Exposé des réserves sur la prochaine béatification de Jean-​Paul II, The Remnant

The Remnant est une revue catho­lique amé­ri­caine, diri­gée par Michaël J. Matt. Indépendante de la Fraternité Saint-​Pie X, elle a fait paraître un « Exposé des réserves sur la pro­chaine béa­ti­fi­ca­tion de Jean-​Paul II », le 21 mars 2011, qui dresse un constat acca­blant de la situa­tion de l’Eglise après le Concile Vatican II. L’analyse de l’ensemble du pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II rejoint celle de la Fraternité Saint-​Pie X, même si quelques juge­ments témoignent d’une cer­taine indul­gence. On pour­ra lire ici le texte inté­gral de ce docu­ment, tra­duit en fran­çais par nos soins.

La béa­ti­fi­ca­tion pro­chaine de Jean-​Paul II, pré­vue le 1er mai 2011, a sou­le­vé de sérieuses pré­oc­cu­pa­tions chez un grand nombre de catho­liques dans le monde entier, qui s’inquiètent de la situa­tion de l’Eglise et des scan­dales qui l’ont acca­blée ces der­nières années, scan­dales qui ont inci­té le Pape Benoît XVI à décla­rer le jour du Vendredi Saint de l’année 2005 : « Que de souillures dans l’Eglise, et par­ti­cu­liè­re­ment par­mi ceux qui, dans le sacer­doce, devraient lui appar­te­nir totalement. »

C’est notre propre inquié­tude que nous expri­mons par ce moyen public, res­tant fidèles à la loi de l’Eglise qui déclare : « Selon le savoir, la com­pé­tence et le pres­tige dont ils jouissent, les fidèles ont le droit et même par­fois le devoir de don­ner aux pas­teurs sacrés leur opi­nion sur ce qui touche le bien de l’Eglise et de la faire connaître aux autres fidèles, res­tant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révé­rence due aux pas­teurs, en tenant compte de l’utilité com­mune et de la digni­té des per­sonnes. » [CIC (1983), Can. 212, § 3]

Ce que nous croyons en conscience être le bien de l’Eglise nous oblige à expri­mer nos réserves concer­nant cette béa­ti­fi­ca­tion. Nous le fai­sons pour les rai­sons sui­vantes, même si d’autres rai­sons pour­raient encore être avancées.

La vraie question

Précisons, pour com­men­cer, que nous ne pré­sen­tons pas ces consi­dé­ra­tions comme des argu­ments contre la pié­té ou l’intégrité per­son­nelles de Jean-​Paul II, que nous devons pré­sup­po­ser. Il ne s’agit pas de consi­dé­rer sa pié­té ou son inté­gri­té per­son­nelles en tant que telles, mais plu­tôt de savoir s’il y a un fon­de­ment objec­tif à pro­cla­mer que Jean-​Paul II a fait preuve de ver­tus héroïques dans l’exercice de ses fonc­tions éle­vées de pape, de telle sorte qu’il doive être mis immé­dia­te­ment sur la voie de la cano­ni­sa­tion et don­né en modèle de pon­tife à tous ses successeurs.

L’Eglise a tou­jours recon­nu que la ques­tion des ver­tus héroïques dans un pro­cès en béa­ti­fi­ca­tion était inex­tri­ca­ble­ment liée à l’exercice héroïque par le can­di­dat des devoirs de son état de vie. Comme l’a expli­qué le pape Benoît XIV (1675–1758) dans son ensei­gne­ment sur la béa­ti­fi­ca­tion, l’accomplissement héroïque du devoir d’état se tra­duit par des actes si dif­fi­ciles qu’ils sont « au-​dessus des forces com­munes des hommes« , qu’ils « sont accom­plis promp­te­ment, faci­le­ment« , « avec une joie sainte » et « assez fré­quem­ment, lorsque l’occasion s’en pré­sente« . [Cf. De ser­vo­rum Dei bea­ti­fi­ca­tione, Livre III, chap. 21 in Reginald Garrigou-​Lagrange, Les Trois Ages de la Vie Intérieure, Vol. 2, p. 443].

Supposons qu’un père de famille nom­breuse ait été pré­sen­té comme can­di­dat à la béa­ti­fi­ca­tion. On n’aurait pas grand espoir de voir avan­cer sa cause s’il se trou­vait que, quoique pieux, il avait constam­ment échoué à cor­ri­ger et à édu­quer cor­rec­te­ment ses enfants qui lui déso­béis­saient sans cesse et sus­ci­taient le désordre dans sa mai­son, au point de com­battre ouver­te­ment la Foi alors même qu’ils vivaient sous son toit ; ou bien si, quoiqu’attentif à ses prières et à ses devoirs spi­ri­tuels, il avait négli­gé de sub­ve­nir aux besoins de sa famille par son tra­vail, et lais­sé ain­si son foyer cou­rir à la ruine.

Lorsque le can­di­dat à la béa­ti­fi­ca­tion est un pape – Père de l’Eglise uni­ver­selle – la ques­tion ne porte pas seule­ment sur sa pié­té et sa sain­te­té per­son­nelles, mais aus­si sur le soin qu’il a eu de l’immense domaine de la Foi que Dieu lui a confié, et pour lequel Dieu accorde au pape des grâces d’état extra­or­di­naires. Voilà quelle est la vraie ques­tion : Jean-​Paul II a‑t-​il accom­pli héroï­que­ment ses devoirs de Souverain Pontife à la manière de ses pré­dé­ces­seurs cano­ni­sés, ses devoirs que l’on peut énu­mé­rer ain­si : en com­bat­tant l’erreur, en défen­dant avec cou­rage et promp­ti­tude son trou­peau contre les loups féroces qui la pro­pagent, et en pro­té­geant l’intégrité de la doc­trine et du culte divin de l’Eglise ? Nous crai­gnons que, dans les cir­cons­tances de cette béa­ti­fi­ca­tion « expresse », cette ques­tion de fond n’ait pas reçu toute la consi­dé­ra­tion patiente et atten­tive qu’elle mérite.

Une pression populaire disproportionnée

Parmi les cir­cons­tances qui nous inquiètent, on peut citer la pres­sion inop­por­tune de la « demande popu­laire » de béa­ti­fi­ca­tion, mani­fes­tée par le slo­gan « Santo subi­to ! » (« Saint tout de suite ! »). C’est pré­ci­sé­ment dans le but d’éviter l’influence d’une émo­tion popu­laire éphé­mère et de per­mettre les condi­tions d’un juge­ment his­to­rique dépas­sion­né, que la loi de l’Eglise pres­crit sage­ment d’attendre un délai de cinq ans avant même d’entamer un pro­cès de béa­ti­fi­ca­tion. Pourtant, dans cette affaire, on s’est dis­pen­sé de ce délai pru­dent. C’est ain­si qu’un pro­cès qui devrait avoir à peine com­men­cé, se trouve main­te­nant presque à son terme, comme s’il s’agissait de satis­faire immé­dia­te­ment à la volon­té popu­laire, même si ce n’en est pas l’intention.

