Mgr Lefebvre se présente à Castelgandolfo et est reçu par Paul VI le 11 sept. 1976

La Salle de presse du Saint-​Siège a publié, sous ce titre, le communiqué ci-​après, le samedi 11 septembre [1] :

S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre est venu hier à Castelgandolfo pour deman­der une audience au Saint-Père.

Il a été reçu ce matin à 10 h 30.

Sa Sainteté, après avoir fait remar­quer que les pro­blèmes évo­qués ont été et sont tou­jours sui­vis par le Pape avec l’at­ten­tion pas­to­rale la plus vive et la plus constante, l’a invi­té, avec des expres­sions par­ti­cu­liè­re­ment et inten­sé­ment pater­nelles, à réflé­chir sur la situa­tion si gra­ve­ment pré­ju­di­ciable pour l’Eglise créée par lui, ain­si que sur ses res­pon­sa­bi­li­tés per­son­nelles à l’é­gard du groupe de fidèles qui le suivent, de la com­mu­nau­té ecclé­siale tout entière, et devant Dieu.

Le 14 sept., le P. Panciroli, directeur de la Salle de presse du Saint-​Siège, a lu les déclarations suivantes [2]:

A la demande qui m’a été faite par un jour­na­liste je suis auto­ri­sé à répondre :

Il ne cor­res­pond pas à la véri­té que Mgr Lefebvre ait signé un docu­ment de sou­mis­sion avant d’être reçu en audience par le Saint-​Père. Avant d’être reçu, il a appor­té lui-​même à Castelgandolfo une lettre brève dans laquelle il deman­dait une audience au Saint-​Père en termes cour­tois qui per­met­taient d’es­pé­rer de sa part une sou­mis­sion pos­sible et tou­jours souhaitable.

A un autre jour­na­liste, qui demande si l’ab­bé La Bellarte ou d’autres per­sonnes ont effec­ti­ve­ment pré­pa­ré cette audience en accord avec le Saint-​Siège, je suis auto­ri­sé à répondre :

Ni l’ab­bé La Bellarte ni d’autres n’ont été char­gés d’une sem­blable mis­sion. Il n’y a eu aucune entente préa­lable, ni directe ni indi­recte. Mgr Lefebvre s’est pré­sen­té à l’im­pro­viste devant la rési­dence pon­ti­fi­cale de Castelgandolfo et a deman­dé une audience par la lettre dont il a été ques­tion plus haut.

Le Saint-​Père a déci­dé de le rece­voir, avant tout parce que, bien que sus­pens « a divi­nis », c’é­tait tou­jours un évêque qui se pré­sen­tait per­son­nel­le­ment à la mai­son du Père com­mun, dans des cir­cons­tances si par­ti­cu­lières et ensuite parce que, comme nous l’a­vons dit pré­cé­dem­ment, sa demande d’au­dience était for­mu­lée de telle manière qu’elle pou­vait per­mettre au Pape d’es­pé­rer un repentir.

Je pro­fite de cette occa­sion pour mettre en garde contre les infor­ma­tions qui, dans dif­fé­rents pays, brodent abu­si­ve­ment sur ce triste épisode.

L’Osservatore Romano du 18 septembre a publié cette autre réponse faite à un journaliste par le P. Panciroli, directeur de la Salle de presse du Saint-​Siège [3]:

Certains jour­na­listes et la chaîne « Antenne 2 » de la Télévision fran­çaise ont deman­dé à la Salle de presse si tout est exact dans ce qu’a affir­mé Mgr Lefebvre au cours de la confé­rence de presse qu’il a tenue à Ecône le 15 sep­tembre. Voici la réponse du direc­teur de la Salle de presse :

Il y a tant d’i­nexac­ti­tudes dans ces décla­ra­tions ; mais je pré­fère ne pas m’at­tar­der à les énu­mé­rer ou à entrer dans les détails.

Je désire avant tout bien sou­li­gner que ce qui a déjà été com­mu­ni­qué par la Salle de presse est suf­fi­sam­ment clair. Toute affir­ma­tion sur cha­cun des aspects de la ques­tion est fon­dée sur des écrits, des paroles ou des atti­tudes rigou­reu­se­ment véri­fiés. Il suf­fit de com­pa­rer avec ce qui est affir­mé par Mgr Lefebvre ou ses dis­ciples pour voir tout de suite ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Depuis quelque temps, il ne se passe pas de jour sans qu’il y ait une décla­ra­tion ou une inter­view de Mgr Lefebvre. Si l’on vou­lait rec­ti­fier ou pré­ci­ser toutes les inexac­ti­tudes qu’elles contiennent, on fini­rait par répé­ter ce qui a déjà été dit et redit.

