Lettre ouverte à Jean-​Paul II de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer du 21 novembre 1983

Le 9 décembre 1983, Mgr Lefebvre a convo­qué la presse à l’aé­ro­port fran­çais Charles-​de-​Gaulle, à Roissy, dans le but de faire « une impor­tante com­mu­ni­ca­tion ». Au cours de cette confé­rence de presse, le fon­da­teur du sémi­naire tra­di­tio­na­liste d’Ecône (Suisse) a remis aux jour­na­listes le texte d’une lettre ouverte au Pape cosi­gnée par Mgr Antonio de Castro Mayer, ancien évêque de Campos (Brésil). Cette lettre est sui­vie d’un « bref résu­mé des prin­ci­pales erreurs de l’ec­clé­sio­lo­gie conci­liaire «. Voici ces deux textes [1]:

TRÈS SAINT-​PÈRE,

Que Votre Sainteté nous per­mette, avec une fran­chise toute filiale, de lui sou­mettre les réflexions suivantes :

La situa­tion de l’Église est telle, depuis vingt ans, qu’elle appa­raît comme une cité occupée.

Des mil­liers de membres du cler­gé et des mil­lions de fidèles vivent dans l’an­goisse et la per­plexi­té en rai­son de « l’au­to­des­truc­tion de l’Église ». Les erreurs conte­nues dans les docu­ments du Concile Vatican II, les réformes post­con­ci­liaires et spé­cia­le­ment la réforme litur­gique, les fausses concep­tions dif­fu­sées par des docu­ments offi­ciels, les abus de pou­voir accom­plis par la hié­rar­chie les jettent dans le trouble et le désarroi.

En ces cir­cons­tances dou­lou­reuses, beau­coup perdent la foi, la cha­ri­té se refroi­dit, le concept de la véri­table uni­té de l’Église dis­pa­raît dans le temps et dans l’espace.

En notre qua­li­té d’é­vêques de la sainte Église catho­lique, suc­ces­seurs des apôtres, nos coeurs sont bou­le­ver­sés à la vue de tant d’âmes, dans le monde entier, déso­rien­tées et dési­reuses pour­tant de demeu­rer dans la foi et la morale qui ont été défi­nies par le magis­tère de l’Église et qui par elle ont été ensei­gnées d’une manière constante et universelle.

Nous taire dans cette occur­rence nous sem­ble­rait deve­nir com­plices de ces mau­vaises oeuvres (cf. 2 Jn 11).

C’est pour­quoi, consi­dé­rant que toutes les démarches que nous avons faites en pri­vé depuis quinze ans sont demeu­rés vaines, nous nous voyons obli­gés d’in­ter­ve­nir publi­que­ment auprès de Votre Sainteté afin de dénon­cer les causes prin­ci­pales de cette situa­tion dra­ma­tique et de la sup­plier d’u­ser de son pou­voir de Successeur de Pierre pour « confir­mer ses frères dans la foi » (Lc 22, 32) qui nous a été fidè­le­ment trans­mise par la Tradition apostolique.

A cet effet, nous nous per­met­tons de joindre à cette lettre une annexe (1)contenant les erreurs prin­ci­pales qui sont à l’o­ri­gine de cette situa­tion tra­gique et qui, d’ailleurs, ont déjà été condam­nées par vos prédécesseurs.

La liste qui suit en donne l’é­non­cé, mais n’est pas exhaustive :

1. Une concep­tion « lati­tu­di­na­riste » et oecu­mé­nique de l’Église, divi­sée dans sa foi, condam­née par­ti­cu­liè­re­ment par le Syllabus, n° 18 (DS 2918).

2. Un gou­ver­ne­ment col­lé­gial et une orien­ta­tion démo­cra­tique de l’Église, condam­née par­ti­cu­liè­re­ment par le Concile Vatican I (DS 3055).

3. Une fausse concep­tion des droits natu­rels de l’homme qui appa­raît clai­re­ment dans le docu­ment sur la liber­té reli­gieuse, condam­née par­ti­cu­liè­re­ment par Quanta Cura (Pie IX) et Libertas praes­tan­tis­si­mum (Léon XIII).