Nous sommes conscients du rôle de l’acclamation popu­laire, même dans la cano­ni­sa­tion des saints, dans cer­tains cas excep­tion­nels. Le pape saint Grégoire le Grand, par exemple, a été cano­ni­sé par accla­ma­tion popu­laire presque immé­dia­te­ment après sa mort. Mais ce pon­tife romain hors du com­mun a été, ni plus ni moins, le fon­da­teur de la civi­li­sa­tion chré­tienne, posant les bases à la fois spi­ri­tuelles et struc­tu­relles de l’Eglise et de la Chrétienté, qui ont per­du­ré de siècle en siècle.

De même, le pape saint Nicolas Ier, le der­nier pape hono­ré par l’Eglise du titre de « grand », a joué un rôle déter­mi­nant dans la réforme de l’Eglise lors d’une grande crise de la Foi et de la dis­ci­pline tou­chant en par­ti­cu­lier le haut de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, dont il a affron­té les membres cor­rom­pus avec cou­rage, et c’est à juste titre qu’il est consi­dé­ré comme le véri­table sau­veur de la civi­li­sa­tion chré­tienne, au temps où sa sur­vie même était mise en doute.

En outre, l’acclamation popu­laire des bien­heu­reux et des saints nous vient d’un temps où l’écrasante majo­ri­té des gens demeu­rait fidèle et sou­mise à l’Eglise. La ques­tion se pose aujourd’hui : Quelle est la valeur d’une demande popu­laire pour cette béa­ti­fi­ca­tion, à une époque où l’immense majo­ri­té de ceux qui se disent catho­liques rejette pure­ment et sim­ple­ment tout ensei­gne­ment en matière de Foi ou de morale, consi­dé­ré par eux comme inac­cep­table – et en par­ti­cu­lier l’enseignement infaillible du Magistère sur le mariage et la procréation ?

Un héritage encombrant

En toute sin­cé­ri­té, nous sommes contraints d’observer en com­pa­rai­son que, étant don­né la situa­tion de l’Eglise telle qu’il l’a lais­sée, le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II ne peut objec­ti­ve­ment jus­ti­fier une béa­ti­fi­ca­tion par accla­ma­tion popu­laire, encore moins la cano­ni­sa­tion immé­diate que les foules ont récla­mée à grands cris. Une hon­nête esti­ma­tion des faits oblige à conclure que le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II a été mar­qué, non par le renou­vel­le­ment et la res­tau­ra­tion que nous obser­vons durant les pon­ti­fi­cats de ses plus émi­nents pré­dé­ces­seurs, mais plu­tôt, pour reprendre la célèbre remarque de l’ancien car­di­nal Ratzinger [Cf. L’Osservatore Romano, 9 novembre 1984], par l’accélération du « pro­ces­sus conti­nu de déca­dence« , en par­ti­cu­lier dans les nations de tra­di­tion chré­tienne d’Europe occi­den­tale, des Amériques et du Pacifique.

Cette réa­li­té objec­tive appa­raît encore plus lorsque l’on consi­dère que le défunt pape lui-​même, à la toute fin de son pon­ti­fi­cat, se lamen­tait de « l’apostasie silen­cieuse » d’une Europe autre­fois chré­tienne [Cf. Ecclesia In Europa (2003), n. 9]. De plus, son suc­ces­seur a depuis publi­que­ment décrié le « pro­ces­sus de sécu­la­ri­sa­tion » qui « a pro­duit une grave crise du sens de la foi chré­tienne et de l’appartenance à l’Eglise. » En cette occa­sion, le pape Benoît XVI a annon­cé la créa­tion d’un nou­veau Conseil Pontifical dont la mis­sion spé­ci­fique sera de « pro­mou­voir une évan­gé­li­sa­tion renou­ve­lée dans les pays où a déjà reten­ti la pre­mière annonce de la foi […], mais qui vivent une sécu­la­ri­sa­tion pro­gres­sive de la socié­té et une sorte d’« éclipse du sens de Dieu » […] » [Cf. Homélie des Vêpres du 28 juin 2010].

La péné­tra­tion de cette « apos­ta­sie silen­cieuse » par­mi les membres de l’Eglise elle-​même est appa­rue encore plus évi­dente après le Second Concile du Vatican. Avant le Concile, le monde dans son ensemble subis­sait un déclin ver­ti­gi­neux et chaque pape le met­tait en garde, mais à l’intérieur de l’Eglise, la Foi res­tait ferme, la litur­gie était intacte, les voca­tions abon­dantes, les familles nom­breuses – jusqu’à la grande « ouver­ture au monde » conciliaire.

Le Souverain Pontife actuel, écri­vant en tant que car­di­nal Ratzinger, au milieu du pon­ti­fi­cat de 27 ans de son pré­dé­ces­seur, a éta­bli une par­tie du diag­nos­tic de l’apparition sou­daine d’une crise post­con­ci­liaire sans pré­cé­dent dans l’Eglise : « Je suis convain­cu que la crise ecclé­sias­tique dans laquelle nous nous trou­vons aujourd’hui est due en grande par­tie à l’effondrement de la litur­gie… » [La Mia Vita (1997), p. 113 : « Sono convin­to che la cri­si eccle­siale in cui oggi ci tro­via­mo dipende in gran parte dal crol­lo del­la litur­gia… »]

L’idée que l’Eglise n’a subi abso­lu­ment aucun « effon­dre­ment de la litur­gie » avant Vatican II et les « réformes » entre­prises en son nom, néces­site à peine une démons­tra­tion. Quinze ans seule­ment après le Concile, dans la deuxième année de son pon­ti­fi­cat, Jean-​Paul II lui-​même a publi­que­ment deman­dé par­don pour la perte sou­daine et dra­ma­tique de la foi et du res­pect eucha­ris­tiques, à la suite des « réformes litur­giques » approu­vées par Paul VI : « En arri­vant au terme de ces consi­dé­ra­tions, je vou­drais deman­der par­don en mon nom et en votre nom à tous, véné­rés et chers Frères dans l’épiscopat pour tout ce qui, en rai­son de quelque fai­blesse humaine, impa­tience, négli­gence que ce soit, par suite éga­le­ment d’une appli­ca­tion par­fois par­tielle, uni­la­té­rale, erro­née des pres­crip­tions du Concile Vatican II, peut avoir sus­ci­té scan­dale et malaise au sujet de l’interprétation de la doc­trine et de la véné­ra­tion qui est due à ce grand sacre­ment. Et je prie le Seigneur Jésus afin que désor­mais, dans notre façon de trai­ter ce mys­tère sacré, soit évi­té ce qui peut affai­blir ou déso­rien­ter d’une manière quel­conque le sens du res­pect et de l’amour chez nos fidèles. » [Dominicae Cenae (1980), §12]

