Les intégristes et la vérité d’un concile : la Croix annonce la « rupture » en reprenant Mgr Muller

Le sym­bole est fort. Juste avant de fêter les cin­quante ans de l’ouverture de Vatican II, jeu­di pro­chain, on apprend que la récon­ci­lia­tion entre les inté­gristes de la Fraternité Saint- Pie‑X et l’Eglise catho­lique a échoué. Sauf retour­ne­ment de der­nière minute hau­te­ment impro­bable, les inté­gristes ne revien­dront jamais dans le giron de l’Eglise. Et c’est pré­ci­sé­ment sur Vatican II que les dis­cus­sions ont fina­le­ment achoppé.

Le nou­veau pré­fet de la Congrégation pour la doc­trine de la foi, Mgr Gerhard Ludwig Müller, inter­ve­nant à une radio alle­mande, a en effet fait savoir same­di 6 octobre qu’il n’y aurait pas de nou­velle dis­cus­sion avec les lefeb­vristes. Ceux-​ci conti­nuent à refu­ser de signer un docu­ment qui recon­nait l’entière vali­di­té du magis­tère de Vatican II. « Il ne peut y avoir d’amputation à la foi catho­lique, sur­tout si il s’agit d’énoncés qui ont été vali­dés par le Concile Vatican II » affirme Mgr Müller.

A quelques jours du cin­quan­te­naire, l’hypothèque est donc défi­ni­ti­ve­ment levée, pour ceux qui en dou­taient encore : le concile Vatican II ne se négo­cie pas. « On ne peut geler l’autorité magis­té­rielle de l’Eglise à 1962 » avait écrit le pape, qui a fait du concile la « bous­sole » de son pontificat.

Ces longues négo­cia­tions aux mul­tiples rebon­dis­se­ments, enta­mées depuis la levée des excom­mu­ni­ca­tions des évêques inté­gristes en 2009, auront eu un mérite : mon­trer que la rup­ture n’est pas seule­ment une ques­tion de litur­gie et de messe en latin, en obli­geant la Fraternité Saint-​Pie‑X à se pro­non­cer sur les fon­de­ments de la foi. Les inté­gristes ont été ame­né à dire clai­re­ment ce sur quoi ils n’étaient pas d’accord : l’œcuménisme, le dia­logue inter­re­li­gieux, la liber­té reli­gieuse, et au fond, une cer­taine concep­tion de la véri­té telle qu’elle appa­raît à tra­vers les textes conciliaires.

Dérives et risques de radi­ca­li­sa­tion

Les inté­gristes n’ont pas le mono­pole de la tra­di­tion : Vatican II fait désor­mais par­tie de la tra­di­tion de l’Eglise, et ne s’inscrit pas en rup­ture. Mais il s’agit d’une tra­di­tion vivante, et non figée au XIXe siècle, une tra­di­tion capable de se res­sour­cer à tra­vers l’écoute de la Parole, comme elle l’a fait durant le concile. C’était, déjà, la concep­tion déve­lop­pée par Benoît XVI lors de son grands dis­cours sur l’herméneutique de Vatican II, en 2005.

Certes, on peut se réjouir de cette rup­ture annon­cée, en ce qu’elle conforte l’enseignement conci­liaire. Il n’empêche. Toute rup­ture est amère, et celle-​ci ne déroge pas à la règle. Jamais, sans doute, on n’avait été aus­si près d’aboutir. Jamais un pape n’avait pas­sé autant d’énergie à œuvrer pour la récon­ci­lia­tion. Lorsqu’il avait écrit aux évêques, en 2009, après la levée de l’excommunication, Benoît XVI s’en était jus­ti­fié en poin­tant les risques de radi­ca­li­sa­tion de petits groupes exclus de l’institution. Crainte légi­time. Nul ne peut se réjouir, dans l’Eglise, d’assister ain­si à la dérive d’une mino­ri­té vers l’intolérance et la vio­lence. Dimanche der­nier la célé­bra­tion de l’anniversaire du concile à Notre Dame a ain­si été inter­rom­pue par une poi­gnée de jeunes mili­tants anti-​conciliaires. Et depuis quelques mois, on ne compte plus les ren­contres inter­re­li­gieuses qu’ils tentent d’empêcher, à tra­vers toute la France….La reli­gion catho­lique, de ce point de vue, n’est pas plus épar­gnée que les autres par un risque de radi­ca­li­sa­tion en interne.

Isabelle de Gaulmyn – La Croix