle n’est men­tion­née qu’une seule fois, dans une note (note 63 au numé­ro 241), qui est l’u­nique cita­tion du Concile de Trente ! Cette men­tion se rap­porte d’ailleurs à la Présence réelle en tant que nour­ri­ture. Mais il n’y a nulle part aucune allu­sion à la Présence réelle et per­ma­nente du Christ avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité dans les espèces trans­sub­stan­tiées. Le mot lui-​même de trans­sub­stan­tia­tion ne figure nulle part.

La sup­pres­sion de l’in­vo­ca­tion à la Troisième Personne de la Sainte Trinité (Veni Sanctificator), pour qu’elle des­cende sur les oblats comme jadis elle des­cen­dit dans le sein de la Vierge pour y accom­plir le miracle de la Divine Présence, s’ins­crit dans ce sys­tème de néga­tions tacites, de dés­in­té­gra­tion en chaîne de la Présence réelle.

Enfin il est impos­sible de ne pas remar­quer l’a­bo­li­tion ou l’al­té­ra­tion des gestes par les­quels s’ex­prime spon­ta­né­ment la foi en la Présence réelle. Le Nouvel Ordo Missæ élimine :

  • les génu­flexions, dont le nombre est réduit à trois pour le prêtre célé­brant et à une seule (non sans excep­tions) pour l’as­sis­tance, au moment de la consécration ;
  • la puri­fi­ca­tion des doigts du prêtre au-​dessus du calice et dans le calice ;
  • la pré­ser­va­tion de tout contact pro­fane pour les doigts du prêtre après la consécration ;
  • la puri­fi­ca­tion des vases sacrés, qui peut être dif­fé­rée et faite hors du corporal ;
  • la pale pro­té­geant le calice ;
  • la dorure inté­rieure des vases sacrés ;
  • la consé­cra­tion de l’au­tel mobile ;
  • la pierre sacrée et les reliques dis­po­sées sur et dans l’au­tel lorsque celui-​ci est mobile, eu lors­qu’il se réduit à une simple table quand la célé­bra­tion ne se fait pas dans un lieu sacré (cette der­nière clause ins­taure en droit la pos­si­bi­li­té d” « eucha­ris­ties domes­tiques » dans les mai­sons particulières) ;
  • les trois nappes d’au­tel, réduites à une seule
  • l’ac­tion de grâces à genoux (rem­pla­cée par un gro­tesque remer­cie­ment du prêtre et des fidèles assis, abou­tis­se­ment de la com­mu­nion debout) ;
  • les pres­crip­tions concer­nant le cas où une Hostie consa­crée tombe à terre, réduites au numé­ro 239 à un « reve­ren­ter acci­pia­tur » presque sarcastique.

Toutes ces sup­pres­sions ne font qu’ac­cen­tuer de façon pro­vo­cante la répu­dia­tion impli­cite du dogme de la Présence réelle.

3. Le rôle assigné à l’autel principal.

L’autel est presque tou­jours dési­gné par le mot table

« L’autel ou table domi­ni­cale, qui est le centre de la litur­gie eucha­ris­tique » (cf. numé­ros 49 et 262). – On sti­pule que l’au­tel doit être sépa­ré des parois pour qu’on puisse en faire le tour et que la célé­bra­tion puisse se faire face au peuple (numé­ro 262). On pré­cise qu’il doit être au centre de l’as­sem­blée des fidèles, afin que l’at­ten­tion se porte spon­ta­né­ment sur lui (ibid). Mais la com­pa­rai­son du numé­ro 262 et du numé­ro 276 exclut net­te­ment que le Saint Sacrement puisse être conser­vé sur l’au­tel majeur. Cela consa­cre­ra une irré­pa­rable dicho­to­mie entre la Présence du Souverain Prêtre dans le prêtre célé­brant et cette même Présence réa­li­sée sacra­men­tel­le­ment. Auparavant, c’é­tait une unique présence.

Désormais, on recom­mande de conser­ver le Saint Sacrement à part, dans un lieu favo­rable à la dévo­tion pri­vée des fidèles, comme s’il s’a­gis­sait d’une relique. Ainsi, ce qui atti­re­ra immé­dia­te­ment le regard quand on entre­ra dans une église, ce ne sera plus le Tabernacle, mais une table dépouillée et nue. On oppose encore une fois pié­té litur­gique et pié­té pri­vée, on dresse autel contre autel.