Mais cette repen­tance éton­nante de Jean-​Paul II n’a jamais été sui­vie d’aucune action déci­sive pour enrayer l’effondrement com­plet de la litur­gie tout au long des vingt-​cinq années sui­vantes de son règne. Bien au contraire, en 1988, année du vingt-​cinquième anni­ver­saire de la consti­tu­tion Sacrosanctum Concilium, le pape a salué « les réformes qu’elle a per­mis de réa­li­ser » comme étant « le fruit le plus appa­rent de toute l’œuvre conci­liaire« , notant que « pour beau­coup, le mes­sage du Deuxième Concile du Vatican a été per­çu avant tout à tra­vers la réforme litur­gique« . De fait ! En ce qui concerne l’effondrement mani­feste de la litur­gie, le pape s’est conten­té de remar­quer divers abus se pro­dui­sant « par­fois », en insis­tant néan­moins sur le fait que « les pas­teurs et le peuple chré­tien, dans leur immense majo­ri­té, ont accueilli la réforme litur­gique dans un esprit d’obéissance et même de fer­veur joyeuse. » [Vicesimus Quintus Annus (1988), § 12]

Pourtant aujourd’hui la majo­ri­té des chré­tiens ne croient même pas à la Présence réelle du Christ dans la Sainte Eucharistie, qu’ils reçoivent dans la main, des mains non consa­crées de ministres laïcs, comme s’il s’agissait d’un banal mor­ceau de pain, ce qui est exac­te­ment la façon dont ils la traitent. De plus, allant de pair avec l’attitude qua­si uni­ver­selle d’obéissance sélec­tive au Magistère, l’usage des moyens contra­cep­tifs est lar­ge­ment répan­du par­mi les catho­liques, dont la vision de la contra­cep­tion dif­fère peu de celle des pro­tes­tants, selon d’innombrables son­dages et études. Ceci est éga­le­ment ren­du visible par la chute ver­ti­gi­neuse des taux de nata­li­té et leur niveau misé­rable aujourd’hui par­mi les popu­la­tions catho­liques d’Occident, qui n’ont même pas assez d’enfants pour se renou­ve­ler. C’est pour­quoi Jean-​Paul II lui-​même a men­tion­né « la peur par­tout répan­due de don­ner vie à de nou­veaux enfants » au sein de « l’apostasie silen­cieuse » qu’il déplore dans Ecclesia in Europa. En fait, on ne peut contes­ter que le taux de nata­li­té le plus haut dans les milieux catho­liques se trouve chez les « tra­di­tio­na­listes » qui ne par­ti­cipent pas à la litur­gie réfor­mée ou qui, n’ayant pas d’autre choix, l’endurent sans la moindre trace de « fer­veur joyeuse ».

De plus, il est mani­feste que Jean-​Paul II a lui-​même contri­bué à l’effondrement litur­gique par ses actes. Pour la pre­mière fois de son his­toire, l’Eglise a vu sous son pon­ti­fi­cat la nou­veau­té scan­da­leuse des « ser­vantes d’autel », au sujet des­quelles le pape est reve­nu sur sa déci­sion pre­mière qui pros­cri­vait cette inno­va­tion comme étant incom­pa­tible avec la tra­di­tion bimil­lé­naire de l’Eglise. Puis, il y a eu les litur­gies papales « incul­tu­rées » incluant de la musique rock et des élé­ments fran­che­ment païens, comme le spec­tacle effa­rant de la lec­ture de l’épître par une femme aux seins nus en Nouvelle-​Guinée, de dan­seurs aztèques tour­noyants et emplu­més agi­tant des cré­celles, ain­si que d’un « rite de puri­fi­ca­tion » au Mexique, et d’une « céré­mo­nie de la fumée » abo­ri­gène en lieu et place du rite péni­ten­tiel en Australie. L’excuse selon laquelle le pape n’aurait rien su à l’avance de ces aber­ra­tions litur­giques est démen­tie par le choix (qu’il a fait lui-​même) et le main­tien de leur auteur et orches­tra­teur : Piero Marini, Maître des célé­bra­tions litur­giques pon­ti­fi­cales de Jean-​Paul II pen­dant près de vingt ans, en dépit de pro­tes­ta­tions uni­ver­selles contre ses défor­ma­tions gro­tesques de la litur­gie romaine. Marini a fina­le­ment été rem­pla­cé en 2007 par le pape Benoît XVI, qui a fait preuve d’une grande clémence.

On est hon­nê­te­ment for­cé d’admettre que, si les grands papes d’avant le Concile avaient été témoins des litur­gies papales de Jean-​Paul II, ou sim­ple­ment de l’état géné­ral du rite romain tout au long de son pon­ti­fi­cat, ils en auraient éprou­vé un mélange d’indignation et d’incrédulité horrifiée.

Mais la litur­gie n’était pas la seule à s’être effon­drée à la fin du der­nier pon­ti­fi­cat. Comme nous l’avons rap­pe­lé au début de cet expo­sé, le jour du Vendredi Saint 2005, juste avant de mon­ter à son tour sur le Trône de Saint Pierre, l’ancien car­di­nal Ratzinger obser­vait : « Que de souillures dans l’Eglise, et par­ti­cu­liè­re­ment par­mi ceux qui, dans le sacer­doce, devraient lui appar­te­nir tota­le­ment. » [Cf. Homélie de la messe du Vendredi Saint, 2005]. Ces « souillures » aux­quelles le car­di­nal fai­sait réfé­rence étaient bien évi­dem­ment le nombre incroyable de scan­dales sexuels met­tant en cause des actes inqua­li­fiables de la part de prêtres catho­liques, sur toute la sur­face du globe – récolte de décen­nies de « renou­veau conci­liaire » dans les séminaires.

Au lieu de sanc­tion­ner les évêques qui entre­te­naient cette immo­ra­li­té dans les sémi­naires, la dis­si­mu­laient en mutant les pré­da­teurs sexuels de place en place, puis rui­naient leurs dio­cèses en dom­mages et inté­rêts à ver­ser aux vic­times, Jean-​Paul II a offert un refuge à plu­sieurs des pré­lats les plus scan­da­leu­se­ment laxistes. L’exemple le plus remar­quable est peut-​être celui du car­di­nal Bernard Law. Obligé de répondre devant un grand jury de sa négli­gence cou­pable à éra­di­quer la pré­da­tion homo­sexuelle galo­pante de prêtres du dio­cèse de Boston sur des jeunes gar­çons, ce qui a abou­ti au ver­se­ment de 100 mil­lions de dol­lars de dom­mages et inté­rêts répar­tis entre plus de 500 vic­times, la « puni­tion » admi­nis­trée à Law par le pape, après sa démis­sion d’archevêque en dis­grâce, a été de le faire venir à Rome et de le gra­ti­fier de l’une des quatre splen­dides basi­liques majeures, avec la fonc­tion d’archiprêtre.

