Suisse : Vatican II, que célèbre-​t-​on au juste et pourquoi ?, Yvon Tranvouez

Le 4 octobre 2012, une Journée d’étude a eu lieu à l’université de Fribourg, en l’honneur du pro­fes­seur d’histoire contem­po­raine Francis Python,appe­lé à prendre sa retraite. « Pour rendre hom­mage à son enga­ge­ment et à son rayon­ne­ment dans le monde aca­dé­mique et dans la cité », la jour­née était consa­crée aux thé­ma­tiques qu’il a contri­bué à enri­chir : l’histoire sociale du fait reli­gieux et l’histoire du can­ton et de la ville de Fribourg. A cette occa­sion Yvon Tranvouez, pro­fes­seur d’histoire contem­po­raine à l´Université de Brest, a défi­ni les muta­tions du catho­li­cisme fran­çais au cours du siècle der­nier dans sa confé­rence inti­tu­lée Espaces et temps dans le catho­li­cisme contem­po­rain (XIXe et XXe). Il y a dres­sé un tableau qui n’est pas sans intérêt.

Commémorer les 50 ans de Vatican II, c´est comme célé­brer le bicen­te­naire de la Révolution fran­çaise, a‑t-​il expo­sé, on ne sait pas trop ce qu´on célèbre ni pour­quoi. Le débat public dans l´Eglise est foca­li­sé sur l´héritage du concile Vatican II, pour­tant daté face à un monde qui a beau­coup chan­gé depuis, s´étonne Yvon Tranvouez. C´est un pas­sé qui ne passe pas. La com­mé­mo­ra­tion de Vatican II lui rap­pelle celle du bicen­te­naire de 1789. Que célèbre-​t-​on au juste et pour­quoi ? D´un côté, on a ceux qui pensent que tout est bon dans le Concile, de l´autre, ceux qui jugent que tout est mau­vais. Pour l´historien, Benoît XVI s´illusionne à vou­loir tout tenir ensemble. Le pape qua­li­fie Vatican II de « bous­sole pour l´Eglise » et son ancien ami Hans Küng uti­lise la même image pour par­ler de la perte de « l´esprit du Concile ». La bous­sole ne devient-​elle pas un bou­let ? Que peut signi­fier Vatican II pour les jeunes catho­liques, s´interroge-t-il ?

A l´idée de rup­ture radi­cale, l’historien pré­fère celle de déve­lop­pe­ment cyclique de phases. Le chan­ge­ment de décor est net, mais il n´y a pas de chan­ge­ment fon­da­men­tal de la scène catho­lique. La « révo­lu­tion conci­liaire » commence-​t-​elle déjà avec les pre­mières réformes de Pie XII dans les années 50 ? Se termine-​t-​elle avec mai 1968 ou plus sûre­ment en 1978 avec l´accession au pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II ? Aux yeux d’Yvon Tranvouez, le Concile ne sera pas ter­mi­né avant la récon­ci­lia­tion des pro­gres­sistes et des conser­va­teurs. C´est pour cela qu´il occupe encore autant les esprits.

L’universitaire bre­ton rap­pelle à tra­vers la « géné­ra­tion Jean-​Paul II » le besoin de la jeu­nesse de s´identifier autour d’idéaux mobi­li­sa­teurs, le plus sou­vent liés à une per­son­na­li­té forte. Aujourd´hui, dit-​il, la « géné­ra­tion Jean-​Paul II » ce sont beau­coup d´initiatives à l´horizon aléa­toire. A l´instar de ceux qui du pas­sé vou­laient faire table rase, les jeunes catho­liques sont par­fois amné­siques et ne sentent pas le besoin de s´inscrire dans une lignée. La réfé­rence est celle des chré­tiens des pre­miers temps de l´Eglise parés de toutes les vertus.

Jusqu´à la moi­tié du XXe siècle, pour un catho­lique les réfé­rences étaient : mon curé, mon évêque et le pape, relève Yvon Tranvouez. Pour le catho­lique du XXIe siècle, les réfé­rences res­tent les mêmes, mais le sens s´est inver­sé : le pape, mon évêque, mon curé. Pendant long­temps la paroisse était le lieu natu­rel de l´existence chré­tienne, du bap­tême dans l´église de son vil­lage jusqu´à ses funé­railles, sou­vent dans la même église. Cette époque était mar­quée par la pré­sence pré­do­mi­nante du cler­gé. Du fait de la mobi­li­té sociale et de l´effondrement des voca­tions, ce cadre parois­sial a écla­té. Aujourd´hui, la paroisse est plus un ras­sem­ble­ment élec­tif qu´une cir­cons­crip­tion ter­ri­to­riale. Le fidèle choi­sit sa paroisse selon ses propres cri­tères. Plus récem­ment, le dio­cèse devient l´espace pri­vi­lé­gié comme une ´super-​paroisse´, note-t-il.

Pour Yvon Tranvouez, l´attachement à Rome reste bien réel, même si on s´éloigne des ensei­gne­ments qui en émanent. En revanche, l´espace de l´Eglise mis­sion­naire a qua­si­ment dis­pa­ru de l´horizon contem­po­rain. L´idée de l´expansion du chris­tia­nisme jusqu´aux confins de tous les conti­nents fai­sait rêver le fidèle des années 1930. Celui des années 2000 pense res­pect des cultures, refus du pro­sé­ly­tisme et dia­logue interreligieux. 

Sources : Apic/​université de Fribourg – du 09/​11/​12