Entretien de Mgr Fellay à The Remnant sur Summorum Pontificum du 10 juillet 2007

Q : Monseigneur, com­ment réagissez-​vous au Motu pro­prio Summorum Pontificum tant atten­du ? Quelles sont les réac­tions des autres évêques et des prêtres de la FSSPX ?

R : Puisque je reviens à peine de voyage, je n’ai pas enten­du grand chose. Je n’ai donc pas pu voir les réac­tions des prêtres jusqu’à présent.

Toutefois, je sais qu’au moins trois des quatre évêques sont satis­faits du Motu pro­prio. Le qua­trième l’est pro­ba­ble­ment aus­si, mais je ne puis vous le confir­mer puisqu’il ne m’a tou­jours pas fait part de ses impressions.

J’insisterai sur deux choses ; sur le Motu pro­prio lui-​même : il est très clair qu’il per­met — et cela de façon beau­coup plus large que ce à quoi nous nous atten­dions— la célé­bra­tion de la messe tri­den­tine et de toutes les litur­gies pré­cé­dentes, c’est-à-dire non seule­ment la messe, mais aus­si le bré­viaire et le rituel.

Je pense que cette date et ce Motu pro­prio sont des évé­ne­ments his­to­riques signi­fi­ca­tifs dans l’histoire de l’Église et de l’après-concile Vatican II. Il faut en prendre bonne note. Je crois que c’est très important.

Toutefois, cela ne veut pas dire que tout est par­fait, sur­tout quand nous regar­dons le Motu pro­prio à tra­vers la lettre [aux évêques]. Cette lettre demeure, si j’ose dire, le lan­gage habi­tuel du Vatican. C’est assez regrettable.

Il y a des choses inté­res­santes dans cette lettre, comme le pas­sage où le pape dit qu’il agit là pour des rai­sons de récon­ci­lia­tion à l’intérieur même de l’Église ; ce qui veut dire que nous ne sommes pas hors de l’Eglise. C’est très intéressant.

Néanmoins, cette lettre doit être com­prise comme une lettre à por­tée poli­tique qui repré­sente cer­tai­ne­ment la pen­sée per­son­nelle de Benoît XVI, bien qu’elle ait des pas­sages mal­heu­reux, sur­tout lorsqu’il insiste sur la néces­si­té de recon­naître la valeur et la sain­te­té de la nou­velle messe. Il veut jouer sur les deux tableaux à la fois. Et les évêques modernes qui sont pro­gres­sistes sau­te­ront sur l’occasion immé­dia­te­ment pour ten­ter de déman­te­ler le Motu proprio.

Q : Puisque la pre­mière condi­tion préa­lable est main­te­nant acquise pour le bien de l’Église – la libé­ra­li­sa­tion de la messe tra­di­tion­nelle – qu’envisagez-vous quant à la levée du décret d’excommunication contre les évêques de la FSSPX ? Avez-​vous été en contact avec la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei depuis jan­vier 2007 ?

R : Je n’ai eu aucune conver­sa­tion, dis­cus­sion ou rela­tion avec eux. Cela d’une part. Et d’autre part, du côté de Rome, pour autant que je sache, ils consi­dèrent la levée des décrets d’excommunication moins dif­fi­cile à faire que le Motu pro­prio. C’est la seule réponse que je puis vous faire.

Q : Monseigneur, cela est assez sur­pre­nant. Quelle indi­ca­tion avez-​vous du Saint-​Siège à ce sujet ?

R : Ce sont les mots mêmes du car­di­nal Castrillón [dans la lettre jointe] quand il m’a fait par­ve­nir le Motu pro­prio [une semaine avant la publi­ca­tion de Summorum Pontificum]. C’était le pre­mier contact entre le car­di­nal et moi depuis le 15 novembre 2005.

Q : Croyez-​vous que le Saint-​Siège attende un geste ou une lettre de la part de la FSSPX deman­dant la levée des excom­mu­ni­ca­tions avant qu’ils ne consi­dèrent quelle qu’action que ce soit ?

R : Je n’en sais rien (rires). Action publique ou non, peu m’importe. Il est cer­tain qu’après cela [la libé­ra­li­sa­tion du rite tra­di­tion­nel], ils s’attendront à cer­tains contacts. Mais notre ligne demeure très claire, alors il ne faut pas trop s’attendre à des surprises.