Et que dire de Mgr Weakland, ce théo­lo­gien dis­si­dent notoire qui a admis dans une dépo­si­tion avoir déli­bé­ré­ment remis des pré­da­teurs homo­sexuels dans le minis­tère actif, au sein du dio­cèse de Milwaukee, sans en aver­tir leurs parois­siens ni faire part à la police de leurs crimes ? Ayant conduit le dio­cèse au dépôt de bilan par le paie­ment des dom­mages et inté­rêts consé­cu­tifs, Weakland n’a ache­vé sa longue car­rière de démo­li­tion de l’intégrité de la foi et de la morale – avec une publi­ci­té mon­diale – qu’après la révé­la­tion de son détour­ne­ment de 450.000 dol­lars de fonds dio­cé­sains pour ache­ter le silence d’un homme avec qui il avait eu une rela­tion homo­sexuelle. Jean-​Paul II a auto­ri­sé ce loup épis­co­pal à prendre sa retraite avec toute la digni­té due à sa haute charge dans l’Eglise, après quoi une mai­son d’édition pro­tes­tante a publié ses mémoires : Pilgrim in a Pilgrim Church : Memoirs of a Catholic Archbishop (Pèlerin dans une Eglise en pèle­ri­nage : Mémoires d’un arche­vêque catho­lique). Et un cri­tique admi­ra­tif a écrit que le livre « fait le por­trait d’un homme impré­gné des valeurs du Concile Vatican II, qui a eu le cou­rage de les mettre en avant à la fois en tant que Père Abbé béné­dic­tin et en tant qu’archevêque de Milwaukee« .

Les « souillures » qui ont acca­blé l’Eglise au cours du der­nier pon­ti­fi­cat incluent la longue his­toire de pré­da­tion sexuelle du P. Marcial Maciel Degollado, fon­da­teur des Légionnaires du Christ, pré­sen­té comme le véri­table exemple du « renou­veau » en action. Jean-​Paul II a refu­sé d’entreprendre la moindre enquête sur les agis­se­ments de Maciel en dépit de l’accumumlation de preuves de ses crimes abo­mi­nables qui, grâce à une publi­ci­té mon­diale, sont désor­mais les plus célèbres jamais com­mis par un clerc catho­lique. Ne tenant aucun compte des pro­cès cano­niques bien connus et enga­gés de longue date par huit sémi­na­ristes des Légionnaires que Maciel avait sexuel­le­ment agres­sés, Jean-​Paul II l’a cou­vert d’honneurs lors d’une céré­mo­nie publique au Vatican en novembre 2004. Quelques jours après cepen­dant, le car­di­nal Ratzinger « a pris sur lui d’autoriser une enquête sur Maciel. » [Jason Berry, Money Paved the Way for Maciel’s Influence in the Vatican (L’argent a pavé la route de l’in­fluence de Maciel au Vatican), National Catholic Reporter, 6 avril 2010]

Il a lit­té­ra­le­ment fal­lu attendre la mort de Jean-​Paul II pour que Maciel puisse être sanc­tion­né. Il a fina­le­ment été écar­té du minis­tère actif et exi­lé dans un monas­tère dès que le car­di­nal Ratzinger est deve­nu le pape Benoît XVI. Mais tout cela ne repré­sente qu’une part du tableau dépeint par un com­men­ta­teur catho­lique de renom : « Jean-​Paul II, le pape de haut vol, a lais­sé les scan­dales se répandre sous ses pieds, et il a échu au peu cha­ris­ma­tique Ratzinger de les net­toyer. Ce modèle s’étend à d’autres pro­blèmes épi­neux que le der­nier pape avait ten­dance à évi­ter, comme la démo­li­tion de la litur­gie catho­lique ou la mon­tée de l’islam dans une Europe autre­fois chré­tienne. » [Ross Douthat, The Better Pope (Le meilleur pape), New York Times, 11 avril 2010]

Une autre rai­son d’avoir des réserves sur cette béa­ti­fi­ca­tion est que, tout au long du pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II, les fidèles catho­liques ont été stu­pé­faits et scan­da­li­sés par une quan­ti­té de décla­ra­tions et de gestes impru­dents du pape, tels que l’Eglise n’en avait jamais connus en 2000 ans. Pour rap­pe­ler quelques-​uns des exemples les plus connus :

- Les nom­breuses repen­tances théo­lo­gi­que­ment dou­teuses pour les fautes pré­su­mées des catho­liques en des époques anté­rieures de l’histoire de l’Eglise

Le monde n’a évi­dem­ment pas vu ces mea culpa inédits du pape comme une démons­tra­tion édi­fiante de l’humilité de l’Eglise. Au contraire et comme c’était pré­vi­sible, ils ont été inter­pré­tés comme la recon­nais­sance de la culpa­bi­li­té de l’Eglise en toutes sortes de crimes contre l’humanité. A l’exception des excuses appa­rem­ment oubliées de Dominicae Cenae, il n’y a pas eu de repen­tance pour l’incapacité catas­tro­phique des membres vivants de la hié­rar­chie à pré­ser­ver la foi et la dis­ci­pline au milieu du « pro­ces­sus conti­nu de déca­dence » et de « l’apostasie silencieuse ».

- Les ren­contres œcu­mé­niques d’Assise en octobre 1986 et en jan­vier 2002

Durant la ren­contre d’Assise 2002, le pape Jean-​Paul II a attri­bué des lieux, au sein même du monas­tère de saint François, aux pra­ti­quants de « toutes les grandes reli­gions du monde« , de l’animisme au zoroas­trisme, afin qu’ils puissent accom­plir leurs dif­fé­rents rituels dans cette enceinte catho­lique sacrée. Se réfé­rant avec emphase à ces « lieux amé­na­gés », le pape a décla­ré à cette assem­blée dis­pa­rate qui incluait des adeptes du vau­dou : « nous prie­rons selon des formes diverses, res­pec­tant les tra­di­tions reli­gieuses de cha­cun. » [Cf. Discours aux repré­sen­tants des dif­fé­rentes reli­gions du monde pré­sents à Assise (24 jan­vier 2002) et liste des par­ti­ci­pants dis­po­nibles sur : vatican.va]

L’impression qu’a inévi­ta­ble­ment lais­sée l’événement d’Assise, en par­ti­cu­lier à tra­vers le prisme des media sécu­liers, a été que toutes les reli­gions plaisent plus ou moins à Dieu – ce qui est pré­ci­sé­ment la théo­rie reje­tée comme fausse par le pape Pie XI dans son ency­clique Mortalium Animos en 1928. Sinon, pour­quoi le pape aurait-​il convo­qué tous leurs « repré­sen­tants » à Assise pour offrir leurs « prières pour la paix » ? Est-​il hon­nê­te­ment pos­sible de nier que cha­cun des pré­dé­ces­seurs pré­con­ci­liaires du pape aurait condam­né ces exhibitions ?

- Le bai­ser du Coran effec­tué en public par le pape lors de la visite à Rome d’un groupe de chré­tiens et de musul­mans irakiens

Le Patriarche catho­lique de rite chal­déen d’Irak a salué cet acte comme un « geste de res­pect » pour une reli­gion dont l’essence est une néga­tion de la Sainte Trinité et de la divi­ni­té du Christ, et dont l’histoire entière est mar­quée par la per­sé­cu­tion des chré­tiens, comme nous le voyons en ce moment même en Irak et dans les « répu­bliques » isla­miques du monde arabe.