On recom­mande avec insis­tance de dis­tri­buer à la com­mu­nion les hos­ties qui ont été consa­crées au cours de la même Messe, et même de consa­crer un pain de dimen­sions assez grandes pour que le prêtre puisse le par­ta­ger avec une par­tie au moins des fidèles : c’est tou­jours la même atti­tude mépri­sante envers le Tabernacle comme envers toute pié­té eucha­ris­tique en dehors de la Messe ; c’est une nou­velle et vio­lente atteinte à la foi en la Présence réelle tant que durent les Espèces consacrées.

4. Les formules de consécration

L’antique for­mule de la Consécration est une for­mule pro­pre­ment sacra­men­telle, du type inti­ma­tif et non du type nar­ra­tif.

En voi­ci trois preuves :

A) Le texte du récit de l’Ecriture n’y est pas repris à la lettre. L’insertion pau­li­nienne : « mys­te­rium fidei » est une confes­sion de foi immé­diate du prêtre dans le mys­tère réa­li­sé par le Christ dans l’Eglise au moyen de son sacer­doce hiérarchique.

B) Ponctuation et carac­tères typo­gra­phiques. Dans le Missel romain de saint Pie V, le texte litur­gique des paroles sacra­men­telles de la Consécration est ponc­tué et mis en évi­dence d’une manière propre.

Le HOC EST ENIM est en effet sépa­ré par un point à la ligne de la for­mule qui le pré­cède : « … man­du­cate ex hoc omnes ». Ce point à la ligne marque le pas­sage du mode nar­ra­tif au mode inti­ma­tif qui est propre à l’ac­tion sacramentelle.

Les paroles de la Consécration, dans le Missel romain, sont impri­mées en carac­tères typo­gra­phiques plus grands, au centre de la page ; sou­vent en une cou­leur différente.

Tout cela mani­feste que les paroles consé­cra­toires ont une valeur propre et par consé­quent auto­nome.

C) L’anamnèse du Canon romain se réfère au Christ en tant qu’il est opé­rant, et non pas seule­ment au sou­ve­nir du Christ ou de la Cène comme évé­ne­ment his­to­rique HAEC QUOTIESCUMQUE FECERITIS, IN MEI MEMORIAM FACIETIS en grec : EIS TÉN EMOU ANAMNESIN ; c’est-​à-​dire : « tour­nés vers ma mémoire ». Cette expres­sion n’in­vite pas sim­ple­ment à se res­sou­ve­nir du Christ ou de la Cène : c’est une invi­ta­tion à refaire ce qu’il fit, de la même manière qu’il le fit.

A cette for­mule tra­di­tion­nelle du Missel romain, le rite nou­veau sub­sti­tue une for­mule de saint Paul . « Hoc facite in meam com­me­mo­ra­tio­nem » qui sera pro­cla­mée quo­ti­dien­ne­ment en langues ver­na­cu­laires. Elle aura pour effet inévi­table, sur­tout dans ces condi­tions, de dépla­cer l’ac­cent, dans l’es­prit des audi­teurs, sur le sou­ve­nir du Christ. La « mémoire » du Christ se trou­ve­ra dési­gnée comme le terme de l’ac­tion eucha­ris­tique, alors qu’elle en est le prin­cipe. « Faire mémoire du Christ » ne sera plus qu’un but humai­ne­ment pour­sui­vi. A la place de l’ac­tion réelle, d’ordre sacra­men­tel, s’ins­tal­le­ra l’i­dée de « commémoration ».

Dans le Nouvel Ordo Missæ le mode nar­ra­tif (et non plus sacra­men­tel) est expli­ci­te­ment signi­fié dans la des­crip­tion orga­nique de la « prière eucha­ris­tique », au numé­ro 55, par la for­mule : « récit de l’ins­ti­tu­tion » ; et encore, au même endroit, par la défi­ni­tion de l’a­na­mnèse : « L’Eglise fait mémoire (memo­riam agit) de ce même Christ ».

La consé­quence de tout cela est d’in­si­nuer un chan­ge­ment du sens spé­ci­fique de la Consécration. Selon le Nouvel Ordo Missæ, les paroles de la Consécration seront désor­mais énon­cées par le prêtre comme une nar­ra­tion his­to­rique, et non plus comme affir­mant un Jugement caté­go­rique et inti­ma­tif pro­fé­ré par Celui en la Personne de qui le prêtre agit : HOC EST CORPUS MEUM et non Hoc est Corpus Christi.

