Allocution de Jean-​Paul II aux cardinaux et à la Curie romaine le 22 décembre 1988 : le schisme de Mgr Lefebvre

Répondant le jeu­di 22 décembre aux voeux du doyen du Sacré-​collège, le car­di­nal Agnelo Rossi, le Pape Jean-​Paul II a fait le bilan de l’an­née 1988 devant les car­di­naux et les membres de la Curie romaine, réunis à la salle Clémentine. 

Voici un extrait du texte de son allo­cu­tion [1].

Les deux ombres de 1988

8. Frères véné­rés, dans ce cadre, riche d’ex­pé­riences si vivantes et sti­mu­lantes qui ont irra­dié de lumière le cours de l’an­née, les ombres qui font mal au cour et causent des pré­oc­cu­pa­tions n’ont cepen­dant pas manqué.

Le schisme de Mgr Lefebvre

a) Avant tout, l’is­sue, mal­heu­reu­se­ment non réus­sie, de la ten­ta­tive d’é­vi­ter l’ins­tau­ra­tion d’une situa­tion objec­ti­ve­ment schis­ma­tique de la part d’une com­mu­nau­té bien connue.

Les négo­cia­tions ont été conduites avec beau­coup de patience et de cha­ri­té, dans le res­pect de la digni­té des per­sonnes, avec un enga­ge­ment constant de fidé­li­té à l’Esprit-​Saint, qui assiste tou­jours l’Église et qui l’a gui­dée avec un amour spé­cial dans le Concile Vatican II. L’Église catho­lique a la séré­ni­té d’a­voir par­cou­ru toutes les routes per­mises par « la conscience de véri­té » qui lui est propre ; en res­pec­tant tou­jours les sen­si­bi­li­tés sub­jec­tives et même les réac­tions que des abus blâ­mables ont pu susciter.

Tout cela, mal­heu­reu­se­ment, n’a pas obte­nu l’ef­fet sou­hai­té : si bien que le recours, avec une pro­fonde dou­leur pour­tant, à l’ap­pli­ca­tion de la plus grave sanc­tion cano­nique, a été ren­du inévitable.

Je n’ai pas vou­lu, cepen­dant, que ce soit le der­nier mot. Avec le désir d’ai­der celui qui, ani­mé d’une inten­tion droite et par l’a­mour de l’Église, vou­drait se dis­so­cier d’un pareil geste de rup­ture, j’ai jugé oppor­tun de créer une Commission spé­ciale qui pour­rait consen­tir, aux fidèles bien dis­po­sés, d’ex­pri­mer dans la com­mu­nion ecclé­siale, les valeurs posi­tives de leur propre for­ma­tion cultu­relle et spirituelle.

Les pre­miers résul­tats du motu pro­prio Ecclesia Dei [2] offrent des motifs d’espérance.

Je sou­haite que, grâce à l’ac­tion pru­dente d’un tel orga­nisme, à la col­la­bo­ra­tion géné­reuse et loyale des évêques, du cler­gé et des fidèles des Eglises par­ti­cu­lières plus direc­te­ment inté­res­sées, ain­si que, évi­dem­ment, grâce à la bonne volon­té des des­ti­na­taires eux-​mêmes pour qui on a émis ces règles, l’u­ni­té catho­lique puisse être conso­li­dée, confor­mé­ment à la suprême volon­té du Christ, mani­fes­tée dans la prière de la der­nière Cène : « Que tous soient un… » (Cf Jn 17, 21 et s.)

Notes de bas de page

  1. Texte ita­lien dans l’Osservatore Romano du 23 décembre. Traduction, titre, sous-​titres et notes de la DC. []
  2. DC 1988, n° 1967, p. 788.[]