- L’exclamation stu­pé­fiante du 21 mars 2000 en Terre Sainte : « Que saint Jean-​Baptiste pro­tège l’islam et tout le peuple jor­da­nien… » [Homélie pon­ti­fi­cale en Terre Sainte, sur : vatican.va]

Comment expli­quer cette prière sans pré­cé­dent pour la pro­tec­tion d’une fausse reli­gion en elle-​même (dis­tincte de la per­sonne de ses adeptes) au cours d’un ser­mon papal en Terre Sainte, jus­te­ment à l’endroit qui a été libé­ré de l’islam pen­dant la 1ère Croisade ?

- L’imposition de la croix pec­to­rale, sym­bole de l’autorité épis­co­pale, à George Carey et à Rowan Williams

Ces angli­cans, soi-​disant arche­vêques de Canterbury, dont la vali­di­té des ordi­na­tions sacer­do­tales et épis­co­pales a été défi­ni­ti­ve­ment exclue par la Bulle Apostolicae Curae du pape Léon XIII en 1896, n’adhèrent pas même à l’enseignement de l’Eglise sur des ques­tions élé­men­taires de morale fon­dées sur la loi divine et natu­relle. [Cf. John Allen, Papal Deeds Speak Louder (Les actes du pape parlent plus fort), National Catholic Register, November 8, 2002]

- La par­ti­ci­pa­tion active du pape Jean-​Paul II à un culte païen dans une « forêt sacrée » du Togo

Le propre jour­nal du pape rap­porte com­ment, dès son arri­vée sur les lieux, « un sor­cier a com­men­cé à invo­quer les esprits : ‘Puissance de l’eau, je vous invoque. Ancêtres, je vous invoque’. A la suite de cette invo­ca­tion des « esprits », le pape s’est vu pré­sen­ter « un réci­pient plein d’eau et de farine. [Il s’est] d’abord incli­né légè­re­ment, puis a dis­per­sé le mélange dans toutes les direc­tions. Le matin, il avait effec­tué le même geste avant la messe. Ce rite païen (!) signi­fie que celui qui reçoit l’eau, sym­bole de pros­pé­ri­té, la par­tage avec ses ancêtres en la jetant sur le sol. » [L’Osservatore Romano, édi­tion ita­lienne, 11 août 1985, p. 5]

Peu après son retour à Rome, le pape a expri­mé sa satis­fac­tion d’avoir par­ti­ci­pé publi­que­ment à la prière et au rituel des ani­mistes. « La ren­contre de prière au sanc­tuaire du Lac Togo fut par­ti­cu­liè­re­ment mar­quante. Là-​bas, j’ai prié pour la pre­mière fois avec des ani­mistes. » [La Croix, 23 août 1985] On pour­rait pen­ser que ce seul cas lui-​même – non seule­ment sans repen­tir, mais van­té en public – devrait être suf­fi­sant pour anéan­tir la cause de Jean-​Paul II au pro­cès de cano­ni­sa­tion. Car selon le propre aveu du pape, il a « prié… avec des ani­mistes ». Et ce type d’action – par­ti­ci­pa­tion directe et for­melle à un culte païen – est une chose que l’Eglise a tou­jours jugée comme étant objec­ti­ve­ment gra­ve­ment pec­ca­mi­neuse. Ainsi que l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise Catholique, il n’y a pas seule­ment ido­lâ­trie dans l’adoration de faux dieux ou d’idoles en tant que tels, mais éga­le­ment lorsque l’on « honore et révère une créa­ture à la place de Dieu, qu’il s’agisse des dieux ou des démons (par exemple le sata­nisme), de pou­voir, de plai­sir, de la race, des ancêtres, de l’Etat , de l’argent, etc. (…) L’idolâtrie récuse l’unique Seigneurie de Dieu ; elle est donc incom­pa­tible avec la com­mu­nion divine. » [CEC § 2113]

Mais ce n’est là que le plus scan­da­leux, sans doute, par­mi de nom­breux inci­dents simi­laires sous le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II. Il est inté­res­sant d’observer quel a été le ver­dict de l’Eglise au IVe siècle au sujet du pape Libère, pre­mier évêque de Rome à ne pas être pro­cla­mé saint. Libère a héri­té de cette « dis­tinc­tion » dou­teuse pour avoir, alors qu’il était en exil et sous l’oppression tyran­nique d’un empe­reur per­sé­cu­teur, sous­crit à une doc­trine ambi­guë favo­rable à l’arianisme et pour avoir excom­mu­nié Athanase, le cham­pion de l’orthodoxie tri­ni­taire. Même si après sa libé­ra­tion et son retour à Rome, il a promp­te­ment rétrac­té ces actes lamen­tables et sou­te­nu de nou­veau la doc­trine ortho­doxe jusqu’à la fin de son pon­ti­fi­cat, la cano­ni­sa­tion lui a pour­tant été refusée.

- L’office des vêpres « œcu­mé­niques » dans la Basilique Saint-​Pierre, le cœur de l’Eglise visible, au cours duquel le pape a consen­ti à prier en com­mun avec des « évêques » luthé­riens, par­mi les­quels des femmes se pré­ten­dant suc­ces­seurs des Apôtres

Ce spec­tacle a bien enten­du sou­le­vé la ques­tion de savoir si le Pape sapait son propre ensei­gne­ment contre l’ordination des femmes. [Cf. Allen, loc. cit.]

En somme, tout exa­men objec­tif des faits montre que Jean-​Paul II a gou­ver­né et lais­sé der­rière lui une Eglise demeu­rée en crise après le bou­le­ver­se­ment qui a immé­dia­te­ment sui­vi le Concile Vatican II. Il est vrai que son pon­ti­fi­cat a com­por­té des réa­li­sa­tions véri­ta­ble­ment posi­tives, comme la défense admi­rable et sans com­pro­mis de la vie humaine face à une « culture de mort » gran­dis­sante, un ensei­gne­ment de grande valeur dans plu­sieurs ency­cliques sociales impor­tantes, une décla­ra­tion infaillible sur l’impossibilité de l’ordination des femmes, et le motu pro­prio (Ecclesia Dei) qui a au moins pré­pa­ré le ter­rain à la « libé­ra­tion » de la messe latine tra­di­tion­nelle par le pape Benoît XVI. Nous ne met­tons pas non plus en doute sa pié­té per­son­nelle ni sa vie inté­rieure, évi­dentes pour ceux qui l’ont côtoyé, et que nous avons recon­nues au début de cet exposé.