Enfin, l’ac­cla­ma­tion dévo­lue à l’as­sis­tance aus­si­tôt après la Consécration : « Nous annon­çons ta mort, Seigneur… jus­qu’à ce que tu viennes », intro­duit, sous un dégui­se­ment escha­to­lo­gique, une ambi­guï­té sup­plé­men­taire sur la Présence réelle. On pro­clame en effet, sans solu­tion de conti­nui­té, l’at­tente de la venue du Christ à la fin des temps, juste au moment où Il est venu sur l’au­tel où il est sub­stan­tiel­le­ment pré­sent : comme si la venue véri­table était seule­ment à la fin des temps, et non point sur l’autel.

Cette ambi­guï­té est encore ren­for­cée dans la for­mule d’ac­cla­ma­tion facul­ta­tive pro­po­sée en Appendice (no 2) : « Chaque fois que nous man­geons ce pain et buvons ce calice, nous annon­çons ta mort, Seigneur, jus­qu’à ce que tu viennes ». L’ambiguïté atteint ici au paroxysme, d’une part entre l’im­mo­la­tion et la man­du­ca­tion, d’autre part entre la Présence réelle et le second avè­ne­ment du Christ.

V – L’accomplissement du sacrifice

Considérons enfin le Nouvel Ordo Missæ au point de vue de l’ac­com­plis­se­ment du sacrifice.

Les quatre élé­ments qui inter­viennent dans cet accom­plis­se­ment sont, par ordre : le Christ, le prêtre, l’Eglise, les fidèles.

1. Situation des fidèles dans le nouveau rite

Le Nouvel Ordo Missæ pré­sente le rôle des fidèles comme auto­nome, ce qui est mani­fes­te­ment faux. Cela com­mence dans la défi­ni­tion ini­tiale du numé­ro 7 : « La Messe est la synaxe sacrée ou le ras­sem­ble­ment du peuple de Dieu. » Cela conti­nue par la signi­fi­ca­tion que le numé­ro 28 attri­bue au salut que le prêtre adresse au peuple : « Le prêtre, par une salu­ta­tion, exprime à la com­mu­nau­té réunie la PRÉSENCE du Seigneur. Par cette salu­ta­tion et par la réponse du peuple est mani­fes­té le mys­tère de l’Eglise assem­blée ». Vraie pré­sence du Christ ? Oui, mais seule­ment spi­ri­tuelle. Mystère de l’Eglise ? Certes, mais seule­ment en tant qu’as­sem­blée mani­fes­tant ou sol­li­ci­tant cette pré­sence spirituelle.

Cela se retrouve conti­nuel­le­ment. C’est le carac­tère com­mu­nau­taire de la Messe qui revient constam­ment comme une obses­sion (numé­ros 74 à 152). C’est la dis­tinc­tion, inouïe jus­qu’à pré­sent, entre la Messe avec peuple (cum popu­lo) et la Messe sans peuple (sine popu­lo) (numéros 77 à 231). C’est la défi­ni­tion de la « prière uni­ver­selle, ou prière des fidèles » (numé­ro 45), où l’on sou­ligne encore une fois « le rôle sacer­do­tal du peuple » (popu­lus sui sacer­do­tii munus exer­cens) : ce sacer­doce est pré­sen­té en l’oc­cur­rence comme s’exer­çant de manière auto­nome, par l’o­mis­sion de sa subor­di­na­tion à celui du prêtre ; et alors que le prêtre, consa­cré comme média­teur, se fait l’in­ter­prète de toutes les inten­tions du peuple dans le Te igi­tur et dans les deux Memento.

Dans la « Prière eucha­ris­tique III » (Vere Sanctus, page 123 de l’Ordo Missæ), on va jus­qu’à dire au Seigneur : « Ne cesse pas de ras­sem­bler ton peuple POUR QUE (Ut) du lever du soleil à son cou­cher une obla­tion pure soit offerte en ton Nom ». Ce « pour que » (ut) donne à pen­ser que le peuple, plu­tôt que le prêtre, est l’élé­ment indis­pen­sable à la célé­bra­tion ; et comme il n’est point pré­ci­sé, pas même en cet endroit,. qui est l’of­frant (1), c’est le peuple lui-​même qui se trouve pré­sen­té comme inves­ti d’un pou­voir sacer­do­tal autonome.