4. Une concep­tion erro­née du pou­voir du Pape (cf. DS 3115).

5. La concep­tion pro­tes­tante du saint sacri­fice de la messe et des sacre­ments, condam­née par le Concile de Trente, sess. XXII.

6. Enfin, d’une manière géné­rale, la libre dif­fu­sion des héré­sies carac­té­ri­sée par la sup­pres­sion du Saint-Office.

Les docu­ments conte­nant ces erreurs causent un malaise et un désar­roi d’au­tant plus pro­fonds qu’ils viennent d’une source plus éle­vée. Les clercs et les fidèles les plus émus par cette situa­tion sont d’ailleurs ceux qui sont les plus atta­chés à l’Église, à l’au­to­ri­té du Successeur de Pierre, au magis­tère tra­di­tion­nel de l’Église.

Très Saint-​Père, il est urgent que ce malaise dis­pa­raisse, car le trou­peau se dis­perse et les bre­bis aban­don­nées suivent des mer­ce­naires. Nous vous conju­rons, pour le bien de la foi catho­lique et du salut des âmes, de réaf­fir­mer les véri­tés contraires à ces erreurs, véri­tés qui ont été ensei­gnées pen­dant vingt siècles par la sainte Église.

C’est dans les sen­ti­ments de saint Paul vis-​à-​vis de saint Pierre, lors­qu’il lui repro­chait de ne pas suivre « la véri­té de l’Evangile » (Ga 2, 1114), que nous nous adres­sons à vous. Son but n’é­tait autre que de pro­té­ger la foi des fidèles.

Saint Robert Bellarmin, expri­mant à cette occa­sion un prin­cipe de morale géné­rale, affirme que l’on doit résis­ter au Pontife dont l’ac­tion serait nui­sible au salut des âmes (De Rom. Pon. 1, 2, c. 29).

C’est donc dans le but de venir en aide à Votre Sainteté que nous jetons ce cri d’a­larme, ren­du plus véhé­ment encore par les erreurs du nou­veau Droit Canon, pour ne pas dire les héré­sies, et par les céré­mo­nies et dis­cours à l’oc­ca­sion du cin­quième cen­te­naire de la nais­sance de Luther. Vraiment, la mesure est comble.

Que Dieu vous vienne en aide, Très Saint-​Père, nous prions sans cesse, à votre inten­tion, la Bienheureuse Vierge Marie.

Daignez agréer les sen­ti­ments de dévoue­ment filial qui sont les nôtres.

Rio de Janeiro, le 21 novembre 1983, fête de la Présentation de la Très Sainte Vierge.

† Marcel LEFEBVRE, ancien archevêque-​évêque de Tulle.

† Antonio de CASTRO MAYER, ancien évêque de Campos.

BREF RESUME DES PRINCIPALES ERREURS DE L’ECCLÉSIOLOGIE CONCILIAIRE

1. Conception « lati­tu­di­na­riste » et oecu­mé­nique de l’Église

La concep­tion de l’Église comme « Peuple de Dieu » se ren­contre désor­mais dans de nom­breux docu­ments offi­ciels : les actes du Concile Unitatis redin­te­gra­tio, Lumen gen­tium — le nou­veau Droit canon — (C. 204.1) — la lettre du Pape Jean-​Paul II Catechesi tra­den­dae et l’al­lo­cu­tion dans l’Église angli­cane de Canterbury — le Directoire oecu­mé­nique Ad totam Ecclesiam du Secrétariat pour l’Unité des chré­tiens. Elle res­pire un sens lati­tu­di­na­riste et un faux oecuménisme.

Des faits mani­festent avec évi­dence cette concep­tion hété­ro­doxe : les auto­ri­sa­tions pour la construc­tion de salles des­ti­nées au plu­ra­lisme reli­gieux — l’é­di­tion de Bibles oecu­mé­niques qui ne sont plus conformes à l’exé­gèse catho­lique — les céré­mo­nies oecu­mé­niques comme celles de Canterbury.