On ne peut nier cepen­dant que tous les pré­dé­ces­seurs de Jean-​Paul II auraient été aba­sour­dis et conster­nés par la déso­béis­sance désas­treu­se­ment répan­due, la dégra­da­tion litur­gique, la confu­sion doc­tri­nale, les affaires de mœurs, et le déclin de l’assistance à la messe qui a per­du­ré jusqu’à la fin de son pon­ti­fi­cat – tout cela ren­for­cé par des nomi­na­tions épis­co­pales sou­vent peu judi­cieuses et par ces décla­ra­tions et actes pon­ti­fi­caux extrê­me­ment dis­cu­tables que nous avons rap­pe­lés plus haut. Même Paul VI, le pape de la réforme, dont les ini­tia­tives œcu­mé­niques et inter­re­li­gieuses sont res­tées beau­coup plus pru­dentes que celles de Jean-​Paul II, aurait été effa­ré de l’état de l’Eglise à la fin du long règne de Jean-​Paul II. Et c’est le pape Paul VI lui-​même qui a décrit la débâcle post­con­ci­liaire déjà galo­pante, avec les mots les plus durs jamais enten­dus de la bouche d’un Souverain Pontife : « Par quelque fis­sure la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu : nous voyons le doute, l’incertitude, les pro­blèmes, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement.(…) Le doute est entré dans nos consciences, et il est entré par des fenêtres qui devraient être ouvertes à la lumière.(…) Cet état d’incertitude règne jusque dans l’Eglise. On espé­rait qu’après le Concile une jour­née de soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Eglise. Au lieu de cela, c’est un jour de nuages, de tem­pête, de ténèbres, de tâton­ne­ment, d’incertitude qui est venu.(…) Comment cela s’est-il pro­duit ? Nous allons vous confier ce que nous pen­sons : une puis­sance adverse est inter­ve­nue dont le nom est le démon… » [Paul VI, Insegnamenti, Ed. Vaticana, Vol. X, 1972, p. 707]

Comme Jean-​Paul II après lui, Paul VI n’a pris aucune mesure effi­cace pour faire face à une débacle que seul le pape, et uni­que­ment le pape, aurait pu empê­cher, ou tout au moins étroi­te­ment circonscrire.

Et c’est bien Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei, qui a repris ces aveux désas­treux du pape Paul VI dans son dis­cours aux prêtres euro­péens de la Fraternité Saint-​Pierre, le 2 juillet 2010, à Wigratzbad. Mgr Pozzo l’a recon­nu à cette occa­sion : « Malheureusement, les effets décrits par Paul VI n’ont pas dis­pa­ru. Une pen­sée étran­gère est entrée dans le monde catho­lique, jetant la confu­sion, sédui­sant beau­coup d’esprits et déso­rien­tant les fidèles. Il y a un ‘esprit de démo­li­tion’ impré­gné de moder­nisme»La crise post­con­ci­liaire, a‑t-​il obser­vé, com­prend une « idéo­lo­gie para-​conciliaire » qui « reprend en sub­stance l’idée du moder­nisme, condam­né au début du XXe siècle par saint Pie X. » »

Mais qui, sinon le der­nier pape, et son pré­dé­ces­seur, porte une part de res­pon­sa­bi­li­té dans l’extension de cette idéo­lo­gie para-​conciliaire hété­ro­doxe dans tout le monde catho­lique ? Certes Jean-​Paul II, comme Paul VI, a pro­mul­gué un grand nombre de docu­ments magis­té­riels dans la ligne de la doc­trine tra­di­tion­nelle qui étaient diri­gés contre cette hété­ro­doxie. Mais la ques­tion qui se pose main­te­nant est celle-​ci : son témoi­gnage a‑t-​il été assez fort et assez consis­tant pour qu’il puisse être lui-​même qua­li­fié de défen­seur héroïque de la foi et de la morale ortho­doxes ? Ou plu­tôt, ses propres inno­va­tions dis­cu­tables en paroles et en actes, ain­si que ses omis­sions et son manque de fer­me­té dans le gou­ver­ne­ment de l’Eglise, ont-​ils eu pour effet glo­bal de reprendre de la main gauche ce qu’il don­nait de la main droite ?

A ce pro­pos, nous remar­quons cette iro­nie suprême : alors qu’une résur­gence de l’hérésie moder­niste engen­drait le chaos dans toute l’Eglise, Jean-​Paul II n’a jugé oppor­tun d’annoncer per­son­nel­le­ment l’excommunication que de cinq per­sonnes en vingt-​sept années de pon­ti­fi­cat : celles de feu l’archevêque Marcel Lefebvre et des quatre évêques qu’il a consa­crés en 1988 pour la Fraternité Saint-​Pie X[1]), dont le but est pré­ci­sé­ment (que l’on soit d’accord ou non avec leur approche) de lut­ter contre « l’idéologie para-​conciliaire » men­tion­née par Mgr Pozzo, selon le pro­gramme du pape saint Pie X dont leur socié­té porte le nom. (NB : Jean-​Paul II n’a pas annon­cé per­son­nel­le­ment l’excommunication de Tissa Balasuriya[2]), qui de toute façon a été « désex­com­mu­nié » un an plus tard).

Comme tout le monde le sait, le pape Benoît XVI a levé au début de l’année 2009 les excom­mu­ni­ca­tions qui frap­paient les quatre évêques de la Fraternité. Il a décla­ré depuis « qu’avec la recon­nais­sance de la pri­mau­té du pape, ces évêques, du point de vue juri­dique, devaient être libé­rés de l’excommunication« . [Lumière du monde, p. 42] Mais ils avaient tou­jours recon­nu la pri­mau­té du pape, contrai­re­ment à ces mul­ti­tudes de catho­liques – laïques, prêtres, reli­gieuses, théo­lo­giens, et même cer­tains évêques – qui l’ont niée de fait en s’écartant ouver­te­ment des ensei­gne­ment les plus fon­da­men­taux du Magistère, pen­dant que le Vatican n’a rien fait ou presque pen­dant plus d’un quart de siècle contre eux.

De même, l’infortuné Paul VI, au beau milieu de « l’auto-démolition » crois­sante de l’Eglise qu’il dénon­çait lui-​même, a réser­vé ses mesures dis­ci­pli­naires les plus dures à la Fraternité et à Mgr Lefebvre, qu’il a répri­man­dé nomi­na­le­ment et en public, avant d’ordonner qu’il fût sus­pens a divi­nis, tan­dis que des rebelles à la théo­lo­gie et à la litur­gie met­taient l’Eglise à sac en toute impu­ni­té dans le monde entier.

Bien peu aujourd’hui pro­posent sérieu­se­ment la béa­ti­fi­ca­tion de Paul VI, qui a pré­ci­pi­té la débâcle à laquelle il pré­si­dait, sans même faire le mini­mum néces­saire pour la cir­cons­crire. En fait, il n’y a pas eu de pro­cès en béa­ti­fi­ca­tion du pape Paul VI avant que Jean-​Paul II le fasse ouvrir au niveau dio­cé­sain, en 1993. Il n’a pas pro­gres­sé depuis, ayant, semble-​t-​il, subi un coup d’arrêt en rai­son d’objections graves qui ne sont pas sans rap­pe­ler quelques-​unes de celles que nous avons sug­gé­rées ici. Et ain­si nous devons poser cette ques­tion : pour­quoi une telle pré­ci­pi­ta­tion à béa­ti­fier Jean-​Paul II, alors qu’il a pour­sui­vi sans dévier le même pro­gramme impru­dent de réformes que celui de son pré­dé­ces­seur, y ajou­tant toute une série d’innovations que même le pape Paul VI, ce per­son­nage hau­te­ment tra­gique, n’aurait pas osé hasar­der ? Au moins Paul VI a‑t-​il eu l’honnêteté d’admettre qu’il avait vu la fumée de Satan entrer dans l’Eglise, et non un « nou­veau prin­temps de vie chré­tienne qui devra être révé­lé par le grand Jubilé si les chré­tiens savent suivre l’action de l’Esprit Saint. » [Lettre apos­to­lique Tertio Millennio Adveniente (1994) § 18]

Pour l’amour de la véri­té, nous devons tirer fran­che­ment la conclu­sion qui s’impose : aucun pape béa­ti­fié ni cano­ni­sé dans l’histoire de l’Eglise n’a lais­sé un héri­tage aus­si trouble que celui de Jean-​Paul II, et pro­ba­ble­ment aucun pape du tout à l’exception de Paul VI.