Dans ces condi­tions et selon ce sys­tème, il ne serait pas éton­nant que bien­tôt le peuple soit auto­ri­sé à se joindre au prêtre pour pro­non­cer les paroles de la Consécration. En plu­sieurs endroits, d’ailleurs, c’est déjà un fait accompli.

2. Situation du prêtre dans le nouveau rite

Le rôle du prêtre est mini­mi­sé, alté­ré, faussé.

PREMIÈREMENT . par rap­port au peuple. Il en est le « pré­sident » et le « frère », mais il n’est plus le ministre consa­cré célé­brant in per­so­na Christi.

SECONDEMENT : par rap­port à l’Eglise. Il en est un membre par­mi d’autres, un qui­dam de popu­lo. Au numé­ro 55, dans la défi­ni­tion de l’é­pi­clèse, les invo­ca­tions sont attri­buées ano­ny­me­ment à l’Eglise . le rôle du prêtre s’évanouit.

TROISIÈMEMENT : dans le Confiteor deve­nu col­lec­tif, le prêtre n’est donc plus juge, témoin et inter­ces­seur auprès de Dieu. Il est donc logique que le prêtre n’ait plus à don­ner l’ab­so­lu­tion, qui a été effec­ti­ve­ment sup­pri­mée. Le prêtre est inté­gré aux « frères » : l’en­fant de chœur ser­vant la Messe l’appelle ain­si dans le Confiteor de la « Messe sans peuple ».

QUATRIÈMEMENT : déjà la dis­tinc­tion entre la com­mu­nion du prêtre et celle des fidèles avait été sup­pri­mée. Cette dis­tinc­tion est cepen­dant char­gée de signi­fi­ca­tion. Le prêtre tout au cours de la Messe, agit in per­so­na Christi. En s’u­nis­sant inti­me­ment à la vic­time offerte, d’une manière qui est propre à l’ordre sacra­men­tel, il exprime l’i­den­ti­té du Prêtre et de la Victime ; iden­ti­té qui est propre au Sacrifice du Christ, et qui, mani­fes­tée sacra­men­tel­le­ment, montre que le Sacrifice de la Croix et le Sacrifice de la Messe est sub­stan­tiel­le­ment le même.

CINQUIÈMEMENT : plus un seul mot désor­mais sur le pou­voir du prêtre comme ministre du Sacrifice, ni sur l’acte consé­cra­toire qui lui revient en propre, ni sur la réa­li­sa­tion par son inter­mé­diaire de la Présence eucha­ris­tique. On ne laisse plus appa­raître ce que le prêtre catho­lique a de plus qu’un ministre protestant.

SIXIÈMEMENT – l’u­sage de nombre d’or­ne­ments est abo­li ou ren­du facul­ta­tif : dans cer­tains cas l’aube et l’é­tole suf­fisent (numé­ro 298). Ces orne­ments sont des signes de la confor­ma­tion du prêtre au Christ : ils dis­pa­raissent. Le prêtre ne se pré­sente plus comme revê­tu de toutes les ver­tus du Christ ; il ne sera plus qu’une sorte de gra­dé ecclé­sias­tique, à peine dis­tin­gué de la masse par un ou deux galons. Le prêtre sera en somme, selon la for­mule invo­lon­tai­re­ment humo­ris­tique d’un pré­di­ca­teur moderne, « un homme un peu plus homme que les autres ».

3. Situation de l’Église dans le nouveau rite

C’est-​à-​dire : rela­tion de l’Eglise au Christ.

Dans un seul cas, au numé­ro 4, on daigne admettre que la Messe est une « action du Christ et de l’Eglise » : c’est dans le cas de la Messe « sans peuple ».

En revanche, dans la Messe « avec peuple », on n’ex­prime d’autre but que de « faire mémoire du Christ » et de sanc­ti­fier l’as­sis­tance. Le numé­ro 60 déclare : « Le prêtre célé­brant… s’as­so­cie le peuple… en offrant le Sacrifice à Dieu le Père par le Christ dans le Saint-​Esprit. » Il aurait fal­lu dire : « asso­cier le peuple au Christ, qui s’offre Lui-​même à Dieu le Père… ».