Dans Unitatis redin­te­gra­tio, on enseigne que la divi­sion des chré­tiens « est pour le monde un objet de scan­dale et fait obs­tacle à la pré­di­ca­tion de l’Évangile à toute créa­ture… que l’Esprit-​Saint ne refuse pas de se ser­vir des autres reli­gions comme moyens de salut ». Cette même erreur est répé­tée dans le docu­ment Catechesi tra­den­dae de Jean-​Paul II. C’est dans le même esprit, et avec des affir­ma­tions contraires à la foi tra­di­tion­nelle, que Jean-​Paul II déclare à la cathé­drale de Canterbury, le 25 mai 1982, « que la pro­messe du Christ nous ins­pire la confiance que le Saint-​Esprit gué­ri­ra les divi­sions intro­duites dans l’Église dès les pre­miers temps après la Pentecôte » [2] comme si l’u­ni­té du Credo n’a­vait jamais exis­té dans l’Église.

Le concept de « Peuple de Dieu » porte à croire que le pro­tes­tan­tisme n’est pas autre chose qu’une forme par­ti­cu­lière de la même reli­gion chrétienne.

Le Concile Vatican II enseigne « une véri­table union dans l’Esprit-​Saint » avec les sectes héré­tiques (Lumen gen­tium, 14), « une cer­taine com­mu­nion, encore impar­faite avec elles » (Unitatis redin­te­gra­tio, 3).

Cette uni­té oecu­mé­nique contre­dit l’en­cy­clique Satis cogni­tum de Léon XIII qui enseigne que « Jésus n’a pas fon­dé une Église qui embrasse plu­sieurs com­mu­nau­tés qui se res­semblent géné­ri­que­ment, mais qui sont dis­tinctes et qui ne sont pas liées par un lien qui forme une Église indi­vi­duelle et unique ». De même cette uni­té oecu­mé­nique est contraire à l’en­cy­clique Humani gene­ris de Pie XII qui condamne l’i­dée de réduire à une for­mule quel­conque la néces­si­té de l’ap­par­te­nance à l’Église catho­lique, contraire aus­si à l’en­cy­clique Mystici cor­po­ris du même Pape qui condamne la concep­tion d’une Église « pneu­ma­tique » qui serait un lien invi­sible des com­mu­nau­tés sépa­rées dans la foi.

Cet oecu­mé­nisme est éga­le­ment contraire aux ensei­gne­ments de Pie XI dans l’en­cy­clique Mortalium ani­mos : sur ce point il est oppor­tun d’ex­po­ser et de repous­ser une cer­taine opi­nion fausse qui est à la racine de ce pro­blème et de ce mou­ve­ment com­plexe par le moyen duquel les non-​catholiques s’ef­forcent de réa­li­ser une union des Églises chré­tiennes. Ceux qui adhèrent à cette opi­nion citent constam­ment ces paroles du Christ : « Qu’ils soient un… et que n’existe qu’un seul trou­peau et qu’un seul pas­teur » (Jn 17, 21 et 10, 16) et pré­tendent que par ces paroles le Christ exprime un désir ou une prière qui n’a jamais été réa­li­sé. Ils pré­tendent de ce fait que l’u­ni­té de foi et de gou­ver­ne­ment, qui est une des notes de la véri­table Église du Christ, pra­ti­que­ment jus­qu’au­jourd’­hui n’a jamais exis­té et aujourd’­hui n’existe pas.

Cet oecu­mé­nisme, condam­né par la morale et le droit catho­liques, en arrive à per­mettre de rece­voir les sacre­ments de péni­tence, d’eu­cha­ris­tie et d’extrême-​onction de « ministres non catho­liques » (Canon 844 N. C.) et favo­rise « l’hos­pi­ta­li­té oecu­mé­nique » en auto­ri­sant les ministres catho­liques à don­ner le sacre­ment de l’eu­cha­ris­tie à des non catholiques.

Toutes ces choses sont ouver­te­ment contraires à la Révélation divine qui pres­crit la « sépa­ra­tion » et repousse l’u­nion « entre la lumière et les ténèbres, entre le fidèle et l’in­fi­dèle, entre le temple de Dieu et celui des sectes » (2 Co 6,14–18).

2. Gouvernement collégial-​démocratique de l’Église

Après avoir ébran­lé l’u­ni­té de la foi, les moder­nistes d’au­jourd’­hui s’ef­forcent d’é­bran­ler l’u­ni­té de gou­ver­ne­ment et la struc­ture hié­rar­chique de l’Église.