Nous cite­rons seule­ment un exemple de ces inexac­ti­tudes : dans cette confé­rence de presse, Mgr Lefebvre a dit que pen­dant son audience avec le Saint-​Père il a appris qu’on l’ac­cu­sait faus­se­ment d’exi­ger de ses sémi­na­ristes un ser­ment contre le Pape. La veille, par­lant sur la chaîne « Antenne 2 » de la Télévision fran­çaise, il avait dit la même chose d’une façon encore plus cir­cons­tan­ciée, affir­mant que le Saint-​Père lui aurait dit : « Vous deman­dez à vos sémi­na­ristes un ser­ment contre le Pape. » Selon l’ex-​archevêque de Tulle, ce serait la preuve que le Pape est mal infor­mé, et même mon­té contre lui par des calom­nies, « sans doute pour l’empêcher de le rece­voir ». Mgr Lefebvre aurait mis le Pape au défi de lui four­nir le texte de ce serment.

Or, je puis don­ner l’as­su­rance qu’au cours de l’au­dience pon­ti­fi­cale il n’a jamais été ques­tion d’un ser­ment contre le Pape que Mgr Lefebvre exi­ge­rait de ses sémi­na­ristes. La chose est nou­velle pour le Saint-​Siège, qui n’en a enten­du par­ler que de la bouche de Mgr Lefebvre dans l’in­ter­view en ques­tion et dans la confé­rence de presse du len­de­main. On n’en avait jamais enten­du par­ler avant, même à titre d’hypothèse.

Jamais le Pape n’a dit quelque chose de sem­blable ; jamais Mgr Lefebvre n’a deman­dé au Pape de lui pré­sen­ter le texte du ser­ment [4].

Quant à l’in­si­nua­tion que cette « calom­nie » du « ser­ment » aurait été inven­tée pour empê­cher le Pape de rece­voir Mgr Lefebvre, il me semble que nous avons une preuve suf­fi­sante du contraire dans le fait que le Saint-​Père a fait connaître par cinq fois à Mgr Lefebvre qu’il serait très heu­reux de le rece­voir, en ne lui deman­dant au préa­lable qu’un geste de repen­tir ou du moins de bonne volonté :

1. On lit dans la lettre auto­graphe du 29 juin 1975 : « Il (le Pape) attend avec impa­tience le jour où il aura le bon­heur de vous ouvrir ses bras, pour mani­fes­ter une com­mu­nion retrou­vée, lorsque vous aurez répon­du aux exi­gences qu’il vient de for­mu­ler. Il confie à pré­sent cette inten­tion au Seigneur, qui ne rejette nulle prière. »

2. Dans sa ren­contre avec Mgr Lefebvre, le 19 mars 1976, Mgr le Substitut lui a redit ces mêmes sentiments.

3. Dans le dis­cours du 24 mai 1976 au Consistoire, le Saint-​Père a dit : « Nous les atten­dons (Mgr Lefebvre et ses col­la­bo­ra­teurs) le coeur grand ouvert, les bras prêts à les étreindre. »

4. Dans la lettre adres­sée le 9 juin 1976 par Mgr le Substitut au nonce, en Suisse, et que celui-​ci a por­té à la connais­sance de Mgr Lefebvre, il était dit : « Il [le Pape] a dit et il redit aujourd’­hui sa dis­po­ni­bi­li­té à accueillir celui-​ci (Mgr Lefebvre), dès qu’il aura don­né un témoi­gnage public de son obéis­sance au Successeur actuel de saint Pierre et de son accep­ta­tion du Concile Vatican Il. »

5. Le P. Dhanis a répé­té la même chose à Mgr Lefebvre lors­qu’il l’a ren­con­tré le 27 juin 1976.

Et dans la réponse de la Salle de presse à une ques­tion, publiée dans l’Osservatore Romano du 28 août 1976, il était dit : « Les bras du Pape sont ouverts. »

Mgr LEFEBVRE a décla­ré sur la 2e chaîne de la Télévision fran­çaise, le 14 sep­tembre : Un cli­mat nou­veau s’ins­taure, la glace est rom­pue… Ce fut une conver­sa­tion, une pre­mière négo­cia­tion, si l’on peut dire. Nous espé­rons le feu vert, être agréés comme toutes les expé­riences qui se font en ce moment… Le Pape m’a dit qu’il consulte les Congrégations sur cette éven­tua­li­té. Paul VI a lais­sé entendre qu’il y aurait une suite à ce dia­logue, mais pas avant deux mois. Après toutes les épreuves qui nous ont sépa­rés, nous n’ar­ri­ve­rons pas à une solu­tion en quarante-​huit heures… Pour nous, il n’est pas ques­tion de schisme, nous conti­nuons l’Eglise… Dans la mesure où le Pape est tou­jours bien en union avec ceux qui l’ont pré­cé­dé et nous trans­met exac­te­ment la véri­té de ses pré­dé­ces­seurs, nous sommes par­fai­te­ment en union. Dès lors qu’on com­mence à entrer dans des nou­veau­tés, il faut exa­mi­ner si ces chan­ge­ments sont vrai­ment conformes à la Tradition. Nous ne sommes pas du tout allés à Canossa, mais c’est tout de même une reprise des conver­sa­tions. (La Croix, 16 sep­tembre.) Mgr Lefebvre a confir­mé ces décla­ra­tions au cours d’une confé­rence de presse qui s’est tenue le len­de­main â Ecône.