C’est dans ce contexte que s’in­sèrent la très grave omis­sion du per Christum Dominum nos­trum, for­mule qui signi­fie et fonde, pour l’Eglise de tous les temps, l’as­su­rance d’être exau­cé (Jean XIV, 13–14 ; XV, 16 , XVI, 23–24) ;

  • l’es­cha­to­lo­gisme nua­geux et maniaque, dans lequel la com­mu­ni­ca­tion d’une réa­li­té à la fois actuelle et éter­nelle : la grâce, est pré­sen­tée comme le fruit d’un pro­grès à venir, ;
  • le peuple de Dieu est « en marche », l’Eglise n’est plus l’Eglise mili­tante qui com­bat contre la puis­sance des ténèbres : elle est péré­gri­nante vers un ave­nir qui n’ap­pa­raît plus lié à l’é­ter­nel (c’est-​à-​dire aus­si à l’au-​delà actuel), mais uni­que­ment temporel.

Dans la « Prière eucha­ris­tique IV », la prière du Canon romain pro omni­bus ortho­doxis atque catho­li­cae fidei culto­ri­bus est rem­pla­cée par une prière pour « tous ceux qui Te cherchent d’un cœur sincère ».

Pareillement, le Memento des morts ne men­tionne plus ceux qui sont morts cum signo fidei et dor­miunt in som­no pacis (mar­qués du signe de la foi et qui dorment du som­meil de la paix), mais sim­ple­ment « ceux qui sont morts dans la paix du Christ ». On leur adjoint l’en­semble des défunts « dont toi seul connais la foi », ce qui consti­tue une nou­velle atteinte à l’u­ni­té de l’Eglise consi­dé­rée en sa mani­fes­ta­tion visible.

Dans aucune des trois nou­velles « prières eucha­ris­tiques » ne figure la moindre allu­sion à l’é­tat de souf­france des tré­pas­sés ; en aucune il n’y a place pour une inten­tion par­ti­cu­lière à leur égard : ce qui, à nou­veau, émousse la foi en la nature pro­pi­tia­toire et rédemp­trice du Sacrifice.

Un peu par­tout, diverses omis­sions avi­lissent le mys­tère de l’Eglise en le désa­cra­li­sant. Ce mys­tère est mécon­nu avant tout en tant que hié­rar­chie sacrée. Les Anges et les Saints sont réduits à l’a­no­ny­mat dans la seconde par­tie du Confiteor col­lec­tif ; ils ont dis­pa­ru de la pre­mière par­tie comme témoins et juges en la per­sonne de saint Michel Archange. Les dif­fé­rentes hié­rar­chies angé­liques dis­pa­raissent aus­si, fait sans pré­cé­dent, de la nou­velle Préface dans la « Prière eucha­ris­tique II » ; dis­pa­raît pareille­ment, dans le Communicantes, la mémoire des Saints, Pontifes et Martyrs sur qui l’Eglise de Rome demeure fon­dée, et qui sans aucun doute trans­mirent les tra­di­tions apos­to­liques et en firent ce qui devint avec saint Grégoire la Messe romaine. Supprimée encore, dans le Libera nos, la men­tion de la Bienheureuse Vierge Marie, des Apôtres et de tous les saints : son inter­ces­sion et la leur n’est plus deman­dée, même au moment du péril.

L’unité de l’Eglise est com­pro­mise enfin en ceci : on a pous­sé l’au­dace jus­qu’à l’in­to­lé­rable omis­sion dans tout le Nouvel Ordo Missæ, y com­pris dans les trois nou­velles « prières eucha­ris­tiques », des noms des Apôtres Pierre et Paul, fon­da­teurs de l’Eglise de Rome, et des noms des autres Apôtres, fon­de­ment et signe de l’u­ni­té et de l’universalité de l’Eglise. Leurs noms ne figurent plus que dans le Communicantes du Canon romain.

Le Nouvel Ordo Missæ porte encore atteinte au dogme de la com­mu­nion des saints en sup­pri­mant, quand le prêtre célèbre sans ser­vant, toutes les salu­ta­tions et la béné­dic­tion finale ; et en sup­pri­mant l’Ite Missa est dans la Messe sans peuple avec servant.