La doc­trine, déjà sug­gé­rée par le docu­ment Lumen gen­tium du Concile Vatican II, sera reprise expli­ci­te­ment par le nou­veau Droit canon (Canon 336); doc­trine selon laquelle le col­lège des évêques joint au Pape jouit éga­le­ment du pou­voir suprême dans l’Église et cela d’une manière habi­tuelle et constante.

Cette doc­trine du double pou­voir suprême est contraire à l’en­sei­gne­ment et à la pra­tique du Magistère de l’Église, spé­cia­le­ment dans le Concile Vatican I (DS 3055) et dans l’en­cy­clique de Léon XIII Statis cogni­tum. Seul le Pape a ce pou­voir suprême qu’il com­mu­nique, dans la mesure où il le juge oppor­tun et dans des cir­cons­tances extraordinaires.

A cette grave erreur se rat­tache l’o­rien­ta­tion démo­cra­tique de l’Église, les pou­voirs rési­dant dans le Peuple de Dieu tel qu’il est défi­ni dans le nou­veau Droit. Cette erreur jan­sé­niste est condam­née par la bulle Auctorem fidei de Pie VI (DS 2602).

Cette ten­dance à faire par­ti­ci­per la « base » à l’exer­cice du pou­voir se retrouve dans l’ins­ti­tu­tion du Synode et des Conférences épis­co­pales, dans les Conseils pres­by­té­raux, pas­to­raux et dans la mul­ti­pli­ca­tion des Commissions romaines et des Commissions natio­nales, comme au sein des Congrégations reli­gieuses (voir à ce sujet Concile Vatican I, DS 3061, nou­veau Droit canon, Canon 447).

La dégra­da­tion de l’au­to­ri­té dans l’Église est la source de l’a­nar­chie et du désordre qui y règnent par­tout aujourd’hui.

3. Les faux droits natu­rels de l’homme

La décla­ra­tion Dignitatis huma­nae du Concile Vatican II affirme l’exis­tence d’un faux droit natu­rel de l’homme en matière reli­gieuse, contrai­re­ment aux ensei­gne­ments pon­ti­fi­caux qui nient for­mel­le­ment un pareil blasphème.

Ainsi Pie IX dans son ency­clique Quanta Cura et le Syllabus, Léon XIII dans ses ency­cliques Libertas praes­tan­tis­si­mum et Immortale Dei, Pie Xli dans son allo­cu­tion « Ci Riesce » aux juristes catho­liques ita­liens, nient que la rai­son et la Révélation fondent un pareil droit.

Vatican II croit et pro­fesse, d’une manière uni­ver­selle, que « la véri­té ne peut s’im­po­ser que par la force propre de la véri­té », ce qui s’op­pose for­mel­le­ment aux ensei­gne­ments de Pie VI contre les jan­sé­nistes du Concile de Pistoie (DS 2604). Le Concile en arrive à cette absur­di­té d’af­fir­mer le droit de ne pas adhé­rer et de ne pas suivre la véri­té, d’o­bli­ger les gou­ver­ne­ments civils à ne plus faire de dis­cri­mi­na­tion pour des motifs reli­gieux éta­blis­sant l’é­ga­li­té juri­dique entre les fausses et la vraie religion.

Ces doc­trines se fondent sur une fausse concep­tion de la digni­té humaine, pro­ve­nant des pseudo-​philosophes de la Révolution fran­çaise, agnos­tiques et maté­ria­listes, qui ont été déjà condam­nés par Saint Pie X dans le man­de­ment pon­ti­fi­cal « Notre charge apostolique ».

Vatican II dit que de la liber­té reli­gieuse sor­ti­ra une ère de sta­bi­li­té pour l’Église. Grégoire XVI, au contraire, affirme que c’est une suprême impu­dence d’af­fir­mer que la liber­té immo­dé­rée d’o­pi­nion serait béné­fique pour l’Église.

Le Concile exprime dans Gaudium et Spes un prin­cipe faux lors­qu’il estime que la digni­té humaine et chré­tienne vient du fait de l’Incarnation, qui a res­tau­ré cette digni­té pour tous les hommes. Cette même erreur est affir­mée dans l’en­cy­clique Redemptor homi­nis de Jean-​Paul II.