Un miracle douteux

Enfin, nous ne pou­vons man­quer de noter que le seul miracle sur lequel la béa­ti­fi­ca­tion toute entière repose – la pré­ten­due gué­ri­son d’une reli­gieuse fran­çaise, Sœur Marie Simon-​Pierre, décla­rée atteinte de la mala­die de Parkinson –, laisse songeur.

D’une part, le diag­nos­tic même de la mala­die de Parkinson laisse place au doute ; il manque le seul test défi­ni­tif recon­nu par la science médi­cale : l’autopsie du cer­veau. Il peut aus­si s’agir de symp­tômes d’autres désordres, sus­cep­tibles d’une rémis­sion spon­ta­née et très sem­blables à ceux de la mala­die de Parkinson. D’autre part, le lien entre la gué­ri­son pré­su­mée de la reli­gieuse et la « nuit de prières à Jean-​Paul II » semble dou­teux. Les prières faites ont-​elles exclu l’invocation de tout autre saint et de tous les saints reconnus ?

En com­pa­rai­son, consi­dé­rons les deux miracles – c’est Jean-​Paul II lui-​même qui en a réduit l’exigence à un seul – que Pie XII a jugé suf­fi­sants pour béa­ti­fier Pie X. Le pre­mier concerne une reli­gieuse qui, ayant un can­cer des os, a été gué­rie ins­tan­ta­né­ment après l’application d’une relique de Pie X sur sa poi­trine. Le second concerne une reli­gieuse dont le can­cer a dis­pa­ru quand elle a tou­ché une sta­tue reli­quaire de Pie X. Dans le cas pré­sent, on ne trouve pas une telle connexion indis­cu­table entre la pré­ten­due gué­ri­son et une relique puta­tive de Jean-​Paul II.

Il n’est pas ques­tion ici du magis­tère infaillible de l’Eglise ; l’évaluation de ce seul miracle est un juge­ment d’ordre médi­cal sus­cep­tible d’erreur. Imaginez les dom­mages pour la cré­di­bi­li­té de l’Eglise si cette reli­gieuse devait voir un jour la réap­pa­ri­tion de ses symp­tômes. De fait, en mars de l’année der­nière, le quo­ti­dien Rzeczpospolita, l’un des jour­naux polo­nais les plus sérieux, a rap­por­té qu’il y avait eu un cer­tain retour des symp­tômes et que l’un des deux médecins-​conseils avait expri­mé des doutes sur le miracle pré­su­mé. Cet article a ame­né l’ancien pré­fet de la Congrégation pour les causes des saints, le car­di­nal José Saraiva Martins, à divul­guer à la presse qu’« il se pour­rait que l’un des deux médecins-​conseils puisse avoir quelques doutes. Et cela a mal­heu­reu­se­ment trans­pi­ré. » Le car­di­nal a révé­lé en outre que « les doutes devraient appe­ler une enquête plus appro­fon­die. Dans de tels cas, a‑t-​il dit, la Congrégation demande à d’autres méde­cins de se sai­sir du cas et de don­ner leur avis. » [Nicole Winfield, Associated Press, Le « miracle » de Jean-​Paul II exa­mi­né plus à fond, 28 mars 2010]

Un méde­cin a mis en doute le miracle, et quand ses doutes « ont fil­tré » de façon impré­vue, d’autres méde­cins ont été sai­sis du cas, – et ce, il y a moins d’un an ! Avons-​nous vrai­ment vu ce genre de gué­ri­sons mira­cu­leuses indu­bi­ta­ble­ment recon­nues par Pie XII pour la béa­ti­fi­ca­tion de Pie X ?

Les conséquences probables de cette béatification

Encore une fois, la vraie ques­tion concer­nant cette béa­ti­fi­ca­tion n’est pas de savoir si Jean-​Paul II fut un homme bon ou un saint, mais plu­tôt ce que sa béa­ti­fi­ca­tion signi­fie­rait pour les gens qui ne prêtent aucune atten­tion à la dis­tinc­tion entre béa­ti­fi­ca­tion et cano­ni­sa­tion. Cela signi­fie­rait que l’Eglise consi­dère comme un saint, et même un grand saint par­mi les pon­tifes romains, un pape dont le gou­ver­ne­ment de l’Eglise ne peut pas sup­por­ter la moindre com­pa­rai­son avec les exemples de ses pré­dé­ces­seurs saints et bienheureux.

Prenons, par exemple, l’avant-dernier Pontife romain cano­ni­sé, saint Pie V, modèle de cou­rage dans sa réforme du cler­gé selon les décrets du Concile de Trente, dans ses mesures éner­giques contre la pro­pa­ga­tion des erreurs dans l’Eglise, et dans sa défense de l’ensemble de la Chrétienté contre la menace de l’Islam pour lequel Jean-​Paul II implo­rait la pro­tec­tion de saint Jean-Baptiste !

Considérons aus­si le der­nier pape à avoir été éle­vé sur les autels, saint Pie X, éga­le­ment connu pour son cou­ra­geux gou­ver­ne­ment de l’Eglise dans la répres­sion de l’hérésie moder­niste, pré­ci­sé­ment celle qui a écla­té à nou­veau après le Concile Vatican II et a été pro­pa­gée à tra­vers le monde catho­lique pen­dant le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II, comme Mgr Pozzo l’a si can­di­de­ment obser­vé il y a juste quelques mois (mais sans consi­dé­rer du tout, semble-​t-​il, la res­pon­sa­bi­li­té du chef de l’Eglise dans cette catastrophe).

Cette béa­ti­fi­ca­tion, par consé­quent, ne fait-​elle pas cou­rir le risque de réduire la notion de béa­ti­fi­ca­tion et même de cano­ni­sa­tion au niveau d’un témoi­gnage d’estime popu­laire attri­bué à une figure bien-​aimée dans l’Eglise, à une sorte d’Oscar ecclé­sias­tique ? Notons ici que, par­mi l’une de ses nom­breuses inno­va­tions, Jean-​Paul II a « sim­pli­fié » les pro­cès pour la béa­ti­fi­ca­tion et la cano­ni­sa­tion, ce qui lui a per­mis d’arriver aux chiffres incroyables de 1.338 béa­ti­fi­ca­tions et de 482 cano­ni­sa­tions, plus que tous ses pré­dé­ces­seurs réunis. Est-​il pru­dent de juger, selon ces normes assou­plies, le pape qui a lui-​même, mis en ser­vice cette « usine à saints » (déve­lop­pe­ment lar­ge­ment dépré­cié dans la presse) ?