Q : Pour mettre les choses au clair, Monseigneur, dans la lettre du car­di­nal Castrillón que vous avez reçue une semaine avant la publi­ca­tion du Motu pro­prio, le bon car­di­nal indiquait-​il qu’il s’attendait à un sui­vi de la part de la Fraternité ?

R : Non. Il n’y avait que des attentes très géné­rales sur le fait que cela condui­rait à la récon­ci­lia­tion, ce qui peut se com­prendre de plu­sieurs manières.

Q : Ce matin, 10 juillet 2007, la Congrégation pour la doc­trine de la foi ( CDF ) a publié un docu­ment qui défi­nit le fameux « sub­sis­tit in » et les déve­lop­pe­ments doc­tri­naux qui en découlent pour l’ecclésiologie. Ce docu­ment est inti­tu­lé « De cer­tains aspects de la doc­trine sur l’Église ». Les médias ont réagi comme si deux bombes nucléaires avaient explo­sé. En trois jours, la libé­ra­li­sa­tion de la messe tra­di­tion­nelle le 7 juillet, et aujourd’hui la réaf­fir­ma­tion que l’Église catho­lique est la seule vraie Église, que les Églises ortho­doxes et les com­mu­nau­tés ecclé­siales pro­tes­tantes pré­sentent des défi­ciences. Il semble que ce der­nier docu­ment veuille ten­ter de cla­ri­fier cer­taines consi­dé­ra­tions théo­lo­giques liées à des pas­sages ambi­gus de docu­ments clés de Vatican II. Quelle est votre réaction ?

R : Ma réac­tion ? Dans notre décla­ra­tion à pro­pos du Motu pro­prio, nous avons sou­li­gné que cer­tains pas­sages confus de la « Lettre aux évêques » allaient néces­si­ter des dis­cus­sions théo­lo­giques sérieuses. Ce docu­ment, qui nous dit qu’un cercle est un car­ré, ren­force ce sentiment.

Vous avez là une par­faite illus­tra­tion de ce que nous répé­tons depuis six ans : que Rome demeure dans la confu­sion doc­tri­nale parce qu’on ne semble guère s’y pré­oc­cu­per du prin­cipe de non-​contradiction. Ce docu­ment n’éclaircit rien, mais on nous y assure encore une fois que « oui » veut dire « non ».

Q : Pourriez-​vous nous don­ner un exemple, Monseigneur ?

R : Bien sûr. Un tel exemple serait pré­ci­sé­ment la ques­tion posée par le docu­ment romain à pro­pos du « sub­sis­tit in ». La ques­tion est : Pourquoi uti­li­ser l’expression « sub­sis­tit in » et non pas « est » ? Vous lisez la réponse et vous ne pou­vez rien conclure. Ils disent que c’est « est » et qu’il y a iden­ti­té entre l’Église du Christ et l’Église catho­lique et qu’il n’y a pas de chan­ge­ment de doc­trine. Mais la phrase sui­vante est pré­ci­sé­ment un chan­ge­ment de doc­trine. Alors … C’est une contra­dic­tion. Dans son ser­mon à Écône, Mgr Williamson sou­li­gnait que Rome dit que deux et deux font quatre, mais que par­fois cela fait aus­si cinq. Ce docu­ment en est une par­faite illustration.

Le seul élé­ment posi­tif est que les pro­tes­tants n’ont plus le droit au titre d’Église. Bon ! En plus, c’est une confir­ma­tion de ce que nous disons. Mais sur le fond, ce texte tente de nous faire croire qu’il n’y a pas de contra­dic­tion entre les doc­trines de l’Église pas­sée et celles de Vatican II. Et nous insis­tons en disant que Vatican II n’est pas en har­mo­nie, et même enseigne des erreurs contraires à l’enseignement tra­di­tion­nel, sur­tout en matière d’œcuménisme. Et ici vous retrou­vez les deux : l’enseignement pas­sé et celui de Vatican II.

Q : Deux socié­tés sacer­do­tales — récem­ment l’Institut du Bon Pasteur en France et aupa­ra­vant l’administration apos­to­lique des prêtres de Saint-​Jean-​Marie-​Vianney de Mgr Fernando Rifan – se sont récon­ci­liées avec le Saint-​Siège. Rome a per­mis à ces groupes de tra­di­tio­na­listes de s’en tenir aux formes expri­mant la foi catho­lique en usage avant Vatican II tout en accep­tant Vatican II comme concile œcu­mé­nique réel et valide. De plus, il leur est per­mis une étude théo­lo­gique construc­tive sur les pos­sibles ambi­guï­tés des docu­ments conci­liaires. Qu’est-ce qui empêche la FSSPX d’en faire autant ?

