Mgr Tissier de Mallerais explique la raison des sacres de 1988 – Colmar le 12 octobre 2008

Chers amis

Cette confé­rence s’intitule Opération Survie. C’est le titre que Mgr Lefebvre a don­né, Opération sur­vie, sur­vie de l’Église. Monseigneur Lefebvre a été contraint par les cir­cons­tances a pro­cé­der à ces sacres ; ce n’est pas lui qui l’a vou­lu, c’est la Providence. Il a été pous­sé, d’une part par les scan­dales qui avaient lieu à Rome du temps du Pape Jean Paul II et ensuite par sa vieillesse, sa mala­die, il disait qu’il ne peut plus tra­ver­ser les océans, « je vais mou­rir », et que l’avenir, non pas de mon œuvre, mais d’une petite œuvre que la Providence a per­mis de fon­der à Fribourg d’abord, et ensuite dans le monde entier. La Fraternité Saint-​Pie X, que va-​t-​elle deve­nir si je meurs ? Qui va ordon­ner mes évêques, mes prêtres, mes sémi­na­ristes ? Voilà .

Donc, il y avait deux choses qui urgeaient Monseigneur Lefebvre, d’une part les scan­dales à Rome, je vais vous en par­ler, et d’autre part la vieillesse. Monseigneur Lefebvre, il a sacré en 1988, et il est mort en 1991, trois ans après ; donc c’était in extre­mis !

Alors pre­miè­re­ment les actes, sur­tout les scan­dales au som­met, comme on dit, on parle d’une réunion au som­met. Là je par­le­rai des scan­dales au som­met. C’est une vieille his­toire que les jeunes par­mi nous n’ont pas vécue. C’était le Pape Jean-​Paul II, pape polo­nais, sup­po­sé être anti-​communiste, et on se réjouis­sait de son élec­tion en 1978 ; tout le monde se réjouis­sait ; voi­là un Pape qui vient de l’Est qui va com­battre le com­mu­nisme et toutes les erreurs. Mais on ne le connais­sait pas. 

À peine élu Pape, il a écrit une ency­clique Redemptor homi­nis, le Rédempteur de l’homme, où il pro­page la théo­rie de la rédemp­tion uni­ver­selle, tous les hommes sont rache­tés et sau­vés. C’est ça rédemp­tion uni­ver­selle, non seule­ment que Jésus a souf­fert pour tous, mais que tous sont sau­vé ! Je cite, il a écrit dans Redemptor, le 4 mars 1979 :

« Tout homme deve­nu par­ti­ci­pant de la plé­ni­tude du mys­tère, – ça c’est dès l’instant de sa concep­tion près du cœur de sa mère, tout homme dès sa concep­tion dans le sein de sa maman est par­ti­ci­pant de la plé­ni­tude du mys­tère de la rédemption »

C’est lui qui dit ça. Où, posez la ques­tion, où parle-​t-​on du bap­tême, à quoi bon être bap­ti­sé ? Où est-​il ques­tion de l’incorporation au Christ par le bap­tême. Jean Paul II ne par­lait même pas du Baptême, dans son ency­clique ! Ensuite Jean Paul II, dans son mes­sage aux chré­tiens à Manille, aux Philippines, le 21 février 1981, déclarait :

« Dans l’Esprit-Saint chaque per­sonne et chaque peuple sont deve­nus par la Croix et la Résurrection du Christ, des enfants de Dieu, des par­ti­ci­pants de la nature divine et les héri­tiers de la vie éternelle. »

