L’usage du Missel de Paul VI par les prêtres célébrant selon le Missel de saint Pie V

À cause de la pos­si­bi­li­té lais­sée aux prêtres de la Fraternité Saint-​Pierre de célé­brer l’Eucharistie selon les deux Missels romains de saint Pie V et de Paul VI — en par­ti­cu­lier dans les dio­cèses où les prêtres de la Fraternité Saint-​Pierre sou­haitent concé­lé­brer lors de la messe chris­male ou pré­si­der l’Eucharistie pour une com­mu­nau­té chré­tienne où le Missel de Paul VI est d’usage. Face aux ques­tions sou­le­vées et qui lui ont été adres­sées, la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrement a fait connaître offi­ciel­le­ment sa position. 

Après la res­tau­ra­tion litur­gique déci­dée par le Concile Vatican II, cer­tains groupes de catho­liques for­te­ment atta­chés aux formes anté­rieures de la tra­di­tion litur­gique romaine se sont mani­fes­tés. Ces groupes – nous par­lons de ceux qui se tiennent en pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique et son Magistère – ont expri­mé le désir de pou­voir conti­nuer à uti­li­ser le Missel dit de saint Pie V. Le Saint-​Père Jean-​Paul II, pous­sé par le désir pater­nel de répondre à la sen­si­bi­li­té litur­gique et reli­gieuse de ces groupes, leur a concé­dé de pou­voir, avec l’autorisation de l’évêque du lieu, uti­li­ser l’édition de 1962 du Missel Romain. De même, le Saint-​Père a deman­dé aux évêques d’accueillir avec bien­veillance et géné­ro­si­té les fidèles qui se sentent pro­fon­dé­ment atta­chés au rite pré­con­ci­liaire et mani­festent en même temps une sin­cère adhé­sion au Magistère de l’Église ain­si que leur obéis­sance aux Pasteurs légi­times. Le désir du Pontife Romain a été expri­mé dans le Motu pro­prio Ecclesia Dei adflic­ta du 2 juillet.

À la suite de ques­tions adres­sées à cette Congrégation au sujet de la pos­si­bi­li­té ain­si que des incon­vé­nients qu’entraîne l’indult, accor­dé par l’Autorité légi­time, d’utiliser l’édition de 1962 du Missel Romain, et après avoir, comme il se devait, consul­té le Conseil pon­ti­fi­cal pour l’Interprétation des Textes légis­la­tifs ain­si que la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei, et en accord avec eux, nous com­mu­ni­quons ce qui suit sous forme de réponse à des questions.

1. Première ques­tion : Un prêtre appar­te­nant à un Institut qui jouit de la facul­té de célé­brer la Messe selon le rite en vigueur avant la res­tau­ra­tion litur­gique du Concile Vatican II peut-​il libre­ment se ser­vir du Missel pro­mul­gué par le Souverain Pontife Paul VI lorsqu’il célèbre le sacri­fice eucha­ris­tique pour le bien – fût-​ce occa­sion­nel­le­ment – d’une com­mu­nau­té où la messe est habi­tuel­le­ment célé­brée selon ce missel ?

Réponse : La réponse est affir­ma­tive, et voi­ci dans quel esprit. L’esprit en est que l’usage du mis­sel pré­con­ci­liaire étant concé­dé par indult, il ne sup­prime pas le droit litur­gique com­mun au Rite romain, selon lequel le Missel en vigueur est celui qui a été pro­mul­gué par ordre du Concile Vatican II. Ainsi le prêtre men­tion­né ci-​dessus doit célé­brer avec le Missel post­con­ci­liaire si la célé­bra­tion a lieu dans une com­mu­nau­té qui suit le rite romain actuel, afin d’éviter éton­ne­ment ou incon­vé­nient chez les fidèles, et d’être une aide effi­cace à ses frères prêtres qui éven­tuel­le­ment lui demandent ce ser­vice de cha­ri­té pas­to­rale. Dans les com­mu­nau­tés habi­tuées au Missel actuel, l’usage du mis­sel pré­cé­dent cause cer­taines dif­fi­cul­tés, par exemple les dif­fé­rences dans le calen­drier litur­gique, un autre choix des textes bibliques pour la litur­gie de la Parole, des dif­fé­rences entre les gestes litur­giques, dans la manière de rece­voir la sainte Communion, le rôle des ministres, etc.

2. Deuxième ques­tion : Les Supérieurs, quel que soit leur niveau, des Instituts qui jouissent de l’indult leur per­met­tant d’utiliser pour la célé­bra­tion du saint Sacrifice de la messe l’édition de 1962 du Missel romain, peuvent-​ils inter­dire l’usage du Missel romain post­con­ci­liaire aux prêtres appar­te­nant à de tels Instituts lorsque ceux-​ci célèbrent, fût-​ce occa­sion­nel­le­ment, pour rendre ser­vice à une com­mu­nau­té dans laquelle est uti­li­sé le Missel romain actuel­le­ment en vigueur ?

Réponse : La réponse est néga­tive, parce que l’usage de l’édition de 1962 du Missel romain consiste en un indult pour l’utilité des fidèles qui se sentent atta­chés au rite romain pré­con­ci­liaire et que cet usage ne peut être impo­sé à des com­mu­nau­tés qui célèbrent la sainte Eucharistie selon le Missel renou­ve­lé par l’ordre du Concile Vatican II. Du reste, les Supérieurs de ces Instituts n’ont aucune auto­ri­té à l’égard de ces communautés.

3. Troisième ques­tion : Un prêtre appar­te­nant à un ins­ti­tut qui jouit de l’indult dont il s’agit peut-​il sans incon­vé­nient concé­lé­brer la Messe selon la forme actuelle du rite romain 

Réponse : La réponse est affir­ma­tive, parce que l’indult n’enlève pas aux prêtres le droit litur­gique com­mun de célé­brer selon le Missel romain en vigueur. Aussi il ne peut leur être inter­dit de concé­lé­brer ni par leur propre Supérieur ni par l’Ordinaire d’un lieu. Il est en effet louable que ces prêtres aient la liber­té de concé­lé­brer, en par­ti­cu­lier à la messe du Jeudi Saint, pré­si­dée par l’évêque dio­cé­sain. Bien que « tout prêtre ait tou­jours la facul­té de célé­brer la messe de façon indi­vi­duelle, mais pas en même temps ni dans la même église, ni le Jeudi Saint », la signi­fi­ca­tion com­mu­nion­nelle de la concé­lé­bra­tion de la messe chris­male est si impor­tante qu’elle ne doit être omise que pour des rai­sons graves.

Au Siège de la Congrégation pour le Culte divin et de la Discipline des Sacrements, le 3 juillet 1999.

Jorge Arturo car­di­nal MEDINA ESTÉVEZ, Préfet

Francesco Pio TAMBURRINO, Secrétaire