Le double Confiteor au début de la Messe montre com­ment le prêtre, revê­tu de ses orne­ments qui le dési­gnent comme ministre du Christ, et ‑s’in­cli­nant pro­fon­dé­ment se recon­naît indigne d’une si haute mis­sion, indigne du tre­men­dum mys­te­rium qu’il se dis­pose à célé­brer. Puis, ne se recon­nais­sant (dans l’Aufer a nobis) aucun droit d’en­trer dans le Saint des Saints, il se recom­mande (dans l’Oremus, le Domine) à l’in­ter­ces­sion et aux mérites des mar­tyrs dont l’au­tel ren­ferme les reliques. Ces deux prières et le double Confiteor sont supprimés !

Sont éga­le­ment pro­fa­nées les condi­tions qui conviennent pour célé­brer le Sacrifice en tant qu’il est l’ac­com­plis­se­ment d’une réa­li­té sacrée : c’est ain­si que, lorsque la célé­bra­tion a lieu en dehors d’une église, l’au­tel peut être rem­pla­cé par une simple table sans pierre consa­crée ni reliques (numé­ros 260 à 265).

La désa­cra­li­sa­tion est por­tée à son comble par les nou­velles et par­fois gro­tesques moda­li­tés de l’of­frande. L’insistance est mise sur le pain ordi­naire aux lieu et place du pain azyme. La facul­té est don­née aux enfants de chœur, et aux laïcs lors de la com­mu­nion sous les deux espèces, de tou­cher les vases sacrés (numé­ro 244). Une invrai­sem­blable atmo­sphère se trou­ve­ra créée dans l’é­glise : on ver­ra en effet y alter­ner sans trêve le prêtre, le diacre, le sous-​diacre, le psal­miste, le com­men­ta­teur (le prêtre lui-​même est d’ailleurs deve­nu com­men­ta­teur, puis­qu’il est invi­té à « expli­quer » conti­nuel­le­ment ce qu’il est sur le point d’ac­com­plir), les lec­teurs hommes et femmes, les clercs ou les laïcs qui accueillent les fidèles à la porte de l’é­glise et les accom­pagnent à leur place, qui font la quête, qui portent les offrandes, qui trient les offrandes… Et au milieu d’une telle furie de retour à l’Ecriture, voi­ci, au numé­ro 70, en oppo­si­tion for­melle à l’Ancien Testament comme à saint Paul, la pré­sence de la mulier ido­nea, de la « femme ad hoc », qui pour la pre­mière fois dans la tra­di­tion de l’Eglise sera auto­ri­sée à faire les lec­tures de l’Ecriture Sainte et à accom­plir d’autres » minis­tères qui sont rem­plis par d’autres que les membres du pres­by­te­rium ». Et enfin la manie de la concé­lé­bra­tion : elle achè­ve­ra de détruire la pié­té eucha­ris­tique du prêtre et d’es­tom­per la figure cen­trale du Christ, unique Prêtre et Victime, et de la dis­soudre dans la pré­sence col­lec­tive des concélébrants.

VI – Autres déviations

Nous nous sommes limi­tés ci-​dessus à un bref exa­men du nou­vel ORDO Missae et de ses dévia­tions les plus graves par rap­port à la théo­lo­gie de la Messe catho­lique. Les obser­va­tions que nous avons faites ont sur­tout un carac­tère typique. Il fau­drait un plus vaste tra­vail pour éta­blir une éva­lua­tion com­plète des embûches, périls et élé­ments spi­ri­tuel­le­ment et psy­cho­lo­gi­que­ment des­truc­teurs que contient le rite nouveau.

Les nou­veaux Canons – dénom­més « prières eucha­ris­tiques » – ont été déjà cri­ti­qués plu­sieurs fois et avec auto­ri­té. Nous n’y reve­nons pas. Observons que la seconde « prière eucha­ris­tique » avait immé­dia­te­ment scan­da­li­sé les fidèles par sa briè­ve­té. On a fait remar­quer entre autres choses que cette « Prière eucha­ris­tique II » peut être employée en toute tran­quilli­té de conscience par un prêtre qui ne croit plus ni à la trans­sub­stan­tia­tion ni au carac­tère sacri­fi­ciel de la Messe : cette « prière eucha­ris­tique » peut très bien ser­vir pour la célé­bra­tion d’un ministre protestant.