Donc je répète : Dans l’Esprit-Saint – très bien – chaque per­sonne et chaque peuple sont deve­nus … des enfants de Dieu, c’est tout ! On ne parle pas du bap­tême, on ne parle pas de la conver­sion, on ne parle pas de l’entrée dans l’Église Catholique, non, chaque per­sonne, chaque peuple sont deve­nus des enfants de Dieu, par la Croix, par la Résurrection du Christ, par­ti­ci­pant à la nature divine et héri­tiers de la vie éter­nelle. Ce sont des choses fausses ! Ce sont des quasi-​hérésies. Pour rece­voir les fruits de la Rédemption, il faut croire à Jésus-​Christ dans sa divi­ni­té, il faut rece­voir le bap­tême. C’est pas, tous les hommes, c’est pas chaque homme. C’est seule­ment ceux qui l’ont reçu. À ceux qui l’ont reçu, il a don­né le pou­voir de deve­nir enfants de Dieu ! Saint Jean dans son Évangile. C’est élé­men­taire : à ceux qui l’ont reçu, pas aux autres ! Donc voyez, Jean Paul II prê­chait l’hérésie.

Ensuite, deuxième chose, la publi­ca­tion du nou­veau code de droit cano­nique, le droit de l’Église, la col­lec­tion de toutes les lois de l’Église publié le 25 jan­vier 1983.

Alors, où il y avait des choses, par exemple, le double sujet du pou­voir suprême dans l’Église ; jusqu’à pré­sent, on l’a appris au caté­chisme, il y a un seul chef de l’Église, le Pape, le vicaire de Jésus-​Christ. Maintenant, il y avait deux, deux têtes, deux chefs suprêmes de l’Église. D’un coté le Pape et d’autre part le col­lège des évêques pré­si­dé par le Pape. Voilà , un double sujet du pou­voir suprême dans l’Église. Autrement dit, les évêques pour­rait dire tou­jours au Pape, mais, Très Saint Père, vous ne nous appe­lez pas à gou­ver­ner l’Église avec vous, et pour­tant nous sommes le chef de file avec vous : la col­lé­gia­li­té.

Ensuite, l’Église com­mu­nion, dans le nou­veau droit canon que j’utilise, com­mu­nion. L’Église forme une hié­rar­chie, avec un cler­gé qui dirige les simples fidèles, avec une hié­rar­chie donc, l’Église est une com­mu­nion, donc une démo­cra­tie où cha­cun a une cer­taine par­ti­ci­pa­tion au Sacerdoce de Jésus-​Christ. Tous son membre du peuple de Dieu et par­ti­cipent à leur manière aux triple pou­voirs du Christ, sacer­do­tale, pro­phé­tique et royal ; donc tous les fidèles par­ti­cipent aux triple pou­voirs du Christ, sacer­do­tale, pro­phé­tique et royal. Alors laquelle ?

Ensuite la place de l’œcuménisme ; Jean-​Paul II insis­tait sur l’œcuménisme dans le nou­veau droit canon, par exemple, sur les mariages avec les pro­tes­tants ou les non-​chrétiens. Autrefois l’Église était très stricte pour per­mettre de tels mariages, l’Église ne per­met­tait pas les mariages avec ceux qui ne sont pas catho­liques à cause des enfants ; il fal­lait que les enfants soient édu­qués dans la foi catho­lique. C’était une pro­messe, cha­cun des deux époux pro­met­taient que tous les enfants seraient bap­ti­sés catho­liques et édu­qués catho­liques. Dans le nou­veau droit canon, ce n’est plus ça. Ce n’est plus ça. Il n’y a plus d’exigence pour pro­té­ger la foi des enfants. 

Et donc Monseigneur Lefebvre disait :

« Le nou­veau droit canon, c’est plus grave que le concile ».

Parce que c’est le concile réécrit en loi. Le concile devient une loi de l’Église, et c’est plus grave ! Et donc, dès cette époque, Monseigneur Lefebvre envi­sage désor­mais, un sacre épis­co­pal. Il envi­sage, et il s’engage dans la voix de pro­tes­ta­tion publique contre les erreurs pro­fes­sées à Rome. 