R : Ce texte confirme tous nos reproches contre les ambi­guï­tés de Vatican II et des docu­ments pos­té­rieurs. C’est là un superbe exemple d’ambiguïté et sans doute n’est-on jamais allé aus­si loin dans l’exercice qui consiste à marier ce qui ne pou­vait pas l’être, en pré­ten­dant que ne pas prendre posi­tion, c’est avoir une posi­tion claire.

Donc, la néces­si­té d’avoir des dis­cus­sions doc­tri­nales avant d’en arri­ver à un accord pra­tique est une fois de plus mani­feste à par­tir de ce nou­veau docu­ment. C’est une illus­tra­tion remar­quable du besoin et de l’importance de trai­ter de ces ques­tions avant d’aller plus loin.

Q : Mgr Lefebvre a signé les 16 docu­ments de Vatican II. Après le concile, il a été très cri­tique sur ces docu­ments ; il a même fait par­ve­nir au Saint-​Siège desdubia deman­dant des éclair­cis­se­ments sur la liber­té reli­gieuse. Toutefois, Mgr Lefebvre n’a jamais reje­té tous les docu­ment du Deuxième concile du Vatican.

R : Nous non plus. Il ne s’agit pas d’accepter ou de reje­ter. Les ques­tions qui se posent sont : « Ces docu­ments sont-​ils bons ? Nourrissent-​ils la foi ? Sont-​ils utiles à la sur­vie de l’Église ou non ? »

Et plus le temps passe, plus nous voyons des ambi­guï­tés dans ce concile — qui, à un cer­tain moment, sem­blait pou­voir être cor­rec­te­ment inter­pré­té en accord avec la Tradition, non­obs­tant les erreurs mani­festes —, mais plus le temps passe et plus cela appa­raît comme une tâche impossible.

Q : Monseigneur, croyez-​vous que la des­truc­tion de l’Église tient à ce que les docu­ment n’ont pas été appli­qués à la lettre ou plu­tôt parce qu’il y avait de pos­sibles erreurs ou des ambi­guï­tés dans les docu­ments eux-mêmes ?

R : Je vous dirai que ce ne sont pas tous les docu­ments qui sont pleins d’ambiguïtés, mais la plu­part d’entre eux. Et plus nous les étu­dions, plus nous voyons que ces ambi­guï­tés tiennent à la lettre même de ces documents.

Des ambi­guï­tés, cela signi­fie qu’il existe au moins deux façons de com­prendre ces docu­ments et de les inter­pré­ter. Pour un docu­ment cen­sé éma­ner de la plus haute auto­ri­té de l’Église — un concile œcu­mé­nique — cela est ter­ri­ble­ment dom­ma­geable. C’est une ter­rible tra­gé­die. Ces ambi­guï­tés, vous les trou­ve­rez presque par­tout dans ces docu­ments. En plus des trois erreurs majeures de l’œcuménisme, de la liber­té reli­gieuse et de la col­lé­gia­li­té, il y a des ambi­guï­tés partout.

Cela n’est pas un esprit catho­lique. C’est cet esprit moderne et pro­gres­siste qui a été en par­tie condam­né par Benoît XVI, mais qui a par le fait même été en par­tie approu­vé par lui. Nous tour­nons en rond. Et je le répète, ce docu­ment [« De cer­tains aspects de la doc­trine sur l’Église »] est un exemple par­fait d’ambiguïtés et de décla­ra­tions contradictoires.

Q : Dans un entre­tien du 8 juillet 2007 accor­dé à Il Giornale, le car­di­nal Castrillón a men­tion­né spé­ci­fi­que­ment la FSSPX en disant : « Avec ce Motu pro­prio, la porte est lar­ge­ment ouverte pour que la Fraternité Saint-​Pie X soit en com­mu­nion com­plète. Si après cet acte le retour n’a pas lieu, je ne com­pren­drai pas. Je tiens à sou­li­gner que le docu­ment pon­ti­fi­cal n’a pas été fait à l’intention des seuls lefeb­vristes, mais bien plu­tôt parce que le pape est convain­cu du besoin de sou­li­gner qu’il y a conti­nui­té avec la tra­di­tion et que l’Église ne pro­cède pas par rup­tures. L’ancienne messe n’a jamais été abo­lie ou inter­dite. » Quelle est votre réaction ?