Les consé­quences de la recon­nais­sance par le Concile de ce faux droit de l’homme ruinent les fon­de­ments du règne social de Notre Seigneur, ébranlent l’au­to­ri­té et le pou­voir de l’Église dans sa mis­sion de faire régner Notre Seigneur dans les esprits et dans les coeurs, en menant le com­bat contre les forces sata­niques qui sub­juguent les âmes. L’esprit mis­sion­naire sera accu­sé de pro­sé­ly­tisme exagéré.

La neu­tra­li­té des États en matière reli­gieuse est inju­rieuse pour Notre Seigneur et son Église, lors­qu’il s’a­git d’États à majo­ri­té catholique.

4. Pouvoir abso­lu du Pape

Certes, le pou­voir du Pape dans l’Église est un pou­voir suprême, mais il ne peut être abso­lu et sans limites, étant don­né qu’il est subor­don­né au pou­voir divin, qui s’ex­prime dans la Tradition, la Sainte Écriture, et les défi­ni­tions déjà pro­mul­guées par le magis­tère ecclé­sias­tique (DS 3116).

Le pou­voir du Pape est subor­don­né et limi­té par la fin pour laquelle son pou­voir lui a été don­né. Cette fin est clai­re­ment défi­nie par le Pape Pie IX dans la Constitution Pastor aeter­nus du Concile Vatican I (DS 3070). Ce serait un abus de pou­voir into­lé­rable de modi­fier la consti­tu­tion de l’Église et de pré­tendre en appe­ler au droit humain contre le droit divin, comme dans la liber­té reli­gieuse, comme dans l’hos­pi­ta­li­té eucha­ris­tique auto­ri­sée par le nou­veau Droit, comme l’af­fir­ma­tion des deux pou­voirs suprêmes dans l’Église.

Il est clair que dans ces cas et autres sem­blables, c’est un devoir pour tout clerc et fidèle catho­lique de résis­ter et de refu­ser l’o­béis­sance. L’obéissance aveugle est un contre­sens et nul n’est exempt de res­pon­sa­bi­li­té pour avoir obéi aux hommes plu­tôt qu’à Dieu (DS 3115), et cette résis­tance doit être publique si le mal est public et est un objet de scan­dale pour les âmes (S. Th. II, II, 33, 4).

Ce sont là des prin­cipes élé­men­taires de morale, qui règlent les rap­ports des sujets avec toutes les auto­ri­tés légitimes.

Cette résis­tance trouve d’ailleurs une confir­ma­tion dans le fait que désor­mais ceux-​là sont péna­li­sés qui s’en tiennent fer­me­ment à la Tradition et à la foi catho­lique, et que ceux qui pro­fessent des doc­trines hété­ro­doxes ou accom­plissent de véri­tables sacri­lèges ne sont nul­le­ment inquié­tés. C’est la logique de l’a­bus de pouvoir.

5. Conception pro­tes­tante de la messe

La nou­velle concep­tion de l’Église telle que le Pape Jean-​Paul II la défi­nit, dans la Constitution pré­cé­dant le nou­veau Droit, appelle un chan­ge­ment pro­fond dans l’acte prin­ci­pal de l’Église qui est le sacri­fice de la messe. La défi­ni­tion de la nou­velle ecclé­sio­lo­gie donne exac­te­ment la défi­ni­tion de la nou­velle messe : c’est-​à-​dire un ser­vice et une com­mu­nion col­lé­giale et oecu­mé­nique. On ne peut mieux défi­nir la nou­velle messe, qui, comme la nou­velle Église conci­liaire, est en rup­ture pro­fonde avec la tra­di­tion et le magis­tère de l’Église.

C’est une concep­tion plus pro­tes­tante que catho­lique qui explique tout ce qui a été indû­ment exal­té et tout ce qui a été diminué.

Contrairement aux ensei­gne­ments du Concile de Trente dans la 22e ses­sion, contrai­re­ment à l’en­cy­clique Mediator Dei de Pie XII, on a exa­gé­ré la place des fidèles dans la par­ti­ci­pa­tion à la messe et dimi­nué la place du prêtre deve­nu simple pré­sident. On a exa­gé­ré la place de la litur­gie de la Parole et dimi­nué la place du sacri­fice pro­pi­tia­toire. On a exal­té le repas com­mu­nau­taire et on l’a laï­ci­sé, aux dépens du res­pect et de la foi en la pré­sence réelle par la transsubstantiation.