Le 21 novembre 1983, à la suite de la décla­ra­tion mixte catholique-​luthérienne, en Allemagne, Monseigneur Lefebvre écrit une lettre avec six points impor­tants. Il relève par exemple dans cette décla­ra­tion catholico-​luthérienne, je cite :

« Parmi les idées du concile Vatican II, on peut voir l’accueil des requêtes de Luther. »

Ce n’est pas de Monseigneur cette décla­ra­tion. Parmi les idées du concile Vatican II on peut voir l’accueil des requêtes de Luther. C’était l’Église catho­lique qui disait ça ! C’est pour­quoi, Monseigneur Lefebvre écrit une lettre ouverte au Pape Jean-​Paul II avec Monseigneur Castro-​Mayer, son ami, évêque de Campos au Brésil, je cite :

« Dans l’Histoire, on dira que au moment où il sem­blait que tout s’en allait, que tout se démo­lis­sait dans l’Église, il y a eu deux voix d’évêques qui se sont éle­vées et qui ont pous­sé un cri d’alarme. » Monseigneur Lefebvre et Monseigneur Castro-Mayer.

Mais ça ne va rien arrê­ter, les scan­dales vont conti­nués, par exemple en Italie à Bari ; c’est une ville du sud de l’Italie où il y a beau­coup d’orthodoxe, et où se trouve le tom­beau de saint Nicolas à Bari. À Bari, le 11 décembre 1984, Jean-​Paul II for­mu­lait qu’il fal­lait réa­li­ser avec les Églises ortho­doxes, une union syn­to­nique entre deux Églises sœurs ! Une union syn­to­nique, ça veut dire que chaque par­tie ne joue pas la même par­tie que l’autre, mais on va quand même s’arranger ensemble, entre les deux Églises sœurs.

Ensuite se fut la réforme du concor­dat ita­lien entre le Saint-​Siège et l’Italie en décla­rant que l’Italie n’était plus un État catho­lique, que la reli­gion catho­lique n’était plus la reli­gion de l’État. On sépa­rait l’Église de l’État. Le car­di­nal Casaroli, délé­gué du Pape décla­rait ceci :

« L’Église main­te­nant ne reven­dique plus de pri­vi­lèges face aux citoyens des autres religions. »

Alors, Monseigneur Lefebvre disait, ce n’est pas un pri­vi­lège que l’Église reven­dique, c’est sont droit. L’Église a le droit d’être recon­nue par l’État comme la seule vrai reli­gion, sur­tout dans un État, un pays entiè­re­ment catho­lique, comme l’est l’Italie. Comment oser dire que l’Église ne reven­dique plus de pri­vi­lège ! Mais l’Église n’a jamais reven­di­qué un pri­vi­lège. Elle a reven­di­qué son droit !

En voyage, en Asie, en Corée, Jean-​Paul II saluait les membres, je cite, de la tra­di­tion boud­dhique.

« Je salue, disait-​il, les membres de la tra­di­tion boud­dhique qui s’apprête à célé­brer la fête de la venue du sei­gneur Bouddha. » Fin de citation.

Et le 10 mai de l’année 1985, Jean-​Paul II visi­tait un temple boud­dhique en Thaïlande et s’asseyait au pied d’un bonze au pied de la sta­tue de Bouddha.

[Transcription des 13 pre­mières minutes de la conférence]

Mgr Bernard Tissier de Mallerais, évêque auxi­liaire de la FSSPX

FSSPX Évêque auxliaire

Mgr Bernard Tissier de Mallerais, né en 1945, titu­laire d’une maî­trise de bio­lo­gie, a rejoint Mgr Marcel Lefebvre dès octobre 1969 à Fribourg et a par­ti­ci­pé à la fon­da­tion de la Fraternité Saint-​Pie X. Il a assu­mé d’im­por­tantes res­pon­sa­bi­li­tés, notam­ment comme direc­teur du sémi­naire d’Ecône. Sacré le 30 juin 1988, il est évêque auxi­liaire et fut char­gé de pré­pa­rer l’ou­vrage Marcel Lefebvre, une vie, bio­gra­phie de réfé­rence du fon­da­teur de la Fraternité.