R : Ce Motu pro­prio est cer­tai­ne­ment un pas dans notre direc­tion. Sans doute Rome désire-​t-​elle don­ner suite à notre pre­mier préa­lable. Cela est bien. Est-​ce suf­fi­sant pour dire : « Maintenant, il n’y a plus de pro­blème » ? Eh Bien ! Regardez sim­ple­ment le texte de la Congrégation pour la doc­trine de la foi publié aujourd’hui et vous avez la réponse.

Écoutez, c’est un pas dans la bonne direc­tion, mais cela ne veut pas dire que tous les pro­blèmes sont main­te­nant réso­lus. Certainement pas.

Q : Ces deux der­nières années, lors de plu­sieurs entre­tiens accor­dés à des médias aus­si bien laïcs que catho­liques, le car­di­nal Castrillón a répé­té que la FSSPX n’était pas for­mel­le­ment schis­ma­tique, mais pour plu­sieurs catho­liques, cela semble hélas être tom­bé dans des oreilles de sourds. À votre avis, qu’est-ce qui motive une telle attitude ?

R : Cela montre que Rome veut mettre fin à cette divi­sion appa­rente dans l’Église. C’est une pierre dans leur jar­din parce que Rome désire l’unité. Ils réa­lisent tout cet œcu­mé­nisme pour arri­ver à l’unité, mais il y a une divi­sion appa­rente, mani­feste, en interne, dans l’Église ! Comment pouvez-​vous pré­tendre réus­sir à faire l’unité avec des gens qui sont à l’extérieur, quand vous ne pou­vez même pas la faire avec ceux qui sont à l’intérieur ? C’est une contradiction.

Ainsi, pen­dant qu’ils s’escriment à faire de l’œcuménisme, il est de leur devoir de mettre fin à ces divi­sions internes. Maintenant, le pro­blème tient à ce que les moyens uti­li­sés sont trop super­fi­ciels. C’est par­fait s’ils veulent uti­li­ser ces moyens, mais cela ne met­tra pas fin aux causes de la division.

Q : Monseigneur, qu’entendez-vous par « superficiels » ?

R : Si vous dites : « Signons une entente », cela est super­fi­ciel. Signer un simple bout de papier est super­fi­ciel.
Si vous dites : « Entendons-​nous sur une for­mule accep­table par les deux par­ties, mais cha­cun conti­nue­ra à pen­ser comme bon lui semble », cela est super­fi­ciel. La vraie entente, c’est quand vous êtes d’accord sur la véri­té. Ce n’est pas superficiel.

Q : Certains dans l’Église affirment que la FSSPX est en situa­tion de schisme ; que répondez-​vous aux ques­tions sui­vantes : « Quand donc 6 000 schis­ma­tiques ont-​ils prié à Rome pen­dant le jubi­lé de l’an 2 000 ? Quand donc jusqu’à pré­sent des schis­ma­tiques ont-​ils envoyé un bou­quet spi­ri­tuel de 2,5 mil­lions de cha­pe­lets au Saint Père ? »

R : Et nous avons un argu­ment encore meilleur dans la lettre du pape jointe au Motu pro­prio sur la messe, où le Saint-​Père affirme qu’il s’agit d’une affaire interne à l’Église catho­lique. Dans l’Église, donc.

Cela dit clai­re­ment qu’il n’est pas ques­tion de schisme. Il s’agit d’une dis­pute interne qui appelle une récon­ci­lia­tion à l’intérieur de l’Église. Ce sont donc les paroles mêmes du « patron ». Notre pape dit que ce n’est pas un schisme.

Q : Pourtant cer­tains catho­liques, enti­chés de la nou­velle ecclé­sio­lo­gie de la com­mu­nion « par­tielle » et « entière » (jamais ils ne consi­dè­re­raient les pro­tes­tants comme des schis­ma­tiques ou des héré­tiques, mais bien plu­tôt comme des « frères sépa­rés »), sont les pre­miers à trai­ter la FSSPX de schis­ma­tique et à pré­tendre qu’elle est hors de l’Église. De manière assez incon­sis­tante, ils uti­lisent alors pour ce faire l’ecclésiologie pré­con­ci­liaire du « dans » ou du « hors » de l’Église. N’y a‑t-​il pas là comme une iro­nie ? Votre avis Monseigneur ?

