Sentence de la commission présidée par le cardinal Garrone adressée à Mgr Lefebvre le 6 mai 1975

Excellence,

C’est au nom de la Commission car­di­na­lice et par man­dat exprès du Saint-​Père que nous vous écri­vons. Nous vous res­tons très recon­nais­sants du cli­mat fra­ter­nel dans lequel ont pu se dérou­ler nos récents entre­tiens, sans que les diver­gences de nos juge­ments aient jamais com­pro­mis entre nous une com­mu­nion pro­fonde et sereine. Mais cela ne fait que nous rendre plus dou­lou­reuse l’ap­pa­rente irré­duc­ti­bi­li­té de vos vues, avec les consé­quences qui ne peuvent man­quer d’en découler.

C’est autour de votre Déclaration publique, dans la revue Itinéraires, que notre échange s’est prin­ci­pa­le­ment enga­gé et pour­sui­vi. Il ne pou­vait en être autre­ment puisque nous trou­vions là expli­ci­té tout ce que le Visiteur à Écône n’a­vait pu éclair­cir et nous invi­tait à déga­ger dans une conver­sa­tion avec vous.

Or une telle Déclaration nous appa­rais­sait en tous points inac­cep­table. Il est impos­sible de conci­lier la plu­part des affir­ma­tions conte­nues dans ce docu­ment avec une fidé­li­té authen­tique à l’Église, à celui qui en a la charge et au Concile où la pen­sée et la volon­té de l’Église se sont expri­mées. Il est inad­mis­sible que cha­cun soit invi­té à subor­don­ner à son propre juge­ment les direc­tives venant du Pape pour s’y sou­mettre ou s’y déro­ber : c’est là pro­pre­ment le lan­gage tra­di­tion­nel des sectes qui en appellent aux Papes d’hier pour se sous­traire à l’o­béis­sance au Pape d’aujourd’hui.

Tout le long de nos conver­sa­tions notre vœu était de vous ame­ner, Excellence, à recon­naître le bien-​fondé de telles objec­tions et à reve­nir sur vos propres affir­ma­tions. Cela, nous avez-​vous dit, vous était impos­sible : « Si je devais modi­fier ce texte, disiez-​vous, j’é­cri­rais les mêmes choses. »

En ces condi­tions, la Commission ne pou­vait que remettre au Saint-​Père ses conclu­sions abso­lu­ment una­nimes et le dos­sier com­plet de cette affaire pour qu’il puisse juger lui-​même. C’est avec l’en­tière appro­ba­tion de Sa Sainteté que nous vous fai­sons part des déci­sions suivantes :

1 – « Une lettre sera envoyée à Mgr Mamie, lui recon­nais­sant le droit de reti­rer l’ap­pro­ba­tion don­née par son pré­dé­ces­seur à la Fraternité et à ses Statuts. » C’est chose faite par lettre de Son Éminence le car­di­nal Tabera, pré­fet de la S. Congrégation pour les Religieux.

2 – Une fois sup­pri­mée la Fraternité, celle-​ci « n’ayant plus d’ap­pui juri­dique, ses fon­da­tions, et notam­ment le sémi­naire d’Écône, perdent du même coup le droit à l’exis­tence ».

3 – II est évident — nous sommes invi­tés à le noti­fier clai­re­ment — « qu’au­cun appui ne pour­ra être don­né à Mgr Lefebvre tant que les idées conte­nues dans le Manifeste du 21 novembre 1974 res­te­ront la loi de son action ».

Nous ne vous com­mu­ni­quons pas ces déci­sions, Excellence, sans une pro­fonde tris­tesse. Nous savons avec quelle géné­reuse per­sé­vé­rance vous avez tra­vaillé, le bien qui s’est accom­pli ainsi.

Nous devi­nons dans quelle situa­tion cruelle vous allez vous trou­ver. Mais nous sommes sûrs que tous ceux qui auront lu ou vou­dront lire votre Déclaration, et qui vou­dront bien ne pas soup­çon­ner gra­tui­te­ment aux déci­sions prises d’autres motifs que cette Déclaration elle-​même, se ren­dront à l’é­vi­dence que les choses ne pou­vaient pas se résoudre autre­ment, étant don­né votre refus de reti­rer ce texte : aucune ins­ti­tu­tion d’Église, aucune for­ma­tion au sacer­doce ne peuvent se bâtir sur un tel fondement.

Nous sou­hai­tons, Excellence, que le Seigneur vous donne la lumière et vous fasse trou­ver la voie conforme à Sa volon­té, dans la confiance à Celui à qui nous devons comme évêques une sin­cère et effec­tive obéissance.

Pour nous, nous ne pou­vons que vous dire notre atta­che­ment fra­ter­nel, et vous assu­rer de notre prière.

Cardinal Garrone