En sup­pri­mant la langue sacrée, on a plu­ra­li­sé à l’in­fi­ni les rites en les pro­fa­nant par des apports mon­dains ou païens et on a répan­du de fausses tra­duc­tions, aux dépens de la vraie foi et de la vraie pié­té des fidèles.

Et cepen­dant, les Conciles de Florence et de Trente avaient pro­non­cé des ana­thèmes contre tous ces chan­ge­ments et affir­maient que notre messe dans son canon remon­tait aux temps apostoliques.

Les Papes saint Pie V et Clément VIII ont insis­té sur la néces­si­té d’é­vi­ter les chan­ge­ments et les muta­tions, en gar­dant per­pé­tuel­le­ment ce rite romain consa­cré par la Tradition.

La désa­cra­li­sa­tion de la messe, sa laï­ci­sa­tion entraînent la laï­ci­sa­tion du sacer­doce, à la manière protestante.

La réforme litur­gique de style pro­tes­tant est l’une des plus grandes erreurs de l’Eglise conci­liaire et des plus rui­neuses de la foi et de la grâce.

6. La libre dif­fu­sion des erreurs et des hérésies

La situa­tion de l’Église, mise en état de recherche, intro­duit dans la pra­tique le libre exa­men pro­tes­tant, résul­tat de la plu­ra­li­té des cre­dos à l’in­té­rieur de l’Église.

La sup­pres­sion du Saint-​Office, de l’in­dex, du ser­ment anti­mo­der­niste a pro­vo­qué chez les théo­lo­giens modernes un besoin de nou­velles théo­ries qui déso­rientent les fidèles et les engagent vers le cha­ris­ma­tisme, le pen­te­cô­tisme, les com­mu­nau­tés de base. C’est une véri­table révo­lu­tion diri­gée en défi­ni­tive contre l’au­to­ri­té de Dieu et de l’Église.

Les graves erreurs modernes tou­jours condam­nées par les Papes se déve­loppent désor­mais libre­ment à l’in­té­rieur de l’Église :

1. Les phi­lo­so­phies modernes anti­sco­las­tiques, exis­ten­tia­listes, anti-​intellectualistes sont ensei­gnées dans les uni­ver­si­tés catho­liques et les grands séminaires.

2. L’humanisme est favo­ri­sé par ce besoin des auto­ri­tés ecclé­sias­tiques de faire écho au monde moderne en fai­sant de l’homme la fin de toutes choses.

3. Le natu­ra­lisme — l’exal­ta­tion de l’homme et des valeurs humaines — fait oublier les valeurs sur­na­tu­relles de la Rédemption et de la grâce.

4. Le moder­nisme évo­lu­tion­niste cause le rejet de la Tradition, de la Révélation, du magis­tère de vingt siècles. Il n’y a plus de véri­té fixe, ni de dogme.

5. Le socia­lisme et le com­mu­nisme. Le refus du Concile de condam­ner ces erreurs a été scan­da­leux et fait légi­ti­me­ment croire que le Vatican aujourd’­hui serait favo­rable à un socia­lisme ou un com­mu­nisme plus ou moins chré­tien. L’attitude du Saint-​Siège durant ces quinze der­nières années confirme ce juge­ment, tant au-​delà qu’en deçà du rideau de fer.

6. Enfin, les accords avec la maçon­ne­rie, le Conseil oecu­mé­nique des Églises et Moscou réduisent l’Église à l’é­tat de pri­son­nière, la rendent tota­le­ment inca­pable de rem­plir sa mis­sion libre­ment. Ce sont de véri­tables tra­hi­sons qui crient ven­geance vers le ciel, de même que les éloges décer­nés en ces jours à l’hé­ré­siarque le plus scan­da­leux et le plus nui­sible à l’Église [3].

Il est temps que l’Église recouvre sa liber­té de réa­li­ser le règne de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ et le règne de Marie sans se pré­oc­cu­per de ses ennemis.

Notes de bas de page

  1. Textes ori­gi­naux. Notes de la DC. []
  2. DC 1982, n° 1832, p. 589. []
  3. Luther.[]

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.