R : Exactement. Pour notre part, nous uti­li­sons tou­jours l’ancienne formule.

Q : Dans le récent docu­ment de la Congrégation de la foi sur la doc­trine de l’Église, en réponse à la ques­tion à pro­pos de l’usage adé­quat du terme ‘Église’ pour les Orthodoxes, en se basant sur le décret du concile Vatican II sur l’œcuménisme, on peut lire ce qui suit : « Ainsi donc, par la célé­bra­tion de l’Eucharistie du Seigneur en chaque Église par­ti­cu­lière, l’Église de Dieu s’édifie et gran­dit ». Considérant com­bien ce texte est expli­ci­te­ment posi­tif et encou­ragent à pro­pos de la célé­bra­tion de l’eucharistie (et par exten­sion, pour les autres sacre­ments) par les schis­ma­tiques orien­taux, qui ne sont pas en com­mu­nion com­plète avec le Saint-​Siège, et qui n’acceptent ni la morale ni tous les dogmes de la foi catho­lique, n’est-il pas iro­nique de consta­ter que tant d’évêques, de prêtres, de laïcs n’étendront pas la même atti­tude posi­tive et cha­ri­table à « la célé­bra­tion de l’Eucharistie du Seigneur », quand elle est offerte par des prêtres qui sont à l’intérieur de l’Église et qui ont sa foi et sa morale ? Pouvez-​vous ima­gi­ner une majo­ri­té de catho­liques adhé­rant fidè­le­ment à l’énoncé sui­vant : « Ainsi donc, par la célé­bra­tion de l’Eucharistie du Seigneur en chaque cha­pelle de la FSSPX, l’Église de Dieu s’édifie et gran­dit » ? N’est-ce pas paradoxal ?

R : Bien sûr. Vous pou­vez dire que c’est là un argu­ment ad homi­nem. Laissez-​moi le for­mu­ler très pré­ci­sé­ment. Nous pou­vons faci­le­ment affir­mer que dans la Fraternité, nous avons la célé­bra­tion de l’eucharistie. Nous avons la suc­ces­sion apos­to­lique. Alors, selon l’extrait que vous citez, nous contri­buons à l’édification et à la gran­deur de l’Église de Dieu. Assurément.

Nous sommes dans l’Église catho­lique, point c’est tout ! Nous n’avons jamais pré­ten­du être une enti­té indé­pen­dante [autre­ment dit, une « Église » sépa­rée comme les « orthodoxes »].

Q : Un der­nier commentaire ?

R : Je crois que tous ces docu­ments ne devraient jamais être lus dans une sorte d’absolu. Ils doivent être repla­cés dans leur contexte. Et le contexte actuel, c’est que nous avons tou­jours sur les bras une tra­gé­die et une crise majeure dans l’Église.

Ce qui signi­fie que même à pro­pos d’un évé­ne­ment qui tend vers le bien de l’Église — comme ce docu­ment sur la messe—, nous ne pou­vons pas nous attendre à ce que sou­dai­ne­ment tout soit par­fait. Il ne faut pas se faire d’illusions.

Aussi lorsque nous saluons cet acte cou­ra­geux du pape à l’heure pré­sente, ce n’est qu’un pre­mier pas. Cela ne signi­fie pas que le com­bat ou la crise sont ter­mi­nés. Il est très impor­tant de voir com­ment ce docu­ment sera appli­qué dans la réa­li­té. Maintenant qu’il a été dit que la messe n’a jamais été abro­gée et que tout prêtre a le droit de la dire, cela sera-​t-​il pos­sible ? En termes pra­tiques, qui veille­ra sur cette liber­té et assu­re­ra une libre célé­bra­tion de la messe tri­den­tine ? Ce sera très inté­res­sant. Comment réagi­ront les évêques ?

Je crois que tout cela est très impor­tant pour l’avenir. Si je puis me per­mettre – et c’est capi­tal -, cette forme de croi­sade du rosaire que nous avons lan­cée et qui semble don­ner de bons fruits doit être poursuivie.

Propos recueillis par Brian Mershon

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.