Nous devons éga­le­ment expri­mer notre pro­fonde pré­oc­cu­pa­tion face à l’exploitation pré­vi­sible de cette béa­ti­fi­ca­tion par ceux qui forgent habi­le­ment l’opinion publique. Nous remar­quons qu’ils observent un silence curieux là où l’on s’attendrait à une oppo­si­tion bruyante si cette béa­ti­fi­ca­tion repré­sen­tait vrai­ment une attaque à l’esprit libé­ral domi­nant du temps – comme la béa­ti­fi­ca­tion de Pie XII dont l’annonce fut accueillie par une inces­sante cam­pagne de publi­ci­té des­ti­née à l’arrêter à tout prix. Il sem­ble­rait que l’opinion publique mon­diale per­çoive la béa­ti­fi­ca­tion de Jean-​Paul II avec com­plai­sance dans la mesure où elle sert à vali­der les « réformes de Vatican II » que le monde a saluées comme un com­pro­mis avec le « monde moderne », la « liber­té » et les « droits de l’homme », com­pro­mis atten­du depuis long­temps d’une Eglise sclérosée.

Pourtant, nous sommes bien cer­tains que, si la béa­ti­fi­ca­tion a lieu comme pré­vu, de puis­sants sec­teurs dans les médias de masse ne per­dront pas un ins­tant pour bran­dir, comme un exemple de « l’hypocrisie » de l’Eglise, l’ineptie et le népo­tisme mani­fes­tés par l’honneur ren­du au pape qui a pré­si­dé au scan­dale de la pédo­phi­lie et refu­sé de sanc­tion­ner le sinistre fon­da­teur des Légionnaires du Christ. Sur ce der­nier point, il existe déjà un expo­sé sous forme de livre et de film, « Les vœux du silence : l’abus de pou­voir dans le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II », qui raconte la façon dont Maciel a été pro­té­gé par les prin­ci­paux conseillers du pape, dont le car­di­nal Sodano, Secrétaire d’Etat du Vatican, le car­di­nal Martínez, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de vie apos­to­lique, et le car­di­nal Dziwisz, aujourd’hui arche­vêque de Cracovie, secré­taire de Jean-​Paul II et son plus proche confident.

Conclusion

Au milieu de ce que Sœur Lucie de Fatima a appe­lé à juste titre, la « déso­rien­ta­tion dia­bo­lique » dans l’Eglise, nous sommes bien conscients que cette béa­ti­fi­ca­tion n’est pas du tout garan­tie par le cha­risme de l’infaillibilité. Elle n’établit pas un culte obli­ga­toire, mais auto­rise seule­ment à véné­rer le Bienheureux, si on le désire. Dans ce cas donc, nous sommes confron­tés à la réelle pos­si­bi­li­té d’une grave erreur de juge­ment pru­den­tiel pro­vo­qué par des cir­cons­tances contin­gentes, y com­pris la popu­la­ri­té et l’affection, qui ne devraient pas influen­cer le pro­ces­sus essen­tiel d’une enquête appro­fon­die et d’une déli­bé­ra­tion, dans le cas de cette béa­ti­fi­ca­tion en par­ti­cu­lier, avec toutes ses impli­ca­tions pour l’Eglise universelle.

Encore une fois, nous deman­dons : pour­quoi cette hâte ? Craint-​on peut-​être qu’à ne pas pro­cé­der à cette béa­ti­fi­ca­tion immé­dia­te­ment, un ver­dict plus posé de l’histoire pour­rait l’empêcher, comme ce fut cer­tai­ne­ment le cas pour Paul VI ? Si oui, pour­quoi ne pas se confor­mer pour ce ver­dict à la vision à long terme que l’Eglise adopte géné­ra­le­ment en matière de béa­ti­fi­ca­tion ou de cano­ni­sa­tion ? Si même un géant comme saint Pie V n’a été cano­ni­sé que 140 ans après sa mort, ne peut-​on pas attendre au moins encore quelques années afin d’évaluer l’héritage du pon­ti­fi­cat qui devrait figu­rer en bonne place dans la déci­sion de béa­ti­fier Jean-​Paul II ? L’Eglise ne peut-​elle pas attendre au moins les 37 ans qui se sont écou­lés entre la mort de Pie X et sa béa­ti­fi­ca­tion par le pape Pie XII en 1951 (sui­vie de sa cano­ni­sa­tion de 1954) ? En effet, est-​il pru­dent de béa­ti­fier main­te­nant – sans éva­lua­tion sup­plé­men­taire et sur la base d’un seul miracle dont l’authenticité est mise en doute – un pape dont l’héritage est recon­nu comme mar­qué par la pro­pa­ga­tion galo­pante du mal même auquel saint Pie X s’est héroï­que­ment oppo­sé et qu’il a vain­cu en son temps ?

Pour toutes ces rai­sons, nous croyons qu’il est juste et appro­prié de prier le Saint Père de dif­fé­rer la béa­ti­fi­ca­tion de Jean-​Paul II à une époque où les motifs pour cet acte solen­nel pour­ront être éva­lués, objec­ti­ve­ment et sans pas­sion, à la lumière de l’histoire. Un retard pru­dent ne peut que ser­vir au bien de l’Eglise, mis en dan­ger au contraire par un pro­cès pré­ci­pi­té, non-​exempt d’erreur et ne jouis­sant pas du cha­risme du Magistère infaillible de l’Eglise.

Notre-​Dame, Reine de la Sagesse, Vierge très pru­dente, priez pour nous !

Cet expo­sé doit être remis, le 25 avril 2011, au car­di­nal Angelo Amato, pré­fet de la Congrégation pour les causes des saints. Il sera accom­pa­gné d’une liste de signa­taires du monde entier : Etats-​Unis, Royaume-​Uni, Australie, France, Pays-​Bas, Pologne, Argentine, Norvège, Allemagne, Irlande, Danemark, République tchèque, Malaisie, Malte, Slovénie, Mexique, Canada, Espagne, Nouvelle-​Zélande, Japon, Suède, Pérou, Portugal, Indonésie, Porto-​Rico, Autriche, Ouganda…

Sources : The Remnant – Traduction FSSPX-​USA/​MG – DICI n°233 du 16/​04/​11

Notes de bas de page

  1. Il convient d’a­jou­ter ici le nom de l’é­vêque co-​consécrateur, Mgr Antonio de Castro-​Mayer, ancien évêque de Campos au Brésil (NDLR de DICI[]
  2. Le prêtre sri-​lankais Tissa Balasuriya fut excom­mu­nié le 2 jan­vier 1997 pour son livre Marie ou la libé­ra­tion humaine, dans lequel il met­tait sur un pied d’é­ga­li­té toutes les reli­gions et leurs fon­da­teurs, fai­sait de la doc­trine du péché ori­gi­nel une hypo­thèse et un mythe, semait le doute sur la nais­sance vir­gi­nale du Christ… Cette excom­mu­ni­ca­tion fut levée le 15 jan­vier 1998. (NDLR de DICI[]