Le Nouvel Ordo Missæ fut pré­sen­té à Rome comme un « abon­dant maté­riel pas­to­ral », comme « un texte plus­pas­to­ral que juri­dique », auquel les Conférences épis­co­pales pour­raient appor­ter, selon les cir­cons­tances, des modi­fi­ca­tions conformes au génie res­pec­tif des dif­fé­rents peuples.

Du reste, la pre­mière sec­tion de la nou­velle « Congrégation pour le culte divin » sera res­pon­sable « de l’é­di­tion et de la constante révi­sion des livres liturgiques ».

A quoi fait écho le bul­le­tin offi­ciel des Instituts litur­giques d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche en écri­vant : « Les textes latins devront à pré­sent être tra­duits dans les langues des dif­fé­rents peuples ; le style « romain » devra être adap­té à l’in­di­vi­dua­li­té de chaque Eglise locale : ce qui a été conçu sur un mode intem­po­rel devra être trans­po­sé dans le contexte mou­vant des situa­tions concrètes, dans le flux constant de l’Eglise uni­ver­selle et de ses innom­brables assemblées. »

La Constitution Missale roma­num elle-​même, s’op­po­sant à la volon­té expresse de Vatican II, donne le coup de grâce au latin comme langue uni­ver­selle, en affir­mant : « Dans une si grande diver­si­té de langues s’é­lè­ve­ra la même et unique (?) prière de tous… » La mort du latin est donc don­née comme un fait acquis. Celle du gré­go­rien en découle iné­luc­ta­ble­ment : le gré­go­rien que pour­tant Vatican II avait recon­nu comme « le chant propre de la litur­gie romaine » et dont il avait ordon­né qu’il garde « la pre­mière place » (Const. conci­liaire sur la litur­gie, numé­ro 116). Le libre choix, entre autres, des textes de l’Introït et du Graduel achève d’é­li­mi­ner le chant grégorien.

Le nou­veau rite se pré­sente comme plu­ra­liste et expé­ri­men­tal, et comme lié au temps et au lieu. L’unité de culte étant ain­si défi­ni­ti­ve­ment bri­sée, on ne voit plus en quoi pour­ra consis­ter désor­mais l’u­ni­té de la foi qui lui est inti­me­ment liée et dont pour­tant on conti­nue de par­ler comme de la sub­stance qu’il faut défendre sans compromission.

Il est évident que le Nouvel Ordo Missæ renonce en fait à être l’expression de la doc­trine que le Concile de Trente a défi­nie comme étant de foi divine et catho­lique. Et cepen­dant la conscience catho­lique demeure à jamais liée à cette doc­trine. Il en résulte que la pro­mul­ga­tion du Nouvel Ordo Missæ met chaque catho­lique dans la tra­gique néces­si­té de choisir.

VII – Orientalisme

La Constitution « Missale roma­num » parle expli­ci­te­ment d’une richesse de doc­trine et de pié­té que le Nouvel Ordo Missæ emprun­te­rait aux Eglises d’Orient.

Ce pré­ten­du emprunt aura pour résul­tat effec­tif d’é­loi­gner les fidèles de rite orien­tal : car l’ins­pi­ra­tion du rite orien­tal n’est pas seule­ment étran­gère, elle est tout à fait oppo­sée a l’es­prit du Nouvel Ordo Missæ.

A quoi, en effet, se réduisent ces emprunts qui se déclarent ins­pi­rés par l’œcuménisme ?

En sub­stance, à la mul­ti­pli­ci­té des ana­phores, mais non à leur ordon­nance ni à leur beau­té ; à la pré­sence du diacre ; à la com­mu­nion sous les deux espèces.

Mais il semble bien que l’on a vou­lu éli­mi­ner tout ce qui, dans la litur­gie romaine, était le plus proche de la litur­gie orien­tale ; qu’on a vou­lu, en reniant l’in­com­pa­rable et immé­mo­rial carac­tère romain de la litur­gie, renon­cer à ce qui lui était spi­ri­tuel­le­ment le plus propre et le plus pré­cieux. On a sub­sti­tué à la roma­ni­té des élé­ments qui rap­prochent le Nouvel Ordo Missæ de cer­tains rites pro­tes­tants, et point de ceux qui étaient les plus proches du catho­li­cisme : ces élé­ments dégradent la litur­gie romaine et éloi­gne­ront de plus en plus l’Orient, comme on l’a déjà vu avec les réformes litur­giques qui ont immé­dia­te­ment pré­cé­dé le Nouvel Ordo Missæ.