Notes de bas de page

  1. Texte ita­lien dans l’Osservatore Romano, du 12 sep­tembre 1976, p. 2, Traduction de la DC. Nous lisons dans la Croix (14 sep­tembre) : » Selon les infor­ma­tions dons nous dis­po­sons, le film des évé­ne­ments qui ont abou­ti à la visite de Mgr Lefebvre au Pape a été le sui­vant : le 31 août, Paul VI reçoit en audience Mgr Fagiolo, arche­vêque de Chieti, qui fut au Concile le bras droit du secré­taire géné­ral, Mgr Felici. Le Pape s’est mon­tré très pré­oc­cu­pé de l’af­faire Lefebvre… Mgr Fagiolo contacte l’ab­bé La Bellarte, prêtre du dio­cèse de Bari, qui dirige dans le vil­lage du Padre Pio, San Giovanni Rotondo, un Institut sécu­lier fémi­nin ayant des rela­tions en France dans les milieux tra­di­tio­na­listes. Le 4 sep­tembre, de Frasne (Doubs), l’ab­bé La Bellarte prend contact avec Michel de Saint Pierre. Il ren­contre Mgr Lefebvre à Besançon le 6 et à Fanjeaux le 8 sep­tembre, lui deman­dant avec insis­tance de venir à Rome, Le ton des décla­ra­tions de Mgr Lefebvre est plus conci­liant. Le 9 sep­tembre, Mgr Lefebvre vient en Italie, à Albano, où se trouve une com­mu­nau­té reli­gieuse liée à Ecône. Le 10 sep­tembre, à 13 heures, il se pré­sente a Castelgandolfo, accom­pa­gné de l’ab­bé La Bellarte, pour deman­der une audience au Pape. Il remet à l’un des secré­taires de Paul VI une lettre dans laquelle il déclare : « Je n’ai jamais eu l’in­ten­tion d’al­ler contre l’Eglise et encore moins d’of­fen­ser le Pape. Je regrette donc la souf­france que j’ai pu lui cau­ser en consé­quence de la posi­tion que j’ai” prise. » Paul VI, qui igno­rait les démarches de l’ab­bé La Bellarte, devant le fait nou­veau et inat­ten­du que repré­sente la pré­sence à sa porte de Mgr Lefebvre, consulte ses col­la­bo­ra­teurs et en pre­mier lieu le car­di­nal Villot, secré­taire d’Etat. Le 11 sep­tembre, peu après 10 heures, Mgr Lefebvre est reçu durant trente-​cinq minutes par le Pape, accom­pa­gné de Mgr Benelli. L’accueil est fra­ter­nel. Mgr Lefebvre le décla­re­ra à la sor­tie. Le Pape lui demande de res­ter cou­vert, le relève de sa génu­flexion. Mais il est très ferme sur le fond… Dans les décla­ra­tions qu’il a faites aux jour­na­listes, Mgr Lefebvre s’est mon­tré frap­pé de l’ac­cueil affec­tueux du Pape. Il a pour­sui­vi : « C’est un pre­mier pas, un pre­mier contact en vue d’une reprise du dia­logue. Peut-​être a‑t-​on com­pris que je ne suis pas seul. On s’est ren­du compte que presque 52 % des catho­liques fran­çais par­tagent mes points de vue. Peut-​être a‑t-​on redou­té les consé­quences désas­treuses d’une frac­ture. » […] []
  2. Texte ita­lien dans l’Osservatore Romano du 15 sep­tembre 1976. Traduction de la DC. []
  3. Traduction de la DC d’a­près le texte ita­lien. []
  4. Mgr Lefebvre a confir­mé la véri­té de sa décla­ra­tion, disant qu’il était prêt à « faire un ser­ment sur un cru­ci­fix ». Le 20 sep­tembre, le P. Panciroli a main­te­nu la teneur de sa décla­ra­tion, ajou­tant qu’elle avait été lue par le Pape avant d’être com­mu­ni­quée à la presse (la Croix, 22 sep­tembre).[]