En revanche, le Nouvel Ordo Missæ aura la faveur des groupes proches de l’apostasie qui, s’at­ta­quant dans l’Eglise à l’u­ni­té de la doc­trine, de la litur­gie, de la morale et de la dis­ci­pline, y pro­voquent une crise spi­ri­tuelle sans précédent.

VIII – L’unité contre l’hérésie

Saint Pie V avait conçu l’é­di­tion du Missel romain comme un ins­tru­ment d’unité catho­lique : la Constitution « Missale roma­num » elle-​même le rap­pelle. En confor­mi­té avec les pres­crip­tions du Concile de Trente, le Missel romain de saint Pie V devait empê­cher que pût s’in­tro­duire dans le culte divin aucune des sub­tiles erreurs dont la foi était mena­cée par la Réforme protestante.

Les motifs de saint Pie V étaient si graves que jamais en aucun autre cas ne paraît avoir été plus jus­ti­fiée la for­mule rituelle et en l’oc­cur­rence qua­si pro­phé­tique qui ter­mine la Bulle de pro­mul­ga­tion du Missel romain (Quo pri­mum, 19 juillet 1570) :

« Celui qui ose­rait por­ter la main contre cette oeuvre, qu’il sache encou­rir la colère du Dieu Tout-​Puissant et des bien­heu­reux Apôtres Pierre et Paul. »

On a eu l’ou­tre­cui­dance d’af­fir­mer, en pré­sen­tant offi­ciel­le­ment le nou­vel ORDO Missae dans la salle de presse du Vatican, que les rai­sons allé­guées par le Concile de Trente ne sub­sistent plus !

Non seule­ment elles sub­sistent, mais encore nous n’hé­si­tons pas à affir­mer qu’il en existe aujourd’­hui d’in­fi­ni­ment plus graves. C’est pré­ci­sé­ment pour faire face aux insi­dieuses dévia­tions qui de siècle en siècle mena­cèrent la pure­té du dépôt reçu que l’Eglise a éla­bo­ré autour de ce dépôt les défenses ins­pi­rées de ses défi­ni­tions dog­ma­tiques et de ses déci­sions doc­tri­nales. Ces défi­ni­tions et ces déci­sions eurent leurs réper­cus­sions immé­diates dans le culte, qui devint pro­gres­si­ve­ment le monu­ment le plus com­plet de la foi de l’Eglise. Vouloir à tout prix remettre en vigueur le culte antique en refai­sant froi­de­ment, in vitro, ce qui à l’o­ri­gine eut la grâce de la spon­ta­néi­té jaillis­sante, c’est tom­ber dans cet archéo­lo­gisme insen­sé condam­né par Pie XII. Car cela équi­vaut, comme on l’a mal­heu­reu­se­ment vu, à dépouiller la litur­gie de toutes les beau­tés pieu­se­ment accu­mu­lées pen­dant des siècles, et de toutes les défenses théo­lo­giques plus que jamais néces­saires en un moment cri­tique, – peut-​être le plus cri­tique de l’his­toire de l’Eglise.

Aujourd’hui, ce n’est plus à l’ex­té­rieur, c’est à l’in­té­rieur même de la catho­li­ci­té que l’exis­tence de divi­sions et de schismes est offi­ciel­le­ment recon­nue. L’unité de l’Eglise n’en est plus à être seule­ment mena­cée : déjà elle est tra­gi­que­ment com­pro­mise. Les erreurs contre la foi ne sont plus seule­ment insi­nuées : elles sont impo­sées par les aber­ra­tions et les abus qui s’in­tro­duisent dans la liturgie.

L’abandon d’une tra­di­tion litur­gique qui fut pen­dant quatre siècles le signe et le gage de l’u­ni­té de culte, son rem­pla­ce­ment par une autre litur­gie qui ne pour­ra être qu’une cause de divi­sion par les licences innom­brables qu’elle auto­rise impli­ci­te­ment, par les insi­nua­tions qu’elle favo­rise et par ses atteintes mani­festes à la pure­té de la foi : voi­là qui appa­raît, pour par­ler en termes modé­rés, comme une incal­cu­lable erreur.

Corpus Domini 1969.